‹ Bassin houiller de la LoireChapitre 120 sur 144 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

changements qu'il est souvent bien difficile de dire, d'une façon positive, si les veines de deux districts voisins sont parallèles on d'âge différent. Si toutes les couches affleuraient d'une façon régulière, si aucune faille ne passait entre elles, ou bien si une série de puits voisins les avait toutes recoupées, ou encore, si les travaux souterrains étaient partout contigus, il n'y aurait aucune difficulté ; mais tout cela n'existe pas, et surtout n'existait pas, il y a trente à quarante ans, lorsque je commençai l'étude du bassin.

On supposait alors à priori que le bassin ne renfermait, dans son ensemble, qu'un petit nombre de couches, et en particulier une seule grande masse. C'était, en quelque sorte, un axiome admis, que personne ne songeait à prouver. Quant aux plantes fossiles, elles ne pouvaient être d'aucun secours, même en admettant qu'elles fussent parfaitement connues, et que j'eusse été apte à me servir de ce moyen, car chacun sait que l'on est naturellement exposé, en pareille matière, à se mouvoir dans un cercle vicieux. Avant de pouvoir se servir des fossiles pour reconnaître un groupe de couches, il faut nécessairement fixer d'abord, par la stratigraphie, dans une partie au moins du bassin, la succession réelle des couches. Or là est précisément la difficulté, lorsque les affleurements sont peu nets et que des failles viennent troubler la continuité des veines à la fois suivant le sens de la direction et suivant celui de l'inclinaison. Pour pouvoir s'orienter, il fallait trouver d'abord quelques repères fixes, en particulier la base et le sommet du dépôt.

En parcourant le bassin en divers sens, je reconnus d'abord qu'à la base du dépôt de Rive-de-Gier se trouvait une brèche, qui se prolonge à l'Ouest vers Saint-Chamond et Saint-Étienne, tout le long de la lisière Nord du terrain houiller, et que pareille brèche ne se rencontrait nulle part ailleurs dans les parties hautes du bassin.

Je constatai, en second lieu, qu'à cette brèche venait se superposer, à Rive-de-Gier même, d'abord un étage houiller puis un épais poudingue stérile, lequel se poursuit, à son tour, vers Saint-Chamond et Saint-Étienne, parallèlement à la brèche de la base. Je pus même reconnaître, en divers points, entre les deux massifs stériles, au Nord de Saint-Chamond et de Saint-Étienne, les traces de l'étage houiller, ou en tout cas sa ligne d'affleu-

rement théorique, c'est-à-dire la ligne suivant laquelle le poudingue à galets roulés vient recouvrir la brèche à fragments anguleux.

J'observai ensuite, à Sainl-Chamond et au Nord de la ville de Saint- Etienne, au-dessus du poudingue stérile, dont je viens de parler, un nouveau

massif houiller, dont toutes les assises plongent en général au Sud-Sud-Est, vers l'axe du bassin, avec relèvement inverse le long de sa lisière Sud.

A Saint-Chamond même les couches de houille sont encore peu nombreuses ; mais au Sud de Sorbiers, vers le haut de la vallée du Lan go n an, on voit graduellement de nouvelles couches se superposer à celles de Saint-Chamond, et, si l'on traverse, à partir de Reveux, du Nord au Sud, le Crét du Ronzy, puis la colline du Bois d'Aveize, en face de la Barallière, on recoupe successivement la plupart' des couches du massif spécial de Saint-Étienne. C'est une sorte de coupe type des veines dont il se compose. Il ne faudrait pas croire cependant que la succession des assises soit parfaitement continue. Elle est troublée par des failles comme les autres parties du bassin, et quoique l'ensemble soit relativement régulier et assez complet, il devenait pourtant nécessaire de multiplier les coupes, dans les régions voisines, afin de combler les lacunes et de lever les derniers doutes. C'est ainsi qu'en comparant entre elles une série de coupes parallèles Nord-Sud, passant par la Chazotte, le Montée), Chaney et Méons, j'ai pu arriver à fixer la succession des couches inférieures du massif stéphanois, je veux dire, de celles qui affleurent sur le versant Nord du Crôt du Ronzy. C'est ce que j'appellerai désormais l'étage inférieur de Saint-Étienne.

En descendant ensuite vers la Barallière, le long du revers Sud du coteau du Ronzy, on constate qu'au toit de la série inférieure succède un ensemble d'assises stériles dont la puissance est de 150 à 200 mètres, puis un nouveau groupe de couches qui affleurent auprès de la Barallière même, avec plongée, toujours identique, vers le Sud-Sud-Est. J'ai appelé ce deuxième faisceau, étage moyen de Saint-Étienne. Mais là encore, pour avoir un type plus complet de l'étage en question, il a fallu comparer entre elles une série de coupes parallèles voisines, passant par le Grand- Cimetière, la Barallière, la Tardiverie et Côte-Thiolière.

