P. L., t. LV, col
3. « Il y avait deux catégories d'églises, les églises ordinaires, qui n'étaient que des lieux d'assemblées liturgiques, et les églises où reposaient les corps des saints... Le second type n'eût été représenté que par un petit nombre d'édifices sacrés, si l'on s'était borné à y ranger les églises élevées réellement sur les tombes des martyrs, relativement peu nombreux, dont le souvenir et le culte s'étaient conservés. Mais,
LES INVASIONS BARBARES. lO^
et voulu parler d'une translation postérieure. Les premières translations connues sont celles des corps des SS. Prime et Félicien, du cimetière suburbicaire de Nomentum, vers 648, et celle de Ste Béatrice et S. Faustin, du cimetière « ad sextum Philippi », vers 682. Paul I«^ en 757, transporta une grande quantité de reliques, notamment le corps de S. Tarsicius,pour consacrer Téglise qu*il avait bâtie sur l'emplacement de sa maison paternelle, St-Sylvestre in Capite. On voit encore dans le vestibule de cette église une « Notitia nataliciorum Sanctorum Martyrum » ; c'est le catalogue, rédigé à une époque postérieure, des principaux martyrs qu'elle possédait et que l'on y honorait d'un culte spécial (^).
Le pape le plus illustre du VIII* siècle, Hadrien I", ne voulant pas se résigner à enlever les corps des catacombes, fit un dernier effort pour conserver ces cimetières ; il les restaura et s'appliqua à maintenir l'usage d'y aller célébrer les anniversaires des martyrs. La liste de ses travaux nous a été conservée à la fin de sa vie, dans le Liber pontificalis. L'œuvre d'Hadrien fut poursuivie par son successeur Léon HI. Mais le peuple romain avait déjà perdu l'habitude de fréquenter les cimetières souterrains : les efforts des papes n'aboutirent pas.
Aussi Pascal I^^*, vers 817, se trouva-t-il dans la nécessité de reprendre les translations commencées par Paul I®^; aucun pape n'en a fait un plus grand nombre. Les chapelles, même
par une sorte de fiction légale, il fut bientôt adpiis qu'un même saint pouvait avoir un très grand nombre de tombeaux. Une relique quelconque, un linge imbibé de son sang, une fiole d'huile puisée à la lampe de son sanctuaire, un fragment d'étoffe coupé dans le voile qui recouvrait son sarcophage, cela suffit pour le représenter au loin. Posséder un objet de ce genre, c'était posséder le corps même du saint ; le transporter, le déposer dans une église, c'était y enterrer le corps même du saint. On obtenait ainsi des tombeaux représentatifs en aussi grand nombre que l'on voulait. De cette façon, les églises à reliques devinrent bientôt aussi nombreuses que les autres ; elles devinrent même plus nombreuses, jusqu'au moment où, leur prestige étant tout à fait supérieur, il fut impossible de concevoir une église qui n'eût pas de reliques dans son autel. » Duchesne, Origines du culte chrétien, c. Xii, § I. — Cette explication permet de comprendre comment on a pu trouver en Afrique des inscriptions du Ve siècle mentionnant, à Megroun, une « memoria Dmni Pétri et Pauli », à Orléansville, un chrétien enterré « aput (Sancto)s Petru et (Paulu) » ; à Sétif, des « reliquiae Sancti Laurenti Martyris ». Cf. S. Greg. Magn., Epist., 1. iv, 30 {P. L., t. LXXVII, col. 702).