CHAPITRE III
Premiers écrits.
Réflexions sur les pétitions des ports. — Le fisc et la vigne. — Mémoire sur la question vinicole. — De l'influence des tarifs français et anglais sur l’avenir des deux peuples. — Les sophismes économiques. — Cobden et la ligue.
Le peu de temps que Bastiat avait passé dans la maison de commerce de son oncle, lui avait permis de recueillir des indications précieuses sur les résultats comparatifs de la protection et du libre-échange. À Mugron, dans cette partie des Landes, située à gauche de l’Adour, qu'on appelle la Chalosse, pays fertile en vignobles, il était bien placé pour continuer, par l'observation, son éducation économique : le régime douanier de la Restauration avait porté un coup funeste à la prospérité de cette contrée.
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En 1834, une pétition fut organisée par le commerce de Lyon et par les grands ports de Bordeaux et du Havre, pour obtenir une modification des tarifs de douane.
Mais, soit qu’ils eussent la crainte de ne rien obtenir s'ils alarmaient trop d'intérêts en demandant tout d’un seul coup, soit qu’eux-mêmes ne fussent pas sans partager dans une certaine mesure les idées économiques du temps, les pétitionnaires se gardaient bien d’aller jusqu’à réclamer le libre-échange intégral. Ils proposaient de diviser les marchandises en quatre classes : la première et la deuxième comprenant les objets d’alimentation et les matières premières « vierges encore de tout travail humain », qui, en principe, devaient ne pas être imposées ; la troisième renfermant les objets qui ont reçu une préparation et qu'il convient de charger de quelques droits, la protection commençant avec le travail national. Enfin, la quatrième aurait embrassé les objets perfectionnés qui ne peuvent servir au travail national et qui sont les plus imposables.
Les pétitionnaires pouvaient croire que leur système marquait un grand progrès sur celui qui était alors en vigueur et surtout qu'en ménageant le travail national, ils réduiraient les opposants.
Bastiat publia aussitôt ses « Réflexions sur les pétitions de Bordeaux, etc.». 1l applaudit aux efforts des pétitionnaires, parce que « comme toutes les libertés, la li-
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berté commerciale ne s’introduira dans les lois qu'après avoir pris possession cle tous les esprits ».
Mais il remarque qu'on réclame la liberté en s’appuyant sur les doctrines du monopolé, et en s'élevant, « au nom de l'agriculture », contre les projets des pétitionnaires, il combat, non pas les prémices libérales, mais les conclusions exclusives. Il ne défend pas « la protection qu’on attaque, mais il attaque la protection qu'on défend ».
On veut retirer la protection aux matières premières, c'est-à-dire à l’industrie agricole et la continuer à l'industrie manufacturière. Il veut, lui, la liberté pour tous. II met en évidence que l’agriculture doit de bien vendre au monopole qu'elle exerce, et de mal acheter au monopole qu’elle subit. Si donc on la livre à la concurrence universelle sans y soumettre les fabricants, elle est lésée dans ses ventes sans être soulagée dans ses achats, tandis que c’est le contraire qui se produit pour les manufacturiers.
On veut limiter la protection du travail, mais qu'est-ce donc que les matières premières ? Le blé, la farine, les bestiaux, le sel, Le fer, le plomb, la houille, la laine, sont des produits du travail. La nature en crée les éléments, mais c’est le travail seul qui en fait la valeur. L'homme ne crée rien, pas plus le cultivateur que le manufacturier. Le premier, par sontravailetses avances, transforme en laine des objets qui n’y ressemblaient pas ; et le se-
cond fait de même pour transformer cette laine en drap. Les véritables matières premières sont l'air, l'eau, la chaleur, la lumière, ete., que le travail convertit successivement en fourrages, en laines, en tissus, en vêtements. Le travail commence au premier coup de charrue pour finir au dernier coup d’aiguille.
Certainement, dit Bastiat, il est avantageux au développement des manufactures que les matières premières soient abondantes. Mais il est inique de vouloir que l'abondance et le bon marché de ces matières soient le résultat de la liberté, et que la rareté comme la cherté des produits manufacturés soient dues au monopole.
Les pétitionnaires se piquent d’être non des théoriciens, mais des hommes pratiques. Le système qu'ils proposent se résume en ceci, que les agriculteurs vendront les matières premières au prix de la concurrence et les rachèteront au prix du monopole. Les agriculteurs travaillent-ils dans des circonstances plus défavorables que les étrangers ? Tant pis pour eux ! Au nom de la liberté on les condamne. Les fabricants sont-ils plus malhabiles que les étrangers ? Tant pis encore pour les agriculteurs. Au nom du privilège on les condamne toujours. Avec les agriculteurs, c’est le public que l’on condamne.
Il est avantageux pour celui-ci que les matières premières soient mises en œuvre sur le lieu de production, afin d'éviter les frais de transport, etc. Mais les pétition-