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CHAPITRE XI

Bataille* de ner mmm ftapii*.

Sommaire : Combat d'Àîgésiras. — Les amiraui Liooois et Saumarey. — Mémorandum de Nelson. — L'amiral Villeneu?e à la tète de la flotte franco-espagnole. — Bataille de Trafalgar. — Application des méthodes d'attaques de Suffren, de Clerk, de Nelson. — Héroïques épisodes de cette bataille. — Tous ces taiiseaux capturés sont engloutis ou repris à l'ennemi après la bataillé* -* Caractère de la bataille de Trafalgar. — Croisières lointaines contre FêÉnemi. — Glorieuses rencontres particulières.

Nous avons terminé le xvnr* siècle par le désastre dMboukir; le *ti* commence par une revanche que nos marins prennent sur leurs adversaires le 6 juillet 1801, mais dans une proportion bien moindre à la vérité. Nous voulons parler du combat de la baie d'Algésiras, où le contre-amiral Linnois, à la tète d'ufte escadre de trois vaisseaux français et d'une frégate, embo&és entre l'Ile VefW et la ville d'AJgésiras, repousse victorieusement l'amiral Saumarey et six vaisseau! anglais* dont l'un, YHannibal, reste à l'escadre française comme trophée de victoire ; l'escadre anglaise avait totilu recominencer la manœuvre d'Âboukir, mais elle ttcruta nos taisseaux embossés beaucoup plus près de terre Qu'elle fle s'y attendait, et les circonstances de temps leuf ayant été d'ailleurs défavorables, les vaisseaux anglais furent rèçtts par une vive canonnade qui les ma Itraita fort ; îlpths avoir vainement tenté de passer entre la terré et notre escadre, ils furent donc obligés, malgré leur grande supériorité numérique, de regagner Cadix, fort

désemparés et laissant un 4e leurs vaisseaux entre nos mains (1).

Rien que ce fait d'armes, d'ailleurs, démontre que la marine française commençait à se reconstituer, bien qu'elle fût encore loin d'être établie sur des bases suffisamment fortes pour lutter avec la rivale qui, elle, n'avait pas cessé de battre les mers et de grandir depuis que le personnel comme le matériel de nos flottes avaient été désorganisés par la période révolutionnaire; aussi, de nouvelles épreuves sontr-elles réservées à ces dernières, comme un grand enseignement que la Providence semblé avoir voulu donner à notre pays, qui n'a jamais compris que pour l'oublier le lendemain, combien l'organisation d'une marine exige de temps, de sacrifices et d'expériences traditionnelles !

Trafalgarva l'attester de nouveau, malgré ses héroïques épisodes.

Nous sommes au 21 octobre 1805, les escadres combinées de France et d'Espagne présentent un effectif de 33 vaisseaux, dont plusieurs en mauvais état, les bâtiments espagnols surtout; l'amiral Villeneuve commande en chef cette flotte dont la majeure partie n'a été équipée qu'à la hâte; fort peu de vaisseaux ont donc acquis cette confiance en eux-mêmes, cette force relative que donne un long armement et des exercices répétés de la manœuvre et du canon, l'arme du combat maritime par excellence j force relative qui fait, qu'au bout du sixième mois d'armement, un vais-

(1) L'historien anglais James parle du fort de l'île Verte comme ayant décidé Faction parla vivacité de son feu; mais il est notoire que Vile Verte ne prêta une assistance sérieuse à nos vaisseaux que vers la fin du combat, lorsque les embarcations de la frégate française le Muiron débarquèrent dans cette île et approvisionnèrent en munitions et en canoimiers les batteries du fort, qui commencèrent alors à tirer; du reste, l'affaire ù'Algésiras ayant été une défaite pour les Anglais est une de celles que James se donne le plus de peine è expliquer; au soin extrême qu'il met à se donner raison, on voit de suite qu'il * tort.

seau vaut le double de ce qu'il valait dans le premier mois, et qu'au bout d'un an, cette valeur a presque triplé, toutes choses restant égales d'ailleurs. En outre, cette flotte nombreuse et sans force de cohésion, par cela seul qu'elle est une flotte combinée, renferme en elle un principe de faiblesse qui contraste avec la parfaite communauté de sentiments, de vues et de tactique des vaisseaux de sa rivale placée sous les ordres de Nelson. La flotte anglaise se convpose de 27 vaisseaux dont plusieurs trois-ponts, tandis que nous n'en comptons que 3 de cette espèce parmi les nôtres, ce qui rétablit déjà, matériellement, l'équilibre entre ces deux flottes; sous tous les autres rapports, la Bravoure et l'héroïsme exceptés, la balance penche encore du côté de la flotte anglaise, armée de longue main et préparée par les mémorandum de Nelson à appliquer la nouvelle méthode de guerre, c'est-à-dire à se porter rapidement et en force sur une partie faible de l'ennemi pour l'écraser avant l'arrivée des secours (1).

