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Navire à vapeur de 160 chevaux le Phaëton

C, C, C. Route suivie par la Créole se dirigeant vers la pointe du Soldat

C S, oh le Tond lui manque- C, C, C\ Route de retour de la Créole venant prendre part à l'attaque

avec les frégates.

« je n'avais pas une réponse satisfaisante aux demandes de «la France, je recommencerais immédiatement les hos- « tilités.

« Le 26, j'ordonnai les dispositions de combat à bord des « trois frégates : la Néréifa, capitaine Turpin; la Gloire, ca- « pitaine Laine; VIphigénie, capitaine Parseval-Deschénes, « et des deux bombardes, le Cyclope, capitaine OHivier, et « le Vukain, capitaine Lefrotter.

« Le 27 au matin le temps était calme : je donnai ordre « aux deux bâtiments à vapeur, le Météore, capitaine Bar- « botin, et le Phaëton, capitaine Goubin, de prendre cha- « cun une des deux bombardes à la remorque, et de les « conduire au poste d'embossage (5) (6) que je leur avais « assigné dans Test de là petite coupure qui sépare en deux « le grand récif de la Gallega.

« La corvette la Créole, capitaine prince deJoinville, « reçut ordre de se tenir en observation dans le N. d'Ul- « loa, mais sans se compromettre avec la forteresse plus « que ne le permettait la portée des deux seuls obusiers « longs dont elle pouvait disposer de chaque côté. A 10 « heures trois quarts la Néréide, portant mon pavillon, « reçut la remorque du navire » vapeur le Météore ; et, à « midi 10 minutes, je la mouillai à portée de pistolet de « l'accore oriental du récif de la Gallega, où elle fut immé- « diatement embossée (1). Les frégates la Gloire et Vlphi- « génie vinrent prendre avec une parfaite précision les « postes que je leur avais assignés, la première sur l'avant, « la seconde sur l'arrière de la Néréide (2) (3).

« Les trois frégates, ainsi embossées, beaupré sur poupe, « formaient une ligne serrée, parallèle an récif; du milieu « de cette ligne, la tour des signaux, élevée sur le cavalier « du bastion Saint-Crispin de la forteresse, restait au S. -0. « 50 1°. C'était une position avantageuse en ce qu'elle nous

* permettait de battre diagonalement la plus grande partie c des ouvrages de la forteresse, en évitant le feu de ses fronts « principaux.

« Après avoir remorqué les frégates, les navires à vapeur a allèrent mouiller bors de portée de canon de la forteresse, « mais en position de donner leur assistance, si elle deve-

* nait nécessaire.

« Les chaloupes des frégates armées par les équipages des « bricks laissés à l'ancre, et munies chacune d'une ancre à « jet et de deux grelins, furent placées à l'abri des frégates, « du côté opposé au récif.

a Quelques minutes avant midi, au moment où j'allais « placer la Néréide près le récif de la Gallega, un canot «mexicain vint à bord en parlementaire j il portait deux « officiers chargés par le lieutenant général Manuel « Rincon , commandant le département de Vera - Cruz , « de me remettre la réponse définitive du Gouvernement « mexicain aux demandes de la France. Cette réponse ne « laissait aucun espoir d'obtenir par des voies pacifiques a l'honorable accommodement que j'avais été chargé de a proposer au chef mexicain. Depuis un mois j'avais épuisé* « tous les moyens de conciliation. 11 fallait recourir à la a force,

« Un peu avant deux heures et demie, je renvoyai le « parlementaire mexicain ; et, dès qu'il fut à bonne di- « stance, hors de la direction de nos canons, je fis le signal « de commencer le feu sur la forteresse.

« Jamais feu ne fut plus vif et mieux dirigé, et je n'eus >< dès lors d'autre soin que d'en modérer l'ardeur. De temps « à autre je faisais le signal de cesser le feu, pour laisser « dissiper le nuage d'épaisse fumée qui nous dérobait la « vue de la forteresse. On rectifiait alors le pointage, et le a feu commençait avec une vivacité nouvelle,

« Vers trois heures et demie la corvette la Créole parut à

* la voile, contournant le récif de la Gallega par le nord ; « elle demandait par signal la permission de rallier les « frégates d'attaqué et de prendre part au combat.

« J'accordai cette permission : M. le prince de Joinville « vint alors passer entre la frégate la Gloire et le récif de « la Lavanderà, et se maintint dans cette position jusqu'au « coucher du soleil, combinant habilement ses bordées, de

* manière à canonner le bastion Saint-Crispin et la bat- « terie rasante de l'Est. À quatre heures vingt minutes, la c tour des signaux , élevée sur le cavalier de ce bastion , « sauta en l'air en couvrant de ses débris le caValier et les « ouvrages environnants. Déjà deux autres explosions de « magasins à poudre avaient eu lieu, Tune dans le fossé de « la detni - lune , l'autre dans la batterie rasante de l'Est « dont elle avait fait disparaître le corps de garde. Une « quatrième explosion eut lieu vers cinq heures, et dès lors « le feu des Mexicains se ralentit considérablement. Au « coucher du soleil, plusieurs de leurs batteries paraissaient « abandonnées, et la forteresse ne tirait plus que d'un pe- « tit nombre de pièces. Je donnai alors l'ordre à la Créole « d'aller reprendre le mouillage de l'île Verte, et je fis re- « morquer la Gloire au large par le Météore.

