‹ Batailles de terre et de merChapitre 24 sur 99 · C. — Fort Constantin 101 canons · texte numérisé non relu

C. — Fort Constantin 101 canons

B T.— Batteries du Télégraphe 17 id.

W. — Batterie Wasp ou Guêpe 6 id.

Total 124 canons.

S, S, S.— Représentent d'autres batteries russes de l'intérieur du port.

VR. — Les vaisseaux russes mouillés sous leur abri.

VRC— Les vaisseaux russes coulés à rentrée du port pour le fermer aux

flottes alliées.

c. h. — La chaîne établie sur des radeaux à cette même entrée. F. — Fort Saint-Irénée.

durent s'occuper de débarquer immédiatement le matériel de ce siège dans les ports de Balaclava et de Kamiesch.

Le maréchal Saint-Arnaud venait de mourir; la victoire de l'Aima lui avait servi de glorieux linceul. Le général Ganrobert lui succédait : un de ses premiers actes fut de se rendre au désir manifesté par la flotte de débarquer une trentaine de bouches à feu et quinze cents marins et officiers de marine pour prendre part aux opérations du siège : carrière nouvelle où nos hommes de mer allaient grandir encore aux yeux de l'armée et de la France sur un élément qui n'était cependant pas le leur !

Ce fut le 16 octobre seulement que les batteries de siège des alliés se trouvèrent prêtes à faire feu. L'ennemi avait su tirer un parti immense de ces trois semaines de répit en élevant, sous la direction du général du génie Totlebm, et avec une incroyable activité, aux points les plus faibles de la défense, des redans, des redoutes, des bastions de terre, hérissés de plus de cent bouches à feu de gros calibre empruntées à sa flotte. Ce même 1-6 octobre, il est décidé que les escadres alliées, pour opérer une puissante diversion du côté de la mer, iront s'embosser devant les formidables batteries de rentrée du port de Sébastopol, et travailleront à les démanteler à coups de canon. Tout se prépare donc dans la journée et la nuit du 16 octobre, sur terre et sur mer, pour l'attaque du lendemain. {Voir à l'annexe n° 1 l'ordre lancé à la flotte pour cette attaque.)

Le 17 octobre, en effet, le feu des batteries de siège s'ouvre contre les fortifications de la place, et les escadres alliées viennent, suivant le plan convenu la veille dans une réunion de tous les amiraux, jeter hardiment l'ancre sous la volée des mille bouches à feu de l'entrée du port de Sébastopol. Voici un extrait de la rédaction officielle de cette attaque, que nous empruntons au Moniteur du 5 novembre :

« L'escadre française se chargeait de venir, sur là lisière « des brisants du sud, s'établir à sept encablures environ « contre les trois cent cinquante bouches à feu de la batterie « de la Quarantaine, des deux batteries du fort Alexandre et « de la batterie de l'Artillerie; l'escadre anglaise avait à

« combattre, sur la lisière des brisants du nord, à peu pvès « à la même distance, les cent trente canons de la batterie « Constantin , de la batterie du Télégraphe et de la tour « Maximilienne du nord.

« Le 17 au matin, l'attaque des batteries.de siège a com-» « mencé ; mais le temps étant calme, il a fallu accoupler les « vaisseaux aux frégates à vapeur avant de venir développer « devant Sébastopol la ligne des vingt-six vaisseaux dés es- « cadres alliées. Toutefois, malgré ces difficultés et le frac- « tionnement qui existait entre les vaisseaux de l'escadre « française, dont partie était mouillée à Kamiesch et partie « devant la Katcha, j'ai la satisfaction d'annoncer à Votre « Excellence que les vaisseaux de notre première ligne s'a- « vançaient, vers midi et demi, sous le feu des batteries de « Sébastopol, qu'ils affrontaient les premiers pendant près « d'une demi-heure sans y répondre; peu d'instants après, « ils étaient embossés et ripostaient vivement à ce feu, qui « ne laissait pas cependant que de les incommoder à cause « de leur petit nombre. Plus tard, les autres vaisseaux fran- « çaiset anglais arrivèrent successivement, et l'attaque de- « vint générale.

