‹ Bassin houiller de la LoireChapitre 116 sur 144 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le grisou on le sait, est le gaz combustible, hydro-carburé, que Ton rencontre, à peu près partout, dans les mines de houille. Non mêlé d'air, il est formé de 80 à 95 pour 100 d'hydrogène proto-carboné (gaz des marais), auquel se trouvent associées de faibles doses d'un autre carbure plus riche en carbone.

Outre cela, on y trouve aussi, assez souvent, un peu d'azote et d'acide carbonique. L'oxygène libre ne semble s'y rencontrer que là où il est mêlé d'air, auquel cas la proportion d'azote est toujours forte. Le grisou, non mêlé d'air, brûle tranquillement, avec flamme blanche jaunâtre, et non avec la nuance bleue de l'oxyde de carbone, comme on l'a affirmé assez sou* vent. La couleur bleue ne se manifeste que là où le gaz est mêlé d'air, dans l'intérieur des lampes de sûreté par exemple. Comme preuve de la couleur blanche, on peut mentionner les jets, ou soufflards enflammés de certaines houillères, qui ont servi à l'éclairage : Je citerai aussi l'expérience suivante qui m'est personnelle. En 1834, on avait encore l'habitude, dans certaines mines de Sain t-É tienne, d'enflammer chaque matin le gaz accumulé pendant la nuit. Voulant m'assurer du degré de danger qu'offrait le métier d'allumeur de grisou (canonnier ou pénitent) , je fis mettre le feu au gaz, en ma présence, dans les travaux de la treizième couche de la mine de Méons, après m'étre assuré, avec une lampe de sûreté, que le gaz n'occupait réellement que les parties hautes de certaines galeries. Couché à terre, je vis alors une nappe lumineuse blanche envahir toute la partie haute de la galerie et y persister sans détonation pendant plusieurs secondes.

La densité du grisou est voisine de celle du gaz des marais, c'està-dire en moyenne d'environ 0,60; il s'accumule, par suite, dans le haut des chantiers montants et dans les cavités (cloches), que présente le toit des galeries de niveau. Dès qu'il est mêlé d'air, il peut faire explosion comme tout gaz tonnant. L'explosion atteint le maximum d'intensité, d'après Davy et M. Mallard, lorsque le mélange contient 12 à 14 pour 100 de grisou proprement dit ; mais il ne prend plus feu, au contact d'une lampe allumée, dès que l'air en renferme moins de 6 à 7 pour 100, du moins à la température ordinaire; mais il se pourrait que le mélange détonât, s'il

était fortement chauffé, même avec une teneur plus faible. S'il en était ainsi, une explosion, provoquée dans un mélange riche, pourrait se propager dans les régions occupées par un mélange pauvre ; aussi n'est-il pas certain qu'une atmosphère, tenant moins de 6 pour 100 de grisou, puisse être considérée comme inoffensive en toutes circonstances. D'autre part, lorsque la proportion d'hydrogène carboné atteint 30 pour 100, une lampe de sûreté s'y éteint à cause du défaut d'oxygène, mais une lampe ordinaire déterminerait l'inflammation immédiate du gaz qui brûlerait alors, en présence de la nappe d'air inférieure plus dense, sans détonation, à la façon de la masse gazeuse ci-dessus mentionnée.

Et maintenant d'où vient ce gaz? L'expérience prouve que, le plus souvent, il se dégage de la houille elle-même. Dans les chantiers, où se montre le gaz, on en tend une sorte de bruissement, de crépitation, provenant de la rupture de minces pellicules de houille. Le gaz parait renfermé, sous forte pression, dans les pores du charbon minéral, et s'y trouve très probablement à l'état de carbure liquide. La majeure partie se dégage de là, dans

les premières heures après l'abatage, lors de la mise à nu du front de taille; mais le dégagement se poursuit néanmoins, presque indéfiniment, quoique très affaibli, car le grisou se renouvelle et s'accumule sans cesse dans les montages et les cloches, même lorsque de longues années se sont écoulées depuis le percement de la galerie en question. C'est de ces cachettes, et surtout des vieux travaux incomplètement remblayés, que le grisou tend à envahir le reste de la mine, dès que le baromètre subit une dépression intense et rapide. Il importe donc de veiller spécialement sur l'état de la mine, quand le baromètre est resté longtemps fort élevé, et d'activer l'aérage dès que la baisse commence à se manifester.

Enfin, une dernière question se présente au sujet du grisou. Y a-t-il quelque rapport entre la nature de la houille et l'abondance du grisou? Les observations sont encore insuffisantes pour pouvoir répondre, dès maintenant, d'une façon positive. Cependant il semble résulter, des faits recueillis à Saint-Étienne et ailleurs, que le gaz est d'autant plus abondant que l'oxygène est en proportion moindre dans le combustible. Dans les mines où

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