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DES ARMES DE PRÉCISION

C'est ici qu'il y a lieu de tracer. l'historique des armes de précision dont l'emploi a donné une si grande importance aux feux de tirail* leurs, aussi bien dans leurs combats d'Afrique que dans les sièges de Rome et de Scbaslopol.

L'idée des armes de justesse à l'aide du forcement de la balle dans le canon du fusil rayé en hélice est déjà ancienne : mais elle était d'un usage fort restreint dans les armées modernes en raison de l'attirail qu'elles nécessitaient pour être chargées*? un maillet, une poire à poudre, etc.; lorsqu'en 1826, un officier d'infanterie de la garde royale, M. Gustave Delvigue imagina un procédé aussi simple que pratique pour opérer le forcement de la balle, le voici : la culasse de sa carabine était à chambre; lors du chargement, la poudre se logeait dans la chambre, qu'elle remplissait en partie, et la balle, descendant librement dans le canon, venait reposer sur une espèce de ressaut, formé à l'ouverture de la chambre par la différence qui existait entre son calibre et celui du canon ; trois coups d'une baguette, dont la tète était ménagée assez forte , suffisaient pour aplatir la balle, pour la faire adhérer aux parois du canon, et opérer par suite le forcement en lui faisant prendre l'empreinte des rayures tracées en hélice dans l'intérieur du canon ; or , on sait que les rayures en hélice impriment à la balle un mouvement de rotation normal qui n'a pas lieu lorsque ces rayures sont en ligne droite.

Le mode de chargement Delvigne, opéré par l'aplatissement de la

balle, reposait en entier sur la grande malléabilité du plomb, sur la facilité que Ton éprouve à faire changer de forme des corps de celle nature sous l'action d'un choc modéré. t

Quelque simples que fussent les idées mises en avant par M. Delvigne, leur adoption par nos différents comités d'armes souffrit les plus grandes difficultés. Le nouveau chargement présentait, il est vrai, quelques défauts de détail, mais de combien n'clait-il pas supérieur aux chargements précédemment en usage ? Le maillet, le chargement par la culasse, la balle anglaise à ceinture avec le canon à deux rayures, la mélhode prussienne, consistant à opérer le forcement à l'aide d'un calepin gras , et enfin la balle ovale se forçant dans un canon ovale aussi , étaient de beaucoup dislancés par la découverte de l'inventeur français.

Après divers tâtonnements, on arriva à modifier le chargement Delvigne de manière à rendre son introduction possible dans les rangs de l'armée ; la fraisure pratiquée à la baguette pour éviter les dé* formations de la partie antérieure de la balle, l'adjonction à la carlouche d'un sabot de bois et d'un calepin graissé, complétèrent l'idée de l'inventeur, et sa carabine put désormais réunir la justesse a la portée.

On a vu que l'essai en avait été fait eu 1830, lors de l'expédition d'Alger.

Ce ne fut toutefois qu'en 1838, le 14 novembre, qu'une décision ministérielle, ordonnant la formation provisoire d'un bataillon de tirailleurs, donna une première et légitime satisfaction à M. Delvigne et aux partisans des nouvelles armes. Une ordonnance royale du 28 août 1839 constitua définitivement, et comme corps isolé, ce bataillon.

En 18i0, on reconnut la nécessité d'étendre, en France, l'emploi des canons rayés en hélice et à balles forcées : les premiers essais avaient donné de remarquables résultats ; mais ils avaient fait ressortir en même temps les défauts, les inconvénients des armes mises en expérience. Par ordonnance royale du 28 septembre 1810, on créa, sous la dénomination de chasseurs à pied, et en prenant pour types les tirailleurs déjà formés, une véritable infanterie légère. Les chasseurs à pied, dont l'organisation fut confiée à S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, furent divisés en dix bataillons constitués en corps isolé?. Leur habillement, leur équipement et leur armement, furent mis en rapport avec le genre de service tout spécial qu'ils étaient destinés à faire ; ils prirent le nom de chasseurs d'Orléans après la mort de leur auteur, en 1842.

Dans les derniers mois de l'année 1853, l'imminence d'une guerre, qui ne paraissait que trop certaine, mit dans l'obligation d'augmenter

encore lé nombre des bataillons de chasseurs, devenus de véritables troupes d'élite $ on le porta de dix à vingt»

L'armement des bataillons formés en 1840 donna lieu à des essais 4e bien des genres ; les propositions furent nombreuses , mais peu d'entre elles purent soutenir un sérieux examen. Les manufactures d'armes firent subir néanmoins d'heureuses modifications aux armes précédemment essayées. On arrêta successivement deux modèles présentant , le dernier surtout, le modèle 1842, des conditions favorables pour la durée et le tir ; les principes, l'ensemble du système, restèrent toutefois les mêmes.