« Vers deux heures et demie, le feu des batteries russes « se ralentit; il était éteint à la batterie de la Quarantaine; « c'était le but que se proposait particulièrement l'escadre « française ; mais le nôtre redoubla et dura sans interruption « jusqu'à la nuit »

Ce même Moniteur, du 5 novembre donne la liste des officiers et marins français tués ou blessés dans cet engagement, que les rapports du prince MenschikofF avouent avoir coûté mille marins et canonniers russes mis hors de combat : l'amiral Kornilofï était du nombre, le nombre des nôtres était de cent cinquante. Le vaisseau amiral la Villede-Paris paraissait avoir été particulièrement le point de mire des canonniers russes, la dunette de ce vaisseau avait été ravagée par les boulets pleins et creux, dont l'un, d'un énorme calibre, avait fait explosion sous le pont de cette dunette même ; un lieutenant de vaisseau et un aspirant y avaient été tués; sept autres officiers ou aspirants, appartenant tous à l'état-raajor général de l'amiral Hamelin,y avaient

été blessés plus ou moins grièvement; cet amiral et le contre-amiral Bouët-Willaumez, son chef d'état-major, avaient seuls échappé à ce désastre de la dunette, où se tiennent, comme on sait, pendant le combat, le cbef d'une flotte et tout son entourage.

Mais si le feu de nos vaisseaux avait, malgré ces pertes, dominé celui des forts extérieurs du port de Sébastopol, il n'en avait pas été de même des batteries de siège des armées alliées, ouvertes le même jour contre les défenses de la ville. Dans l'après-midi, elles s'étaient vues obligées de cesser leur feu, par suite du ravage exercé contre elles par la supériorité de calibre des canons russes, et surtout, d'après le rapport du général Canrobert, reproduit par le Moniteur du 5 novembre, en raison des explosions que les bombes de l'ennemi avaient occasionnées dans leurs magasins à poudre.

Ce n'était d'ailleurs ni la confiance, ni l'intrépidité, ni l'habileté dans le tir qui avaient manqué aux artilleurs des armées alliées ; mais, puisant dans sa flotte d'immenses ressources en munitions de guerre et en bouches à feu de gros calibre, l'ennemi avait opposé des canons de trentedeux et de soixante-huit à beaucoup de nos batteries qui n'étaient armées que des calibres réglementaires de siège de seize et de vingt-quatre; les trente bouches à feu débar* quées de nos vaisseaux, toutes du calibre de trente, cinquante et quatre-vingts, s'étaient donc trouvées seules à lutter à armes égales contre les canons russes; aussi le nombre de ces pièces de bord débarquées allait-il s'en accroître rapidement désormais dans les batteries françaises et anglaises ; les détachements de notre flotte, qui les armaient, au nombre de quinze cents marins, sous les ordres du capitaine de vaisseau Rigault, des capitaines de frégate Méquet, Penhoat et Pichon, et de cinquante lieutenants de vaisseau, enseignes ou aspirants, avaient d'ailleurs soutenu dignement l'honneur du bouton à l'ancre dans ces opérations d'un genre tout nouveau pour eux; aussi, dans un ordre de jour publié le 23 octobre, le général en chef s'empressait-il de le faire connaître à l'armée :

« Je signale à l'année la conduite des détachements de

marins que la flotte nous a douués pour auxiliaires ; on ne saurait montrer plus d'ardeur, plus de vrai courage, et je Buis heureux de proclamer ici les droits que ccs| braves, qui nous ont déjà rendu tant de services à la mer, acquièrent dans nos rangs à notre estime et à nos sympathies. « Général Cànhobhbt. »

Fig. 37. ■- |

Matelot et iou*ie rfevnnt SAnBlopoL — Octobre tint.

