‹ Bassin houiller de la LoireChapitre 106 sur 144 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les débris se sont accumulés, sans transport sensible, au fond d'une eau stagnante, peu profonde, et même probablement, tout a usai souvent, sur un sol humide non inondé.

§ 67. — Mais d'où vient l'alternance des couches de houille et des bancs de roche ? Au fond, ces roches représentent simplement, sur une plus vaste échelle, les lits schisteux et les nerfs qui sous-divisent en général les couches de houille. Au lieu d'un simple trouble passager, d'une inondation de faible durée, la végétation houillère a été arrêtée, dans son tranquille développement, par de forts courants d'une durée prolongée. Leur existence est prouvée par les érosions précédemment signalées (§ 25), et par les sables qui ont graduellement envahi et couvert les forêts houillères. Le sol a dû s'affaisser par intervalles, comme je l'ai constaté en étudiant le régime des failles (§ h 5). La végétation ne fut cependant pas toujours complètement anéantie, puisqu'on observe, dans beaucoup de grès et à tous les niveaux, des forêts ou des troncs isolés en place, dont les écorces se sont conservées, sous forme de houille, entre les grès extérieurs et les moules intérieurs du tronc évidé. Mais ces sables prouvent que les eaux étaient alors 'fortement agitées et n'ont pas permis le tranquille dépôt des débris végétaux. Ceux-ci furent, ou détruits par putréfaction, ou entraînés et dispersés au loin.

Cependant, à la longue, le sol affaissé fut de nouveau nivelé et la dépression comblée. Un deuxième marécage a pu s'établir au-dessus du premier, maintenant enfoui sous un épais banc de sable ou de vase. La végétation houillère s'est alors derechef développée paisiblement, pendant un long espace de temps, et une nouvelle couche s'est formée dans des conditions peu différentes de celles de la première, du moins lorsque l'abaissement du sol n'a pas dépassé notablement .10, 20 ou 30 mètres. Mais dès que le massif stérile atteint 100 mètres et plus, comme celui qui sépare la 8° couche de la 7 e à Saint-Étienne, et surtout lorsqu'il monte à 500 et peut-être même à 800 ou 900 mètres, comme à Saint-Chamond, entre l'étage de Rive-de-Gier et ceux de Saint-Étienne, alors l'affaissement a dû

atteindre des proportions inusitées, Par suite, un temps extrêmement long

a dû s'étendre entre les deux périodes de végétation calme ; et celle-ci a pu alors se modifier quelque peu. C'est ainsi, en effet, que, dans le cours de la longue période houillère, on voit apparaître successivement les Sélaginées, les Sigillarinées, les Cordaites, les Fougères et finalement les Calamodendrées ; et ce sont précisément ces modifications qui permettent de classer les couches houillères d'après leur flore.

L'affaissement graduel dii sol, alternant avec le développement de végétations successives, en divers points d'une même verticale, s'est d'ailleurs reproduit jusqu'aux époques les plus récentes. MM. Laurent et Degonssée, en creusant des puits artésiens à Venise, ont rencontré, à AO, 60, 100 et 120 mètres de profondeur, plusieurs bancs de lignite et d'argile charbonneuse qui prouvent une végétation locale à divers niveaux ; par suite, l'affaissement notable du sol actuel, et l'ensablement graduel des lagunes, grâce aux débris amenés, dans le golfe de Venise, par le Pô, l'Adige, le Tagliamento et

les autres nombreux torrents qui descendent des Alpes vers la mer 1 . Ainsi donc, si la végétation a changé de nature, si le climat s'est notablement modifié, les conditions générales sont restées les mêmes. Si le sol s'affaisse aujourd'hui encore le long de certaines eûtes, si de récentes tourbières, formées en dedans de cordons littoraux, ont été couvertes de sables et de boues fines, les mêmes phénomènes ont eu lieu avec plus ou moins d'énergie à toutes les époques. On constate tour à tour une végétation locale fort énergique, puis l'ensevelissement des débris végétaux sous d'épais bancs de vase et de sable.

Rappelons d'ailleurs que le sol houiller dû bassin de la Loire s'est affaissé fort inégalement sur divers points. Au centre, et surtout le long de la lisière Sud, l'affaissement a duré plus longtemps que dans la région Nord et vers les deux extrémités. Ces parties centrales, en dehors desquelles les étages supérieurs sont inconnus, sont en partie limitées par de grandes failles, le long desquelles le mouvement a surtout dû s'opérer. Ce sont elles qui ont, par suite, joué un rôle prédominant lors de la formation du dépôt

4. Bulletin de la Société géologique, V série, t. VU, p. 484 «

Page 1