CHAPITRE I
CONGLOMÉRATS (Poudingubs et brèches)
§ 9. Les conglomérats du bassin de la Loire sont de deux sortes :
Les uns sont de véritables brèches, les autres des poudingue* proprement dits. Les brèches se composent de débris anguleux ; les poudingues, d'une pâte arénacée fine enclavant des galets arrondis de grosseur variée.
La brèche caractérise la base de l'étage de Rive-de-Gier; les poudingue* se montrent à tous les niveaux du dépôt houiller.
§ 10. Brèches* — La brèche est formée d'un amas confus de blocs de toutes grosseurs. Il en est qui mesurent plus d'un mètre cube. Les arêtes des fragments sont en général peu émoussées; et si, sur quelques points, on voit de faibles indices de stratification, du sable et des galets mêlés aux fragments anguleux, l'ensemble du dépôt ne saurait être le résultat d'une sédimentation ordinaire. Ni les galets du rivage de la mer ni les blocs que roulent les torrents, n'affectent ce caractère de mélange irrégulier de débris anguleux de toute grosseur. Ce ne peut être que le résultat d'un grand éboulement, ou plutôt celui d'une série d'effondrements le long des failles qui limitent le bassin.
D'autre part cependant, ces nombreux débris, provenant d'ébouléments du sous-sol ancien, durent être parfois remaniés par les eaux, puisqu'on y rencontre çà et là, comme je viens de le dire, des blocs roulés et des bancs à demi stratifiés. Toutefois, je le répète, l'ensemble du dépôt n'a aucun des caractères habituels des sédiments formés au sein des eaux.
La puissance de la brèche est des plus variables. Au-dessus de Saint* Chamond, au mont Crépon, elle atteint plusieurs centaines de mètres* à Rive-de-Gier, et surtout à Tartaras, moins de 50 mètres. Une pareille varia-
biiité, à des distances aussi faibles, serait difficile à expliquer dans l'hypothèse d'un dépôt neptnnien, tandis qu'elle s'accorde parfaitement avec les caractères ordinaires des brèches d'éboulement.
Les éléments de la brèche proviennent des massifs anciens qui bordent directement le bassin hou i lier; ce sont des granités, des gneiss et des schistes micacés on talqueux, plus rarement des schistes amphiboliques ; d'une façon exceptionnelle, du porphyre quartzifère et des débris du terrain de transition. Ces dernières roches sont généralement transformées en galets, et semblent annoncer une provenance plus lointaine*
§ 11. Poudingue*. — Les poudingues diffèrent de la brèche par la forme de ses éléments et l'apparence stratifiée de l'ensemble du massif. Ce sont de grossiers grès, empâtant de véritables galets, dont les plus volumineux sont delà grosseur de la tête d'un enfant, mais dont la taille habituelle est rarement supérieure à celle du poing. Les mineurs de la Loire les désignent sous le nom générique de grate, et caractérisent ses principales variétés de grosseur par les termes de grosse grate, grate ordinaire, et taille g râleuse. On donne ce dernier nom au poudingue fin qui passe au grès, que l'on peut utiliser comme pierre de taille à la façon du grès houiller ordinaire. L'apparence des poudingues dépend aussi des roches dont ils sont formés : il en est qui résultent principalement de la destruction des micaschistes; ce sont les poudingues quarlzo - micacés ; d'autres, comme la taille grateuse, proviennent plutôt d'éléments granitiques.
Lorsque les débris sont de nature schisteuse, la forme aplatie des fragments se conserve intacte; les galets sont alors minces et les arêtes peu émoussées; tels sont les poudingues de la montagne du Ronzy, près de Saint-Jean-Bonnefond, vers le haut de l'étage inférieur de Saint-Étienne. Ces poudingues schisteux se rapprochent, à quelques égards, des roches bréchiformes, mais sans que l'on puisse cependant les confondre avec la brèche proprement dite de Rive-de-Gier. Dans cette dernière, comme je l'ai déjà dit, les bancs stratifiés forment l'exception, tandis que les poudingues proprement dits sont toujours stratifiés, même là où ils renferment des galets anguleux.