(i) Les plans de combat naval de Nelson sont au nombre de deux principaux : le premier fut rédigé lorsqu'il poursuivait l'escadre de Villeneuve, jusque dans les Antilles et n'était destiné qu'à des escadres peu considérables; le second, plus particulièrement sous le nom de mémorandum, est tracé en vues d'armées navales nombreuses alors que l'amiral anglais attendait les flottes combinées de France et d'Espagne aux portes de Cadix pour les détruire : les voici l'un et l'autre :

Premier plan de combat naval de Nelson.

« Le devoir du commandant en chef d'une armée anglaise est de forcer la « flotte ennemie au combat en se conservant les chances les plus avantageuses, « c'est-à-dire en conduisant ses vaisseaux bord à bord avec les siens aussi « promptement que possible et en persévérant dans le combat, sans se sé- « parer, jusqu'à ce que l'affaire soit décidée. Je suis convaincu que sur ce « point je n'ai pas un mot à dire, étant pleinement assuré que les amiraux et « les capitaines de la flotte que j'ai l'honneur de commander, sachant prédit sèment que mon but est un combat de près et décisif, sauront suppléer aux « instructions qui manqueraient faute de signaux ; car si on les étendait à de « pareils sujets, ils pourraient, ou être mat compris, ou bien on pourrait en « attendre alors que pour diverses causes il serait impossible au commandant « en chef d'en faire. Par conséquent, il me suffira d'établir, en aussi peu de « mots que possible, les diverses méthodes qu'il peut m'être nécessaire d'em- « ployer pour arriver à mon but, d'où dépendent non-seulement la gloire et

L'amiral Villeneuve, au contraire, bien que placé depuis plusieurs mois à la tête de nos vaisseaux» n'a pas cru de-

ce l'honneur de notre pays, mais peut-être aussi son salut, et; avec lui, celui « de toute l'Europe que la France menace de sa tyrannie et de son oppres* « sioih Si les deux flottes veulent toutes deux en venir au combat, il n'y a « que peu de manœuvres nécessaires, le moins est le mieux (the lesss th* « better). Une journée est bientôt perdue à cela. Par conséquent; je supposerai « seulement que la flotte de l'ennemi étant sous le vent, rangée au plus prêt « tribord amures, et que, par conséquent, je pourrais lui passer au vent. Le « temps doit être supposé modéré, car, s'il vente grand frais* les manœuvres « des deux flottes ne servent probablement pas à grandiose» et probablement « il n'y aura point entre elles d'action décisive.

« Dans cette position, il se présente deux manières de faire : l'une» c'est de « continuer au plus près hors de portée de canon, jusqu'à ce que le chef de « file de ma ligne soit par le travers du centre de l'ennemi; de faire alors le « signal de laisser porter ensemble et de se diriger de manière a engager « arec toutes nos forces les 5 ou 6 vaisseaux de tête de l'ennemi, passant cer* « tainement, si l'occasion s'eii présentait, au travers de leur ligne. Cette ma- « nœuvre les empêcherait de laisser porter; et l'action, d'après ce que j'at- « tends de la bravoure connue et de la conduite des amiraux et des capitaines, « serait Certainement décisive*. Les S ou 5 derniers vaisseaux ennemis agiraient « comme il leur plairait. Nos bâtiments en rendraient bon compte s'ils per-

* sist aient à vouloir se mêler avec eux (would gtve a good account of thern), « La seconde manière serait de continuer à courir, sous une voilure aisée,

« mais suffisante, directement vers leur chef de file, de manière à empêcher « l'ennemi de savoir si nous voulons passer au vent, ou sons le vent. Dans w cette positionne ferai le signal d'engager l'ennemi sous le vent, et de cou- « per leur ligne environ au sixième vaisseau, à partir de l'avant, en passant « très-près. Eux étant au plus près, nous courant largue, vous pourrie* cou* « per leur ligne quand il vous plairait. L'avant-garde de l'ennemi, avant que

* notre arrière-garde ne vienne par son travers, sera sévèrement traitée, et

« notre avant-garde ne doit pas s'attendre è échapper sans dommage. Je

« voudrais qu'alors notre serre-file et tous les autres vaisseaux, successive*-

tc ment, virassent vent arrière et continuassent l'action avec le chef de fite

« ennemi et ses matelots, selon qu'il paraîtra plus convenable, eu égard à leur

« mauvais état; et, en poursuivant l'action de cette manière, je ne vois rien

« qui puisse empêcher la prise de s ou • vaisseaux de l'avant-garde ennemie.

