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n'aurait osé en dire un seul mol à sonirrand-pèi si celui-ci ne l'avait un jour forcée à parler. 1 jour donc que Saverio, inquiet des rêveries cor nuelles de sa petite -lille. Tunique créati vivante qu'il lui restât d'une famille nombreu l'interrogeait bien paternellement sur la triste qui venait si souvent assombrir son cliarnu visage, Dionisia, pressée de s'expliquer, roii beaucoup, bésita quelque temps et enfin t avoua au bonhomme qu'un fol amour lui ton au cœur pour le neveu de maître Pasquale, !'< fèvre de la couronne, celui qui avait succédé, < puis nombre d'années, au père de notre viei connaissance, Amaury, autrefois le vaurien. Bien instruite des prétentions du marcha d'or, Dionisia, après qu'elle eut fait conlidenc Saverio de ce qui causait son tourment, pa aussi du prix élevé dont il lui faudrait payer s bonheur: prix auquel ne pourrait jamais espéi
(le pitié , mais d'encouragement, sourire que Dionisia ne vit pas, car Fambitieuse enfant avait baissé les yeux, confuse qu'elle était d'aspirer, de si bas où la fortune Tavait placée, à une alliance désirable pour les plus riches partis de la ville.
— N'est-ce que cela ? dit Saverio en l'attirant vers lui pour la baiser au fronl, il est inutile de trembler de la sorte. Au lieu de souffrir en cachette et d'interrompre tout-à-coup tes chansons que j'aime tant à entendre, il fallait me parler plus tôt de ce qui te chagrine ainsi ; il y a beau jour vraiment que ton mariage serait fait!
Dionisia s'effraya de ces paroles, elle crut que son grand -père était subitement devenu fou. Mais lui , devinant la crainte qu'elle éprouvait , s'empres^sa de la rassurer par mille bons raisonnements et, de plus, il lui permit d'aimer tout haut celui que, jusqu'alors, elle avait à peine osé se nommer en secret. Enlin , pour tranquilliser complètement la conscience de sa lille bien-aimée, Saverio prit sa cape et son bâton.
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— Au revoir dit-il , à Dionisia , je vais de ce pas cliez maître Pasqiiale, et je te promots i\\ik mon retour les accords du mariage seront conclus.
Ils curent beau jeu, les jaseurs de la ville , et Ton peut dire qu'ils s'en donnèrent à cœur joie, lorsque, quinze jours après Tentretien de Dionisia avec son grand-père, ils virent le neveu du riche Pasquale, Tliomme aux lingots d'or, au coffre-fort si plein et si bien cadenassé , laire alliance légitime , et de Taveu de l'orfèvre, avec la petite-fille d'un portier de prison, lequel n'avait même plus pour ressource les modiques appointements de sa charge. On crut d'abord que le vieil orfèvre , sentant sa fin prochaine, et voulant faire pénitence de ce double péché d'orgueil et d'avarice qui lui avait valu la clicntclle delà cour, et par suite, sa fortune, essayait, par un acte public de désintéressement et d'humilité, de racheter son ame singulièrement compromise. Ce pieux dessein, possible à l'égard de beaucoup d'autres, était si invraiseni-
blable à l'endroit de maître Pasquale, véhémentement soupçonné d'incliner au judaïsme, qu'on ne pût s'y laisser prendre long-temps. D'ailleurs le bruit se répandit bientôt que Saverio avait doté sa fille , et le chiffre de cette dot , que la renommée enflait suivant l'usage , parut si exhorbitant, même aux modestes qui se contentèrent de rélever au double de la réalité, que l'union de Dionisia et de l'unique héritier de l'orfèvre se trouva naturellement expliquée. Mais alors ce fut la fortune miraculeuse de Saverio qui devint le texte de toutes les conjectures. Le passé bien connu du gardien des cachots, ne pouvait fournir aucun indice sur la source de ses richesses ignorées, on dût nécessairement les attribuer à la magie. A l'époque dont nous parlons elle donnait la raison de tout ce qui n'avaitpas de cause connue. Ainsi, il demeura prouvé pour les bonnes gens de Chambéry que Saverio, en perdant sa place degeôHor , n'avait fait que changer de maîlre ; car à peine destitué par le nouveau comte régnant, il s'était mis aux gages du dé-
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mon. A ce propos, les mauvais plaisants ne manquèrent pas de dire que Satan s'était laissé prendre à un marché de dupe ; car les prisonniers de la tour avaient donné assez souvent leur gardien au diable, pour que celui-ci lut en droit de le posséder, sans avoir besoin de se mettre en dépense.
Voilà comment devisaient entre eux les jaloux, les curieux et les désœuvrés, que chaque événement tourmente , intrigue , occupe. Il est vrai qu'en ramenant à ses justes proportions la dot de Dionisia , elle était encore assez considérable pour qu'il fut impossible de s'expliquer de quel trésor caché Saverio l'avait tirée.
Un seul connut le secret de cette mystérieuse fortune, ce fut maître Pasquale.
