DÉFENSE DES OUVRAGES
La défense des ouvrages repose, en général, sur le principe suivant : c'est qu'on peut être battu, mais qu'on ne doit jamais être sur* pris; si la valeur sait repousser les attaques, c'est la vigilance qui met à l'abri des surprises, la vigilance intelligente et expérimentée ; en outre elle éveille celle des subordonnés quand le cbef en fait preuve. C'est surtout au point du jour que la vigilance doit être éveillée.
Le chef d'un ouvrage retranché divise sa troupe en trois parties; l'une est en faction ; l'autre fournit les rondes et patrouilles , la troisième se livre au sommeil.
Le premier soin du cbef doit être de poser des sentinelles, tant intérieures qu'extérieures. Celles intérieures sont placées à chaque saillant de l'ouvrage ; les extérieures sur les avenues du poste, principalement du côté de l'ennemi. S'il y a en avant de l'ouvrage un pont, un défilé, un gué, que l'ennemi soit obligé de passer, on y place quelques hommes intelligents et sûrs pour surveiller cet ennemi. Quand celui-ci commence l'attaque on ne lui répond que lorsqu'il est à 200 mètres avec la mousqueterie , afin d'épargner ses munitions, et à 300 mètres avec l'artillerie.
Les grenades se lancent lorsqu'il est à quinze pas de la contrescarpe j si l'ennemi a fait brèche, on garnit celte dernière avec des abatis d'arbre, des chevaux de frise, des chausse- trapes, etc.—- Quant à la réserve de troupes de la garnison, elle doit être à couvert des coups de l'ennemi et ne s'ébranler que dans les coups décisifs.
S'il s'agit d'un édifice, il faut diviser la troupe de défense en autant de parties qu'il y a d'étages à défendre. Le chef du poste désigne un officier ou un sous-officier pour commander au rez-de-chaussée et à chaque étage. 11 explique à chacun les détails de la défense ; c'està-dire qu'un ou deux hommes doivent défendre chaque fenêtre et chercher à renverser les échelles dressées par l'ennemi pour gagner les étages supérieurs. Deux hommes doivent aussi garder les cré* neaux que l'on aura placés à lm30 de terre, l'un ayant son fusil dans le créneau pour empêcher l'ennemi d'y mettre une arme ou de le boucher, l'autre chargeant son arme. Un seul homme suffit pour garder chaque créneau supérieur. S'il s'agit de la défense d'une maison, on ne doit pas faire de sorties extérieures, vu les passages étroits par lesquels on serait obligé de sortir ou de rentrer.
Si, au lieu d'être un ouvrage ou un édifice retranché, c'est un
village qu'il faut défendre, il faut d'abord établir une garde dans îe réduit qu'on a choisi, et une autre sur la place que doit occuper la réserve. Si on a de la cavalerie, on en tient quelques petits partis hors du village et elle fait des patrouilles à l'extérieur. Pendant l'attaque, cette cavalerie se place dans l'intérieur, sur la grande place, et charge l'ennemi dans les rues.
Si le village est traversé par une petite rivière, on en garde l'entrée et la sortie avec soin.
Sorties. On fait des sorties dans trois cas : 1° lorsque l'ennemi s'approche pour monter à l'assaut ; 2° quand il a été mis en désordie ; 3° quand il y a lieu de protéger l'entrée des munitions de guerre et de bouche, auquel cas on fait la sortie du côté opposé où on les attend. La sortie faite, on doit joindre de suite l'ennemi à la baïonnette ; mais revenir au pas de course si on a le dessous. La rentrée est protégée par un redoublement de feux, et, s'il est besoin, par une contresortie de la réserve.
Si le point que doit attaquer l'ennemi est bien connu, on fait ce que l'on appelle une retirade ; c'est-à-dire qu'on élève, en arrière du parapet que l'attaque embrasse, un retranchement auquel on donne la forme d'un angle droit rentrant ; les côtés de l'angle sont liés avecla partie du parapet que l'ennemi ne bat pas, et, si on a le temps, on recoupe le sommet de cet angle, de manière qu'il présente une courtine parallèle à la partie du parapet attaquée. C'est une seconde fortification intérieure qu'après l'assaut l'ennemi trouve devant lui comme nouvel obstacle. Si le temps ou les matériaux manquent pour construire une retirade ■, on y supplée par un fort abatis ou tout autre moyen ; et si l'on a épuisé toutes les ressources pour défendre l'enceinte extérieure, on se retire dans ce réduit, cù Ton prolonge la défense autant que possible.
Défense d'une ville ou d'un village ouvert. On défend une ville ou un village ouvert : 1° pour protéger un passage ou une retraite ; 2° pour assurer une communication ; 3° pour conserver un dépôt d'ambulance; 4° pour servir d'appui à des mouvements de troupes.
On commence par examiner si la position à défendre n'est pas dominée de très-près, si les maisons ne sont pas trop faciles à incendier,* puis le chef en lève un plan à vol d'oiseau, rapidement, et fait occuper les points dominants; il éclaire les accèsdela ville, en dt-truit même au besoin les habitations, baies, vergers, bouquets de bois, etc., qui ne peuvent être utiles à la défense et qui favoriseraient l'attaque. Ces bois se coupent à 0D65 de terre, afin de gêner la marche de l'ennemi sans masquer ses propres feux.
