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BATTERIES DE MER CONTRE BATTERIES DE TERRE

Est -il vrai, comme le prétend Y Aide -Mémoire des officiers d'artillerie : « Qu'une batterie de quatre pièces de gros calibre, établies à terre, ait l'avantage sur un vaisseau de 120 canons ? »

Ce problème est complexe, parce que sa solution dépend du mode de construction de la batterie elle-même et du calibre des pièces du vaisseau.

On sait que jusqu'à ce jour les plus gros calibres ont été embarqués de préféreuce sur des bâtiments a vapeur, et que les vaisseaux ont été plus exclusivement armés de canons de 30, supérieurs du reste à ce que dans l'artillerie de terre on appelle du gros calibre» puisque ce dernier y est de 24.

Nous allons donc rechercher la solution du problème en l'envisageant sous ses diverses faces.

Les fortifications contre lesquelles les vaisseaux ont à combattre sont construites d'après les nouvelles règles de l'art, c'est-à-dire, consistent en batteries barbettes établies au-dessus de parapets en terre.

Ou ces fortifications au contraire consistent en batteries de pierres, à embrasures, dans lesquelles ou a établi les canons.

Ou les bâtiments assaillants sont des vaisseaux de ligne dont la muraille épaisse est garnie de nombreuses bouches à feu de 30.

Ou ces bâtiments sont au contraire des frégates à vapeur plus ou moins vulnérables, par suite de leur machine, mais en revanche armées de canons de fort calibre , supérieur quelquefois à celui des vaisseaux mêmes.

Examinons le premier de ces cas, celui où les fortifications sont en terre et les batteries barbettes ;

On ne peut se dissimuler que les batteries de ce genre sont trèsredoutables pour des vaisseaux de ligne , même lorsqu'elles n'ont à leur opposer qu'un nombre de bouches à feu comparativement trèsinférieur.

Le chiffre de 4 canons d'une batterie semblable paraît toutefois

(l) Ce chapitre, que j'avais rédigé avant la déclaration de la guerre à la Russie, avait été communiqué à divers généraux de mer et de terre au moment où nous préparions l'expédition de Crimée à Varna, notamnienl aux généraux Saint -Arnaud, Trochu, Bizot, etc., etc. K. B. W.

assez faible s'il leur faut lutter avec avantage contre les 60 bouches à feu d'uu vaisseau de 120 ; et en effet, un canon de 24 placé dans une batterie semblable sur terre présente une surface vulnérable qui a pour limite une circonférence de 0m 50 centimètres de rayon. Maintenant , supposons que le vaisseau assaillant soit mouillé à 4 encablures (800 mètres) de cette batterie, distance à laquelle notre escadre s'était placée des batteries de Mogador, comme aussi de celles de Saint-Jean-d'Ulloa : or, chaque canon de nos vaisseaux lance, eo moyenne, un boulet en 2 minutes 30 secondes, et pour faire une large part au trouble du combat , nous admettons qu'il tire un coup toutes les 5 minutes, soit par heure 12 boulets : les 60 bouches à feu d'un bord d'un vaisseau à 3 ponts lanceront donc, dans le même espace de temps, 720 projectiles ; et comme la moyenne des touchés de nos vaisseaux est de 2 pour 100 dans un but de un mètre de diamètre, il en résulte qu'au bout d'une heure de combat le vaisseau assaillant aura lancé 14 boulets heureux contre la gueule ou l'affût des bouches à feu établies en batterie barbette ; en 3 heures de temps, et l'on peut dire même en 2 , ce sera donc 42 projectiles qu'auront reçus les affûts et canons de cette batterie , d'où il semble résulter qu'à 10 projectiles par canon, les 4 pièces de ladite batterie seraient démontées et désemparées après un combat de cette durée ; je n'ajoute pas que la pluie de fer occasionnée autour des servants de ces pièces serait telle , qu'il leur faudrait un bien grand sang-froid pour qu'ils pussent continuer à les servir avec calme, célérité et précision.

Supposons toutefois qu'il en serait ainsi , et voyons le mal que la batterie ferait au vaisseau de 120, son assaillant.