L'attaque du 17 octobre ne pouvait être, après cette résistance pour ainsi dire inattendue, et surtout en raison des travaux improvisés, mais formidables de l'ennemi, que le

prélude d'attaques nouvelles, interrompues seulement pendant les rigueurs de l'hiver. 11 n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de raconter les onze mois de travaux et de combats incessants qui ont marqué le mémorable siège de Sébastopol ; il y a là matière à un livre tout entier, et chacune des pages de ce livre serait glorieuse pour nos armées. Après avoir exposé les phases qui ont précédé la bataille de Y Aima, il nous restait à dire quelques mots de celles qu l'ont suivie, et l'ouverture du feu des batteries de siège le 17 octobre, en était la plus saillante. Parmi ces phases, il en est une autre qui n'est pas la moins palpitante d'intérêt, nous voulons parler de cette bataille d'un autre genre que les éléments déchaînés livrèrent à nos flottes pendan l'ouragan du 14 novembre. C'est vers huit heures que le vent commença à souffler avec violence du sud-ouest ; la mer ne tarde pas à devenir monstrueuse.... Les vaisseaux anglais et français ont mouillé tout ce qu'ils ont de chaînes et d'ancres : les uns cassent ces chaînes ;... d'autres s'abordent entre eux.... Par moment on voit les quilles des vaisseaux entre deux lames, où viennent ensuite disparaître même leurs batteries hautes.... Trois bricks de commerce français et dix grands transports anglais se jettent à la côte ; leurs débris sont roulés sur la plage, où des nuées de Cosaques assaillissent les malheureux naufragés. ... Le vaisseau-amiral turc coupesa mâture pour échapper à une perte certaine.... L'arrière des vaisseaux semble se défoncer sous les secousses de leurs gouvernails, que la violence des lames finit par démonter.... Au coucher du soleil, le vent mollit, mais peu après il reprend avec une nouvelle fureur.... Les grains de grêle et de neige nous coupent la figure et glacent les mains. . . . Les coups de roulis et de tangage sont épouvantables ; nul ne peut rester sur le pont sans se cramponner au plat-bord ou à un mât quelconque. . . . Pendant la nuit, l'ouragan continue avec la même violence, et le vent tourne à Touest-sudouest.... Au jour, il est un peu moins fort, mais ne paraît vouloir tomber que vers huit heures du matin.... Presque tous les vaisseaux signalent alors qu'ils ont perdu ou cassé leur gouvernail.... On voit de tous côtés des débris de bâtiments transportés sur la plage....

Pendant que nos marins luttaient ainsi avec toute leur énergie contre les éléments déchaînés pour assurer le salut de leurs vaisseaux, le camp des alliés était lui-même ravagé, bouleversé par la tempête ; mais les préoccupations les plus grandes de nos troupes étaient naturellement pour les flottes, cette base première de leurs approvisionnements et, par suite, de leurs opérations (1 ). Après cet ouragan, qui nous coûta un vaisseau et une corvette à vapeur, il importait de prendre les mesures nécessaires pour qu'un désastre plus complet ne vint pas compromettre le sort des armées de terre et de mer; il fut donc décidé que la moitié des vaisseaux et frégates, anglais et français, s'abriterait dans les ports de Kamiesch, Kasatch et Balaclava, et que le reste serait dirigé vers le Bosphore. Des mesures furent prises (voir l'annexe n° 1) pour faire de ces deux premières criques de vrais ports français. Les abords en furent hérissés de canons ; une chaîne flottante en barra l'entrée à toute tentative de brûlots ; les vaisseaux, frégates, corvettes et transports s'y ancrèrent à quatre amarres ; un aqueduc y fut construit par nos marins pour y conduire de l'eau de source, etc., etc. Si bien que les marins russes eux-mêmes, qui avaient considéré de tout temps ces abris comme d'une

