VAISSEAUX ANGLAIS
N Victory -Nelson.
S W Royal-Sovereign-Collingwood.
A Téméraire.
B Neptune.
c Conqueror.
o Leviatban.
e Britannia.
F Agameninon.
g Ajax.
h Orion.
i Minolaure.
n Spartiate.
k Africa.
z Prince.
v Dreaghnouth.
l Bclle-Isle.
u Mars.
n Tonnent, o fiellerophon.
p Colossus.
q Achille.
r Polyphemus.
s Switsfurc.
t Revenge.
u Défiance.
x Tbunderer.
y Defence.
VAISSEAU FRANCO-ESPAGNOLS, désignés par les initiales F, E.
I Bucenlaure. F.
3 Sanctissima-Trinidad. E.
5 Redoutable. F.
4 Neptune. F.
s San-Leandro. E.
6 San-Justo. E.
7 Indomptable. F.
8 Santa- Anna. E.
9 Fougueux. F.
10 Monarca. E.
II Pluton. F.
12 Algésiras. F.
13 Bahama. E.
14 Aigle. F.
15 Switsfure. F.
16 Argonaute. F.
17 Moûtanez. E.
18 Argonauta. E.
19 Berwick. F.
30 Juan-Néponiucène. E.
2i San Ildefonsc. E.
32 Achille. F.
33 Prince-dos-Asluries. E.
34 Formidable. F.
35 Scipion. F.
36 Nepluno. E.
37 Intrépide. F.
38 Rayo. E.
39 Duguay-Xrouin. F.
50 Mout-Blanc. F.
Si San-Francisco. E.
32 San-Augustino. E.
33 Néros. F.
glais pour labourer, d'une extrémité du navire à l'autre, le personnel nombreux qui arme les batteries de ces vaisseaux, c'est sur quelques cordes et mâts se balançant dans les airs, que les capitaines français (et les meilleurs encore) ordonnent à leurs canonniers de diriger leurs coups! Ab ! ce n'est pas ainsi que nous avons vu Suffren traiter les vaisseaux de sir Hughes (chap. 7, fin du paragraphe VI) ; c'est en plein bois, comme vont faire Collingwood et Nelson f qu'il canonnait ses adversaires ; ajouterons -nous que la houle et la faible brise qui régnait achevaient de donner au tir à démâter d'autant plus d'incertitude, qu'un grand nombre de vaisseaux de la flotte combinée étaient en panne, allure qui augmentait considérablement
leurs mouvements de roulis. La colonne de Collingwood (CW), qui a de l'avance sur celle de Nelson (CN), perce la première la ligne franco-espagnole; son vaisseau (SW) passe à poupe et près du Santa-Anna (8) où flotte le pavillon du vice -amiral espagnol, lui lance alors en plein bois une terrible bordée à doubles projectiles, qui enfilent le vaisseau espagnol de l'arrière à l'avant et lui mettent 400 hommes hors de combat. Après ce brillant début, le Sovereign engage le Santa-Anna vergue à vergue; le Belle- Isle (c) arrive et coupe notre ligne à son tour; il est suivi du Mars (m) qui s'attache au Pluton (11) , du Tonnant (n) qui s'attache à VAlgésiras (12); un peloton de 5 autres vaisseaux anglais succède à ceux-ci pour achever d'engager l 'arrière-garde combinée : c'est d'abord le Bellerophon (o), ce foyer britannique auquel Napoléon devait venir s'asseoir quelques années plus tard, puis le Colosstis (p), VAchilles (q), le Dreaghnouth (v) et le Polyphemus (r). Cinq autres vaisseaux se détachent sur leur droite pour venir doubler cette arrrière-garde et la mettre ainsi entre deux feux : ce sont le Revenge (t), le Switsfure (s) , le Défiance (y) , le Thunderer (x) , le Defence (y); l'engagement ne tarde donc pas à être déjà général de ce côté, et d'avance, on peut prévoir quelle en sera l'issue, puisque la colonne de Collingwood, profitant de l'immobilité et des trouées de notre longue ligne de bataille, est déjà parvenue avec autant d'habileté que d'audace à mettre une notable partie de la queue de cette ligne entre deux feux ; ce sont les traditions de Suffren, les méthodes de Clerk> les plans de Nelson qui s'exécutent !