« Les deux ou trois vaisseaux de l'arrière-garde ennemie devront virer d'une

« manière ou de l'autre. Dans les deux cas, quoiqu'ils doivent être en meilleur

« état probablement que nos deux vaisseaux d'avant-garde, devenus serre*fite

« maintenant, cependant ils se trouveront séparés et assez éloignés sous le

« vent pour donner à nos bâtiments le temps de se séparer; et daus ce temps

« je pense, d'après le jugement des amiraux et des capitaines, que le combat

a sera fini avec les autres.

« Dès tors leé signaux sont inutiles, quand chacun est disposé à faire

voir inaugurer dans sa flotte une tactique nouvelle plus en rapport avec les progrès accomplis depuis un demi-siècle

« son devoir, la grande affaire pour nous est de nous aider l'un l'autre, de « serrer l'ennemi de près, et sous le vent à lui. »

« Si l'ennemi prend chasse, {are running away), alors les seuls signaux « nécessaires seront d'engager l'ennemi à mesure qu'on armera sur lui ; « chaque navire en passa ut lui envoyant une bordée de près, ayant soin « d'avertirles vaisseaux engagés de notre intention. » (Clarke and M . Arthur s life of Nelson.) On voit que dans ce premier plan de combat naval destiné seulement à des escadres peu considérables, le but de Nelson est toujours d'engager une partie delà ligne ennemie avec toutes ses forces; que la grande préoccupation est de forcer l'ennemi au combat, et qu'une fois la ligne de bataille, quand il observe en vue de cet ennemi, n'est pour lui qu'une disposition préparatoire qu'il ne tient pas à conserver. En se reportant aux plans d'attaque proposés entièrement (voir le chapitre 7) par l'historien anglais John Clerk, on sera frappé de l'analogie qu'ils présentent avec les méthodes de Nelson : cette analogie n'est pas moins frappante quand on les compare à l'instruction, donnée par l'amiral anglais peu avant Trafalgar, et connue sous le nom de mémorandum ; la voici :

Plan de combat naval pour une armée de 40 vaisseaux f par Nelsok.

« Regardant comme prouvé qu'il est presque impossible de former une flotte « de ses vaisseaux en ligne de bataille par des vents variables, des temps « brumeux et autres circonstances qui peuvent arriver, sans des retards qui « feraient sans doute perdre l'occasion opportune d'amener l'ennemi au « combat de manière à rendre l'affaire décisive, lord Nelson a résolu de coo- « server la flotte en tel ordre de marche que, à l'exception du premier et du a second commandant, cet ordre de marche puisse être Tordre de bataille; la <( flotte sera divisée en deux lignes, de 16 bâtiments chacune, avec une divi- « sion avancée de 8 vaisseaux à 2 ponts, les meilleurs marcheurs, ceux-ci fête raient toujours, s'il était nécessaire, une ligne de 34 voiles en se joignant « à celle des deux lignes sur laquelle le commandant en chef voudrait les « diriger. Le second commandant, après qu'il aura une connaissance des « intentions du commandant en chef, aura l'entière direction de sa ligne et « fera l'attaque ou continuera à combattre (and to follow up tïie èlow) jusqu'à « ce que les vaisseaux ennemis soient capturés ou détruits. Supposé que la « flotte ennemie soit de 46 vaisseaux de ligne ; qu'on les voie au vent de la «ligne de bataille; que ces deux lignes anglaises ainsi que ses divisions a avancées puissent l'atteindre, les vaisseaux de cette ligne seront probablece ment si. éloignés que leur avant-garde ne pourra pas secourir leur arrièreci garde. Il est probable qu'on signalera alors au commandant en second (*) « de gouverner pour couper la ligne ennemie environ au !2« navire à partir

(*) L'armée anglaise est supposée, comme on voit, s'être mise à contre-bord.