Disons maintenant comment se passa Tentrevue des deux vieillards, quand Fex-geôlier, instruit de l'amour de sa petite-fille, osa se présenter chez l'orfèvre de la couronne, aussi hardiment que s'il avait possédé la charge d'argentier du prince.
La boutique de Pasquale était ouverte à tout venant, il n'eut pas besoin de se faire annoncer avant de dépasser le seuil ; mais lorsque le bonhomme, ayant franchi ce premier pas, voulut pénétrer tout à coup jusqu'à rarrière-magasin , où se tenait habituellement l'orfèvre , les obstacles commencèrent à Tarréier en chemin. D'abord, ce fut un jeune apprenti, gardien de la boutique, qui lui barra le passage en disant ;
— Où allez-vous, brave homme? on n'entre pas ici.
— Je veux parler à maître Pasquale.
— Mon maitre travaille et il ne reçoit personne.
Le grand-père de Dionisia insista pour qu'on avertit , sur-le-champ , l'orfèvre de sa visite. Alors, le prudent garçon qui, à défaut d'une bonne mine, voulait au moins que le costume répondit des intentions du visiteur qu'il était forcé de laisser seul, ne fut-ce qu un moment, au milieu des richesses que renfermait le maga^
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8ii) d'oHcvrerie , le prudent garçon, disonsnous , ne trouvant ni dans la mise, ni dans la )>liysion()niic du nouveau venu, aucune garantie pour les marchandises confiées à sa garde, invita sans façon Saverio à se tenir dehors, tandis (|u'il irait, lui, prévenir maître Pasqaale que (juelqu'un le demandait. Le geôlier dit son nom à Tapprenti et gagna de nouveau la rue; attendant, au soleil, qu'il pliit à Torfèvre de le recevoir. Ayant mis Saverio à la porte , l'apprenti donna, en dedans, un double tour de clé à la serrure; puis, cette dernière précaution prise, il passa dans rarrière-magasin.
Le visiteur n'attendit pas long-temps son envoyé. A peine avait-il achevé son troisième Pater que Tapprenti revint. A la mine enjouée du brave petit garçon, il était facile de s'apercevoir qu'il apportait une bonne nouvelle.
Il rouvrit vivement la porte et dit en s'adressunt ù Saverio , mais touteîoissans lui permettre d'entrer :
— J'ai dit votre nom à maître Pasqiiale ; il vous connaît bien.
— Pardieul qui ne me connaît pas à Chambéry ?
— Il sait que vous avez perdu votre emploi, il y a cinq ans.
— Il ne s'agit pas de cela.
— Au contraire; mon maître s'intéresse à tous ceux qui ont servi feu le comte Rouge, notre glorieuse pratique que Dieu garde en Paradis !...
— Je comprends, interrompit Saverio , c'est en faveur de mes loyaux services sous Tancien règne que votre maître veut bien me recevoir.
Impatienté de tout ce verbiage inutile, il allait^ pour la seconde fois , francbir le seuil de la porte; mais l'apprenti, le repoussant tout à coup, ajouta :
— Il est inutile d'aller plus loin, j'ai votre affaire^; voilà ce qu'on m'a donné pour vous; mais n'y revenez plus , mon maître ne serait pas si généreux une autre fois.
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En finissant , il tendit à Saverio une piécette do cuivre de la valeur de trois deniers
— Hein ! (ju'est-ce c'est que ça ?
— N'y voyez-vous pas clair? c'est une aumône que mon maître vous envoie.
— (irand merci, dit Saverio sans se déconcerter, ce sera pour le premiei' pauvre que je rencontrerai ; — puis , fouillant dans la poche de sa cape, il en tira un carlino d'argent qu'à son tour il présenta à Tapprcnti. — 11 est juste, dit-il , que la peine soit payée. Retourne, surle-champ, auprès de maître Pasquale, et dis lui bien que ce n'est pas un mendiant importun que tu as reçu ; mais un bourgeois de Chambéry qui vient lui parler de la part de notre redouté seigneur Amédée , huitième du nom , qui ne sera pas, si Dieu le permet, moins glorieux que son père.
A la vue du carlino, au nom du prince régnant, l'apprenti de l'orfèvre ouvrit de grands yeux, il tendit une large main et dressa haut ses oreilles. Cette fois, il ne songea guère à [ormer
la porte sur Saverio avaut d'aller montrer à son maître ce qu'il venait de recevoir, et lui répéter ce qu'il avait entendu.
Le rusé bonhomme en était encore au premier mouvement de joie de l'expédient auquel il venait d'avoir recours pour obtenir l'entrevue nécessaire au bonheur de sa petite-fille, quand Tapprenti reparut lui annonçant que maître Pasquale avait hâte de le voir et de se faire pardonner la grossière méprise qe'il venait de commettre.
Saverio ne se fit pas répéter l'invitation , et prenant, au lieu du maintien humble et gêné d'un solliciteur en instance, l'attitude digne et paterne d'un grand seigneur offensé qui apporte le pardon au coupable, il entra enfin dans le cabinet de l'orfèvre.
Pasquale, contre ses habitudes, d'ordinaire peu courtoises , s'était levé pour faire honneur à l'envoyé supposé du nouveau comte de Savoie.