‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 295 sur 354 · Jbid · texte numérisé non relu

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posait, elle aussi, de divers éléments. Il y avait d'abord les marins du thème, puis les Mardaïtes de Grèce qui paraissent avoir eu une organisation spéciale, enfin des soldats étrangers, à la solde de l'Empire. Au x° siècle, quand des relations amicales uniront Byzance el les Russes, ces derniers prendront souvent part aux expéditions maritimes des empereurs.

Le commandant en chef de chaque flotte provinciale était le stralège. Il avait sous ses ordres les mêmes officiers que les stratèges de l’armée de terre, avec en plus, des kentarches el des protokaraboi (rpuroxäpabot)1, Le commandant de la flotte impériale était le drongaire ( ὁ Gpouyyaptos τῶν rActuwv). Ce drongaire des flottes faisait naturellement partie des 60 grandes dignités de l'Empire et pouvait être patrice. Il étail assimilé, à l'époque de Léon VI, aux 5 stratarches. Lesstratèges des thèmes maritimes avaient donc le pas sur lui: mais, chose curieuse, la composilion même de son ministère est bien plutôt celle d'un domeslique des tagmes que d'un officier d'intendance. Il ἃ, comme toul commandant en chef, sous ses ordres, des topolérèles, un chartulaire, un protomandalor, des comtes, des kentarches, des mandatores. Il a, en outre, comme les stratèges, des comtes de l'hétérie à la tête des détachements étrangers. Il est probable, par conséquent, qu'il n'y avait pas de ministère de la marine à proprement parler. Les affaires matérielles des thèmes maritimes étaient de la compétence des bureaux de l'armée. — Nous connaissons le nom du drongaire de la flotte impériale à l'avènement de Basile. C'était le protospathaire Elie, celui-là mème qui fut chargé de ramener le patriarche Ignace à Constanlinople, Un autre drongaire nous est connu pour celle époque, le patrice Nasar.

Le rôle de la flotte impériale parait avoir été le même que celui des tagmes. Sans doute, elle allait en guerre, même quand l'Empereur restait à Constantinople, — telle la flotte qui partit pour la Crête. — Néanmoins, il est bien sûr qu'elle était mise à contribution surtout et tout d'abord pour défendre la ville el faire la police de la mer, pour être au service immédiat de l'Empereur, peut-être même pour les cérémonies impériales. Le Livre de lAdiministralion de l'Empire? nous apprend, en effel.

ι. Cerent., 1316.

a, De Mdinin.. 11. p. 385.

qu'entre le Palais et la Corne d'Or, au Πέραμα, il y avait toujours une dizaine de chelandia montés par des marins spéciaux. C'étaient les stationnaires de l'Empereur. Ils lui permettaient. en cas d'émeute, de prendre le large : ils devaient aussi, probablement, surveiller, du côté de la mer, les entrées du Palais. Rien d'étonnant dès lors que le drongaire prit place dans l'habituelle proeleusis de l'Empereur lorsqu'il se rendait dans ses Palais de la côte d'Asie, à Hieria, à Bryas ou ailleurs. Il y avait doublement droit, comme chef de la marine et comme chef des marins chargé, au mème titre que le domestique des scholes, de la garde du Basileus.

Quant à la flottille impériale, son organisation se trouva modifiée pour la première fois précisément à l'époque de Basile. Primitivement, les vaisseaux qui composaient cette flotte réunies à Constantinople, étaient de modeste dimension. On les appelait des ἀγράρια. Il y en avait des rouges et des noirs. Les uns élaicnt au service de l'Empereur, les autres au service de l'Impératrice. Trirèmes ou dromons étaient uniquement employés pour la flotte proprement dite. Basile, le premier, au cours de ses voyages, commença à abandonner ces agraria pour se servir du dromon plus commode et plus solennel. I! fit faire le service par les marins attachés aux chaloupes impériales et par les marins du Stenon qui montaient les chelandia. Après lui, cet usage se généralisa. Léon VI ordonna de construire à son usage des dromons et abaudonna lout à fait les anciens bateaux !.

A la tête de cette flottille se trouvait le prolospathaire de la phiale (ὁ πρωτοσπαθάριος τῆς φιάλη,:). Il avait sous ses ordres tous les marins de la ville, sauf ceux de l'Impératrice qui avaient pour chefl'intendant de la table ?. Au protospathaire de la phiale revenait le droit de juger chaque jour les marins et de leur donner les ordres convenables. Il avait son bureau — son tribunal — près de la Phiale du grand Palais : d'où son nom. Sous Léon VI sa situation ne se trouva pas changée du fait de la transformation de son service. Au lieu des matelots des agraria, il δὰ! sous ses ordres les matelots des dromons.