ni
La colonne de Nelson (C N) 'arrive à son tour sur le champ de bataille, guidée par le Victory (n), qui porte le héros marin de l'Angleterre; bravant avec le même succès que Collingwood le feu d'enfilade de nos vaisseaux, l'amiral anglais se dirige sur le Bucentaure, monté par l'amiral Villeneuve, pour couper la ligue derrière ce vaisseau et le
cribler à son aise, en lai passant à poupe comme a fait le Sovereign au Santa^Anna ; mais le Redoutable, (3) capitaine Lucas , matelot d'arrière, c'est-à-dire gardien de la poupe de l'amiral français , devine la manœuvre et se rapproche de cette poupe, jusqu'à la toucher, pour déjouer les tentatives du vaisseau amiral anglais. Le capitaine du Yictory, ne voulant pas se hasarder à aborder le Bucen-* taure, se jette alors sur le Redoutable, petit 74, pour rompre la ligne franco-espagnole , et l'entraîne avec lui, non sans être parvenu à lancer une bordée meurtrière dans la hanche du vaisseau-amiral français; c'est alors qu'a lieu l'épisode le plus glorieux de la journée pour nos armes; étreint par la masse du Yictory, le Redoutable soutient la lutte avec une indomptable énergie; des hunes de ce petit vaisseau part le feu bien nourri d'un combat de mousqueterie dans lequel nos marins ont l'avantage; en peu d'instants, les gaillards du Victory sont jonchés de cadavres; des cent et quelques hommes qui arment ces gaillards une vingtaine restent à peine debout; Nelson lui-même vient d'être frappé à mort par un projectile parti de la bune du vaisseau français. Le capitaine Lucas, jugeant le moment des plus favorables pour s'emparer du pont du Yictory, appelle sur le pont ses divisions d'ahordage ; en un instant les gaillards du Redoutable sont couverts de ses hommes d'élite, qui, le sabre ou la hache d'armes au poing, le pistolet à la ceinture, se précipitent sur la du* nette, dans les bastingages, dans les haubans de leur vaisseau; les canonniers anglais, à leur tour, abandonnent leurs pièces et montent sur le pont pour repousser cet abordage , mais ils y sont accueillis par un feu bien nourri de mousqueterie et une pluie de grenades que leur lancent nos abordeurs , à mesure qu'ils franchissent leurs é.coutilles; ceux qui échappent à ce feu terrible se replient en désordre dans leurs batteries ; le pont du Victory est presque désert; déjà l'aspirant français Yon a sauté sur ce pont avec une poignée de matelots français ; le lieutenant de vaisseau Dupotet s'élance sur ses traces, à la tête de ses vaillants abordeurs, auxquels le capitaine Lucas donne l'ordre de faire un pont de passage
en amenant les deux basses vergues de son vaisseau ; encore quelques instants et le pavillon britannique cessera de flotter à bord du Victory , et c'est sur son vaisseau vaincu que Nelson rendra le dernier soupir ! mais le vaisseau anglais le Téméraire (a) matelot d'arrière du Victory, voit le danger que court son amiral, et passant lentement sur l'avant du Redoutable, à portée de pistolet, il lance une effroyable bordée de boulets et de mitraille de toute son artillerie contre les 350 braves qui, le corps à découvert dans les hauts de ce vaisseau, s'apprêtent, pleins de con~ fiance, à saisir la victoire ; 200 d'entre eux tombent sous cette pluie de fer ; une seconde bordée laboure le reste ; il n'y a plus d'abordage possible, et c'est à coups de canon que le petit Redoutable soutient le combat contre les deux colosses le Victory et le Téméraire; le capitaine Lucas continue, sans pâlir, ce duel inégal, et n'amène son pavillon qu'après l'arrivée de deux autres vaisseaux anglais le Neptune (b) et le Leviathan (d) sur le théâtre de la lutte ; les quatre cinquièmes de son équipage étaient hors de combat, son vaisseau criblé de boulets. Malgré la faiblesse du vent les vaisseaux anglais arrivent tous successivement sur le champ de bataille; le Polyphemus (a) vient en renfort au Belle-Isle (l), la Défiance (o) a engagé l'Aigle (ik)} le Switsfure (s), l'Achille (22) j la Défense (y), le Berwick (19); le Bellerophon (o) a attaqué le Monarca (10), le Colossus(p), le Bahama (13); le Dreaghnouth (v), le Don Juan Népomucène (20) ; et la lutte est soutenue héroïquement par eux tous , lorsque huit vaisseaux anglais , tout frais , le Spartiate, le Minotaure, VAgamenmon, leBritanniay VOrion, VAjax, le Conquerory VAfrica, viennent se jeter dans la mêlée, et faire pencher la balance en faveur de la flotte britannique !
