‹ Bâtard d'empereurChapitre 12 sur 47 · PL. V · texte numérisé non relu

PL. V

LA VEILLE DU i8 BRUMAIRE DANS L'HOTEL DE LA RUE DE LA VICTOIRE

(D'après une lithoilraphic de Deleiiniois.j

BATARD D E.MPEREUR

Puis c'est Sainte-Hélène, les longues soirées pluvieuses deLongwood. L'Empereur parle quelquefois de ses enfants, de ces deux bâtards dont il n'a plus de nouvelles, dont les mères lui sont lointaines et perdues. Au dire de Yiel-Castel, il doutait alors de la paternité de Léon. « J'ai beaucoup causé de l'Empereur avec M. de Lases Cases, note-t-il le 8 janvier 1854. Il m'a dit qu'à Sainte-Hélène Napoléon parlait quelquefois de sdi faiblesse dans le déduit amoureux; c'était fort peu de chose. Il ne regardait pas le comte Léon comme son fils; il attribuait à Murât la paternité de cet enfant (1).» Sans doute, ainsi que cela a été observé avec justesse pour la reine Hortense, sans doute « il ne suffit pas d'établir qu'une femme a reçu un homme au moment de la conception d'un enfant pour prouver qu'il y a eu entre eux des relations adultères » et, bien certainement, « il n'est pas de femme qu'on ne pourrait calomnier » à ce compte-là (2), mais pour établir la paternité de Napoléon à l'égard de Léon, il est mieux que des suppositions, il y a le témoignage moral de l'Empereur lui-même à Sainte-Hélène. Jusqu'à son dernier moment, il ne cesse de s'occuper de l'enfant et il ne l'oublie pas dans ses Instructions pour mes exécuteurs testamentaires, où, à l'article dj, il dit :

Je ne serais pas fâché que le petit Léon entrât dans la magistrature, si cela était de son goût. Je désire qu'Alexandre Walewski soit attiré au service de France dans l'armée (3).

(i) Mémoires du comte Horace de Viel-Casiel sur le règne de Napoléon III [i85i-i864), publiés d'après le manuscrit original et ornés d'un portrait de l'auteur; avec une préface de M. Leouzon Le Duc; Paris, i883, in-i8, t. III, p. 2.

(2) H. Thirria, Napoléon III avant l'Empire; Paris, iSgS, in-8, t. I, p. 4.

(3) Correspondance de Napoléon /"...; t. XXXIl, p. 604.

Et, recommandant à ses exécuteurs testamentaires la discrétion la plus rigoureuse sur ces dispositions (i), l'Empereur léguait Soo.ooo francs à Léon, spécifiant que « cette somme sera employée à lui acheter une terre dans l'année même de ma mort (2) ». A l'époque même, ce legs ne put être exécuté, par suite des circonstances qu'exposa, le 17 juin 1848, le général de Montholon, dans un acte passé devant le notaire Firmin-Virgile Tabourier:

L'empereur a, par testament secret, et dont la communication ne doit être donnée qu'aux parties intéressées et seulement en ce qui concerne chacune d'elles, fait, en faveur de M. Léon, ex-comte Léon (3), un legs d'argent à prélever sur les sommes qu'il demande par ses codiciles n"" 4 et 5, en date du 25 avril 1841,3 la reconnaissance et à l'honneur (ce sont les propres termes des codiciles) de l'Impératrice Marie-Louise et du prince Eugène. M. le général Montholon déclare, en outre, que les exécuteurs testamentaires ont fait consciencieusement et légalement toutes les démarches possibles auprès de l'impératrice, du prince Eugène et de sa succession. Ils ont poussé leurs instances jusqu'à obtenir du tribunal de la Seine, un jugement de saisie-arrêt

(i)« Napoléon a détendu à ses exécuteurs testamentaires de communiquer à qui que ce fut, ce codicille secret du 24 avril 1821, qui renferme, entre autres dispositions, celle qui vous concerne. » Lettre du général Bertrand au comte Léon; Paris, 3o mai i833. — Le comte Léon au prince Louis-Napoléon Bonaparte : s. I. [Paris], s. d.[i848], in-fol., p. 2.

(2) Une lettre de Marchand à Léon confirme la recommandation de l'Empereur à l'égard de son fils : « Monsieur le comte, arrivé chez moi, j'ai consulté les instructions en date du 25 avril, Longwood, 1821, dictées le même jour par l'Empereur pour ses exécuteurs testamentaires. Je trouve, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire ce matin, un désir exprimé dans les termes suivants : « Art. 87 : Je ne serais pas fâché que le petit Léon entrât dans la magistrature si cela était de son goût.» Recevez, monsieur le comte, l'assurance de mes sentiments distingués. Votre très humble et très obéissant serviteur. Marchand. » — Le comte Léon au prince Napoléon-Louis Bonaparte...; p. 2.

(3) A la révolution de 1848, Léon abandonna son titre de comte qu'il ne reprit que sous le Second Empire.

sur le prix de la terre de Navarre, mais la succession du prince Eugène ayant opposé la loi sur les majorats, le jugement n'a plus été applicable qu'aux biens libres, et, pendant l'instance ils ont disparu. Quant à l'impératrice Marie-Louise, les exécuteurs testamentaires ont inutilement employé tous les moyens légaux et même la voie diplomatique (i).

Ces divers documents démentent le propos de Las Cases tenu à Viel-Castel. Ils garantissent la croyance de l'Empereur en sa paternité et la fidélité de son souvenir au sentiment qu'il en garda. Indirectement il y associait Meneval en dictant, le i5 avril 1821, à l'article II du paragraphe XXIX de son testament: « Je lègue au baron Meneval 100.000 fr. » Ainsi, sans le vouloir, il livrait à la postérité le témoignage le plus direct de son caprice de l'an XIV, et il associait à sa figure, l'image effacée de cette Éléonore gracile et juvénile, à laquelle, secrètement, il dédiait de par son fils le plus tendre souvenir.

(1) Le comte Léon au prince Louis-Napoléon Bonaparte... ; p. 2.

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