9 II importait de désencombrer notre position ; les fré- « gâtes étaient mouillées sur un fond de roches aiguës , et « elles se trouvaient serrées contre l'accore d'un récif dont

* elles ne pouvaient s'éloigner que l'une après l'autre, en « sorte que le moindre vent du large qui se serait élevé a pendant la nuit aurait rendu leur situation fort dange- « reuse.

« J'ordonnai donc de cesser le feu à bord de la Néréide « et de l'Iphigénie, et de faire les dispositions pour recevoir « les remorques des navires à vapeur. La forteresse avait « complètement cessé son feu > les bombardes seules con- « tinuaient à tirer sur elle. A huit heures, ne voulant pas « qu'elles dépensassent inutilement leurs munitions dans « l'obscurité, je leur fis le signal de cesser le feu.

« Vers huit heures et demi un canot parlementaire se « dirigea de la forteresse vers la Néréide, portant deux of- « Aciers mexicains. L'un d'eux , le colonel Manuel Rodri-

• guez , me dit qu'il était envoyé par le maréchal de

* camp don Antonio Gaona, commandant la forteresse, pour « me demander une suspension d'armes, afin de retirer de a dessous les décombres un grand nombre de blessés qui m s'y trouvaient ensevelis encore vivants.

« Je répondis que la suspension d'armes avait lieu de « fait, puisque je venais de faire cesser le feu, mais qu'elle « ne pouvait durer que quelques heures, et que j'exigeais « une capitulation dont je dictai immédiatement les termes :

« La convention relative à la ville de Vcra-Cruz et à la « forteresse dTlloa fut donc conclue, à quelques modifica- « tions près, dans les termes que j'avais moi-même offerts. « C'était le 28 novembre , à midi, que la forteresse devait « nous être remise ; mais elle n'a qu'une seule porte à la- « quelle on arrive par un quai fort étroit, dont l'accès se « trouvait obstrué par les chaloupes canonnières mexicai- « nés coulées bas dans le combat de la veille. D'ailleurs, « l'encombrement des blessés mexicains était tel, que mal- « gré les efforts des officiers qui commandaient les embar- « cations de l'escadre, l'évacuation ne put être terminée « que deux heures après midi.

« Je fis alors occuper la forteresse par les trois compact jmies d'artillerie de la marine et l'escouade des mineurs « embarqués sur les frégates. Lorsque le pavillon de France « lut hissé, tous les navires de l'escadre le saluèrent de 21 « coups de canon, et les équipages, sur les vergues, de trois « cris de Vive le Roi!

« Aussitôt que la prise de possession fut terminée, je me « bâtai de tirer les frégates et les bombardes de la position « dangereuse qu'elles occupaient à l'accore du récif de la « Gallega. 11 était temps, car le vent fraîchissait, la mer « devenait houleuse, et les ancres se brisaient comme du « verre sur le fond de roches aiguës où nous nous trouvions « mouillés; enfin, à sept heures du soir, toute la division « d'attaque se trouvait ralliée à l'Ile Verte, à l'exception « du Cyclope qui ne put rejoindre que le lendemain.

« La garnison de la forteresse d'Ulloa se composait de « 1100 artilleurs ou soldats. D'après le rapport du général

« Santa-Ânna, ses pertes, en tués et blessés, l'avaient « réduite à environ moitié de ce nombre lors de la capitu- « lation.

« Le matériel d'armement se compose de 186 bouches à « feu montées, plus 7 mortiers de 9 pouces; de ces 193 « bouches à feu 110 sont en bronze, conformément à l'état « détaillé que j'ai l'honheur d'adresser à Votre Excellence.

« A moinsque de les avoir vus, il est impossible de se « faire une idée des ravages que notre feu a causés dans la « forteresse pendant le court espace de temps qu'a duré « l'attaque. En peu d'instants toutes les défenses de l'ën- « nemi ont été criblées. Ce succès est dû surtout à la supé- « riorité de notre artillerie. Votre Excellence pourra apprécier la bonne organisation de ce service à bord des « navires dont se composait ma division d'attaque , lors- « qu'elle saura que 302 bombes, 177 obus, et 7,771 boulets « ont été lancés contre la forteresse sans donner lieu au plus « léger accident.

