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DE LA BATAILLE

Toutes les combinaisons d'une bataille peuvent se réduire à trois systèmes : le premier, qui est purement défensif, consiste à attendre l'ennemi dans une forte position sans autre but que celui de s'y maintenir; des dispositions semblables réussissent rarement ;

Le second système, au contraire, est entièrement offensif ; il consiste à attaquer l'ennemi partout où on peut le rencontrer ;

Le troisième, enfin, est en quelque sorte un terme moyen entre les deux autres ; il consiste à eboisir un champ de bataille reconnu d'après toutes les convenances stratégiques et les avantages du terrain, afin d'y attendre l'ennemi et de choisir, au jour du combat, le moment convenable pour prendre l'initiative et tomber sur ses adversaires avec toutes chances de succès, comme Napoléon le fit à Âusterlitz.

Bien qu'il soit difficile de donner des règles fixes pour déterminer l'emploi de ces trois systèmes, on peut cependant établir les généralités suivantes :

1° Avec des troupes aguerries et dans un terrain ouvert, l'offensive absolue, l'initiative d'attaque conviennent toujours mieux ;

2° Dans les terrains d'un difficile accès, soit par leur nature, soit par des obstacles artificiels, et avec des troupes disciplinées et soumises, il est peut-être préférable de laisser arriver l'ennemi dans une position qu'on aurait reconnue, afin de tomber ensuite sur lui lorsque les troupes seraient déjà épuisées par les premiers efforts;

3° La situation stratégique des deux partis peut néanmoins exiger qu'on attaque de vive force la position de son adversaire sans s'arrêter à aucune considération locale, comme pour prévenir, par exemple, la jonction de deux armées, tomber sur un corps isolé au delà d'un fleuve, etc.

Dans ces trois cas principaux, Vart de la guerre consistera à combiner convenablement l'emploi de la plus grande masse sur le point décisif d'un champ de bataille.

Les troupes, devant réunir à la fois la mobilité el la solidité dans un ordre de bataille, ne doivent pas être étendues ni trop entassées ; un ordre mince est faible, mais des troupes par trop accumulées dans un ordre trop profond sont en grande partie paralysées, parce qu'il n'y a que la tête qui combat; le désordre s'y introduit facilement, et Par-' tillerie y cause des ravages effrayants. Pour être daus les conditions les plus favorables, les troupes qui restent sur la défensive peuvent être en partie déployées et en partie en colonne par bataillon ; mais les corps disposés pour l'attaque d'un point décisif doivent être composés de deux lignes de bataillons en colonne par division. Cet ordre offre beaucoup plus de solidité qu'une ligne déployée, dont le flottement empêche l'impulsion si nécessaire pour une telle attaque et met les officiers hors d'état d'enlever leurs troupes.

Dans les terrains d'un difficile accès, comme vignes, clos, jardins, l'ordre de bataille défensif doit être composé de bataillons déployés et couverts par de nombreux pelotons de tirailleurs ; mais les troupes d'attaque, aussi bien que la réserve, ne sauraient être mieux disposées qu'en colonne, la réserve devant agir quand elle donne avec vigueur et multiplier ses coups.

Sur un terrain ouvert, on peut, pour la défense, substituer aux bataillons déployés des carrés de bataillons, surtout si l'on craint des attaques de cavalerie; ces carrés donnent de la sûreté à l'infanterie et un abri au train d'artillerie ; cependant , cet ordre de carrés offrant moins de mobilité et d'impulsion que celui en colonne d'attaque, ce dernier semble préférable, d'autant plus qu'avec des troupes bien exercées, il suffit d'une simple conversion à droite et à gauche des divisions du centre pour former promptemént le carré dans chaque bataillon.

ANNNEXE N° Ilf.

Artillerie.

Sommaire : Artillerie de terre. — Artillerie de siège, de campagne et de montagne.— Leurs perfectionnements.— Artillerie de mer.— Ses perfectionnements.—Tir convergent.— Batteries de mer contre batteries de terre. — Est-il vrai qu'une batterie de quatre gros canons établis à terre puisse venir à bout d'un vaisseau de 120? — Vaisseaux contre des batteries en terre ou des batteries en pierre. — Vapeurs contre des batteries en terre ou des batteries en pierre. — Effets des feux courbes sur les batteries des.deux sortes et sur les villes ou édifices publics.— Canonnade du 17 octobre 1854, contre Sébastopol. — Ses effets sur la coque et la mâture de la Ville-de- Paris. — Inductions à en tirer. — Batteries flottantes cuirassées de plaques de foute.