dans lë§ traditions maritimes. «Je n'ai ni le moyen, ïri le « temps j s'écriait-il dans son découragement , d'adopter

« de l'arrière, ou bien à celui qu'il pourra atteindre, s'il ne peut aller aussi « loin. La ligne du commandant en chef gouvernera à peu près sur le centre, « et la division avancée cherchera à couper à 3 ou 4 vaisseaux environ en avant « du centre, de manière à s'assurer d'aller jusqu'au commandant en chef de « l'armée ennemie, que l'on fera tous efforts pour capturer. Tonte l'action de

* la flotté anglaise doit être faite de manière à réduire toute la partie 4e la

* flotte ennemie depuis 3 ou 3 vaisseaux en avant du commandant en chef, « supposé au centre, jusqu'au serre-file.

« Admettant que 20 vaisseaux de la ligne ennemie ne soient pas engagés, « if faudra encore quelque temps avant qu'ils ne puissent faire une manœuvre « pour amener une force compacte contre une partie de la flotte anglaise en- « gagée et pour secourir leurs compagnons ; et cela, ils ne pourront le faire « sans se mêler avec des bâtiments engagés.

« S'il arrivait q"ue les deux flottes fussent de moindre force que celle sup- « posée ici, on devra couper seulement un nombre proportionné de vaisseaux « dans la ligne ennemie, de manière toujours à ce que les anglais soient « supérieurs d'un quart h la portion d'ennemis ainsi coupés.

(( Lord Nelson ayant considéré avec attention quelles sont les chances (ma- « king due allowance fort what chance might affect), compte avec confiance « sur la victoire avant que l'avant-garde de l'ennemi puisse secourir l'arrière- « garde, et il s'attend alors à ce que la plupart des vaisseaux anglais seront « prêts à recevoir les 20 vaisseaux ennemi?, ou à les poursuivre s'ils s'effbr- « cent de s'éloigner (to mdkeoff). Si l'avant-garde ennemie vire vent devant, « les vaisseaux pris passeront sous le vent de la flotte anglaise ; si les enne- « mis virent vent arrière, les vaisseaux anglais se placeront entre l'ennemi et « les vaisseaux désemparés; et si cette avant-garde ennemie en vient aux « mains, sa seigneurie ne doute nullement du résultat.

« Le second en commandement (c'était Collingwod) doit, dans tous les cas « possibles, diriger les mouvements de sa ligne, et garder ses vaisseaux aussi « réunis que les circonstances le permettront. Les capitaines regarderont leur « ligne particulière comme leur point de ralliement : mais, dans le cas où les « signaux ne pourraient être ni bien vus, ni bien compris, aucun capitaine « ne sera dans son tort s'il place son vaisseau près et par le travers de celui « d'un ennemi. (No captain could do wrong, wo placed his ship close « alongside that of an enemy).

« Telle sera l'attaque si l'armée anglaise est sous le vent.

« Voici maintenant le plan à suivre si elle est au vent.

« Supposant l'ennemi formé en ligne de bataille pour recevoir la flotte

« anglaise, les trois divisions de celle-ci seront conduites jusqu'à être pres-

« qu'à portée de canon par le travers du centre de l'ennemi. Le signal sera

« probablement fait alors è la ligne sous le vent de laisser porter ensemble

ce sous toutes voiles, dans l'intention d'atteindre la ligne ennemie aussi tôt

« que possible, et de la traverser {to eut trough), en commençant au

« une autre tactique avec les commandants auxquels sont « confiés les vaisseaux des deux escadres, je crois bien que « tous tiendront leur poste, mais pas un ne saurait prendre « la détermination d'une manœuvre hardie. » Le sort en est donc jeté ! Malgré l'expérience du passé, et par suite de l'inhabileté avouée de ses capitaines, Villeneuve va donc présenter encore à l'ennemi une longue ligne de vaisseaux trop éloignés les uns des autres pour s'assister mutuellement, même pour se voir ; ligne pleine de trouées où les vaisseaux anglais vont pénétrer par pelotons pour envelopper les nôtres avec des forces supérieures et les réduire. 11 est midi; l'escadre anglaise est au vent, qui souille

