CHAPITRE V
houille, ou plutôt quelques grosses racines s'épanouissaient à la surface du banc de houille, mais sans y pénétrer réellement. La séparation entre la houille et la souche du tronc m'a toujours paru nette, ainsi qu'à M. Grand'- Eury. En général, une mince pellicule de schiste fin séparait les racines du banc de houille.
Les troncs dont je viens de parler appartiennent à la famille des Sigillaires, ou peut-être plutôt au genre Syringodendron, qui, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, fait aussi partie de la grande famille des Sigillarinées. La distinction est presque impossible à cause de l'altération des cicatrices foliaires des tiges en place. L'écorce des tiges droites a dû, en effet, souffrir plus de la sédimentation que celle des tiges couchées. Le tassement des sables, sous le poids des assises supérieures en voie de formation, a dû produire, le long des troncs, un déplacement continu des matières sableuses, recevant l'empreinte des cicatrices, par suite, altérer cette empreinte elle-même. Au reste, on rencontre sur ce point non seulement des forêts houillères en place, mais encore de nombreuses tiges couchées suivant le sens même de la stratification. J'ai constaté, en effet, dans mes courses de mines, que les toits des 4 e et 5 e couches du faisceau moyen étaient partout marqués, aux environs de Saint- Ëtienne, par des empreintes de tiges complètement aplaties, ayant m ,15 à m ,60 et même jusqu'à 1 mètre de largeur. Toutes ces tiges, dont les empreintes sont fort nettes, appartiennent à la famille des Sigillarinées; tandis que le toit de la 3 e couche renferme plutôt des empreintes de Fougères. Ainsi donc, lors du dépôt des 4 e et 5 e couches, la végétation locale a dû être spécialement caractérisée par l'abondance des Sigillarinées, et les tiges couchées semblent bien représenter les parties rompues des tiges debout. Bref on voit, par l'exemple du Treuil, non seulement que la végétation s'est développée successivement, sur les mêmes points, à des niveaux fort différents, ce qui suppose l'affaissement du sol ou l'élévation graduelle des eaux, mais encore que, d'un étage au suivant, ou même d'une couche à une autre, les proportions relatives des diverses plantes se sont notablement modifiées.
16d BASSIN HOUILLER DE LA LOIRE.
Ajoutons que le rôle que l'on voit ici jouer aux Syringodendrons» ou en général à la famille des Sigillariuées, a été occupé ailleurs par les Cordaïtées, les Fougères et lesCalamodendrées. D'après les études de M. Grand- Eury, la base du faisceau moyen de Saint-Etienne est surtout caractérisée par les Fougères, le haut par les Calamodendrées. Les Si gil la ri nées, partout si abondantes dans le terrain houiller moyen, n'occuperaient plus qu'une place assez restreinte dans le terrain supérieur; elles se seraient en quelque sorte exceptionnellement localisées dans les 4* et 5 e couches dont je viens de parler.
Notons encore que l'origine végétale de la houille, déjà évidente par ce qui précède, a été, en outre, pleinement confirmée par l'examen microscopique de la houille elle-même. On reconnaît, jusque dans la houille la plus compacte, une succession de lames, les unes d'origine corticale, les autres d'origine foliaire. En un mot, la houille se compose surtout d'une accumulation de feuilles et d'écorces, régulièrement couchées les unes et les autres parallèlement au plan de la couche. Çà et là seulement apparaissent aussi des lits de fusain, dont la structure fibreuse dénote l'origine ligneuse. Ce sont les restes de Conifères, sous forme de débris fragmentaires.
§ 66. — Les éléments dont se compose la houille étant ainsi connus, on peut se demander comment ces feuilles et ces écorces ont pu former des couches puissantes et régulières, et comment ces couches ont pu se superposer, avec intercalation de bancs de grès ou de schistes, au nombre de 20, 30, 40 et plus?
Certains géologues ont admis jadis l'accumulation par voie de flottage; l'eau aurait entraîné les troncs et les feuilles des continents vers des bassins (lacs ou lagunes) , où les végétaux auraient graduellement coulé au fond de l'eau. Cette hypothèse soulève des objections auxquelles on ne peut répondre d'une façon satisfaisante. Comment concevoir dans ces conditions la formation d'une couche uniforme et continue? Je sais bien que, dans nos bassins limités du centre de la France, les couches ne brillent pas par leur régularité parfaite; et cependant, même dans ces petits bassins, on peut suivre une même couche sur 5, 6,