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l'invasion des produits étrangers, la baisse des salaires résultant de l'abondance des subsistances, l'indépendance nationale, l'épuisement du numéraire, les débouchés coloniaux, tous les arguments ordinaires du privilège.
Rien n’y fait. La Ligue a réponse à tout. Les hommes dont elle se compose ne se lassent pas de montrer la fausseté de ces sophismes. Le cabinet Tory, dirigé par Robert Peel, entre dans la voie des réformes, il supprime les droits à l'exportation, il supprime ou abaisse les droits à l'importation sur un grand nombre d'articles ; mais il ne touche ni au privilège de l'aristocratie, ni au système colonial qui favorise les cadets.
Les choses en étaient là au moment où Bastiat présentait au public le récit de cette agitation. La Ligue n'avait donc pas encore cause gagnée. Mais ce qu’elle avait déjà obtenu fortifiait son courage. Par les ressources dont elle disposait, elle allait pouvoir augmenter, dans le prochain Parlement, le chiffre de ses adhérents et le succès définilif apparaissait non seulement comme probable mais comme prochain.
Ce qui fait l'intérêt — tout au moins l'intérêt actuel de l'ouvrage, — c'est moins la compilation des discours prononcés par les agitateurs britanniques, et ce qui concerne la Ligue, que les quatre-vingts pages d’introduction dont Bastiat a fait précéder cette traduction.
Il montre comment, pour ne pas affaiblir sa puissance,
l’aristocratie transmet intégralement les domaines seigneuriaux aux aînés mâles. Il n’y a, pour pourvoir les familles des cadets, que « l'exploitation des classes laborieuses » puisqu'elles ne peuvent se soutenir par le travail, réputé infâme. « La spoliation au dehors s’appelle guerres, conquêtes, colonies. La spoliation au dedans se nomme impôts, places, monopoles (1) ».
Dans sa double politique de spoliation intérieure et extérieure, l’oligarchie anglaise a eu une habileté merveilleuse : « Deux mots qui impliquent deux préjugés lui ont suffi pour y associer les classes mêmes qui en supportent tout le fardeau. Elle a donné au monopole le nom de protection et aux colonies celui de débouchés. »
L'existence, la prépondérance de l’oligarchie britannique, sont une plaie pour l'Angleterre, et un danger permanent pour l’Europe. C'est entre l’esprit de la civilisation et l’esprit de la féodalité qu'une lutte gigantesque est engagée. La liberté du commerce doit ravir à l’oligarchie les ressources de la spoliation. Spectacle digne d'attention, auquel cependant la France assiste avec indifférence ; et si elle en a quelque vague connaissance, ce n’est pas vers la liberté que vont les sympathies.
On lui a fait peur. Les économistes affectent de croire « que le paupérisme, le prolétariat, les souffrances des dernières classes sociales doivent être attribuées à ce
(1) BASTIAT, Œuvres complètes, vol. 3, p. 11.