a 12e vaisseau à partir du serre-file. Quelques vaisseaux peuvent ne pas am- « ver exactement à la place qu'ils devraient occuper, mais ils seront toujours « à portée d'assister leurs amis; et, s'il y en a qui soient portés en arrière « de la ligue ennemie, ils aideront à la défaite des 13 derniers vaisseaux. Si « les ennemis vireut ensemble vent arrière, en laissant porter et font route « grand largue, les 12 vaisseaux qui, dans la première position, formaient « l'arrière-garde ennemie, seront encore le but de l'attaque de la ligne sous le « vent, à moins que le commandant en cbef u'en ordonne autrement. Toute « circonstance qui ne peut être prévue dans le plan général est laissée au ju- « gement de l'amiral en sous-ordre, auquel l'amiral commandant en cbef a « signalé qu'il laissait l'entière conduite de sa ligne. Le restant de la flotte « ennemie, 34 vaisseaux, sera la part du commandant en chef, qui s'efforcera « de prendre soin que les mouvements du commandant en second soient aussi « peu interrompus que possible. »

Comme on le voit, dans ce second plan de bataille, Nelson n'admettait même pas qu'il dût venir attaquer l'ennemi sur une seule ligne préparatoire de bataille comme dans son premier plan d'attaque ; c'est que celte fois il avait à diriger non plus seulement une escadre, mais une armée nombreuse, et l'expérience du passé avait prononcé sur l'impossibilité de tenir pareille flotte en ligne si l'on voulait qu'elle fût manœuvrante : on se rappelle (chap. 7, § VI) que Suffren avait déjà attaqué sir Hughes de cette manière, bien qu'il fût à la léte de forces navales bien inférieures. On ne sait d'ailleurs ce qu'on doit le plus admirer dans ce mémorandum de Nelson : ou l'esprit de prévoyance, ou la clarté de l'exposé de la méthode, qui embrasse tous les cas généraux, sans sortir des bornes d'une concision de style toute militaire ; les grands succès sont à ce prix ; que de gens ignorent les travaux préliminaires qu'ils nécessitent, et combien de désastres sont dus à l'esprit ignorant ou paresseux des ehefs qui ne se croient appelés à jouer leur véritable rôle que le jour même

d'un combat.

faiblement de l'ouest-nord-ouest; comme corollaire aux instructions écrites que nous venons d'exposer ci-dessus, l'amiral Nelson a déjà signalé par le télégraphe à Collingwood, son commandant en second : « J'ai l'intention de « traverser la flotte ennemie entre l'avant-garde et le cen- « tre pour l'empêcher d'entrer à Cadix; quant à vous, cou- « pez l'arrière-garde vers le 12e vaisseau, à partir du serre- « file. »

Pendant que le vaisseau de Collingwood, le RoyalrSovereign (SW) s'avance à la tête d'une colonne de 15 vaisseaux pour exécuter cet ordre, Nelson-, monté sur h Vie* tory, se dirige vers le centre de la flotte combinée, suivi d'une autre colonne de 12 vaisseaux (CN), qu'a ralliée VAfrica (K), souventé pendant la nuit précédente.

Aussi dédaigneuses des règles d'une tactique longtemps prédominante que la flotte française en est esclave, les deux colonnes anglaises vont donc, pendant un assez long intervalle, présenter l'avant si vulnérable et presque désarmé de leurs vaisseaux aux coups des nombreuses bouches à feu qui hérissent le travers de la flotte franco-espagnole ; ils vont, en un mot, braver des bordées d'enfilades, comme s'ils redoutaient fort peu et les méthodes et l'habileté de t|r des canonniers espagnols et français. Toutefois, Collingwood juge prudent de faire coucher tout son monde sur les ponts jusqu'au moment où, cessant de présenter l'avant à l'ennemi, il sera en position de lui opposer son formidable travers; Nelson dédaigne d'en faire autant. Cette audace leur réussit : les deux colonnes ennemies s'avancent, presque sans malencontre sous le feu mal dirigé de nos vaisseaux, et mal dirigé par suite des ordres que donnaient eux-mêmes nos capitaines. Que dit, en effet, le rapport du vaillant capitaine du Redoutable, de Lucas, qui va tout à l'heure avoir les honneurs de la lutte corps-à-corps avec le vaisseau de Nelson lui-même : « Je fis monter une grande « partie de mes chefs de pièce sur le gaillard pour leur faire « remarquer combien nos vaisseaux tiraient mal; tous leurs « coups portaient trop bas : je les engageai à tirer à démâta ter , » c'est-à-dire, qu'au lieu de lancer des bordées

meurtrières en plein bois, contre l'avant des vaisseaux an-

Fig. 23.

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