L'artillerie de terre se divise en trois espèces : l'artillerie de siège et de place, l'artillerie de campagne, l'artillerie de montagne. Pour la première, on a adopté les calibres de 16 et de 24, lesquels sont trop faibles pour attaquer des places fortes munies de canons marins; pour la seconde, des pièces du calibre de 8, desquelles un certain nombre, forées dernièrement de manière à pouvoir lancer des obus d'un diamètre plus considérable, ont rendu d'excellents services en Crimée. Quant à l'artillerie de montagne) elle se compose d'obusiers de 12, maniables et pouvant être portés, avec leurs affût et munitions, sur le dos de plusieurs mulets ou chameaux.

L'unité de combat dans l'artillerie de campagne est la batterie; elle se compose de six à huit bouches, à feu, marchant toujours ensemble avec leurs approvisionnements et placées sous le même commandement ; elle est à l'artillerie ce que le bataillon est à l'infanterie, l'escadron à la cavalerie. Il faut donc que ce corps soit homogène et compact; que les éléments qui le composent aient le même esprit et l'habitude d'être ensemble.

Or, il y a trois éléments distincts : le matériel ou l'arme proprement dite; ceux qui la servent et ceux qui la conduisent. Si ces éléments ne sont pas d'accord, l'artillerie est imparfaite*

Le premier mérite de l'artillerie, après la bravoure des canonnière et la justesse du tir, c'est la mobilité. On voit donc de quelle importance est la conduite des chevaux chargés de tratner les canons.

Anciennement, tout était divisé; les canons restaient à l'arsenal ou au parc, jusqu'au moment de combattre ; les chevaux appartenaient à un entrepreneur, et les conducteurs étaient ses valets, traités sans considération, n'ayant aucune perspective de fortune, et appelés du nom de charretiers d'artillerie.

Sons le Consulat et pendant l'Empire, on ennoblit ce service, et l'on forma le corps du train d'artillerie avec ses sous-officiers et ses officiers. Il y eut ainsi une perspective d'avancement, et le nom de charretier fut remplacé par celui de ioldat du train. On eut soin toutefois de ne donner aux officiers du train que des grades très-inférieurs aux grades correspondants dans le corps de l'artillerie.

De celte manière, on prévenait, ce qui est indispensable, tout embarras et conflit dans les rapports des officiers chefs de batteries et de ceux qui les conduisent. Ceux-ci, faute d'une instruction suffisante, ne devant jamais avoir l'autorité supérieure, cette différence dans les grades les tenait toujours, et naturellement placés, par la hiérarchie, dans le devoir de l'obéissance. Cette organisation a duré pendant tout !e temps de l'Empire. A la fin de la Restauration, le conseil placé à la guerre sous la présidence de M. le dauphin a changé l'organisation du corps de l'artillerie. Il l'a divisé en batteries, ayant leur matériel, leurs canons et leurs chevaux conduits par des canonniers de deuxième classe, qui sont instruits en même temps à manœuvrer et à servir le canon, et qu'on a appelés canons mers-conducteurs. Cette organisation a atteint certainement la perfection. Nous avons vu ses débuts en parlant de l'expédition d'Alger.

L'artillerie de campagne se partage en batteries divisionnaires et en batteries de réserve. Les premières sont actives depuis le premier moment du combat jusqu'au dernier, et leurs efforts doivent être dirigés de préférence contre les troupes, et non contre les batteries opposées. Les secondes, que leur destination appelle à soutenir les parties faibles de l'ordre de bataille, ou à devancer l'infanterie et la cavalerie de réserve dans leurs mouvements offensifs, n'agissent que temporairement et bien souvent à plusieurs reprises. De ces rôles différents des batteries résulte la nécessité de leur assigner des positions différentes.