Naturellement, faire partie de la flotte impériale devait être le

τ. De Admin.. ch. 1, pp. 385 et seq.

a. Ibid, p.388,

plus grand désir de tous les marins. Nous en avons une preuve dans ce même chapitre τῷ du De administrando dans lequel Constantin nous raconte l'ascension progressive de deux protospathaires de la phiale. Ils étaient « protélates », c’est-à-dire les premiers des matelots, chefs d'équipes sous les ordres de Nasar, drongaire de la flotte ! ; ils s'appelaient Podarôn et Léon. Au cours du règne de Basile. ils passèrent, à cause de leur habileté, de la flotte, sur les yachts impériaux, avec le mème grade. Puis, sous Léon VI, lors de la créalion des dromons, il fallut un personnel plus nombreux. L'Empereur eut un équipage semblable à celui des stratèges. Les deux protélales devinrent donc « protokaraboi » ou chefs des timoniers. C'est alors qu'en 902 éclata la guerre de Sicile. La flotte impériale, commandée par le drongaire Eustathe, avait besoin de matelots. L'Empereur ordonna donc que tous les marins iraient prendre du service sur les chelandia, les protokaraboï en tête. Podarôn. à son retour, fut créé protospathaire de la phiale, Etantillettré, on lui adjoigoit pour juger un juge de l'hippodrome.

Mais, cependant, pour honorable que fut celte dignité, elle ne pouvait marcher de pair avec les grandes charges de l'Empire. Un prolospathaire de la phiale n'avait pas rang. sembletil, parmi les officiers qui allaient à la cour. Aussi, pour avancer, fallait-il rentrer dans le service actif. De protospathaire de la phiale Podarôn et Léon furent nommés topotérètes de la ΠΟΙ impériale, charge beaucoup plus importante. Le premier acheva sa carrière comme stratège des Kibyrrhéotes ?,

Cet exemple le montre donc. Il y avait, en réalité, à Byzance, trois flottes : la flotte des thèmes, la flotte impériale, la flotte privée de l'Empereur. Cette dernière était la plus brillante, Les marins pouvaient arriver à de hautes situations. A grades égaux avec les marins des autres flottes, ils passaient les premiers: puis venaient les marins de la flotte impériale, enfin ceux des thèmes. Le « curriculum honoris » est donc bien nettement défini. D'un grade quelconque de la flotte ordinaire, on passail au grade correspondant dans la flottille impériale: puis, on rentrait dans la flotte impériale avec un grade supérieur : enfin de la flotte impériale on s'en allait dans celle d'un thème

1. Nous connaissons aussi des « deuteroélates », tel ce Michel qui remplis-

sait celte fonclion sur l'agrarion de Basile. (/bid., 361}. ἃ, De Adinin., ch, τὰς p. 397.

prendre un grand commandement. Aux grades de la flottille correspondaient, évidemment, des litres nobiliaires. Un protélate pouvait être candidat, strator, spathaire, même spatharocandidat, mais c'élait rare f, car un prolokarabos π᾿ ὁ αὶ guère élevé, à l'époque de Basile, à une plus haute dignité que celle de spathaire *?.

Ces quelques renseignements sur la flotlille impériale nous permeltraient déjà à eux seuls de nous rendre compte de ce qu'était l'organisation de l'unité navale, le dromon. Mais, heureusement, nous avons, pour mieux connaitre la marine byzanline entre la fin du 1x° siècle et le commencement du x, une autre source importante : les Taktika de Léon VI. Les Taktika nous apprennent. en effet, ce qu'était le dromon. C'était un vaisseau d'assez grande dimension. S'il ne devait pas être trop lourd et trop difficile à manœuvrer, il ne devait pas être non plus tellement rapide et léger qu'un premier choc pût le mettre hors de service ὃ. IT devait être muni à double de tous les engins nécessaires aux manœuvres comme aux combats, Il y avait des limons de rechange, des avirons, des rames, des cordes et des agrès de tous genres. En outre. le dromon devait porter toujours du bois de construction en abondance, de l'éloupe, de la poix, tout ce qui était nécessaire à la construction et à la réparation du vaisseau. Un constructeur de vaisseau se trouvait à bord ὁ. La proue d'avant était munie d'un instrument que les Byzantins appelaient « siphon, ὁ σίφων » οἱ qui élail recouvert de bronze. Il servait à jeter sur l'ennemi ce feu qu'Arabes et Occidentaux redoutèrent tant. Au-dessus du siphon se (rouvait une sorte de plancher mobile (L:v50747:0v) sur lequel se tenaient pour combattre soldats et matelots5. Les plus grands dromons portaient au milieu du pont une sorte de tour en bois d'où l'on jetait sur l'ennemi des projectiles : pierre, fer, elc., et qui faisaient beaucoup de mal aussi bien aux vaisseaux qu'aux soldats qui

τ. Le protospathaire de la phiale élail nalurellement protospathaire; mais ce n'était pas là chose obligée. Sous Romain Lécapène il y eut un protospathaire de la phiale qui ne fut protospathaire qu'après avoir été nommé à cette charge. De Adm., ch. 11, p. 397.

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