‹ Bastiat et le ProtectionnismeChapitre 13 sur 30 · OM · texte numérisé non relu

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tions et des placements sur une marchandise qui, s'améliorant en vieillissant, acquiert de la valeur par le temps « véritable caisse d'épargne de nos pères ».

L'impôt indirect gêne la circulation générale des vins. L’octroi les repousse des grands centres de consommation. Enfin le régime protecteur est une dernière cause de décadence,

Dans son principe, là douane est un impôt indirect, un « grand octroi national » ; comme tel il doit atteindre tout, mais modérément. Mais le but des mesures douanières n’est pas la fiscalité, c'est la protection. On croit qu'en développant ou en créant une industrie on augmente le travail et par conséquent la richesse nationale, et que le meilleur moyen de faire naître un produit au dedans, c’est de l'empêcher de venir du dehors.

En réalité, on ne peut décréter une adjonction aux éléments de production. Si on le tente, on ne fait que modifier artificiellement la direction du travail ; on le dévoie et on le met aux prises avec les obstacles supérieurs. Le résultat du régime prohibitif est qu'en Angleterre, le développement de l’industrie manufacturière n'empêche pas la détresse de la population des ateliers, et qu’en France, où le climat devrait faire jaillir partout d’inépuisables sources de richesses, c’est la population vinicole qui souffre de la même détresse. L'unique cause, c’est que le régime prohibitif les empêche d'échanger

leurs richesses.

Aussi Bastiat salue-t:1l le commencement de réaction en faveur des idées libérales qui, « avant d’avoir rallié les forces de l'opinion publique », ont pénétré dans la sphère du pouvoir avecHuskisson et Duchatel. Les unions douanières, les traités de commerce sont autant de pas vers la « Sainte-Alliance des peuples ».

Il revient sur les résultats que l’industrie vinicole pourrait lirer du mouvement si elle s’organisait en vue d'obtenir la substitution d'un droit graduel au droit uniforme. Ce serait un avantage considérable pour les vins ordinaires, une masse de consommateurs conquis pour nos produits, une cause de développement pour nos vignobles, notre marine marchande et nos villes de commerce. Ce serait enfin l’acheminement vers l’établissement général du droit ad valorem « le seul juste, le seul équitable, leseul conforme au vrai principe dela science ».

Ce mémoire académique montre combien, dans la retraite, l'observation, l’étude et la méditation fortifiaient Bastiat dans ses opinions.

Après avoir étudié, dans les mémoires dont nous venons de parler, l'influence des mesures fiscales et douanières sur l'industrie vinicole, Bastiat compléta, en 1844, celte sorte de monographie par un travail sur « La répartition et la contribution foncière dans le département des Landes ». C’est un exposé lumineux de la situation du département. Il constate la décadence de toute la région vinicole. Et la cause de cette décadence, se demande-

1-11? c’est que les populations ont été « dépouillées de la liberté d'échanger, la plus immédiatement utile à l'homme après la liberté de travailler ». La législation nous tue ! s’écrie Bastiat. Les manufacturiers nous disent * vous n’achèterez qu'à nous et à notre prix ; le fisc: vous ne vendrez qu'après que j'aurai pris la moitié de votre produit.

La péroraison est émouvante : « Vous vous proclamez conservateurs. Vous vous opposez à ce que le droit électoral pénètre jusqu'aux dernières couches sociales. Mais alors, soyez donc les tuteurs intègres de ces hommes frappés d'interdiction. Vous ne voulez ni stipuler loyalement pour eux, ni qu'ils stipulent légalement pour euxmêmes, ni qu'ils s’insurgent contre ce qui les blesse ; que voulez-vous donc ? Il n’y a qu’un terme possible à leurs souffrances, et ce terme, les tables de mortalité le laissent assez entrevoir. »

Toutefois, jusqu'à ce moment, Bastiat ne s'était guère occupé d'économie politique qu’en amateur. Il se plaisait à observer ce qui se passait autour de lui pour en faire part à un cercle assez restreint de lecteurs, et défendre des opinions profondément ancrées chez lui.

La circonstance fortuite qui donna à la destinée de Bastiat sa direction définitive est connue.

Il y avait à Mugron un cercle ; on y faisait beaucoup d'esprit; « deux langues y suffisaient à peine », dit Bastiat. On y faisait aussi de la politique et, suivant le goût du

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