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FONDATION ET DÉVELOPPEMENT DES CATACOMBES. I I

La Via Salaria avait aussi son cimetière, celui de Priscille. De nombreuses inscriptions peintes en rouge témoignent qu'il est d'une grande antiquité. Un des noyaux primitifs fut rhypogée du consul Manius Acilius Glabrio, mort en 94 ou 95 ; on y voit les inscriptions en grec et en latin de plusieurs membres de sa famille.

Dès le III^ siècle, le nombre des chrétiens étant devenu très grand, il fut nécessaire d'avoir des cimetières communs. L'Église alors usa des droits que la loi reconnaissait aux } associations. C'est la deuxième période, celle des cimetières communs, qui va du commencement du III^ siècle à l'an 313. Les cimetières à cette époque s'agrandissent ; aujourd'hui encore on peut souvent discerner, comme l'a fait M. de Rossi pour le cimetière de Calixte, le noyau primitif et les développements ultérieurs. Plusieurs cimetières communs cessent de porter le nom du propriétaire primitif, et prennent celui du Pape qui y a fait des travaux ou d'un martyr qui y est vénéré. Les cimetières privés n'en continuent pas moins d'exîster, même pendant les persécutions où les cimetières communs sont confisqués, tomme sous Valérien et Dioclétien.

Pendant la troisième période, de Constantin à Alaric (313-410), on cesse peu à peu l'excavation de l'immense nécropole souterraine, qui devient un lieu de pèlerinage, grâce surtout aux efforts du pape Damase pour retrouver et orner les tombeaux des martyrs. L'édit de Milan (313) proclama l'existence légale de l'Église comme société, et son droit de posséder. Grâce à cette reconnaissance officielle, on put établir les cimetières à la surface du sol. Néanmoins on creusa encore quelques galeries ; elles sont facilement reconnaissables aux peintures et inscriptions du IV® siècle et au monogramme isolé qui ne se rencontre pas avant cette époque. Les chrétiens désiraient vivement être enterrés près des martyrs, et ce lieu privilégié était mis à un très haut prix, < quem multi cupiunt et rari accîpîunt ». Parfois on creusait de petites chapelles derrière les tombeaux des martyrs, « rétro sanctos », ou à côté. On ne craignait même pas, pour satisfaire cette dévotion, de dégrader des peintures d'une

Il6 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.

époque antérieure. Pendant cette période, les fossoyeurs acquièrent une grande autorité ; ils disposent du terrain, sous le contrôle de l'autorité ecclésiastique. Certaines inscriptions mentionnent de véritables contrats de vente, avec le nom du fossoyeur, le prix du terrain : < Emit a fossore N., et solvît pretium folles (^) N. », quelquefois le nom des témoins du contrat: « Emptum locum a fossore N.praesentia fossorîs N.> On voit très bien que le prix variait suivant la situation du tombeau. Sur les catacombes furent construites des basiliques communiquant avec elles par des lucernaires ou des escaliers. Vers la fin du IV* siècle, les tombeaux souterrains deviennent rares ; des galeries à moitié creusées sont abandonnées. Ce changement concorde avec le triomphe définitif du christianisme en 392.

La quatrième période va de Tan 410 à l'abandon des catacombes. M. de Rossi a pu établir que les inscriptions consulaires des cimetières souterrains ne dépassent pas l'année de la prise de Rome par Alaric (410) et que les monuments sépulcraux sont tous, sauf de rares exceptions, antérieurs au Ve siècle. Cette règle, généralement exacte, est très importante pour la réfutation des erreurs sur la chronologie des inscriptions et peintures chrétiennes, particulièrement des peintures dogmatiques, dont certains protestants ont voulu retarder Texécution presque jusqu'au moyen âge. Il est vrai que des catacombes renferment quelques peintures postérieures au V® siècle; mais il est facile de distinguer ces peintures de celles qui sont contemporaines des tombeaux. Les peintures primitives sont symboliques et se trouvent même sur les tombeaux des simples fidèles : les peintures plus récentes n'ornent que les tombeaux des martyrs et sont surtout décoratives.

Si les catacombes cessent, au V« siècle, d'être des lieux de sépulture, elles n'en continuent pas moins d'être visitées pendant plusieurs siècles encore. Les pieux pèlerins ont laissé -en maints endroits le souvenir de leur passage, leur nom, une invocation, une prière, tracé à la pointe sur l'enduit des

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