CHAPITRE V
on y rencontre des souches et des troncs couchés qui se transforment en bois fossiles. J'ajouterai que, dès 1838, le professeur Link, de Berlin, avait reconnu au microscope que ces tourbes compactes renferment souvent de véritables feuilles, et que la houille, comme la tourbe, se compose pour ainsi dire exclusivement de tissu cellulaire 1 . Par le rapprochement que je viens de faire, je ne veux pas dire cependant que la houille soit la tourbe des temps paléozoïques. Je sais parfaitement que la véritable tourbe exige un climat et des conditions tout autres que ceux de la période houillère, que, d'ailleurs, les plantes des deux époques sont totalement différentes. Je veux dire seulement que le mode de formation a dû être analogue. Les végétaux de l'époque houillère, comme les tourbes de la période actuelle, se sont développés sur place, et si, dans certains cas, les débris de ces végétaux ont pendant quelque temps flotté à la surface d'eaux stagnantes, l'accumulation des débris par strates successives n'exige pas nécessairement l'intervention d'une nappe liquide. Et, si parfois cette nappe fut animée d'une certaine vitesse, il en est résulté immédiatement un véritable arrêt dans la formation du dépôt combustible ; un lit de boue, ou de sable, a pris la place de l'élément végétal. Sur ce point, je ne puis donc admettre entièrement la théorie de M. Grand'Eury. Il nie la formation proprement dite sur place, parce qu'il n'a constaté nulle part un tronc ou une souche dans les couches de houille elles-mêmes. Il admet un certain flottage, le transport peu lointain, depuis la terre ferme où la tige a vécu, jusqu'au bassin où les débris végétaux se seraient déposés. A ce mode de formation j'oppose non seulement l'objection, déjà tirée du courant qui aurait entraîné le sol aussi bien que les feuilles et les tiges, et accumulé les débris végétaux fort inégalement, mais encore l'impossibilité de concevoir une terre marécageuse assez étendue pour couvrir d'une puissante couche de débris végétaux plusieurs milliers de kilomètres carrés, comme il s'en rencontre, à chaque pas, dans les grands bassins houillers du Nord. M. Grand'Eury oppose à la formation sur place l'absence