CHAPITRE III. W
même direction des deux côtés du plan de la faille. Dans ce cas, l'accident est facile à franchir; le mineur retrouve sans peine la couche rejetée; il suffit de suivre la faille selon le sens de l'angle obtus.
Aux dislocations majeures correspondent des fentes d'une certaine épaisseur ; elles sont, les unes planes et régulières, les autres ondulées ou bosselées. Dans les deux cas, la fente est remplie de débris arrondis et broyés du terrain encaissant ; ce sont des filons sans ciment incrustant.
§ 32. — Les failles planes et régulières coupent les assises d'une façon nette, comme les simples sauts. Le toit et le mur sont lisses et comme polis par frottement. L'inclinaison est uniforme. L'épaisseur de la fente ne dépasse guère un à deux décimètres, et le remplissage se compose surtout de houille et de schistes argilo-charbonneux, finement broyés ; ce sont les éléments les plus friables des parois.
La plupart des failles du bassin de la Loire appartiennent à cette classe, en particulier celles qui occasionnent un déplacement de moins de 50 à 60 mètres.
§ 33. — Les failles sont bosselées lorsque les parois de la fente offrent des ondulations plus ou moins fortes. La largeur de la fente varie alors de quelques centimètres à plusieurs mètres, et le remplissage ne se compose plus uniquement d'argile charbonneuse, froissée et laminée, mais aussi de blocs de grès à arêtes émoussées, solidement empâtés au milieu de débris fins argilo-schisteux. L'irrégularité des failles ondulées résulte en partie de la consistance variée des assises du terrain. Le glissement du toit sur le mur a broyé les bancs tendres, tandis qu'il a divisé en blocs les roches dures.
Mais les failles ondulées sont surtout la conséquence de mouvements considérables ; elles ne résultent plus d'un simple déplacement du toit on du mur. On constate souvent des effets de refoulement ou de compression, et l'on observe, en tout cas, des deux ce tés de la faille, dans l'allure du terrain, un changement complet»
Lorsqu'on rencontrait autrefois de pareilles failles, on considérait inutile toute recherche ultérieure; de là, cette assertion, si souvent repro-
daite dans le mémoire de l'ingénieur Beaunier sur le bassin de la Loire [Annales des Mines, année 1816), « que les couches de Saint-Etienne, au dire des mineurs, paraissent toutes se terminer en profondeur». Il est certain que les failles ondulées occasionnent un déplacement considérable; les recherches sont difficiles au delà, et le champ d'exploitation y trouve une limite naturelle. 11 peut même arriver que la faille ait ramené au jour le terrain inférieur et que la couche rejetée ait été balayée ou détruite par dénuda lion; mais aussi, d'autre part, lorsque le rejettement se fait en profondeur, on peut être certain que l'interruption du gtte n'est pas définitive.
Toutes les grandes failles du bassin de la Loire sont des failles plus ou moins ondulées. Je citerai, à Saint-Étienne, les deux failles à pentes opposées qui bordent, à l'Est et à. l'Ouest, le coteau de Montheil (pi. X et plan d'ensemble) ; la grande faille de la vallée de Furens, entre les mines du Treuil et du quartier Gaillard (pi. X et XIII); celle de Saint-Genest-Lerpt, qui sépare le Cluzel de Roche-la-Molière (pi. XIII et XVI); la grande faille qui borde au Sud les travaux du Gagne-Petit (pi. X); celle qui isole la mine de la Ghana de la mine de Yillards (pi. XII); etc., etc.
Disons quelques mots de la faille du Gagne-Petit, dont j'ai pu étudier l'allure, au moment où on la suivait par une descenderie le long de sa ligne de plus grande pente.
Les mines du Gagne-Petit et de Monthieux sont bornées par une très grande faille passant par le pied de la colline de Saint-Roch. (Voir plus loin, fig. 19 et pi. X et XI.) Elle est à peu près dirigée de l'Est-Sud-Est à l'Ouest-Nord-Ouest, et plonge au Sud. Les couches exploitées sur ce point (les n" 3 à 8) font partie des étages moyen et inférieur de Saint-Étienne, tandis qu'au toit de la faille paraissent les bancs stériles de l'étage supérieur. C'est une faille de 250 à 300 mètres, car elle embrasse tout l'intervalle compris entre la troisième couche et la partie haute de l'étage supérieur. Ses limites extrêmes en direction ne sont pas connues. Cependant, à l'Ouest, elle sépare le puits de la Providence (Treuil) du puits de Villebœuf, et doit se rattacher, sous la ville même de Saint-Étienne, à la grande faille