CHAPITRE V
houiller. Or ce rôle, je ne puis le bien préciser qu'après la description de chacun des districts et de leurs principales failles. Je reviendrai donc, après l'étude spéciale des divers districts dont se compose le bassin, sur cette question du rétrécissement graduel du bassin houiller, lors du dépôt de ses étages supérieurs.
§ 68. — Une dernière question se pose naturellement, lorsqu'on s'occupe du mode de formation de la houille. Comment les végétaux enfouis se sont-ifs modifiés au point de devenir de la houille? Sans pouvoir entièrement soulever le voile qui nous cache encore le secret de cette curieuse transformation, on peut cependant signaler certains points qui semblent hors de doute.
On sait que les végétaux, par leur macération prolongée dans l'eau, perdent peu à peu leur oxygène, tandis que le carbone tend à augmenter relativement dans la masse brune ou noire, formant le résidu de cette lente transformation (§ 1x9). Le tissu ligneux se compose, en moyenne, de 50 de carbone, 6 d'hydrogène, 42 d'oxygène, plus 2 de cendres et d'azote ; les tourbes et les bois fossiles tiennent déjà 60 de carbone pour 6 d'hydrogène et seulement 30 à 32 d'oxygène. Dans les lignites proprement dits le carbone monte à 70, contre 25 d'oxygène, et dans les houilles, comme nous l'avons dit (§ 50), le carbone dépasse 75 et l'oxygène descend au-dessous de 20.
Ainsi le simple séjour dans l'eau, ou plutôt dans la terre humide, a dû lentement transformer le tissu cellulaire des plantes houillères.
Un second point, également acquis, est l'accroissement du carbone avec la profondeur, et cela, soit que l'on descende, dans une couche donnée, des affleurements vers l'aval pendage, soit que l'on passe des couches supérieures aux couches inférieures d'un même district (§ 52). Cette influence positive de la profondeur ne peut guère s'expliquer que par l'accroissement de la chaleur centrale, qui a éliminé les éléments volatils, en proportions croissantes, à mesure que la température est devenue plus forte. On sait qu'aujourd'hui cet accroissement de température est d'un degré centigrade par 30 à 35 mètres d'approfondissement; mais il a dû être plus
rapide lors de l'antique période houillère, puisque la croûte solide du globe était alors moins épaisse. Or la température moyenne était à cette époque, à la surface du soi, au moins égale à celle de nos zones torrides, c'est-à-dire de 25 à 30% par suite, d'environ 50° à 500 mètres de profondeur, et de 70° ou 80° à 4,000 mètres. On conçoit aisément qu'une pareille température, agissant sur les débris végétaux pendant des milliers d'années, ait pu non seulement modifier la proportion des matières volatiles, mais encore changer le mode de combinaison des éléments restants, de façon à produire des houilles plus ou moins collantes, ou bitumineuses, et, dans les cas extrêmes, des charbons maigres passant aux véritables anthracites.
On peut se demander cependant si la nature primitive de la végétation n'a pas eu également une certaine influence sur la qualité des houilles.
Une influence physique sans nul doute; des feuilles minces ont dû fournir une houille plus friable que l'écorce dure des Fougères, des Cordaïtes et des Sigillaires; et nous savons, d'autre part, que le tissu ligneux s'est transformé en fusain minéral. Mais lorsque nous voyons une même couche devenir plus grasse ou plus riche en matières volatiles, en passant d'un district au district voisin (§52), on ne peut guère attribuer ces changements à une modification dans la nature des végétaux, car, nous l'avons vu, dans une couche donnée la végétation est sensiblement uniforme; elle ne varie guère d'un district à l'autre; et, d'ailleurs, la composition chimique du tissu végétal reste la même dans les diverses familles ou genres de plantes; les seules modifications portent sur les substances incrustantes accessoires, telles que les résines, les gommes, les matières colorantes, etc. , dont la proportion relative est toujours faible.
D'autres causes, purement locales, ont dû influencer les débris végétaux, je dis les débris, car les plantes elles-mêmes n'ont pas varié, je le répète, d'un district à l'autre, et le climat ainsi que l'exposition étaient alors bien certainement, dans ces marécages houillers, complètement uniformes. Mais, après leur enfouissement,' les amas combustibles ont pu subir des influences inégales de la part du sol. Nous verrons, dans le chapitre suivant, que, pendant la période houillère même, et durant les longues