DES PONTS ET TÊTES DE PONT
On donne le nom de lé les de pont à des ouvrages qui couvrent les fossés du côté de l'ennemi, et servent à protéger les passages.
Il y a sept espèces de ponts, qui sont : 1° les ponts de bateaux d'artillerie ; 2° les ponts de radeaux ; les ponts sur chevalets ; 4° les ponts sur chariots ou sur tonneaux ; 5" les bacs ou ponts volants y 6° les ponts de cordage ; 7° les ponts de pilotis.
L'emplacement le plus favorable pour jeter un pont est un rentrant, parce que les feux peuvent se croiser de là sur la position rétrécie qu'occupe l'ennemi. Les tracés les plus en usage pour les têtes de pont sont : 1° le redan; 2° la lunette; 3° la queue d'aronde / 4° L'ouvrage à cornes ; 5° V ouvrage à couronne.
Quand on n'a à couvrir qu'un seul pont sur une rivière de peu de largeur, en emploie le redan, la lunette ou la queue d'aronde simple; pour augmenter la force d'une tête de pont, indépendamment des ouvrages dits, on couvre la tête elle-même, de chaque pont, d'un réduit, qui est d'ordinaire un redan ou une petite lunette, et dont le relief est de 50 ou 60 centimètres plus élevé que l'ouvrage principal placé extérieurement : A etB (n° 19), figurent des réduits.
Quand il s'agit d'une armée, on jette des ponts, l'un pour l'infanterie et la cavalerie, l'autre pour l'artillerie et les bagages, à 100 mètres l'un de l'autre, les deux ponts doivent être couverts par des ouvrages liés entre eux ; ceux-ci exigent d'autant plus de développement qu'il y a de distance en avant, là où doit aboutir le saillant de l'ouvrage; si celte distance est de moins de 200 mètres, on trace une
double tenaille ou une queue d'aronde double ; mais si elle est de 200 mètres et plus, on tracera sur elle un front bastionné, et la télé de l'ouvrage prendra le nom d'ouvrage à cornet (n° 19, fig. 44).
Mais il arrive que le front parallèle à la gorge de cet ouvrage ne peut pas être, comme avec les deux autres, protégé par le feu de la rive opposée que l'on est censé occuper encore, et on remédie à ce défaut en traçant un ouvrage à couronne (n° 30, fig. 44 j.
L'ouvrage à couronne, pour remédier à cet inconvénient , sera donc formé de deux fronts bastionnés, construits sur les deux côtés du grand red&n ABC, dont le saillant aura une capitale BT moindre que les demi-gorges TA; la gorge a de 300 à 400 mètres.
M peut arriver que l'armée, acculée sur un pont par une armée supérieure, soit obligée de le faire sauter après l'avoir franchi. — - Voici alors les moyens qu'elle emploiera : on fera sur le milieu des arches une tranchée en croix, dont les branches seront longues de 6 mètres, et approfondies jusqu'à l'extrados des voûtes ; dans chaque branche on mettra 75 kilogrammes de poudre pour une épaisseur de voûte de 1 mètre ; on recouvrira la poudre de planches et de madriers, chargés de terre, et l'on y mettra le feu au moyen d'un saucisson rempli de poudre auquel où donnera la longueur nécessaire pour garantir de tout accident celui qui y met le feu. On fera ainsi sauter au moins deux arches.
Le saucisson est un long rouleau de toile de 0m02 de diamètre rempli de poudre, fixé par un bout au centre de la charge, et traversant le bourrage de la mine à l'aide d'un auget ou canal en bois, dans lequel il est contenu ; l'autre bout aboutit au point ou l'on doit mettre le feu; à défaut de saucissons, on se sert de mèches calculées d'avance, ou d'amadou traversant un morceau de papier.
Sans détruire le pont, s'il est en charpente, on peut le discontinuer, et lui enlever les planches, puis les cacher ; on peut encore le brûler avec des fascines goudronnées ou des bûches de bois sec ; pour te faire sauter on suspend sous une traverse un baril de 100 kilogrammes poudre, auquel on met le feu par les procédés indiqués plus haut.
Pour rétablir les ponts dont il ne reste plus que les piles, on établit des chevalets intermédiaires entre ces dernières, soit sur des bateaux si la rivière est profonde, soit sur le fond même de la rivière dans le cas contraire, surtout si la partie renversée de l'arche donne une assise pour l'établissement du chevalet ; après quoi on établit des madriers d'une pile à l'autre par-dessus les chevalets , et on donne au pont une largeur de 3m20 : ce qui est bien suffisant.