C'est alors que commence une série de nouveaux épisodes, qui peuvent consoler d'une défaite, mais n'en sont pas moins désastreux pour les flottes : le Berwick (19), sous les ordres du vaillant capitaine Camas, lutte contre les
vaisseaux anglais la Defence et V Achille; VAlgésvras (12), qui porte le pavillon du contre-amiral Magon, est abordé à l'avent par le Tonnent (n) qui le laboure en enfilade de son artillerie ; Magon rallie lui-même les marins sous ce feu meurtrier, et, une hacbe à la main, s'élance des premiers à l'abordage du vaisseau anglais ; il est atteint au bras et à la cuisse ; il refuse de quitter le pont, et un biscaïen vient le frapper à la poitrine; de tous ses officiers il n'en reste plus qu'un seul qui prolonge encore cette lutte héroïque. Le Pluton, que monte Cosmao, se dispose à aborder le Mars (m) dont le capitaine vient d'être tué, lorsqu'un peloton de vaisseaux anglais l'entoure et l'oblige à abandonner son premier adversaire ; le Neptuno (26), capitaine Valdès , se défend avec énergie contre le Spartiate et le Minotaure; le Fougueux (9), capitaine Baudouin, après avoir combattu le RayaJrSovereign et le Belle-Isie , n'hésite pas à aborder le Téméraire de 98 canons ; le brave Baudouin , de la dunette où il est frappé mortellement, anime encore son équipage; le second de ce vaisseau, le capitaine Bazin, succombe à son tour ; 400 hommes de son équipage sont mis hors de combat, et il faut que les Anglais montent sur son pont, jonché de cadavres, pour amener eux-mêmes son pavillon ! Vlntrépide, entouré par cinq vaisseaux anglais, ne se rend qu'au sixième; l'Achille (22), capitaine Deniéport, combat avec acharnement les trois vaisseaux anglais, le Belle-Isle, le Switsfure et le Prince: le capitaine est tué à son poste qu'il n'a pas voulu abandonner, quoique déjà blessé; de tout l'état-major il ne reste qu'un enseigne pour commander ce brave vaisseau qui saute en l'air vers 5 heures du soir, sans avoir amené son pavillon. Le Bucentaure, portant le pavillon de l'amiral Villeneuve, le Sanctissima-Trinitad , celui de l'amiral espagnol Gramna, entourés par toute une escadre de vaisseaux anglais, succombent non moins glorieusement n'ayant plus que des lambeaux de mâts et d'équipages ; et, pendant qu'il se bat avec autant de calme que d'énergie, Villeneuve s'étonne que les dix vaisseaux île l 'arrière-garde tardent tant à accourir à son secours, guidés par leur chef, le contre-amiral Dunianoir, auquel il en
4 fait maintes fois le signal ; cette avant-garde, longtemps indécise, arrive enfin, mais ne trouve plus que des pontons à secourir et des vaisseaux anglais plus nombreux que les siens à combattre ; c'est à peine si elle échange quelques coups de canon, avant de faire route au large de ce sanglant théâtre : « Arriver dans ce moment sur l'ennemi , écrivait, « quelques jours plus tard , Dumanoir au ministre, eût été « un coup de désespoir qui n'eût abouti qu'à augmenter le « nombre de nos pertes. » Allégation qui ne peut suffire pour absoudre complètement cet officier général devant l'histoire !
