Exh., LUI, D, LV, B
à cet effort, du reste, qu'il réussît à rendre populaires à Byzance son nom et sa famille et parvint, pour un temps, à créer une dynastie issue du principe d'hérédité ^
Basile ne fut pas seul à monter sur le trône de Byzance. Depuis longtemps déjà, il avait une famille qui allait, par la force des choses, profiter de la fortune de son chef. Etrange famille, du reste, sur laquelle plane un mystère que les chroni queurs ne parvenaient plus à éclaircir même au x*" siècle, dont ils parlent souvent, mais pour se contredire toujours les uns les autres, et qu'ils ont livrée aux recherches des historiens comme une indéchiffrahle énigme. Peut-être, cependant, même à onze siècles de distance, en réunissant avec soin les renseignements épars qui nous sont parvenus, n'est-il pas impossible d'arriver à résoudre, en partie du moins, ce difficile problème des mariages de Basile.
Tout jeune probablement, sans doute au temps où il était encore en Bulgarie, Basile épousa une enfant de Macédoine, Marie-. Qu'était cette jeune fille? Basile l'emmena-t-il avec lui à Byzance? c'est ce qu'aucun choniqueur ne nous dit. Elle n'apparaît liée au nom du futur Empereur qu'en 865, au lendemain de la chute de Damianos, au moment où Michel créa son favori patrice et parakimomène, et pour disparaître tout de suite. L'élévation de Basile, en effet, semble avoir eu pour conséquence son divorce d'avec Marie et son mariage avec une autre. Pourquoi? Marie était-elle de naissance trop inférieure, se conduisait-elle mal, avait-elle à se plaindre de son mari, ou ce second mariage fut-il simplement caprice de souverain? C'est ce qu'il
I. Malgré \os efTorts de Basile, le principe d'hérédité n'entra jamais dans les mœurs byzantines. Déjà Léon VI, mourant, recommande au Sénat el à Alexandre, son fils Constantin car « il veut qu'il soit son successeur. » Constantin, cependant, avait été couronné du vivant de son père par Euthymios (Cedren., II, ii6o-6a).
•i. On voit par nombre de récits hagiographiques comme par les lois des Empereurs que les Byzantins se mariaient très jeunes, entre douze et quinze ans, 11 n'y a pas de raisons pour croire que Basile attendit même son retour d'exil, époque à laquelle il avait vingt-cinq ans, pour se marier.
ET l'empire byzantin 67
est imj30ssible de savoir. Néanmoins un fait demeure certain : Basile divorça et l'Empereur renvoya Marie chez ses parents avec de l'argent. Puis Michel lui fit épouser sa propre concubine, Eudocie Ingerina*. Mais pour agir de la sorte Basile devait avoir non seulement un prétexte, mais une sérieuse raison, car nulle part nous ne voyt)ns, même ses pires ennemis, même l'Eglise, si intransigeante sur ce chapitre -, faire la moindre allusion malveillante à ce divorce bien connu, et considérer Eudocie autrement que comme sa femme véritable^. Tout le monde, après la mort de Michel, tint pour légitimes les enfants issus de cette union et, du vivant même de l'Empereur, la seule chose qui se disait, c'est qu'Eudocie demeurait, malgré son mariage, l'amie préférée du Basileus. Pour nous donc une première chose nous échappe, c'est la raison de ce divorce comme la raison pour laquelle, malgré les lois et les canons, Basile put épouser une autre femme du vivant de la première sans que personne n'ait protesté ni sur le moment, ni plus tard. Quant à Eudocie, c'était une courtisane de grande famille. Elle appartenait à cette maison des Martinakioi. illustre déjà au temps de Théophile et qui devait bientôt compter parmi ses membres une sainte, Théophano, première femme de Léon VI*. Très belle, très séduisante, l'Empereur l'aima dès avant son mariage avec l'autre Eudocie, iîlle du Décapolite que sa mère et Théoctistos l'obligèrent à épouser pour empêcher son union avec Eudocie Ingerina. Jusqu'à sa mort, du reste, Eudocie vécut avec Michel sous le regard bienveillant de Basile qui l'avait épousée en 865, donnant en échange de Ce
1. Sym. Mag., xl, 787. La Vit. Bfisil., (xvi, 2^9) ignore, naturellement, toute cette histoire. Elle ne connaît qu'Eudocie Ingerina, femme très belle, très noble, très vertueuse, modèle de toutes les Impératrices, épouse légitime et unique de Basile, mère de Constantin et de Léon (xxix, 372). De même Gènes., ii33;Cedr., 108^.
2. Nicolas I" lui-même écrit à Eudocie une lettre qui commence ainsi : « Nihil regia. »
3. Si la législation mise en vigueur par le Prochiron existait déjà au sujet du divorce, il ne serait pas impossible que ce fût Marie elle-même qui eût demandé l'annulation de son mariage. Son époux était adultère par le fait de ses relations avec Eudocie. Elle avait donc droit au divorce et qui plus est, à une somme d'argent. Les présents de Basile, dans cette hypothèse, auraient donc été un dû que son épouse était en droit de réclamer (Proch., XI, 7, p. 76).
\. Vit. S. Theoph., p. 49, i. Cedren., 1084.
cadeau à son impérial ami sa sœur, Thécla ^ Au soir du 23 septembre, Eudocie était encore à Saint -Mamas auprès de l'Empereur. Aussi Basile qui avait tout toléré Tenvoya-t-il solennellement chercher le lendemain du crime pour l'introduire dans le palais impérial comme basilissa souveraine. C'est là, désormais, quelle vécut, entourée de sa cour, peut-être aussi légère qu'autrefois -, tandis que la femme de Michel était renvoyée chez ses parents '^. Eudocie Ingerina mourut peu après le mariage de son fils Léon, c'est-à-dire vers 882 ^
Une seconde question se pose maintenant. C'est celle des enfants. Tous les chroniqueurs, amis ou ennemis, disent qu'au moment de son avènement, Basile avait deux fils : Constantin et Léon^. Or, qu'étaient ces enfants P De qui étaient-iJs réellement fils!*
Constantin était le plus âgé des deux. Nature généreuse et vaillante, probablement doué d'une belle intelligence, il promettait de marcher sur les traces de son père*^ qui l'aimait à l'exclusion de tous autres. Il ne tarda jjas à l'associer à l'Empire, aux environs de 870 '', à l'emmener avec lui dans ses campagnes militaires et à rêver pour lui le plus brillant avenir. C'est dans l'espérance d'une union entre ce fils et Irmengard que les légats de Louis II vinrent à Byzance en 869 ^ et c'est lui que son père voulut avoir pour compagnon en 877 dans sa guerre contre Germanikia. Malheureusement la mort vint le frapper vers la fin de 879 alors qu'il était dans toute la fleur de la jeunesse : « £v Tr, àxarj T?i; vsôty.toç^ )> laissant son père inconsolable, prêt à toutes les folies, jusqu'à faire construire une église qui porta son nom ^*^.
De ces quelques maigres renseignements, nous pouvons conjecturer que Constantin naquit aux environs de 859, peut-être plus tôt encore, car en admettant que pour l'historiographe
1. Sym. Mag., xl, 787 ; Léon Gramm., 1076, Cf. Rambaud, p. i54 et note.