Il faut cinq minutes pour tirer un coup de canon d'une batterie établie à terre (Aide-Mémoire). Une seule pièce de cette batterie lancera donc 12 boulets par heure, soit 48 boulets pour toute la batterie, en supposant , ce que nous n'avons pas admis à bord des vaisseaux , que les servants de la pièce et son chef agiraient pendant le combat avec la même célérité que dans un exercice : après 2 heures d'engagement, il aurait donc été lancé 96 boulets contre le vaisseau, et si au lieu de 2 pour 100, c'est 20 pour 100 de boulets heureux que lance la batterie de terre, soit alors 19 projectiles pleins ou creux, moitié d'heureux, c'est-à -dire arrivés en plein bords, sera-ce ce nombre qui obligera le vaisseau à lever son ancre et à quitter ce feu ? C'est a essayer (1).

(1) Ainsi qu'on va le voir plus bas. nous avons fait cet essai le 17 octobre 1854, après que ceci avait été écrit.

Examinons maintenant le cas où les forliGcations à attaquer seraient de construction aucienue, c'est-à-dire en pierre et à embrasures.

11 résulte des nombreuses expériences exécutées à Metz, que les trous faits dans une maçonnerie à l'aide de boulets tirés perpendiculairement contre elle et à petite distance, se composent d'un entonnoir extérieur dont le diamètre moyen égale environ cinq fois celui du projectile ; la partie intérieure faisant suite à cet entonnoir est à peu près cylindrique. Il a été observé également que presque tous les boulets étaient brisés, même à la charge du quart.

En calculant la pénétration du boulet de 30, on arrive à ce résultat, qu'à une encablure ou 200 mètres, elle est de près de 50 centimètres, qu'elle est de 40 centimètres à 2 encablures, de 34 centimètres à 3 encablures et de 29 centimètres à 4 encablures ou 800 mètres. Il en résulte que presque tous les coups d'un vaisseau de 120 produiraient un effet utile , non-seulement pour démonter les canons ennemis , mais pour démanteler la batterie en pierre, surtout en faisant diriger le tir de ce vaisseau , non pas sur le massif du saillant, mais sur une des faces et à la hauteur de Tescarpe; en outre, ce vaisseau ne devrait employer dans son tir que des boulets pleins , projetés avec la plus grande charge possible, et ne pas se servir de boulets creux, dont l'effet sur la maçonnerie a été reconnu, par expérience, être à peu près nul.

Naturellement, plus le vaisseau pourra s'approcher de la muraille à battre, et plus l'effet que produiront ses boulets sera rapide et sûr. La distance de 2 encablures ou 400 mètres , quand elle peut être atteinte, est d'autant plus favorable , qu'alors de bons tirailleurs, placés dans les hunes et abrités derrière des hamacs, peuvent, à l'aide de fusils de précision, mettre les canon ni ers eunemis hors de combat.

C'est surtout contre des fortifications de ce genre que le tir convergent des batteries d'un vaisseau produirait un admirable effet de destruction ; ce serait comme une immense brèche que viendraient pratiquer dans cette muraille, à chaque coup, les 60 projectiles tirés d'un bord, tous ensemble, ou par feux de batteries, suivant un pointage prescrit d'avance.

Quant au nombre des boulets que recevrait le vaisseau de cette batterie en pierre et à embrasures , on peut le calculer en partant des mêmes bases que celles énoncées plus haut pour le tir d'une batterie barbette; peut-être ce nombre serait-il moindre, autant par suite des éclats de pierre que les boulets du vaisseau produiraient continuellement autour des pièces à embrasures, qu'à cause de ces embrasures elles-mêmes qui se présenteraient comme autant débuts

excellents à ces boulets, double motif pour troubler fort la rectitude du tir : surtout si le vaisseau fait usage du tir convergent. C'est qu'en effet , non-seulement ce tir offre de grandes facilités de pointage , puisque ce pointage reste toujours le même , ce qui augmente notablement lesangfroid du chef de pièce, mais encore il couvre le vaisseau d'un nuage épais de fumée, se renouvelant sans cesse, lorsque chaque batterie pointée constamment au môme point fait feu successivement. 11 en résulte naturellement que la batterie établie à terre ne sait plus trop elle-même où diriger ses coups.