Ou forme une enceinte à la ville en profitant des maisons, des murs de clôture, des fossés, des haies ; les ouvertures, les séparations de
propriétés et tons les points qui pourraient donner accès dans la place sont fermés au moyen de palissades, palanques, ou de fossés couverts par des abatis. On barricade les rues avec les matériaux trouvés sur les lieux, et on leur donne assez d'épaisseur pour résister à l'artillerie de campagne, assez de hauteur pour être franchies facilement. Ces matériaux sont des pavés amoncelés et couverts de fumier, des voitures chargées de terre et de fumier, dont on démonte les roues et qu'on recouvre d'abatis , de palissades ou palangues en coffrage, maintenues par des pieux et remplies de terre ou de fumier, des sacs pleins de terre, de laine ou de coton.
Pour défendre les barricades, on les flanque à l'aide des maisons voisines qui seront crénelées; s'il y a des canaux qui traversent la ville, on les barre à l'aide de grilles et de pieux.
Les ouvertures de la ville seront couvertes par des tambours en palissades ou par des abatis ; elles seront, en outre, fermées par* une barrière ou par un cheval de frise.
Les parties saillantes de la- ville seront garnies d'ouvrages de campagne, de tambours et de créneaux, lesquels créneaux doivent avoir 0™30 de hauteur sur une largeur de 0m10 à iHÊO, évasés pour faciliter l'obliquité des armes ; on les perceàOm70 de hauteur, plaçant une banquette de 0m40 au bas du mur pour élever les soldats.
On place l'artillerie de manière à battre les avenues et les points les plus attaquables derrière les parties saillantes du mur d'enceinte où Ton pratique des embrasures, ou bien aux saillants des ouvrages en terre ou des tambours.
S'il existe dans l'intérieur quelque château, église ou vaste bâtiment d'une construction solide, on s'en sert comme réduit. Les" églises surtout sont très-favorables à ce genre de poste : elles sont en croix et donnent alors des feux de flancs ; elles sont voûtées, ont généralement les abords bien dégagés, et si les murs sont épais, ce qui est une qualité pour l'artillerie, mais non pour improviser des créneaux, cette épaisseur de murs est moins forte entre les piliers.
Quant aux vieux châteaux, ils sont naturellement fortifiés, et il n'y a le plus souvent à leur ajouter que des créneaux et des tambours.
Les maisons ordinaires sont toutes à organiser pour la défense • il faut, si la maison n'a pas de feux de flancs, construire de petits tambours sur les faces non flanquées ; on communique de la maison à ces tambours à l'aide d'ouvertures pratiquées dans les murs. On condamne les portes donnant sur l'extérieur, excepté une, soit eu entassant derrière ces portes du fumier ou de la terre, soil en les doublant avec des madriers arc- boutés. On ferme les fenêtres avec des madriers ; on transforme les balcons en mâchicoulis.
Pour protéger la porte d'entrée, on construit un tambour ou un retranchement en palissades.
S'il y a une cour ou un jardin, on en perce le mur de créneaux. Si Ton est pressé par le temps ou privé de matériaux, de bras, les jardins, les cours doivent être les premiers négligés, puis le fosse en général; les fossés particuliers placés devaut les fenêtres et les portes suivent immédiatement, enfin, viennent les mâchicoulis, les tambours et les étages intermédiaires ; mais, en aucun cas, on ne doit négliger ni l'étage le plus élevé, ni le rez-de-chaussée.
On défendrait un village par les mêmes moyens. S'il s'agit de défendre un parc, on choisit le point le plus favorable à la défense c'est-à-dire une élévation ou un angle du parc. S'il y a impossibilité de défendre le parc tout entier, on détruit tout ce qui peut faciliter les approches de l'ennen i, on fait des créneaux aux n.urs, et pour assurer les derrières, on construit un fort abatis qui joint les deux parties du mur qu'on se sera proposé de défendre.
Pour se défendre dans un bois, il faut d'abord le reconnaître avant de l'occuper ; on en occupe d'abord la lisière; on garde avec soin les angles saillants et rentrants, carrefours, ravins, les hauteurs dominantes, les embranchements de chemins, etc.; enfin, tous les points que l'ennemi pourrait utiliser. Ces points ainsi occupés, la communication s'établit entre eux à l'aide de petits postes sur la lisière. On se retranche intérieurement avec des épaulements, tranchées, abatis ; avec des troncs d'arbres, on fait, si l'on est pressé, des ouvrages destinés à remplacer les lignes et les fossés ; on superpose trois rangées de troncs d'arbres d'après les lignes de la fortification adoptée et l'on couvre ainsi son monde. Le corps composé généralement d'infanterie se divise en trois : 1° les tirailleurs sur la lisière du bois ; 2° les postes qui doivent les soutenir; 3° la réserve qui s'établit au point le plus favorable. L'artillerie, couverte d'un épaulement, peut être aussi utilisée pour battre d'écharpe. Pour attaquer le bois, au contraire, il faut chercher à le tourner, s'emparer des hauteurs qui dominent les saillants. Le.point d'attaque choisi, simuler de fausses attaques en d'autres points, s'approcher toujours du véritable sans être aperçu, l'attaquer alors rapidement et relier le corps d'attaque au corps principal et aux réserves par une chaîne de tirailleurs. Si le bois n'est pas trop fourré, l'artillerie peut favoriser en attaquant par son feu.