‹ Batailles de terre et de merChapitre 36 sur 99 · DES FEUX · texte numérisé non relu

DES FEUX

Si les jambes préparent la victoire, les feux la procurent. Le maréchal de Saxe la plaçait dans les jambes de ses soldats, le grain] Frédéric dans leurs feux, Napoléon dans les uns et les autres.

Il y a deux sortes de feux : les (eux à commandement et les feux à volonté.

Les premiers, auxquels les trois rangs prennent part à ta fois, sont employés pour obtenir, à un instant donné, un effet maximum; l'attention qu'ils exigent de la part du chef qui les ordonne et de celle de la troupe qui les exécute en rend l'emploi difficile à la guerre. Les feux se divisent, comme on sait, en feux de bataillon, de demi-bataillon, de division et de peloton, qui se suceèdenl de manière à ce qu'une moitié des armes soit toujours chargée.

Les f$ux de bataillon trouvent quelquefois une. application utile dans un mouvement offensif, et quelquefois aussi dans un mouvement de retraite : la troupe, après s'être arrêtée, exécute une ou deux dé* charges, et reprend ensuite sa marche. L'infanterie, sortant d'une embuscade, peut également faire un bon usage de ce feu avant de se jeter, baïonnettes basses, sur son ennemi.

Les feux de prloton et de division ne conviennent guère qu'à de l'infanterie posée et pour laquelle il ne s'agit que d'arrêter ou de contenir des attaques irrégulières et peu vives. Us -s'emploient encore pour la défense d'un retranchement, mais ici, les deux premier$ rangs seulement peuvent y prendre part, puisque le parapet s'oppose à ce que l'on m et le le genou en terre.

. Que Ton soit sur deux ou sur trois rangs, le feu de file est le plus meurtrier de tous, car c'est un feu à volonté, et le soldat, n'atten* danl pas l'ordre d'agir, charge plus vite et ajuste mieux ; c'est le véritable feu de combat, le seul qui convienne à tous les cas, et celui dans lequel d'ailleurs finissent par dégénérer tous les autres.

Dans ce feu de file, connu aussi sous le nom de feu de deux rangs, il se fait un échange continuel d'armes vides et chargées entre le se-. cond et le troisième rang j celui-là n'est occupé qu'à tirer et celuit ci charge sans cesse» telle est du moins la théorie. Mais ce serait une erreur de croire que devant. l'ennemi le troisième raog charge pendant longtemps les armes du second ; il le fait d'abord, mais pour peu

que le combat continue, il cesse bientôt de le faire, et, dans son impatience, tire pour son propre compte ; cbose d'autant plus fâcheuse, qu'il tire haut et par suite mal. Les partisans de Tordre sur deux rangs s'emparent de ce fait Gomme d'un argument en faveur de leur opinion.

Tirer de loin est le fait de la mauvaise infanterie; la bonne est avare de son feu. Si l'ennemi vous attend de très-près et par masse, sans tirer, le tir à deux balles peut déterminer un succès en le culbutant.

L'abus des munitions est le plus grand défaut qu'on puisse reprocher à l'infanterie en général : on entend crier que les cartouches manquent, les rangs se dégarnissent pour aller en chercher, et de là souvent la perte du combat. Soixante cartouches par homme doivent suffire à la plus grande bataille.

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