Mais, dira-t-on sans doute, si la batterie ne voit pas le vaisseau, le vaisseau ne verra pas davantage la batterie. C'est là que se retrouve encore un des plus grands avantages de celle espèce de tir, lequel n'est pas seulement un tir convergent, mais aussi un tir au juge , c'est-à-dire s'effectuant alors qu'on n'aperçoit pas l'objet à battre , aussi bien que lorsqu'on peut le distinguer nettement du milieu de la fumée. Or, si Ton songe que les 60 bouches à feu d'un vaisseau a trois ponts lanceront presque instantanément sur une surface de 2 ou 3 mètres carrés au plus de la muraille ennemie, une masse de fonte de 900 kilogr., animée de la vitesse que possèdent les boulets de 30, il y a lieu d'affirmer que la muraille , vigoureusement ébranlée par ces bordées successives , sera jetée en dehors et que la poussée des terres auxquelles elle sert de parement accélérera ce mouvement de chute.

Ce tir convergent ne sera pas , qnant aux résultats, sans analogie avec le tir par salve employé par l'artillerie de terre pour renverser dans les fossés les parements qu'elle bat en brèche. Il est vrai que pour arriver à produire celte brèche, elle pratique préalablement, à l'aide du tir par salves, une saignée horizontale et deux saignées verticales sur la muraille à battre; mais il convient de remarquer que le nombre des pièces d'une batterie de siège est généralement trèsinférieur à celui de nos vaisseaux à trois ponts, et que, par suite, ces derniers peuvent , à l'aide de leurs masses lancées simultanément , produire un effet plus destructif encore sur des murailles que celui auquel l'armée de terre arrive avec son tir par salves.

En résumé, si les vaisseaux ont des difficultés sérieuses à vaincre pour arriver à faire taire et à démonter des batteries barbettes établies au-dessus de parements en terre , ces difficultés diminuent notablement quand il y a lieu de combattre des batteries en pierre à. embrasures , et surtout lorsque ces vaisseaux sont bien familiarisés avec le tir convergent; mais une condition première de leur succès c'est qu'ils puissent se placer à 2 encablures au plus des batteries à canonner.

Plus haut, nous avons énuméré le nombre de boulets qu'un vais-

&eau de 120 était exposé à recevoir d'une batterie barbette ; quant au mal que lui causeraient les boulets des deux espèces de batteries , il est à peu près proportionnel à la distance où il en serait mouillé; ainsi donc, en supposant cette distance égale à 4 encablures, ou 800 mètres , les boulets ennemis supposés de 30 n° 1, lancés avec une cbarge au tiers, viendraient mourir dans la flottaison d'un vaisseau de premier rang et de deuxième, et même dans celle d'un vaisseau de troisième. Dans les œuvres mortes plus élevées, la pénétration de ces boulets aurait lieu sans doute, avec plus ou moins d'efficacité, mais il ne faut pas perdre de vue que les bouches à feu employées dans l'armement des côtes sont encore généralement du calibre de 24 ^ c'est-à-dire d'une pénétration bien inférieure à celle de nos boulets de canon de 30 h° 1. A trois et à deux encablures de distance des forts à battre, le vaisseau serait naturellement plus exposé à voir ses murailles hautes traversées ; encore à cette distance il se trouverait en dedans du but en blanc des pièces de 24 et de 30 (4 encablures), et, dès lors, aurait de grandes chances pour que les boulets ennemis arrivassent dans sa mâture : aussi tant que l'on pourra mouiller les vaisseaux en dedans de ce but en blanc il ne faudra pas hésiter à le faire f d'autant plus que l'efficacité de leur tir y gagne beaucoup ; et il sera préférable , en tous cas , de mouiller plutôt en dehors qu'au but en blanc môme.

Nous allons maintenant examiner les effets réciproques produits par l'artillerie des bâtiments à vapeur et par celle des batteries barbettes ou à embrasures , lorsque les premiers sont substitués aux vaisseaux dans l'attaque de cesdites batteries.

Nous dirons ensuite quelques mots sur l'effet produit par les projectiles incendiaires lancés en feux plus ou moins courbes, soit par les vapeurs, soit par les vaisseaux, contre des édifices à détruire à terre.

Les avantages qu'ont les batteries barbettes, revêtues de parements en terre , contre les vaisseaux les combattant de près et armés de pièces d'un calibre à peu près égal au leur, sont notablement diminués si on leur oppose des frégates à vapeur armées de pièces de fort calibre et de grande portée, du 50 plein, du 80 obus, par exemple ; ces derniers bâtiments peuvent en effet mouiller à trèsgrande distance des batteries à combattre, presqu'à la limite même des portées de ces dernières , et leur faire beaucoup de mal sans en recevoir ; seulement ce mal s'effectue avec lenteur en raison du petit nombre de pièces dont ces bâtiments sont armés, et de l'importance qu'ils attachent à un pointage méthodique et bien calculé, pour arriver sûrement à produire des résultais désastreux à une aussi grande distance.

