‹ Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)Chapitre 388 sur 409 · Millcl, op. cit., p · texte numérisé non relu

Millcl, op. cit., p

3. L'héritier présomptif avait le droit de porter une bottine rouge et l'autre noire (Ibn Hordadbeh, p. 81).

s'est sans doute inspiré de ces peintures fameuses pour composer ses portraits. — Indépendamment des tableaux en pleine |)age, le Parisiims porte au début de cliaque sermon, avant le lexle. une miniature qui se déroule en plusieurs compartiments, formant ainsi ii8 compositions 1res diverses. Les sujets ont toujours quelque attache plus ou moins saisissable avec le texte publié et là aussi, comme dans les mosaïques, les nouvelles tendances artistiques sont parfois très nettement marquées ^. Le miniaturiste a voulu peindre en historien les scènes qu'il illustre : historien de la vie de S' Grégoire, historien des faits les plus saillants de l'Ancien et du Nouveau Testament. Certaines de ces miniatures, comme la Tiansfigurationetla Pentecôte, semblent, au dire de M. Millel -, coj)iées sur des mosaïques ou des icônes et corroborent par là l'idée qu'on peut se faire de la peinture au ix^ siècle.

■ En tous cas, une chose est iiors de doute : c'est la merveilleuse venue de quelques-uns de ces grands tableaux. Si les j)ortrails du début sont trop effacés pour que nous puissions juger convenablement de l'expression que l'auteur avait su leur donner, du moins telle page comme la Transfiguration, ou le tableau de Moïse frappant de sa verge le rocher sont d'un grand effet. Nous sommes loin ici des traditionnelles attitudes hiératiques tant reprochées aux Byzantins. Par la noblesse, l'élégance, le naturel de certains maintiens, par la beauté et la vivacité des couleurs — tel un guerrier portant superbement son manteau rouge flottant au vent — nous sommes obligés d'admettre, ou que l'artiste a copié avec le plus grand talent une œuvre antérieure appartenant à une époque plus classique, — ce qui serait peu probable — ou que les traditions du grand art sans cesse vivifiées au contact de la nature n'étaient point complètement perdues à la fin du ix^ siècle.

Au point de vue du « métier » ce manuscrit a, en outre, un très grand intérêt, car nous saisissons sur le vif, grâce aux

1. Il faut, dans réliidc do ce manuscrit, bien distinguer les artistes qui ont travaillé à Tenluininure. L'un, le plus habile, un véritable artiste, s'inspire visiblement de modèles antérieurs, nous Talions voir ; l'autre ou les autres ont moins de science, de finesse et de talent, mais paraissent plus attentifs à copier ce qu'ils voient autour d'eux : costumes, meubles, etc.

'}.. Millel. op. cil., p. a^ii.

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dégradations actuelles des images, la façon de travailler des miniaturistes byzantins. L'artisie qui peignit le S' Grégoire avait, en efîel, commencé par coller sur le parchemin une feuille d'or et sur cette feuille qui devenait ainsi le fond de son tableau, il avait d'abord dessiné corps el figures à la plume, puis les avait ensuite peints à la gouache. C'est ainsi, par exemple, que le corps du Christ dans la scène de la crucifixion fut dessiné, au pinceau, avec une couleur brun rouge très légère avant d'être revêtu de sa hinique violette. Enfin, chose intéressante, l'inspiration de certaines pages semble nettement avoir ses origines dans l'art syriaque du vi*" siècle. On sait qu'il existe actuellement une grave question : celle de savoir si tout l'art byzantin ne dérive pas de l'art oriental. M. Strzygowski s'est fait dernièrement encore, à propos du Psautier serbe de Munich, l'ardent défenseur de c<"tte théorie ^ Sans entrer dans la discussion de cette difficile question, on peut remarquer, néanmoins, qu'au ix"" siècle, l'artiste qui peigjiit le Parisinus 5io s'inspire visiblement de cette tradition. La crucifixion semble, en effet, une réplique, à quelques détails près, de la crucifixion du manuscrit cyriaque du vi^ siècle conservé actuellement à la Laurentienne à Florence. Dans lune et l'autre œuvre, le Christ est vêtu d'une longue tunique violette qui lui descend jusqu'au milieu des jambes : les bras sont dans la même position horizontale et Longin porte le même vêtement rouge. Seuls certains détails ont changé. Les pieds du Christ, par exemple, reposent, dans le Parisinus, sur une tablette, tandis que dans le manuscrit syriaque, ils pendent sans appui, cloués directement sur le bois de la croix. La Vierge et S* Jean sont, de même, dans une position légèrement différente : ils se trouvent de chaque côté de la croix. Ces détails étaient, ce semble, curieux à noter. Ils montrent bien, je crois, les ressemblances fondamentales qui existent entre la conception des deux œuvres et les modifications que les habitudes et les traditions iconographiques apportèrent en l'espace de trois siècles-.

De la tendance que nous avons signalée, de faire de la peinture d'histoire, tendance qui a, sans nul doute, son origine

i. Strzygowski, Die Miniature n des serbisclien Psalter s; cf. Diehl. L'illustration du Psautier dans l'Art byzantin, écrit à ce sujet.

2. Labartc, Hist. des Arts industr., m. 87 et seq. Albuin, Jl, L\\\,

ET l'empire bvzvntix 4i3

dans les prohibitions et les essais de l'art iconoclaslique, nous avons, en miniatures, d'autres exemples parvenus jusqu'à nous. Le manuscrit de Paris 928 du ix" siècle qui est un recueil de morceaux choisis et de parallèles des Pères de l'Eglise, reproduit, à côté de sujets religieux, des scènes de genre, comme le travail du médecin ou du peintre, des exercices athlétiques, etc. Mais l'exemple le plus curieux est assurément le Psautier dit Chludov conservé aujourd'hui à Moscou* et sur lequel, l'auteur, avec un pinceau très alerte, une verve parfois très comique, a esquissé « sans fond, ni sol » au hasard d'un espace blanc, de caractéristiques silhouettes, pleines de vie et de mouvement qui rappellent, à côté de scènes religieuses, quelques faits d'histoire contemporaine : le pseudo-Concile de 810 ; Léon l'Arménien faisant couvrir de chaux une image du Christ; le patriarche iNicéphore triomphant qui foule du pied le chef des Iconoclastes ; le faux patriarche Jean, etc-. Dans ce Psautier d'aspect et de but tout religieux, les haines, les idées, les partis d'un jour s'entrechoquent et combattent comme en pleine vie et en pleine réalité. Or, cet exemple si curieux n'est pas unique. Nicétas nous raconte, en effet, dans son panégyrique de S' Ignace qu'on trouva chez Photius, après sa déposition, des livres admirablement reliés en soie avec des ornements d'or et d'argent. Ecrits en superbes lettres, ces livres relataient les sept sessions apocryphes du Concile qui condamna Ignace. L'œuvre était de la main du fameux Grégoire Asbestas de Syracuse, et devait être, sans doute, exécutée comme les miniatures du Psautier Chludov. Asbestas avait représenté, en couleur, le patriarche Ignace sous divers aspects. A la première session répondait une miniature figurant le patriarche pris et frappé de verges. Au-dessus, le peintre avait écrit « 6 O'.àêoAo; » le diable. A la seconde session, on voyait Ignace couvert de crachats et tiré violemment, avec cette sentence : « Commencement du péché. » A la troisième, Ignace était jeté à bas de son trône, avec cette mention : « Fils de perdition » et airtsi pour chaque session -l Là donc, comme au Psautier pré-

1. Le Psautier Chludov est reproduit intégralement dans la collection des Hautes Etudes.

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