‹ Batailles de terre et de merChapitre 21 sur 99 · Aiiso à vapeur le Rubis · texte numérisé non relu

Aiiso à vapeur le Rubis

A C. — Balle ri es de l'Arsenal , armées de 30 bouches à feu de 84 en bronze en très-bon étal.

F. — Tour de l'Arsenal, armée de 6 bouches à feu semblables.

B. — Balleries de l'Ouest, armées de 40 bouches à feu de 16 et M en moins bon état.

D, E, F, — Balleries de l'île et de ,l'ilol de Mogador, armées chacune de 4 bouches à feu,

M. — Mosquée.

Q. — Aquedue.

T, T, T. — Tours flanquant l'enceinte de la ville, armées chacune de 4 bouches à feu.

Pendant que, le 14 août 1844, Tannée de terre assurait sa conquête par de nouveaux triomphes, une escadre française, composée de 3 vaisseaux, 1 frégate, 4 bricks et 6 bâtiments à vapeur, qui déjà avait foudroyé et démantelé les batteries de Tanger, ajoutait, le 15 août, une glorieuse page de plus à nos fastes maritimes, en réduisant l'île, la ville et l'arsenal de Mogador, cette clef maritime et commerciale de l'empire de Maroc. Nous reproduisons l'extrait du Moniteur, adressé au ministre de la marine, où se trouve, au sujet de cette attaque, le rapport de S. A. R. Monseigneur le prince de Joinville, contre-amiral, commandant en chef cette escadre :

« Je suis arrivé devant Mogador le 11 août; le temps « était très-mauvais, et, pendant plusieurs jours, nous « sommes restés mouillés devant la ville, sans pouvoir « même communiquer entre nous. Malgré des touées de « 200 brasses de chasse, nos ancres cassaient comme du « verre. Enfin, le 15, le temps s'étant embelli, j'en ai pro- « fité pour attaquer.

« Les vaisseaux le Jemmapes (2), capitaine Montagniès, « et le Triton (3), capitaine Bel langer, sont allés s'embos- « ser devant les batteries de l'ouest (B), avec ordre de les « battre et de prendre à revers les batteries de l'arsenal A G. « Le Suffren (1), capitaine Lapierre, et la Belle-Poule (4),

« capitaine Hernoux, sont venus prendre poste dans la « passe du nord, contre les batteries F, C, A; il était une « heure de l'après-midi lorsque notre mouvement a com- « mencé.

« Aussitôt que les Arabes ont vu les vaisseaux se diriger « vers la ville, ils ont commencé le feu de toutes les batte- « ries. Nous avons attendu pour répondre que chacun eût « pris son poste. A quatre heures et demie, le feu a com- « mencé à se ralentir; les bricks Je Cassart (5), capitaine « Roquemaurel, le Volage (7), capitaine Clavaud, l'Argus(fi)9 « capitaine Jeangérard , sont alors entrés dans le port et « se sont embossés près des batteries de File E, F, M, avec « lesquelles ils ont commencé une lutte assez animée. « Enfin, à cinq heures et demie, les bâtiments à vapeur « le Gassendi (10), capitaine Maissin, le Pluton (11), capi- « taine Ad. Bouët, le Phare (12), capitaine Brousset, por- « tant 500 hommes de débarquement, ont aussi donné dans « la passe, sont venus prendre poste dans la ligne des bricks, « et le débarquement sur l'île s'est immédiatement effectué « sous les ordres du capitaine Duquesne. L'île a été défen- « due avec le courage du désespoir par les Maures et les Ka- « byles qui en faisaient la garnison. Un grand nombre a été « tué; 140 d'entre eux, renfermés dans une mosquée (M), « ont fini par se rendre. Nos pertes, dans celle journée, se- « lèvent à 14 tués, dont 1 officier, et 64 blessés, dont 6 of- « ficiers. L'île prise, il ne nous restait plus qu'à détruire « les batteries de la ville qui regardaient la rade. Notre «canon les avait déjà bien endommagées; il fallait les « mettre complètement hors de service. Hier donc, 16 août, « sous les feux croisés des bâtiments à vapeur l'Asmodée «(9), capitaine Dufresnil, le Gassendi (10 b), capitaine « Maissin, le Pluton (Il b), capitaine x\d. Bouët, le Rubis « (13), capitaine Sédaige, et de deux bricks, 500 hommes « ont débarqué au pied de ces batteries, sous les ordres du « commandant Hernoux et du capitaine Ed. Bouët-Willau- « mez; ils n'ont point rencontré de résistance. Nous avons « encloué et jeté à la mer les canons; nous en avons émet porté quelques-uns; les magasins à poudre ont été noyés; « enfin, nous avons emmené ou défoncé toutes les barques

« qui se trouvaient datas le port. Je crois que nous aurions « pu, à ce moment* pénétrer sans danger dans l'intérieur «de la ville; mais ce n'aurait élé qu'une promenade sans « but et sans résultat, qu'un inutile pillage. Je m'en suis « donc abstenu, et j'ai ramené les troupes sur l'Ile, et les « équipages à bord de leurs navires.