Les pièces de gros calibre des frégates à vapeur étant établies sur

leurs ponts à ciel ouvert, peuvent recevoir une grande inclinaison, et, par suite, la trajectoire de leurs projectiles peut devenir d'autant plus plongeante sur les batteries a battre et sur leurs défenseurs. Prenons pour exemple les obusiers de 0m22 (dits de 80) qui ne sont cependant pas encore le plus fort calibre employé à bord des bâtiments à vapeur, puisqu'en France le boulet de 50 plein, et en Angleterre le boulet de 68 également plein ont été établis sur quelques bâtiments de ce genre et même sur des vaisseaux.

Or, les obusiers de Om22 montés sur des affûts à écbantignolles, et en batterie à ciel ouvert, peuvent recevoir une inclinaison de 20 degrés, et sous cette élévation ils lancent des boulets creux , avec la charge de 3 kil. 500 jusqu'à la distance de 3000 à 3300 mètres. Les pièces des batteries de terre étant le plus habituellement du calibre de 24 , ne pourraient rien à cette distance contre des bâtiments a vapeur, et pourraient bien peu de chose à des distances bien moindres. Qu'on suppose, par exemple, une frégate à vapeur mouillée à 2000 mètres, 10 encablures, d'une batterie de 24 ennemie : si cette batterie emploie contre elle le tir de plein- fouet, l'angle de chute du boulet massif atteint déjà 12°, ce qui donne au tir dirigé contre un bnt vertical une incertitude considérable. De plus, à cette distance, le boulet de 24 n'a qu'une pénétration de 0m20 à travers la muraille du navire , s'il parvient à l'atteindre ; celle du boulet de 36 n'est ellemême que de 0m27, c'est-à-dire qu'elle est insuffisante pour traverser même les gaillards d'un brick de. 20.

On le voit donc, nos frégates à vapeur, toutes pourvues aujourd'hui de canons de longue portée sur leur pont, peuvent venir impunément, à la limite de 2,000 mètres (un mille marin), attaquer et détruire en détail même une batterie de 24 établie en barbette pardessus des parements de terre ; mais par suite du tir lent et méthodique que nécessitera cette attaque, les effets seront naturellement longs à se produire (1).

Si l'on suppose que l'attaque, au lieu d'être effectuée contre une batterie barbette en terre, doive avoir lieu contre une batterie en pierres et à embrasures, les mêmes principes prévaudront, mais toutefois leur application amènera des résultats plus sûrs et plus rapides, tant à cause des éclats de pierre que feront jaillir les boulets pleins dans les embrasures ou autour d'elles, que de l'excellent but

(i) C'est en vertu de ce principe que l'attaque du port impérial d'Odessa a été effectuée à coup sûr et presque sans pertes de notre côté. On a vu que ce fort et tout ce qu'il renfermait avait été incendié en huit heures de temps.

qu'offre chacune de ces embrasures au tir du canoooier marin : nous disons les boulets, car dans ce cas-ci, ils devraient être lancés au moins en nombre égal à celui dès obus, afin d'agir avec efficacité contre la maçonnerie en pierre des murailles.

Comme on le voit, soit qu'il s'agisse d'attaquer des batteries en terre, ou des batteries en pierre armées de 24, les bâtiments à vapeur ayant à leur opposer des pièces de grande portée ont des chances de succès d'autant plus grandes que la portée de ces pièces est en core augmentée par la facilité qu'ils ont de leur donner, à ciel ouvert, une plus grande amplitude de tir; et comme, par suite, ils peuvent faire du mal sans en recevoir, rien n'empêchera de faire harceler d'avance par eux les batteries, pour qu'elles se trouvent déjà eu désarroi alors que les vaisseaux viendront à petite distance achever de les réduire avec leur pluie de fer. Naturellement tout ce système s'écroule si les batteries de terre finissent par s'armer de canons d'un calibre égal à celui de nos vapeurs.