C'est en général un peu en avant des grands intervalles de lignes, ou bien encore sur leurs flancs extérieurs, que se placent les batteries divisionnaires. Il serait trop dangereux pour les troupes de les avoir en avant d'elles, puisque les coups qui manqueraient la batte-

rie pourraient les atteindre. Mais cette règle ne peut toujours être suivie : tantôt, comme dans plusieurs de nos grandes batailles, le front de la batterie dépassera de beaucoup les intervalles ; tantôt H faudra, nonobstant le mal que pourront en ressentir des troupes, renoncer à la position normale pour en prendre une plus favorable à la manœuvre des pièces ou aux effets du tir.

La distance à laquelle l'artillerie s'établit en avant de la première ligne ne saurait être invariablement fixée. Cependant comme il importe, d'une part, que les troupes protègent les flancs des batteries, et que, de l'autre, elles ne soient pas incommodées de l'explosion d'un caisson, on peut poser en principe que la ligne des pièces ne devra jamais se trouver à plus de 200 mètres, ni à moins de 60 de la ligne des troupes. Ces limites ne sont point arbitraires : la plus grande est réglée sur la portée du fusil, qui est aussi celte des charges de la cavalerie ; la seconde, sur la profondeur même de la batterie, et sur la nécessité que les troupes, cavalerie ou infanterie, puissent rompre ou marcher par peloton, en avant de leur ligne de bataille.

Ne devant paraître que temporairement, l'artillerie de réserve doit nécessairement, pendant ses moments d'inaction, rester en dehors de la sphère des projectiles ennemis ; mais il faut qu'en homme prévoyant, le commandant de cette artillerie s'assure tout d'abord des communications les plus faciles pour la porter en avant, lorsqu'il s'agira de soutenir un point menacé ou de manœuvrer avec les masses offensives. Le moment, bien que toujours pressant,, peut l'être pourtant plus ou moins; on devra donc, selon le cas, mobiliser les batteries à cheval et les batteries à pied.

Il importe de faire remarquer, comme complément à ces renseignements, que la position des avant-trains et des caissons ne demande pas moins d'attention que celle des pièces, puisque c'est de Ja présence et de la conservation de ces accessoires que dépendent tous les moyens de mouvement et d'action de l'artillerie. S'il faut, d'un côté, pouvoir soustraire les avant-trains et les caissons aux coups des batteries ennemies, il faut, de l'autre, les ten^r assez près des pièces, pour que celles-ci reçoivent les réserves qu'elles en attendent. On parviendra à concilier, avec plus ou moins de bonheur, ces conditions en quelque sorte incompatibles, en profitant de tous les abris que présentera le terrain; mais encore ne devra- t-on s'écarter que bien peu des dispositions normales assignées par les règlements aux avant-trains et caissons.

On a créé, depuis peu d'années, deux autres espèces d'artillerie : les fusées à la Congrève, pour la guerre de campagne, et les pièces de canon dites à la Paixbans, pour la défense des côtes et des pla-

ces. Nous immis étendrons davantage sur les effets de ces dernières quand nous traiterons de l'artillerie de mer. Quant aux fusées à la CoDgrève , bien qu'on les ait admirabiemeut perfectionnées sous le rapport de la portée lointaine, elles laissent encore à désirer sous le rapport de la justesse du tir.

Dans la partie historique de cet ouvrage, nous avons parlé du passé et de l'avenir des feux courbes ou feux des mortiers dans l'attaque des places; les perfectionnements qu'ils ont subis eux-mêmes et ceux qui se rattachent aux canons à feux directs, font que le rôle de l'artillerie, à la guerre, acquiert chaque jour plus d'importance; l'artillerie de campagne, surtout, est pourvue d' une grande mobilité, qui permet de combiner ses mouvements à l'infini. Cependant, il y a des limites à cette mobilité, qui donne les moyens de rassembler sur un point donné une grande masse d'artillerie. Le nombre de canons à conduire à la guerre est également borné, à cause de la dépense et de l'embarras qu'entraînerait un excès de matériel, embarras tel, qu'il pourrait, dans les marches, dépasser beaucoup en inconvénients les avantages qu'on en attendrait pour le moment de l'action. L'expérience a démontré que le maximum doit être de quatre pièces par 1,000 hommes; proportion d'ailleurs qui se trouve bientôt dépassée, après quelques mois de campagne, car le matériel n'est pas soumis aux mêmes causes de diminution que l'infanterie et la'cavalerie, et le personnel de l'artillerie, peu nombreux, est toujours facilement tenu au complet.

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