CHAPITRE ΉΡΗ L'ŒUVRE LÉGISLATIVE. -— L'ORGANISATION JUDICIAIRE
Une nation n'est véritablement grande que lorsqu'elle possède, à l'intérieur, des finances prospères, à l'extérieur, une armée forte et respectée. La richesse publique engendre alors la richesse privée, seul fondement durable d'une brillante et réelle civilisation, tandis que la tranquillité assurée aux frontières par des troupes disciplinées, fait renaître, à son tour. le calme οἱ la paix dansles esprits, la prospérité, par le commerce et l'indus trie, dans les différentes classes de la société. Mais finances οἱ armées, civilisation et industrie ne peuvent réellement entrer en pleine floraison qu'aulant que l'arbre social tout entier, et jusqu'en ses derniers rameaux, 50 trouve nourri par une sève abondante et riche en sucs de tous genres : la justice. Arrachez d'une législation les principes de justice éternelle qui la doivent régir οἱ fatalement vous aboutirez à l'anarchie. Privez cerlains individus ou certaines classes d'individus du droit de se défendre et du droit d'être vengés, laissez d'autres citoyens opprimer leurs semblables et commettre impunément liniquité, et toule civilisation ne sera qu'un leurre, une affaire de façade. Derrière elle il y aura des ruines et d’irréparables fissures dans l'édifice encore debout.
Ce fait de politique générale n'échappa — il faut le reconnaître — à l'attention d'aucun empereur byzantin. Presque
tous, au dire des chroniqueurs, même ceux qu'on détestait le plus, s'occupèrent activement de faire régner la justice en leurs états; et si, parfois, ils s'y prirent d'une façon passablement maladroile, du moins y mirent-ils tous quelque bonne volonté. À cel égard. Basile fut assurément le digne successeur de cette lignée de princes qui, depuis Justinien jusqu'au dernier empereur iconoclaste, Théophile. travaillèrent sans relâche à
conserver dans l'Empire byzantin les anciennes traditions romaines de justice et d'équité. Par son exemple comme par ses travaux, il allait renouveler ou sanctionner loute la jurisprudence alors existante et donner aux études de droit un nouvel et bienfaisant essor dont les étapes seront marquées, sous son règne, par la publication du Prochiron et de l'Epanagoge, sous celui de son fils Léon, par les Basiliques, pour aboutir enfin sous le règne de Constantin Monomaque à la création d'une grande école de droit à Byzance. C'est cette réforme de la juslice qu'il s'agit maintenant d'étudier. | Les réformes législatives de Basile sont contemporaines de ses réformes financières, Dès qu'il eut pris en main le gouvernement impérial, il s'occupa de toutes deux à la fois comme étant solidaires l'une de l'autre, Sa méthode fut d'ailleurs identique dans les deux cas. Comme pour les finances, son premier soin fut de choisir de bons juges, intègres et savants, capables de rendre équitablement justice à lous ceux qui venaient à eux, qu'ils aient été lésés par les agents impériaux, les puissants ou leurs égaux, peu importe. Mais ici. Constantin Porphyrogénèle donne d'intéressants détails qu'il importe de souligner !. Pour s'assurer des juges impartiaux, Basile ne craignit pas d'aller les chercher partout où il avait chance d'en trouver. Si au sein des classes dirigeantes il voyait un homme versé dans l'étude du droit, capable d'accomplir la délicate mission qu'il lui voulait confier, lant mieux ἢ mais non plus il ne faisait difficulté d'élever de modestes et pauvres citoyens à ces hautes fonctions de juges. Alors il leur garantissait une généreuse indépendance en leur donnant un traitement annuel et des libéralités de toutes sortes?. C'est que, s'il exigeait des juges de grandes qualités et ἀπὸ science. séricuse — lorsqu'il eut publié le Prochiron, les juges devaient savoir par cœur les quarante titres dont ce recueil était composé — il désirait aussi qu'ils fussent nombreux et facilement abordables. « Il établit des juges, dit son petit-fils, jusque dans chaque rue et dans chaque sainle maison”. » Puis, pour rehausser l'éclat de leur fonction il voulut que les tribunaux d'où parlaient leurs sen-