Terminons enfin par quelques réflexions sur l'attaque et la destruction des édifices d'une ville à l'aide de l'artillerie incendiaire des bâtiments à voiles ou à vapeur d'une escadre employant des feux plus ou moins courbes pour arriver à celte destruction.

Nous supposerons que ces bâtiments peuvent mouiller à 2,000 mètres des édifices à détruire, et comme on l'a va dans ce qui pré* cède, il leur sera facile, à cette distance, de détruire et incendier ces édifices eux-mêmes, puisque leurs obus de 0m22 atteindront sans effort des distances comprises entre 2 et 3,000 mètres, avec un pointage de 20° à ciel ouvert et des charges de 3 k. 500.

Naturellement, si la ville était huchée sur une falaise, on perdrait en amplitude de pointage l'angle qui correspondrait à l'élévation de cette falaise, soit 3 degrés pour 30 mètres de haut. Il va sans dire que le boulet creux à fusée devra être préféré au boulet creux percutant, dans une attaque de ce genre (1).

Si on veut agir contre ces édifices en opérant avec des pièces de fort calibre, tout à fait installées en mortiers, avec les obusiers de 0tD*22 par exemple, ou les canons de 50 pleins, il faudra monter les

(i) C'est un des motifs qui m'avaient déterminé à opiner vivement, au sein de la commission d'officiers généraux et supérieurs chargés d'explorer et de choisir le point de débarquement de Tannée de Crimée, pour que ce point fût la plage Lasse et plate du Vieux-Fort, et non la baie de la Katcha, désignée par une autre commission, et dont les falaises élevées, armées de pièces ennemies, auraient fort compromis notre opérai on de débarquement.

uns et les autres sur des affûts spéciaux qui permettent une élévation de tir plus grande encore. Ainsi, un canon de 50 plein, installé sur un affût de ce genre, permettrait d'espérer des portées de 4,500 mètres en tirant des boulets pleins que Ton pourrait rougir à bord des frégates à vapeur, et des portées de 3660 avec des boulets creux. : La portée de l'obus de 0m22 serait de 3,500 environ ; ces pièces seraient, les unes et les autres, pointées sous un angle de 30°. Quant à l'obusier de 0m27, peu usité jusqu'à ce jour, sa portée dépasserait encore celte distance, tiré avec des boulets creux et sous le même angle d'élévation de tir.

Mais toutes ces portées seraient encore surpassées si l'on pouvait installer à bord des bâtiments des obusiers à la Vilantroy, en fonte de fer, du calibre de 0m30, dont l'armée de terre a fait jadis usage : la pièce pesait 8W1 k., et l'affût 5,427; ensemble, 13,918 k. ; c'est beaucoup. L'obus avait un poids de 85 k. et atteignait, avec une charge de 23 à 30 k., une portée moyenne de 5,265 mètres. Mais la marine ne possédant que des mortiers de 0m32, doit combiner ses attaques contre des villes ou citadelles avec des bombardes armées de ces derniers mortiers, lesquels ont 4,000 mètres pour portée extrême, à la charge de 14 k. de poudre. On peut compléter leur effet avec des canons de 50, tirant à boulets rouges pleins, et des obusiers de 0m22 ou des canons de 30, tirant, a ciel ouvert, sous un grand angle de pointage.

Ce qui précède était écrit, comme on Ta vu, avant l'attaque opérée Je 17 octobre 1854, contre les forts et batteries de Sébasiopol par les vaisseaux des escadres alliées, attaque dont nous avions été personnellement partisan, nous n'hésitons pas à le déclarer, malgré qu'on ait à cette époque, et depuis, contesté très-fort son opportunité: ce n'est ici ni le lieu ni le moment de démontrer cette opportunité, qui ressortira nettement, aux yeux de tous, quand il nous sera donné de pouvoir publier nos documents officiels sur l'expédition de Crimée : ce qui est important, au point de vue technique, c'est de voir ce qu'ont souffert et ce qu'ont produit d'effet, après avoir, pendant cinq heures, bravé le feu des formidables batteries de l'entrée .du port de Sébastopol, et à une distance dont malheureusement ils n'étaient pas libres de raccourcir l'étendue, les vaisseaux français, qui avaient le poste le plus dangereux, et parmi eux le vaisseau amiral ta Ville-de- Paris, un des plus maltraités de tous. Yoici d'abord le détail exact des boulets pleins ou creux qu'a reçus ce vaisseau dans sa coque ou dans sa mâture.