« Je m'occupe d'installer sur l'Ile une garnison de 600 « hommes. L'occupation de l'île , sans le blocus du port* « serait une mesure incomplète. Je me conforme donc à « vos ordres en fermant le port de Mogador. La ville est, « au moment où je Vous écris , en feu , pillée et dévastée « par les Kabyles de l'intérieur, qui, après avoir chassé la « garnison impériale, en ont pris possession.

« Nous venons de recueillir le consul anglais, sa famille « et quelques Européens. Je ne veux pas terminer sans « vous dire combien j'ai eu à me louer de tous ceux que « j'ai eus sous mes ordres dans la Campagne que nous ve* « nons de faire.

« Tout le monde a servi avec un zèle qui ne se puise que « dans l'amour ardent du pays, de son honneur et de ses « intérêts, et dans un dévouaient absolu au service du Roi. « Mogador, 17 août 1844.

« P. S. Au milieu d'occupations qui m'accablent, le temps « me manque pour vous envoyer un rapport détaillé : le « capitaine E* Bouët-Willaumez qui vous remettra cette « lettre vous donnera tous les renseignements désirables *y « je l'ai chargé de rapporter les étendards qui flottaient sur c< la ville et les batteries de l'île. »

Ce rapport du 17 août, que nous eûmes l'honneur de rapporter en France, fut, en effet, complété plus tard par un autre plus détaillé du prince amiral, en date du 21 août. Celui relatif à l'attaque des batteries de Tanger par la même escadre porte la date du 10 août, et tous ces documents venaient confirmer par de brillants résultats ce fait déjà apparu dans le Tage et à Ulloa, que des vaisseaux pourvus d'une artillerie formidable et bien servie pouvaient presque impunément attaquer des fortifications de pierre redoutables, sinon par l'extrême habileté de leurs canonniers, du moins par le nombre de leurs bouches à feu; ce

qui caractérise aussi les attaques de Mogador comme celle d'Ulloa, c'est la témérité que les deux chefs d'escadres ont mise à poursuivre leiir attaque malgré des obstacles nautiques immenses : des fonds de roches où les ancres cassaient comme verre, des brises carabinées et une mer inconnue, etc., etc. On remarque en outre que le rôle des bâtiments à vapeur, dans le combat, commençait à grandir, malgré la vulnérabilité de leurs roues, de leurs machines et de leurs chaudières qu'on n'était pas encore parvenu à mettre à l'abri des projectiles ennemis ; à l'affaire de Tanger, comme il faisait calme, chaque vaisseau avait été remorqué à couple , c'est-à-dire côte à côte par un vapeur, qui, à la vérité, s'était tenu du côté opposé aux batteries de l'ennemi contîe lequel allait s'embosser le vaisseau ; et si à Mogador le vent régnant venait de permettre à nos vaisseaux de prendre leur poste à la voile, les bâtiments à vapeur n'en venaient pas moins prendre leur part à l'attaque des batteries de l'île, vers la fin du combat à la vérité, et en ne présentant à ces batteries que leur avant moins vulnérable que leur travers et les massives armatures de côté.

En se reportant à l'annexe n° 5 , on verra même qu'à celte époque, des officiers, doués de cette prescience pratique qui n'est l'apanage que d'un bien petit nombre d'esprits, avaient fait toucher du doigt le rôle plein d'avenir que devait jouer la marine à vapeur comme marine de combat, alors que l'on substituerait une hélice aux roues, ce qui devait permettre d'abriter sous la flottaison d'un vaisseau de ligne, et cette hélice et les machines ou chaudières destinées à lui donner le mouvement; mais dix années s'écouleront encore avant que des vaisseaux de ligne, ainsi mus et transfortnés, opposent aux forts ennemis leurs redoutables files de bouches à feu, côte à côte avec les vaisseaux à voiles, ces esclaves du calme et du vent variable.

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