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Poursuivant ces diverses coupes vers le sud» on franchit un nouveau massif stérile de 100 à 150 mètres, puis on arrive au pied du coteau d'Aveize, où affleurent les diverses couches du troisième faisceau, celles qui forment l'étage supérieur de Saint-Étienne. Gravissant le coteau, on trouve enfin, vers le haut de la crête, le deuxième repère dont j'ai parlé, le sommet du dépôt houiller du bassin de la Loire, un poudingue et grès quartzo-ferrugineux stérile. C'est bien le sommet, car si Ton redescend du haut du coteau, le long de la pente opposée vers le sud, on ne tarde pas à retrouver, sous le poudingue ferrugineux, les couches du faisceau supérieur, se relevant toutes, en sens inverse, vers la lisière Sud du bassin. Arrivé au pied méridional du coteau d'Aveize, dans la vallée du Janon, où est bâtie la forge de Terrenoire, on relrouve aussi l'affleurement Sud du massif stérile, que je viens de signaler entre l'étage supérieur et l'étage moyen; mais ce dernier et surtout l'étage inférieur sont peu visibles; ils viennent buter contre la faille-limite du Sud, et furent laminés, par le fait du brusque relèvement des assises houillères, le long du pied de la chaîne du Pilât.

Le repère du sommet une fois fixé, il devenait possible de retrouver ailleurs, dans le bassin de Saint-Étienne, les trois étages houillers dont je viens de parler. C'est ainsi qu'en partant du coteau de la Richelandière, et se dirigeant de là vers le Nord, on retrouve successivement l'étage houiller supérieur dans le flanc Nord de ce coteau, l'étage moyen sous la plaine de Bérard et du Treuil, l'étage inférieur, au Nord de la plaine du Treuil, dans les affleurements de l'Etivalière, enfin le grand massif stérile de Saint-Chamond au Mont-Reynaud, et au delà la brèche de la base.

De même, en partant de la crête arrondie du Mont-Ferret, au Sud de la ville de Saint-Étienne, et marchant vers le Nord Nord-Ouest, on rencontre l'étage houiller supérieur, au-dessus de Beaubrun, à l'extrémité Nord des travaux de la Chauvelière; au-dessous, Je massif stérile du sommet de Montsalson, ensuite, le long de la pente Nord du coteau, la série des affleurements de l'étage moyen, et finalement l'étage inférieur dans le fond de la vallée du Cluzel.

Ainsi encore, en partant du Deveix, prolongement occidental du Mont- Fer ret, et descendant de cette hauteur dans la direction du Sud, vers la Ricamarie, on coupe transversalement, de haut en bas, à partir du poudingue supérieur, les nombreux affleurements des étages supérieur et moyen, aux lieux dits la Béraudière et le Brûlé; enfin, à la Ricamarie, on découvre, comme à Terrenoire, les traces de l'étage inférieur, relevé et laminé le long de la faille limite de la chaîne du Pilât.

Ces indications doivent suffire pour faire connaître la méthode suivie lors de ma première étude du bassin, vers les années 1843 à 1847, pour la détermination de la série complète des couches dont il se compose. Dans là deuxième partie de ce travail, dans la description spéciale des divers districts, je ferai connaître les quelques incertitudes qui subsistent encore au sujet du classement positif de certaines couches, et aussi les confirmations que les travaux, exécutés depuis trente ans, sont venues apporter aux conclusions de mon premier travail de 1847.

l'ajouterai que j'ai adopté, en général, les noms sous lesquels les couches exploitées étaient désignées dans les principales mines, avec leurs numéros d'ordre comptés de haut en bas.

Ainsi, dans l'étage de Rive-de-Gier, dont l'exploitation était déjà fort avancée, j'ai conservé les noms anciens de Grande masse , Bâtarde et Bourrue M ou couches n 0i 1, 2 et 3.

A Saint-Étienne, où l'étage supérieur a été fouillé, il y a longtemps, au bois d'Aveize, j'ai aussi gardé les noms, donnés d'après certains caractères de la houille, tels que la Mourinée, la Rouillât ou Houillère, le Bon Menu, la Grande Masse, etc. J'ai seulement ajouté à ces noms des numéros d'ordre, pour indiquer leur succession, depuis la plus élevée, la Mourinée, jusqu'à la plus basse, le n° 12. L'étage moyen fut entamé, au Treuil et dans la plaine de Bérard, vers les premières années de ce siècle. On y désigne les couches sous les n" 1 à 7, la principale ou grande couche étant la troisième. Pour l'étage inférieur, j'ai continué, en descendant, la série de l'étage précédent, de sorte que la plus élevée est appelée huitième et la plus basse seizième. Ajoutons que la treizième est parfois désignée sous

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