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Effets produits par les boulets pleins et creux qu'a reçus la Ville-de- Paris en combattant les batteries de Sébastopol, le M octobre 1854.

N. I. Bombe de 10 pouces. — Arrivée dans la chambre du capitaine de frégate Dompierre d'Hornoy sans qu'on puisse préciser par quel point e est entrée (Je suis persuadé que c'est par le pont de la dunette). — En éclatant elle a mis en morceaux tous les emménagements de bâbord et une partie de ceux de tribord. — Un éclat a fait un trou dans la muraille de bâbord. — Le pont s'est soulevé à bâbord sur près de la moitié de la longueur de la dunette, en blessant douze personnes. — Le système des baux s'est soulevé de près de deux centimètres à la banquière. Les deux baux du pont, aux extrémités de la grand '-claire- voie de la salle à manger de l'amiral, ont été craqués. — Un trou a été fait, par un éclat, dans le pont, au-dessus de la dernière chambre avant des appartements de l'amiral Hamelin. Tout a été réparé, à l'exception des baux cassés, que l'on a soutenus par des épontilles, et des baux de la dunette, auxquels on n'a pu faire reprendre leur première position. Quatre officiers et quatre aspirants de l'élat-major général ont été plus ou moins grièvement blessés par cette explosion de la dunette.

N° 2. Boulet creux chargé de sable de 68. — A coupé l'habitacle de dunette, tué un officier de l'état-major général (le lieutenant de vaisseau Sommeiller), puis est venu mourir sur la serre-gouttière, en écrasant le taquet.

N° 3. Boulet. — A coupé le porte-voix de combat, tué un élève et brisé la lisse du bastingage bâbord.

N° 4. Boulet. — Entré par le bastingage de tribord, coupe neuf borda ges de la dunette; à tribord, la traverse de la grand'-claire-voie, et s'amortit sur la serre-gouttière de bâbord, dans la dunette.

N° 5. Boulet rouge. — Sans force ; s'amortit sur la muraille du pont.

N° tf. Boulet ou obus.— Coupe la lisse de bastingage à bâbord.

N° 8. Boulet ou obus.— S'est amorti sur la serre-gouttière bâbord.

N° 9. Boulet qui a traversé.

N° 10. Obus. — A traversé le bord au-dessus de la gouttière, et est venu éclater dans les porte-haubans de bâbord, mettre le feu à des bottes de foin.

N° il. Obus. — Tape sur on piton et des poulies qu'il brise, rejaillit en l'air, éclate au-dessus du bossoir de tribord, tue un homme et en blesse an autre par les éclats.

N° 12. Boulet. — Traverse la muraille, détruit les cloisons du logement du chef d'état-major contre-amiral Bouël-Willaumez, écrase cinq bordages du pont, en cassant la latte inférieure, ricoche et meurt contre la muraille de bâbord.— Un membre coupé n'a pas été réparé.

N° 13. Boulet. — Traverse la muraille, détache le taquet de la grande écoute, qui tue un homme et en blesse un autre. — Un membre coupé n'a pas été réparé.

N° 14. Obus chargé à sable. — Effleure le seuillet du sabord et restc dedans.

N° 1». Boulet. — Coupe le plat-bord en enlevant le taquet d'amure de grand'voile et va se loger au milieu de la vergue du grand hunier de rechange. Le plat-bord n'a pas été réparé.

N° 46. Boulet de 33. — A traversé le sabord du cabinet de Pamiral Hamelin, coupé obliquement cinq bordages du pont de la 3* batterie, et s'est arrêté dans le bau sur le croc à démonter les canons.

N° 17. Obus de 68 chargé à sable. — Est resté dans la muraille; on Ta retiré et mis en placard.

N° 18. Boulet de 36. — Effleure la face avant du sabord, coupe trois bordages et une latte du pont, blesse deux hommes par les éclats et va tomber dans la batterie basse.

N° 19. Boulet de 36. — Traverse la muraille, en coupant deux membres, craque trois bordages du pont de la 3e batterie, et va en ricochant se loger dans la muraille de l'autre bord.

N° 20. Boulet de 56. — Traverse deux membres et casse une courbe dont les morceaux sont heureusement arrêtés par les filets de muraille. La courbe a été supprimée.