« Des deux mortiers que portait chaque bombarde, l'un « était servi par des artilleurs bombardiers, l'autre par des « marins; le sentiment de noble émulation qui est résulté « de cette mesure a eu , de part et d'autre, les plus heu- «* reux effets. »

Ainsi tomba, sous les coups de 3 frégates et 2 bombardes françaises, cet autre prestige d'inexpugnabilité qui entourait la forteresse mexicaine; toutefois elle a, en partie, reconquis sa réputation première peu d'années après, alors qu'une escadre américaine plus nombreuse que la nôtre, et où figuraient même des vaisseaux de ligne, s'est contentée de bloquer Ulloa et Vera-Cruz, pendant le cours de la guerre entre les États de l'Union et le Mexique, au lieu de tenter une attaque du même genre contre les batteries d' Ulloa; et il ia fallu que l'armée américaine vint par terre investir, puis prendre la ville de Vera-Cruz, pour que la garnison de cette forteresse, alors coupée de ses approvisionnements , se rendit sans combattre à l'escadre américaine. Dans cette circonstance, \sl Presse des Etats-Unis fui même fort sévère envers sa marine qui n'avait pas cru devoir tenter de nouveau la solution du redoutable problème, abordé

si hardiment naguère par une petite division de frégates françaises. Mais, en examinant sérieusement les difficultés que présente l'attaque du fort Saint-Jean-d'L'lloa , on arrive à se rendre compte de l'inaction de l'escadre américaine à cette époque ; ces difficultés sont immenses, et pour que le triomphe de notre division navale ait été aussi prompt, aussi complet , il a fallu un concours de circonstances qu'on ne rencontrerait peut-être pas deux fois dans une affaire de ce genre; il a fallu que les canonniers mexicains laissassent, par une incurie sans exemple, nos frégates s'approcher à loisir de leurs batteries , puis mouiller et s'embosser à la distance et dans la position les plus avantageuses pour leur tir } il a fallu que les grands vents, habituels dans ces parages en cette saison, cessassent de souffler précisément au jour voulu, et le temps voulu, pour permettre à ces mêmes frégates et bombardes, mouillées sur des pointes de roches aiguës, de développer toute la puissance de leur feu, comme si leur position avait été aussi sûre qu'elle était périlleuse £ il a fallu que, sans l'assistance de pilotes, nos officiers fussent assez habiles pour conduire et mouiller leurs bâtiments entre ces récifs, dont l'hydrographie était des pluâ incomplètes (1); il a fallu enfin que les artilleurs de la forteresse ne fussent artilleurs que de noms, car leur tir, qui pouvait être terrible contre des murailles de bois d'aussi faible échantillon, fut tellement détestable, que notre division navale ne compta que 33 hommes mis hors de combat : toutes choses qui prouvent, une fois de plus, qu'un général de mer, comme de terre, doit, après avoir mis le plus de chances possible de son côté par le fait de ses combinaisons, compter en outre sur celles que lui ménagera son heureuse étoile* s'il en a une; cette maxime, nous l'avons souvent entendu professer au vainqueur de Sainth Jean-d'Ulloa lui-même, au contre-amiral Charles BaudiU) dont le brillant succès étonna tellement les hommes de

(I) Voir à cet égard/dans la France Maritime, t. IV, page 186, ta protestation des officiers de. l'escadre au sujet d'un prétendu enlèvement de pi* laies pourjttider Jes mouvements des ttoU frégates.

guerre de l'époque, que le duc de Wellington déclara au sein du parlement anglais : « Que la prise de la forteresse « de Saint- Jean-d'Ulloa par la division des frégates fran- « çaises était le seul exemple qu'il connût d'une place ré- « gulièrement fortifiée, prise par une force purement na- « vale. »

ut

Nous avons laissé notre armée victorieuse dans Alger en 1830; mais ce n'est pas une ville seulement, c'est Y Algérie tout entière qui va devenir le théâtre de ses luttes incessantes contre les n liées d'Arabes qui lui en disputent la possession. A partir de cette époque commence une brillante épopée de combats dont la prise d'Alger a été le premier et la campagne de Kabylie sera l'un des derniers actes. C'est d'abord l'occupation de Blidah, de Médéah et du versant de Y Atlas; c'est la prise de Bone, de Bougie, de Constantine; c'est le passage des Bibans, appelés poétiquement par les indigènes les Portes-de-Fer ; c'est la capture de la smala d'Abd-el-Kader; c'est enfin celle à'Abd-el- Kader lui-même, traqué sur le territoire du Maroc, où nos troupes, sous l'illustre gouverneur Bugeaud, viennent de livrer à l'armée marocaine un combat qui a les proportions d'une vraie bataille. Cette bataille, devenue populaire sous le nom d'Isly, résume en quelque sorte, par son admirable dispositif d'attaque, l'ensemble des méthodes nouvelles que le général Bugeaud avait appliquées dans le cours de ses expéditions avec autant de talent que de persévérance. Nous allons donc entrer dans quelques détails sur ce chefd'œuvre du conquérant de Y Algérie. L'émir Abd-el-Kader, poursuivi par nos troupes, avait trouvé un refuge dans le Maroc. La petite armée à la tête de laquelle le général Bugeaud l'avait poursuivi s'était arrêtée à la frontière; mais, inquiété lui-même par l'armée marocaine, dont il avait déjà repoussé deux attaques partielles, le général français résolut de marcher sur les camps marocains, qui n'étaient éloignés que de deux jours de marche et se grossissaient

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