II. NAliVKIlU. J
la lanlalsie f(;rait (iraiultort, et les droits de celle-ci, j*ai prouiis de les laire resj)ecler.
— Soyez tranquille, monsieur, repartit Marluecia; partout où vous passez, vous prenez tant d'amour qu'on ne peut plus en avoir [)our les autres.
il s'agissait de mieux panser les deux blessures de Basile; Amaury et la bonne fdle s'occupèrent activement de ce soin. Tandis que cette dernière cherchait dans un coffre les bandes el les compresses nécessaires au pansement , le sauveur se pencha vers son protégé et lui dit :
— Si vous voulez, l ami, échapper au mauvais sort qui vous menace, ne bougez d'ici jusqu'au moment où, sans imprudence, vous pourrez en sortir. Fiez-vous à moi, mais à moi seul ; pas un mot à qui que ce soit sur ce qui vous est arrivé depuis huit jours ; imaginez que c'est un rêve; soyez muet, et puis courage; c'est moi (jui vous le dis : Benedetta vous sera rendue.
Au nom de sa gentille compagne , Basile , étonné, rougissant, fit un mouvement comme
pour se lever; la vive nngoisse qu'il en ressentit lui arracha un cri si déchirant, que Martuccia accourut effrayée.
— Qu'a-t-il donc? demanda-t-elle.
— Il a voulu parler, et sa vie lient à son silence; ne l'oublie pas, Martuccia.
— Je m'en souviendrai, pour retenir ma langue, si la curiosité me poussait à Tinlerroger.
Ceci convenu, on ne s'occupa plus qu'à soi- {]ner les blessures de Basile, après quoi Martuccia, couvrit le lit de celui-ci avec tout ce qu'elle avait de vêtements chauds ; bientôt après la faiio'ue endormit le blessé.
Amaury, bien que péniblement louché de l'état de son protégé, ne pouvait s'empêcher de lui porter envie. 11 ne lui avait pas fallu faire un grand effort d'intelligence pour deviner et le motif secret de l'enlèvement du novice, et le but de l'assassinat auquel il avait failli succomber. — J'y serais mort moi, sans doute, pensait-il ; mais comme c'eut élé bien couronner ma vie aventureuse! — Martuccia qui se tenait debout
clevant lui, iic coiDprenaiit rien à létranjji; rc- {jard que le vaurien attachait sur son soi-disant ami, lui demanda :
— D'où vient que tu le regardes presque avec colère? 11 ne peut pas parler lui, m'as-tu dit; mais toi, tu vas me dire comment il a reçu ces blessures, quels sont ses ennemis, et pourquoi je dois le cacher ?
— Martuccia , répliqua Amaury, subitement tiré de sa rêverie, si tu ne te sens pas la lorce do le garder chez toi sans m'adresser une seule question, dès ce moment et à tout risque nous allons sortir d'ici.
— Garde ton secret, dit-elle, moi je garde ton ami.
— Oui, mais songe à le garder si bien que personne ne puisse soupçonner sa présence dans ta maison ; que celte porte ne s'ouvre plus (jue pour moi , quand lu devrais, en t'obstinant à la tenir fermée, éloigner les plus généreux de tes galunls.
— ^iuls loi, (loinaucla-i-vllc, rcvieudras-liî "!
— Tous les jours , et non pas eu cachette comme ceux qui attendent la nuit pour te rendre visite; car c'est en plein jour que je veux entrer dans ta maison; bien mieux : je ne me cacherai pas le visage dans mon manteau pour sortir de chez toi.
— En vérité, reprit tout émerveillée la pauvre fille, tu permets que Ton suppose qu'Amaury s'est repris d'amour pour Martuccia.
— Je veux qu'on le croie, je veux qu'on le dise, ma mignonne.
— Alors que les autres viennent maintenant; je t'en réponds, ils trouveront porte close.
Martuccia était vraiment folle de joie et dorgueil ; elle chez qui les derniers de la ville ne pénétraient qu'en prenant soin d'éviter tous les regards, elle allait publiquement recevoir le plus beau et le plus renommé des jeunes galanls de Chambéry ; il est vrai que c'en était aussi le plus débouté.
Au prix d'un tel honneur, elle pouvait promettre discrétion , dévouement, nivslère; elle
LK SAUVELK. 39
engagea son ûme, c'était, de tout ce (ju'elle avait reçu de Dieu, la seule chose (|u'elle nout point encore vendue; elle Ten^jagea, disons-nous, pour rassurer complètement Amaur\' , si toutefois il craignait encore pour son secret, et celui-ci (jui avait de puissantes raisons pour que Ton ne douta L pas de remploi de sa nuit, attendit Theure où la rue de Martuccia était le plus fréquentée, alin d'être rencontré au moment où il sortirait do chez elle. Il revint le soir, avant la nuit tombée, pour qu'on le vit encore.
Durant trois semaines il renouvela ce manège, et durant trois semaines la bonne fllle , avec un désintéressement qui pouvait passer pour vertu dans sa position précaire, tint avec soin sa porte fermée à tout venant.
Béslgnatlon*
Trois semaines s'étaient donc passées depuis cjue Basile avait été confié aux soins d'une pauvre lillc d'amour des environs de la Porte-Reine.
Amaury lit réellement preuve de prudence lorsqu'il délendit à Martuccia de se laisser prendre de folle tendresse pour son intéressant malade. Il ne fallait rien moins que le désir qu'elle éprouvait de reconnaître, par une entière soumission aux volontés du charmant vaurien de Cliambéry, la laveur insi^juc que lui faisait