N° st. Boulet plein.— Coupe un membre et reste dans la muraille.

N° 23. Boulet rouge. — Coupe un membre et casse une courbe.

N° 83. Boulet plein. — Coupe la serre et va s'amortir de l'autre bord. La serre n'a pu être réparée.

N° 24. Boulet plein. — Resté dans la muraille.

N° 25. Obus de 68. — A éclaté dans la muraille, a coupé un membre ; un éclat a percé le vaigrage intérieur, blessé trois hommes; le bordé extérieur de l'entre-deux des sabords a été à moitié détaché. Le membre n'a pas été réparé.

N° 26. Boulet rouge.— Est resté dans la muraille, où il a été éteint par les pompes.

N° 27. Boulet plein. — A brisé la partie basse du sabord, est resté en dedans de la muraille, après avoir déplacé la feuille bretonne.

N° 28. Boulet plein. — Coupe un membre et deux bordages de la muraille et va se loger à bâbord. Trois hommes ont été blessés par les éclats.

N° 29. Boulet. — Est resté dans la muraille ; on a mis un placard.

N° 30. Boulet. — A pris en écharpe à la flottaison, a mâché le bordé sur une longueur de imso, une largeur de 30 centimètres et une profondeur de cinq à six centimètres ; un placard a été mis.

Kot 33, 36, 39. Boulets. — A 1 mètre, imtO et lm30 au-dessous de la flottaison ; on a recouvert les coups avec de l'étoupe et du cuivre ; ils ont à peine pénétré.

N° 40. Boulet plein. — A coupé le grelin d'embossure, est entré dans la muraille, et s'est arrêté contre la couronne de l'écubier d'en dedans, en déplaçant la feuille bretonne.

N° 41. Boulet rouge.— A coupé le seuilletdu sabord et est entré dans la batterie sans blesser personne.

N° 37. Boulet plein.— A coupé un membre en restant dans là muraille.

N° 32, 34, 33. Boulets pleins. — Sans traverser la muraille, ont percé le oordé, qui a été réparé. Pas de placards.

N° 31. Boulet plein de 36. — A traversé toute la muraille auprès d'un hublot du faux-pont, et a été se loger dans une chambre d'un maître ; le bois ayant fléchi dans le hublot, a facilité son entrée.

Les boulets les plus faibles étaient du calibre de 32 anglais ; quelques-uns

étaient de 36 et d'autres de 68. — Les obus étaient généralement de 68; beaucoup étaient chargés à sable. Je cousidère le projectile qui a fait sauter la dunette, comme une bombe.

Ainsi, deux obus seulement ont éclaté en faisant leur effet : le n° 25, qui a produit environ l'effet de trois boulets de même calibre ; et le n° 10, qui, quoique éclatant en l'air, a tué un homme, en a blessé un autre, tandis qu'il n'eût rien fait s'il eût été un boulet plein.

Les avaries de la mâture sont ;

Deux boulets dans le mât de misaine ; l'un a cassé la jumelle de l'avant ; l'autre a mis le mât hors de service en le coupant au quart sur l'arrière ; il a été jumelé.

Deux boulets dans le grand mât ont peu de gravité.

Un boulet dans le beaupré. — Le chouquet est en très-mauvais état ; le cercle est à moitié coupé.

Un boulet dans la grand' vergue, dont la jumelle seule a été coupée.

Un qui a emporté le blin de bout-dehors de misaine.

Un dans le grand mât de hune ; ce mât est hors de service, il est coupé sur la moitié de son épaisseur.

Un dans la vergue de grand-hunier de rechange ; le boulet est resté au milieu.

Deux dans un tangon.

Un dans une vergue de bonnette basse.

Un dans le grand-cacatois.

Un dans le fond de misaine; cette voile a été mâchée dans un grand nombre de parties par ce projectile.

Tous les étais, moins ceux du mât de misaine, six bas-haubans et une grande quantité de murailles, ont été coupés.

Après les réparations possibles faites à la coque, il reste encore : dix membres coupés, trois baux cassés, ceux de la dunette déplacés, le plat-bord du pont coupé, la serre-gouttière de la 2e batterie coupée, et plusieurs bordages extérieurs dont les trous ont été seulement couverts par des placards.

Le capitaine de frégate commandant par intérim la Ville-de-Paris,

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