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sont pour les deux nations les conséquences de deux politiques si opposées ? » élail assez vaste pour qu'il n’y eût pas besoin de l’étendre encore.
« La protection a pour objet d'assurer des consommateurs à l’industrie nationale. » C'était la propre définition que donnait M. de Saint-Criq, ministre du commerce, lorsqu'il disait : « Les gouvernants ne pouvant disposer que des consommateurs soumis à leurs lois, ce sont ceux-là qu'ils s'efforcent de réserver au travail de leurs producteurs. » La déclaration est brutale ; elle a du moins le mérite de la netteté.
Le producteur n’a pas à tenir compte des goûts et des ressources du consommateur. Il fabrique ce qu’il veut, comme il veut, que ce soit bon ou mauvais ; le consommateur a une fonction sociale ou un devoir : consommer. C’est tout un système en deux lignes. Bastiat est donc pleinement fondé à dire que, dans ces questions, « on oublie le public ou on ne s’en souvient que pour en disposer et le réserver comme une proie au producteur ».
Le monopole a tout envahi. Sans doute la protection, dont l'injustice est évidente quand elle est le privilège de quelques-uns, devient illusoire quand elle s’exerce par tous sur tous. Mais alors, chacun fermant les yeux sur les monopoles qu’il subit pour conserver celui dont il jouit, le système entier jette dans tous les esprits des racines profondes.
Bastiat constate, du reste, que l’opinion publique n’est
pas favorable à la liberté du commerce. La cause en est que l’industrie n’a pas cherché à opposer la théorie de la restriction à celle de la liberté, certaine d’avance d’être battue sur le terrain des principes. Pour repousser les traités de commerce et les unions douanières, pour prolonger son existence, le privilège a opéré une diversion. Il a irrité les peuples les uns contre les autres et rendu une conflagralion générale toujours imminente. Il a porté toute son activité, toutes ses forces, toute son influence du côté des haines nationales.
C'est pitié, expliquait encore Bastiat, de voir comme nos industriels abusent de notre crédulité. S'agit-il pour eux d'obtenir des médailles, des primes d'encouragement ou simplement de recruter des actionnaires, ils ne savent que vanter l’excellence et la perfection de leurs machines. Mais écoutez-les quand on parle protection : ils se font petits, malhabiles et presque inintelligents. Ils excipent de leur prétendu état d'infériorité pour réclamer des droits protecteurs et, grâce au monopole qu'ils réussissent à se faire octroyer, la France va à la rareté et à la cherté.
Pendant ce temps l'Angleterre va à l'abondance et à la richesse, car elle diminue les taxes afin que tous les produits affluent chez elle, afin que le peuple vive mieux, qu'il ait plus de travail, qu’il consomme davantage, et qu'il prépare ainsi pour l’avenir un aliment au revenu public. Elle aura donc bientôt la main-d'œuvre à bon
ni.
marché ; ses produits partout évinceront les nôtres, et, devant nos ouvriers sans travail qui retrancheront sur leur consommation déjà si restreinte, notre Gouvernement, pour trouver des débouchés, nous entraînera dans une politique de conquêtes lointaines, dans des guerres qui augmenteront la dette et nous chargeront d'impôts.
« J’appelle l'attention de mon pays, disait Bastiat en finissant, sur une situation qui me paraît ne pas le préoccuper assez. Le système prohibitif est mauvais, c’est ma conviction. Cependant, tant qu'il a été général, il enfantait partout des maux absolus sans altérer profondément la grandeur et la puissance relative des peuples. L'affranchissement commercial d'une des nations les plus avancées du globe, nous place au commencement d'une ère toute nouvelle. Il ne se peut pas que ce grand fait ne bouleverse toutes les conditions du travail au sein de notre patrie ; et si j'ai osé essayer de décrire les changements qu'il semble préparer, c’est que l'indifférence du public à cet égard me paraît aussi dangereuse qu’inexplicable. »
Bientôt, à la suite de la publication de cet article, les félicitations arrivèrent à Mugron, venant de Dunoyer, d'Hippolyte Passy, de Say, etc.; et elles avaient d'autant plus de prix pour Bastiat qu’on lui demandait s’il n’avait pas d’autres articles à donner.
Pour répondre aux encouragements qui lui avaient été adressés, Bastiat conçut un projet original. On avait fait,
lui semblait-il, de l'économie politique une science pleine de mystère. Certains auteurs avaient même pris à tâche de revêtir d’apparences rigoureusement scientifiques des raisonnements faux et de prendre, sans un instant d’incertilude, le contre-pied de tout ce que l'expérience et l'observation des faits établissaient.
L'économie politique apparaissait à la grande masse du public comme aussi abstraite que lalgèbre. D’une science d'observation, étudiant les faits eten recherchant les causes ou en déduisant les conséquences, on avail voulu faire une science de formules à la stricte observation desquelles était lié le développement de la richesse et de la prospérité publique.
Bastiat entreprit de relever, sinon toutes, du moins les plus grosses de ces erreurs et, en se gardant soigneusement de l'appareil scientifique, de tirer des formules leurs conséquences logiques, afin de rendre sensible pour tous les esprits l’absurdité des principes que l’on voulait présenter comme incontestables et de les tuer sous le ridicule. C'est de cette pensée que sont issus les Sophismes économiques auxquels, du témoignage même de Bastiat, Coudroy collabora. Ils furent publiés tout d’abord dans le Journal des Economistes, dans le courant de 1845, puis réunis en brochure vers la fin de la même année.
Bastiat s’est excusé de l'absence de plan de l'ouvrage. Le seul lien qui en unit toutes les parties, c’est qu’elles
ont trail au régime restrictif. « Attaquer un à un tant de