(i) Voici la lettre qui nous fut adressée à ce sujet par notre collègue, le général chef d'état-major de l'armée d'Orient ; elle dépeint avec des couleurs aussi vives que vraies les angoisses qu'éprouvait l'armée de terre à la vue de la flotte en si grand péril :

Mon cher Amiral,

« Comment vous exprimer toutes les angoisses que votre situation nous a donuées ! Nous ne nous apercevions pas que l'ouragan avait abattu nos tentes, que nos soldats souffraient de la neige ou du froid dans nos bivouacs inondés ! Nos blessés eux-mêmes, dont les abris étaient renversés, n'avaient que notre deuxième pensée ; la première et la plus pénible était pour vous ; c'est à ce point qu'elle nous possédait sur vos dangers, que, lorsque les tristes résultats de la tempête ont été connus, nous avons remercié la Providence qu'ils n'eussent pas été plus terribles.

Votre bien affectionné ,

Général de Mabtiiiprey.

Devant Sébastepol, i« novembre 1854.

importance médiocre à cause de leur peu d'étendue et de profondeur, ne cachèrent pas leur surprise de les voir transformés en ports marchands et militaires tout à la fois.

Si donc dans le cours de la conquête de l'Algérie, une noble et fraternelle émulation avait animé les armées de terre et de mer pour atteindre le but fixé par le pays lui même, cette fraternité militaire ressortit plus saillante encore des faits de l'expédition de Crimée. On a vu quelles en avaient été les heureuses conséquences. Puis vint l'hiver avec son cortège habituel de brumes, de neige, de tempêtes ; et pendant que nos vaillants soldats passaient de longs jours, et des nuits d'hiver plus longues encore, dans les tranchées boueuses ou glacées de Sébastopol, leurs collègues de l'armée de mer multipliaient les voyages entre la France et la Crimée, pour les approvisionner sans relâche de vivres, de vêtements, de munitions, etc., etc., et leur faire oublier, en un mot , les 600 lieues qui les séparaient de la mère patrie. Le transport et le ravitaillement d'une armée considérable à une distance comme celle qui existe entre la France et la Crimée sont un fait sans précédent dans l'histoire, et dont les expéditions antérieures ne peuvent donner qu'une faible idée. Mais grâce au parti qui fut tiré et de notre matériel naval et d'un personnel d'officiers et de matelots dont le zèle et les talents nautiques surent animer ce matériel, le pays put faire face avec régularité aux nécessités d'une armée de 100,000 hommes sans avoir à redouter aucun des désastres de 1812.

Que le pays n'applaudisse donc pas seulement à la portion c'e sa flotte qui, au moment indiqué, s'avance avec calme m)us le feu de l'ennemi et présente fièrement le travers aux murailles de granit des forts russes; ou à celle qui, dans les batteries de siège de Sébastopol, soutient si brillamment l'honneur du bouton de marine ; mais qu'il réserve aussi une notable part de son admiration pour les capitaines, officiers et matelots de ces bâtiments de l'Etat, de tout rang, de toute espèce, qui sillonnent sans relâche, par tous les temps, en toutes saisons et avec une habileté remarquable, les détroits et les mers de l'Orient pour porter sur les mages de Crimée les approvisionnements néces-

saires à la puissante armée qu'ils y déposaient naguère et qu'ils lie cessent d'entretenir et d'augmenter. Peu de personnes se rendent un compte exact des fatigues inouïes et du dévoùment sans bornes que cette activité incessante impose aux officiers et marins qui montent ces transports; c'est à tel point que les officiers de la flotte anglaise n'hésitent pas à déclarer que jamais l'amirauté britannique n'oserait assujettir ses bâtiments et ses officiers de guerre à d'aussi rudes labeurs.

Officier d'infanterie el officier de marine j Loi !

Page 1