‹ Bastiat et le ProtectionnismeChapitre 22 sur 30 · MO · texte numérisé non relu

MO

qu'on nomme concurrence exagérée, surproduction ». Comment la misère aurait-elle pour cause la surabondance des produits ? Certes, le paupérisme en Angleterre est un fait incontestable. Mais Bastiat l’explique par « la spoliation systématique des travailleurs par les oisifs ». Dans ce pays, grevé d’une lourde dette et d’une vaste administration, l'impôt foncier est presque absent,

En 1796, sous la reine Anne, l'impôt foncier entre dans le

TéYORU DUDIIS DOULS: ss eee tee 1.907.379 1.

L'GCHIS0 POULET MEME RMEEe 1.792.763 Ta dONANE DOULEUR 1.549.351

En 1841:

LUIDOT IODOIDT 4 cesse tester tam or ere 2.037.627 Acise HA UrE d sde Be It Ps 12.858.014 Douanes. nt Ron Lee ee 19.485.217

Donc l'impôt direct est resté à peu près stationnaire et, comme pendant ces cinquante ans le revenu de la terre a augmenté dans la proportion de 1 à 7, il en résulte que le domaine qui payait 20 °/, sur le revenu, paye moins de 3 °/,. Pendant la même période, les impôts de consommation ont décuplé » (1).

Comme les taxes indirectes sont uniformes au lieu d'être graduées ad valorem, elles frappent plus les pauvres que les riches. Le thé qui vaut 4 shillings paie, à raison de 2 shillings de droit, 50 °/, ; celui qui vaut 9 deniers paie 300 °/.

(1) F. BASTIAT, Œuvres complètes, vol. 3, p. 14.

La loi céréale a pour but d'élever le prix du blé indigène, sous prétexte de protéger l’agriculture, et elle a pour effet de grossir les rentes des propriétaires du sol ; le monopole du blé, joint à ce que la protection ajoute au prix de la viande, de l'orge, de l’avoine, du foin, impose au peuple anglais une charge que Deacon Hume évalue à 36 millions sterling ou 900 millions de francs. Si l’on tient compte des effets indirects de la loi, c’est peut-être deux milliards qui sont prélevés annuellement sur le produit du travail du peuple.

On ne peut donc pas dire que le paupérisme a été suscité en Angleterre par la liberté. Il est né de la « spoliation organisée, systématique, persévérante, impitoyable ». Aussi Bastiat voit-il dans la réforme financière et douanière une question humanitaire. Il en signale l’importance pour l’Europe, car c’est un fait économique d'une grande portée que l’affranchissement du commerce et du travail dans une des nations principales. C’est à la fois un exemple des conséquences duquel on ne saurait se désintéresser, et une modification profonde des conditions du commerce général.

Avec ses idées anti-coloniales et ses rêves de paix universelle, Bastiat va encore plus loin: « En même lemps que les injustes privilèges de l'aristocratie britannique, tombent évidemment et la politique qu'on a tant reprochée à l'Angleterre, etson système colonial, et ses usurpations, et ses armées, el sa marine, el sa diplomatie en

sat

ce qu’elles ont d’oppressif et de dangereux pour l’humanité. »

En terminant, Bastiat émettait le vœu que son livre réveillât en France quelque espérance au sein de l'école des économistes. « Vingl années se sont écoulées et, bien loin que l’économie politique ait gagné du terrain, ce n’est pas assez de dire qu’elle en a perdu, on pourrait presque affirmer qu'il ne lui en reste plus, si ce n’est l’étroit espace où s'élève l'académie des sciences morales.... L'école économiste n’existe plus, pour ainsi dire, qu'à l'état historique, et ses livres ne sont plus consultés que comme les monuments qui racontent à notre âge les pensées d’un temps qui n’est plus. » (1)

« Cobden et la Ligue » eut, dès son apparition, le plus vif succès. Le public instruit, celui dont les suffrages comptaient le plus pour Bastiat, sut reconnaître la valeur de l’œuvre qui était soumise à son jugement. L'Institut le nomma membre correspondant.

Dans une lettre à Cobden du 2 octobre 1845, Bastiat écrivait: &« Un mouvement, que je n'espérais pas, s’est manifesté dans la presse française... Tous les journaux de Paris, et un grand nombre des journaux de province ont rendu compte, à l'occasion de mon livre, de l’agitation contre les lois céréales. Ils n’en ont pas, il est vrai, saisi toute la portée, mais enfin l'opinion publique est

(1) F. BASTIAT, Œuvres complètes, vol. 3, p. 79.

éveillée. C'était le point essentiel, celui auquel j'aspirais de toute mon âme; il s’agit maintenant de ne pas la laisser retomber dans son indifférence, et, si j'y puis quelque chose, cela n’arrivera pas. »

Presque au même moment paraissaient les Etudes sur l'Angleterre, de Léon Faucher, avec deux chapitres sur « l’agitation économique » et aussi les notices de Fonteyraud sur la « Ligue et les Ligueurs », dans la Revue Britannique et dans l'Annuaire de l'Economie politique.

Peu après que son ouvrage eût paru, Bastiat se rendit à Londres. En compagnie de Cobden, il visita Manchester et Liverpool, où les membres de la Ligue lui témoignèrent tous leurs encouragements. Il vit Cobden, Fox, Thompson, John Bright, etc., tous ces hommes qui se dépensaient sans compter, allant d’un meeting à un banquel, portant la bonne parole à travers tout le pays, de Londres à Manchester, de Manchester en Ecosse.

Ce voyage de Bastiaten Angleterre précède de très peu sa période de grande activité propagandiste.

Page 1