Acte I, Scène V
reux enfant ! vous ne savez donc pas qu'il s'agit de vos jours ?
Henri, gaiement. Bah !
La Comtesse. Tout est à craindre depuis l'arrivée du 5 baron de Montrichard.
Henri. Le baron de Montrichard !
La Comtesse. .Oui ... le nouveau préfet ... il a la finesse d'une femme, il est rusé comme un diplomate, et avec cela actif, persévérant ... et penser que c'est à 10 moi peut-être qu'il doit sa nomination !
Henri. Vous, comtesse? vous avez fait nommer un homme comme lui, dévoué pendant vingt ans, corps et âme, au Consulat et à l'Empire ?
La Comtesse. C'est pour cela ! il est toujours dévoué
15 corps et âme à tous les gouvernements établis, et il les
sert d'autant mieux qu'il veut faire oublier les services
rendus à leurs prédécesseurs . . . aussi va-t-il vouloir
signaler son installation par quelque action d'éclat.
Henri. C'est à dire en faisant fusiller deux ou trois 20 pauvres diables qui n'en pensent mais . . .
La Comtesse. Non, il n'est pas cruel : au contraire ! je sais même qu'il avait demandé une amnistie générale;
Charles was great, because it was at Lyons that but recently a demonstration in favor of Bonapartism had been sternly suppressed, and where " Charles" himself had been arrested and imprisoned. Lyons is the second largest city of France (nearly 500,000 inhabitants).
1 il s'agit de vos jours: see agir.
13 le Consulat: the name given to the French government from 1 799-1 804. It followed the Directoire and was itself supplanted by the Empire when the "first consul" became emperor in 1804.
20 mais: colloquial, see mais.
mais l'idée de découvrir un chef de conspirateurs va le mettre jen verve ! il déploiera contre vous les ressources de son esprit . . . votre signalement sera partout ... je le sais ... le premier soldat pourrait vous reconnaître. 5 Henri. Eh bien ! vous l'avouerai-je ? il y a dans ces périls, dans cette vie de conspirateur poursuivi ... je ne sais quoi qui m'amuse comme un roman ! rien ne me divertit autant que d'entendre prononcer mon nom dans les marchés, que d'acheter aux crieurs des rues ma con-
io damnation, que d'interroger un gendarme qui pourrait me mettre la main sur le collet . . . et de lui parler de moi. — Eh bien ! monsieur le gendarme, ce Henri de Flavigneul, est-ce qu'il n'est pas encore pris ? — Non, vraiment, c'est un enragé qui tient à la vie, à ce qu'il paraît.
15 Dites-moi donc un peu son signalement, si vous l'avez? La Comtesse. Mais vous me faites frémir ! . . . Oh ! les hommes! toujours les mêmes! . . . n'ayant jamais que leur vanité en tête; vanité de courage ou vanité d'esprit. Eh bien ! tenez, pour vous punir, ou pour vous en-
20 chanter peut-être . . . qui sait? . . . voyez cette lettre de votre mère . . . savourez les traces de larmes qui la couvrent . . . dites-vous que si vous étiez condamné, elle mourrait de votre mort . . . ajoutez que si je vous voyais arrêté chez moi, je croirais presque être la cause de votre
25 perte et que j'aurais tout à la fois le désespoir du regret et le désespoir du remords . . . allons, retracez-vous bien toutes ces douleurs . . . c'est du dramatique aussi, cela . . . c'est amusant comme un roman. Ah ! vous n'avez pas de cœur !