CHAPITRE VIII
§ 78, — Noos avons déjà vu (§ 7) que le terrai u houiller de la Loire occupait, au sein des terrains anciens, une dépression triangulaire qui s'étend des bords de la Loire aux rives du Rhône, et qu'il dépassait même ce dernier fleuve, auprès de Givors, pour se perdre, dans la direction du Nord-Est, sous la plaine tertiaire et quaternaire du Dauphiné.
En 1813, lorsque l'ingénieur des mines Beaunier fut chargé de l'étude de ce bassin, les travaux souterrains étaient encore trop peu développés pour pouvoir fixer les rapports de superposition entre les couches de ses diverses parties. Beaunier dut se contenter de signaler les groupes de couches, dont les affleurements élaient visibles h la surface du sol, sans r echercher leur âge relatif. Chaque district était alors considéré comme une unité indépendante. On supposait en particulier que le bassin de Rivede-Gier n'avait aucun rapport avec celui de Saint-Étienne, et cette opinion était encore assez générale, lorsque je commençai, en 1835, mes premières études du bassin de la Loire. Je ne m'occupais d'abord du bassin houiller qu'à bâtons rompys, car mon temps se trouvait alors absorbé par l'étude géologique générale du département.
Cependant, dès janvier 1845, je remis à M. Migneron, qui présidait alors la commission chargée d'évaluer les réserves disponibles du bassin de la Loire, une note manuscrite sur l'existence de trois séries ou fais-
ceaux de couches dans le seul district de Saint-Étienne, et, peu après, je pus établir, avec non moins de certitude, que les assises de Rive-de-Gier devaient passer au-dessous des couches les plus anciennes de Saint- Étienne. Enfin, en mars 1847, je publiai, dans l'annuaire de la Loire, le résultat de ces premières études et, vers la fin de la même année, une carte d'ensemble du bassin houiller, à l'échelle de 1/50,000, indiquant les limites des quatre séries de couches, avec texte et coupes à l'appui. Depuis lors, je n'ai cessé de suivre le développement graduel des travaux souterrains, et, si, dans les détails, les divisions adoptées ont dû subir quelques légères modifications, la classification générale de 1847 est demeurée intacte. Le bassin de la Loire comprend réellement, comme nous allons le voir, quatre faisceaux de couches tout à fait distinctes : une première série, à la base, surtout développée à Rive-de-Gier, puis les trois séries de Saint-Étienne, dont la plus inférieure comprend Saint-Chamond , avec les régions Nord et Ouest du district stéphanois ; tandis que les séries supérieures n'en occupent que la partie centrale.
Les rectifications dont je viens de parler ont été signalées dans une notice insérée, en 1866, dans le bulletin de la Société de l'industrie minérale ' .
Ajoutons que les cartes et coupes que je fais paraître aujourd'hui, représentent, autant que possible, l'état actuel des connaissances acquises par l'ensemble des travaux souterrains.
§ 79. — Cela dit, avant d'aborder l'étude proprement dite du bassin de la Loire, il convient d'exposer les principes qui m'ont permis de fixer la succession des couches du bassin.
La question vaut la peine d'être approfondie, car elle n'est pas aussi simple qu'il semble au premier abord. Les failles sont tellement nombreuses et considérables dans le terrain houiller de la Loire; les couches combustibles y varient si rapidement de puissance et de nature; le toit, le mur, les roches, qui séparent les couches les unes des autres, sont sujets à de tels
4. Bulletin de la société de l'industrie minérale, 4" série, t. XL