En jetant les yeux sur la figure ci-jointe, on-verra que les plans de Nelson avaient été exécutés avec autant d'habileté que d'audace : et que, par suite , des 33 vaisseaux francoespagnols, 23 seulement, chétifs 74 pour la plupart, s'é» taient trouvés amenés à combattre 27 vaisseaux anglais, dont plusieurs 3 ponts et vaisseaux de 98. Cependant la lutte est terrible, la résistance héroïque; les deux amiraux en chef en donnent l'exemple : le contre-amiral Magon, les capitaines français Baudouin, Camas, Gourrège, Le Tourneur, Deniéport, Bazin, Poulain, meurent sur leurs bancs de quart, en animant leurs équipages, quelques-uns après avoir été déjà blessés; d'autres, comme les capitaines Lucas, Infernet, Cosmao le capitaine espagnol Valdès, etc., etc., sortent sains et saufs de cette boucherie navale, mais après s'être couverts de gloire;, l'état des vaisseaux français capturés est là d'ailleurs pour l'attester; il est tel que pas un d'eux ne peut être amené en Angleterre pour servir de trophée aux vainqueurs; le Redoutable et le Fougueux, criblés de boulets , sont engloutis dans les flots après la bataille ; le Bucentaure et VAlgésiras sont arrachés par les débris de leurs équipages des mains des capteurs mis à leur bord pour les examiner; et l'intrépide Cosmao, sortant de Cadix, où il s'est momentanément abrité avec son Pluton, qui fait trois pieds d'eau à l'heure, se porte avec deux autres vaisseaux et deux frégates à la recherche des
vainqueurs dispersés par une tempête ; il leur enlève encore deux vaisseaux français , et oblige Collingwood à brûler lui-mèrae les six autres vaisseaux capturés qu'il espérait conduire en triomphe dans les ports britanniques; si donc la bataille de Trafalgar fut un désastre pour la marine française encore peu organisée, ce fut du moins un glorieux désastre, mais qui prouvait une fois de plus combien nos flottes étaient encore loin d'égaler, sous le rapport de . l'habileté, de l'audace dans leurs manoeuvres, ces brillantes escadres de la guerre de 1778, qui avaient tenu la marine britannique en échec dans les deux Indes. La plus héroïque bravoure ne peut suppléer l'habileté nautique, pas plus dans les équipages que chez les officiers et les amiraux; nous disons les amiraux, parce que l'infortuné Villeneuve, tous les documents historiques en font foi, n'avait confiance ni en lui-même, ni dans les autres, bien qu'il possédât à fond, et trop peut-être, puisqu'il en était esclave, les règles d'une tactique navale déjà surannée ; supposez Suffren à la place de Villeneuve, et qui oserait affirmer que la bataille de Trafalgar eût abouti à une pareille défaite ?
Voici le caractère que prête à cette bataille le célèbre historien du Consulat et de l'Empire :
« Des marins inexpérimentés , des alliés plus inexpéri- « mentes encore ; une discipline faible, un matériel négligé, « partout la précipitation avec ses conséquences ; un chef « sentant trop vivement ces désavantages, en concevant des « pressentiments sinistres, les portant sur toutes les mers, « faisant, sous leur influence, manquer les grands projets « de son souverain ; ce souverain irrité ne tenant pas assez « de compte des obstacles matériels, moins difficiles à sur- « monter sur terre que sur mer, désolant par l'amertume « de ses reproches un amiral qu'il fallait plaindre plutôt « que blâmer; cet amiral se battant par désespoir, et la « fortune, cruelle pour le malheur, lui refusant jusqu'à « l'avantage du vent; la moitié d'une flotte paralysée par « l'ignorance et par les éléments, l'autre moitié se battant « avec fureur; du côté de l'ennemi une bravoure calculée, « habile ; du nôtre une inexpérience héroïque, des morts « sublime;, un carnage effroyable, une destruction inouïe ;
* après 16s ravagés des hommes, les ravages de la tempêté : n l'abîme dévorant lès trophées dés vainqueurs ; enfin le « chef triomphant enseveli dans son triomphe, et le chef « vaincu projetant le suicide comme seul refuge à la doun leur : telle fut celte fatale bataille de Trafalgat, avec 8és
* causes, ses résultats, ses tragiques aspects ! »
Après le désastre de Ttafalgdr, l'Empereur Napoléon reconnaît que pour arriver à constituer une marine capable
(Sons !» Répàblique. - tTt3.) (Sou» l'Empire.- ISI#.)
de lutter avec celle de l'Angleterre, il faut d'abord former à la mer le plus grand nombre possible d'amiraux, de capitaines, d'officiers, en les lançant sur toutes les mers du globe à la poursuite du commerce ennemi ; des escadres peu nombreuses, des divisions de frégates, sont détachées au loin pour remplir ces missions aventureuses, et la plupart s'en tirent avec succès et gloire; une escadre de six vaisseaux , au nombre desquels se trouve le Vétéran, que commande Jérôme Bonaparte, vient de tenir la mer ainsi pendant une croisière de onze mois, et a fait éprouver à l'ennemi une perte de 12 millions après avoir vainement offert le combat à une escadre anglaise de douze bâtiments, dont cinq vaisseaux; cette escadre française, qui en a tenu trois de même force à sa poursuite, est commandée par le contre-amiral Villaumez, fait officier général après avoir combattu, comme capitaine de la frégate, la Poursuivante, le vaisseau anglais VHercule, et s'en être fait abandonner. Le contre-amiral Allemand a opéré dans sa Croisière du large avec non moins de bonheur, tandis que, dans des rencontres particulières de frégates, les noms des capitaines Bergeret, Bourayne, Hamelin, Duperré, Bouvet, Dupotet, le Marant, Motard, Segond, etc., etc., se couvrent de gloire, et prouvent que V organisation et la tradition manquent seules à une flotte où se font remarquer d'aussi vaillants officiers.