CHAPITRE V
10 kilomètres en direction, et sur au moins 2, 3 et 4 kilomètres en largeur. Et si, de là, nous nous transportons vers les grands dépôts du terrain houil- 1er moyen du Nord, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique surtout, où les mêmes couches ont dix, vingt, trente fois plus d'étendue, on est amené à se demander comment, par voie de flottage, il eût pu se former, sur une pareille surface, une couche régulière, uniquement composée d'éléments végétaux? Lorsqu'on étudie l'embouchure d'un grand fleuve, comme le Mississipi, on y rencontre bien de nombreux troncs d'arbres; mais ils sont toujours irrégulièrement dispersés au milieu des sables et de la vase.
Un courant qui arrache de gros troncs entame aussi le sol et entraîne au loin de nombreux galets. Ces galets se déposent, il est vrai , dès que la pente devient moindre; bientôt les' troncs ne sont plus associés qu'à de menus sables, ou à de la vase en quelque sorte impalpable. D'autre part, tout le monde sait que les eaux des grands fleuves, qui charrient des troncs, sont toujours troubles et que les éléments minéraux, annuellement amenés par ces fleuves à la mer, se chiffrent par milliers de tonnes. Dubuat a constaté d'ailleurs, par des expériences directes, qu'un cours d'eau entame l'argile dès que sa vitesse atteint ,n ,08 par seconde, et le sable fin lorsqu'elle monte à m ,16. On voit donc que la conséquence inévitable du charriage par les eaux est un mélange, ou une alternance plus ou moins intime, de boue et d'éléments végétaux. Or c'est précisément ce que nous avons constaté dans certaines couches de houille où des schistes fins se développent, sous forme de lits minces, entre les bancs de matière combustible, et tendent même à les remplacer presque entièrement sur quelques points; nous rappelons la 13 e couche au Sud du puits Saint-Claude de Méons, et la 8 e couche dans la partie Sud des concessions de Bérard et de Monthieux (§ 19).
Ailleurs, et c'est même un fait à peu près général, les bancs de houille pure, dont se composent les couches, sont séparés les uns des autres, d'une façon presque constante, soit par de minces lits de schistes, soit par de faibles nerfs de grès, dont les éléments n'ont pu être amenés que par de
l'eau en mouvement. Ainsi donc, de quelque façon que les débris végétaux aient été accumulés, il est évident qu'à certains moments et sur certains points des eaux troubles ont dû envahir le dépôt végétal et le couvrir d'une mince couche de vase ou de sable fin. C'étaient, à n'en pas douter, des inondations de faible durée, qui auront couvert momentanément les débris végétaux, si nous les supposons accumulés à sec, ou qui auront envahi, d'une façon transitoire, le vaste bassin à eaux peu profondes et limpides, dans lequel les feuilles et les tiges se sont lentement déposées. Dans les deux cas, d'après les faits que je viens de rappeler, la végétation se serait développée, sur place, dans des lieux bas et humides, ou dans un marécage proprement dit très peu profond. Les feuilles et les tiges à rapide croissance auraient constamment jonché le sol de leurs débris, qui se seraient plus ou moins accumulés à sec, dans le premier cas ; au fond de Veau stagnante, dans le second. En réalité, les deux modes ont dû se produire simultanément. Dans les parties basses, plus faciles à submerger, se seront formées des couches impures à nombreux éléments schisteux; dans les parties plus élevées, ou mieux protégées contre les inondations, des couches moins entrelardées de parties terreuses. On conçoit aussi que la végétation ait pu commencer plus tard, ou ait été moins active, sur certains points que sur d'autres, par suite du défaut d'eau; qu'ailleurs, enfin, elle se soit arrêtée plus tôt par des motifs analogues. Ainsi s'expliqueraient les variations de puissance si fréquentes dont nous avons parlé au § 19.
Disons ici que ce double mode de formation, que je viens de rappeler, se rencontre dans les tourbières actuelles. Les tourbes des vallées sont terreuses, parce qu'elles sont submergées périodiquement à chaque crue. Les tourbières des hauts plateaux ne sont jamais, ou tout au moins rarement, inondées; elles se développent sur terre sous la simple influence des brouillards et des rosées abondantes des montagnes. Certains arbres, tels que le sapin blanc, le bouleau, divers saules, etc., y croissent en même temps et contribuent aussi, par leurs débris, à la formation de la couche tourbière. J'ai constaté maintes fois ce fait dans mes courses de montagnes du plateau central, du Jura et des Alpes. En exploitant ces tourbes