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TIR CONVERGENT ET AU JUGÉ

Nos officiers et marins sont de longue main familiarisés avec les sept espèces de feux que les batteries de canons d'un vaisseau peuvent effectuer, au besoin, contre un vaisseau ou un fort ennemi, et qui sont : le feu à volonté; le feu de salut; le feu de pièces paires et impaires; le feu de division ; le feu de batterie ; le feu de bordée. — Il en est un huitième qui existe depuis quelque temps dans le monde canonnier marin : c'est le feu dit convergent > qu'on peut aussi appeler au jugé; il consiste à faire feu de toutes ces pièces d'un bord, ou d'une batterie d'un bord, dont le pointage est préparé à l'avanc\

On comprend l'avantage d'un feu pareil, puisqu'il permet de porter sur in point choisi à l'avance, tons les projectiles d'une ou de plusieurs batteries, et surtout de pouvoir exécuter ce pointage, alors même que, par suite de la fumée, ou toute autre cause, les chefs de pièce n'aperçoivent plus, ou n'aperçoivent pas encore l'objet à abattre; il y a donc à la fois feu convergent et tir au jugé.

Est-ce contre un vaisseau que ce tir s'exécute? la masse de fonte concentrée sur un vaisseau, à la flottaison, par exemple, et dans un espace de 10 mètres carrés, je suppose, possède alors une telle force vive, que celte partie du vaisseau en devra être broyée, écrasée, et qu'une immense voie d'eau se produira nécessairement à celte flottaison.

Est-ce contre les murailles d'une fortification que ces vaisseaux vont, au contraire, effectuer un feu convergent?

Qu'on juge de l'effet que produira dès lors contre les pièces de ces murailles le choc d'une bordée de ce vaisseau, c'est-à-dire, une masse de fonte de 8Î0 kilogrammes animée de la vitesse qu'auront ces projectiles et qui frapperont en même temps un espace fort circonscrit; sans doute, l'instantanéité n'aura pas lieu pour tous, mais elle

aura lieu pour le plus grand nombre, si les canon niers ont été bien exercés à ce tir.

Plusieurs méthodes ont été proposées pour faire exécuter aussi sûrement que possible un pointage convergent et au jugé aux chefs de pièces de nos vaisseaux ; nous allons indiquer celle qui a eu la préférence entre toutes, à bord du bâtiment-école de canonnage, après de nombreuses expériences; pour l'appliquer, il faut :

1° Construire un instrument indicateur destiné à être placé sur la dunette, à la disposition du commandant ; cet instrument lui sert à commander le pointage et le feu. Grâce à lui, il pointe pour ainsi dire lui-même tous les canons de son vaisseau , en tient tous les cordons percuteurs dans la main, et ne les tire que lorsqu'il juge le moment favorable;

2° Graduer les canons des diverses batteries de manière qu'ils puissent être tous pointes, successivement, sur les divers foyers de convergence qu'embrasse l'arc des feux du vaisseau ;

3° Etablir sur le pont de chaque batterie des rondelles en métal destinées à servir de points de repère pour les différents pointages en direction ordonnés par le commandant ;

4° Construire et graduer pour chaque pièce de chaque batterie une règle en bois, avec manchons en cuivre, pour déterminer le pointage en hauteur de la pièce.

Ces quatre dispositions principales étant prises, il en reste encore deux autres, accessoires, à la vérité, pour compléter la mise en pratique du tir convergent : c'est d'abord d'adapter un instrument destiné à la transmission prompte et rapide des ordres du commandant dans toutes les batteries et dans toutes les soutes; déjà le porte-voix de combat remplit cet objet, mais il conviendrait de lui donner un auxiliaire moins sujet aux erreurs; il a été question d'organiser dans ce but une petite télégraphie électrique. H faut ensuite remplacer le commandement de feu par un signal qui puisse être entendu rapidement et partout à la fois dans le navire, afin que le feu convergent s'exécute avec l'instantanéité qui contribue à son effet distinctifjsur le bâti ment -école de canonnage on a employé la cloche, dont le battant était fortement mis en mouvement par le commandant, placé sur la dunette, au moment où son rayon visuel découvrait le but à atteindre,suivant le pointage déterminé d'avance à ses chefs de pièces.

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