En 1844 , seulement , une idée nouvelle introduite dans la cou* Aruction de l'arme , et le perfectionnement d'un projectile depuis longtemps proposé, vinrent changer d'une manière très-sensible plu* sieurs des données sur lesquelles reposaient les armes déjà admises, et ouvrir une carrière nouvelle aux esprits encore surexcités par les précédentes découvertes.

A celte époque;, MM. Thouvenin , colonel d'artillerie, et Minié , lieutenant de chasseurs à pied, présentèrent de concert une nouvelle carabine , connue bientôt sous le nom de carabine à lige , et un nouveau projectile, une balle cylindro-conique pleine.

Voici les différences principales qui existaient entre l'arme proposée , dans laquelle le chargement s'opérait toujours par le procédé de l'aplatissement, et les armes précédemment en usage.

La culasse à chambre , pièce coûteuse et d'un entretien difficile , était remplacée par une culasse plane sur le milieu de laquelle on avait visséune tigeen acier non trempé, de forme cylindrique ; le diamètre de celle tige était la moitié de celui du canon. C'était autour de la tige que se logeait la poudre lors du chargement, et sur sa partie supérieure que s'effectuait le forcement de la balle*

Dans les carabines en service depuis 1840, le pas de rayure était de 6* ,22, c'est-à-dire que, par suite du mouvement de rotation communiqué dans le canon, la balle, en se portant en avant, faisait un tour tous les 6m,22; dans l'arme proposée, le pas était de im,33.

La nouvelle carabine fut expérimentée en 1845 sur une très-large -échelle ; une commission toute spéciale et nommée à cet effet étudia successivement chacun des éléments qui constituaient l'ensemble du système proposé. Ce fut pendant la durée de ces expériences que M. le capitaine d'artillerie Tamisier, qui en était le rapporteur, découvrit la théorie complète des nouvelles balles. Jusqu'alors on avait travaillé dans le vague ; souvent les résultats d'expériences du jour renversaient les résultats d'expériences de la veille; on put désormais marcher à coup sur* L'adjonction de cannelures à la balle proposée, tout ta confirmant d'une manière certaine les indications de ta

théorie , Vint ajouter atte nouvelle et positive cause de justesse aux projectiles allongés.

La carabine à tige , modifiée par la commission , prit place dans notre système d'armement sous le nom de carabine modèle 1846. Les modifications avaient principalement porté sur les points suivants :

Le pas de rayure, de im,33, était devenu de 2m;

La charge de poudre, de 4*r , 20, était devenue de 4*r ,50 ;

La balle portait désormais trois cannelures , qui non-seulement changeaient sa forme, mais ajoutaient encore à sa justesse.

C'est la carabine ainsi modifiée, et la balle tirée en premier lieu par M. Delvigne, perfectionnée une première fois par M. Minié et en dernier ressort par M. Tamisier, qui arment nos vingt bataillons de chasseurs à pied, et qui ont fait merveille déjà sur différents champs de bataille; cette balle est comme on sait de forme allongée, cylindro -conique.

Les résultats obtenus avec les carabines actuellement en service dans les bataillons de chasseurs à pied sont très-remarquables , et même assez remarquables pour qu'il soit tout à fait inutile de les exagérer d'une manière fabuleuse, comme il n'est que trop d'usage de le faire aujourd'hui. En se maintenant dans le vrai, dans la limite de ce qui est physiquement possible , les exploits de nos tirailleurs seront encore suffisamment merveilleux; ils l'emporteront très -largement sur tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour. Le tir des nouvelles armes peut s'étendre très -loin avec succès , et certainement il dé* passerait facilement 1300 mètres ; mais on a limité , en réglant la hausse, le tir des carabines de nos chasseurs à 1000 mètres, et, en cela, on a eu parfaitement raison. Les résultats obtenus a 1000 mètres , sur un champ de tir ordinaire , c'est-à-dire dans toutes les bonnes conditions désirables , sont très-incertains , et ils deviennent rapidement nuls si les circonstances atmosphériques sont défavorables.

L'emploi des armes de justesse et à grande portée aux petites distances est tout à fait irrationnel. Tirées à de trop grandes distances, on brûle le plus souvent sa poudre inutilement , on gaspille ses munitions ; les tireurs placés de 600 à 800 mètres sont donc dans les meilleures conditions possibles, et pour eux et pour l'arme. Le tir à de très-grandes distances demande une habitude extraordinaire et un genre d'aptitude et de conformation que l'on ne trouve que chez un nombre d'hommes excessivement restreint.

La portée et la justesse des armes rayées sont-elles arrivées à leur apogée, à leur point maximum ? Donnera*t-en encore un développe* ment plus étendu à des propriétés qui dépassent si grandement tout te qui a été fait jusqu'à ce jour ? Bien des gens affirment le con-

traire ; toutefois, pour avancer davantage, sous le rapport de la portée au moins, il est une limite qu'il faudrait franchir, et celte limite placée par la nature, celle de la vue moyenne de l'homme, parait offrir des difficultés à tout jamais insurmontables.

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