PL. VII
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aussi. Elle en fut même convaincue, au point que, deux ans après, elle se remariait, prouvant que c'est à juste titre que, dans Le Drapier, de Scribe et Halévy, on chante:
On remplace un mari Plus aisément qu'un père !
Le troisième mari d'Éléonore s'appelait : Charles-Auguste-Emile-Louis, comte de Luxbourg. Né le 20 juin 1783 à Zweibrûcken (Deux-Ponts), il était de noblesse récente. Son grand-père, M. Girtanner, conseiller privé du duc des Deux-Ponts, Suisse d'origine, étant né au canton de Soleure, avait été créé baron de Luxbourg en 1769, du nom du château qu'il possédait sur les bords du Bodensee. Son fils Jean-Godefroy, marié à une baronne Vogt de Hunolstein, lui avait succédé dans sa charge de conseiller privé du duc des Deux-Ponts, mais, plus heureux que le père, il y avait trouvé une couronne de comte, le 24 septembre 1790 (i). Pour Charles-Auguste-Émile-Louis, après avoir fait son droit à Gottingen et à Heidelberg, son goût l'avait porté à la diplomatie, où, modestement, il débuta le i5 août i8o3, comme attaché à la légation de Bavière, en Suisse. Trois ans il demeura dans cette fonction : le 5 septembre 1806, il était nommé, toujours en Suisse, secrétaire de légation ; le 5 juin 1807, il passait à Stuttgart ; le 6 juin 1800, à Saint-Pétersbourg ; le 10 octobre 181 1, à Paris, d'où, relevé de ses fonctions en 181 3, il alla comme ministre de Bavière à Cassel, au temps où Jérôme Napo-
(1) Communicaticn de M. Joachim Kùhn.
léon y administrait, on sait comment, la Westphalie (i). Entraîné dans la débâcle du royaume (2), il entra en disponibilité avec une pension annuelle de 4-333 florins (3). Où Luxbourg avait-il connu Éléonore ? A Paris, pendant le séjour qu'il y fit de 181 1 à 181 3? C'est ce qu'on peut supposer avec vraisemblance. Des relations duren exister entre eux, assez fortes pour décider Éléonore à le suivre, dès 1814, en Bavière. C'est là que le 23 mars, et non le 25 mai, comme l'imprime Revel (4), et comme le répète un historien contemporain (5), ils se marièrent. La cérémonie fut pour le moins aussi curieuse que l'acte qui en fut dressé. Elle eut lieu au domicile de Luxbourg, en présence du père du fiancé, le comte Frédéric-Charles de Luxbourg, et d'un conseiller à la Cour du Palatinat du Rhin, Philippe Reinecker. Dans l'acte, Éléonore se qualifiait de veuve du général Augier de laSauzaie, sans plus (6). Et, là-dessus, le pasteur donna sa bénédiction. Sept mois plus tard, Revel arrivait à Paris pour recueillir toutes ces nouveautés.
(i) Les dépêches diplomatiques du comte de Luxbourg pendant son se, jour en Westphalie ont été publiées par le docteur Arthur Klein-Schmidt- Bayern und Hessen: lygg-i 8 16 ; Berlin, 1900, in-8.
(2) Sur la fuite de Luxbourg de Cassel, en i8i3, cf. la baronne de Wimpf- FEN, née Reinhard, Une Femme diplomate ; Lettres de Mme Reinhard à sa mère: //p^-/^/^ ,' traduites de l'allemand et publiées pour la Société d'histoire contemporaine; Paris, 1901, in-8, pp. 368 et suiv.
(3) Dossier personnel du comte de Luxbourg au ministère des Affaires étrangères de Bavière, et papiers de famille. — Communication de M. Joachim Kûhn.
(4) Le capitaine Revel, Prise à partie de la Cour de cassation... ; p. 46.
(5) Frédéric Masson, Napoléon et les Femmes...; p. 171.
(6) Copie du registre des actes de mariages de la paroisse évangélique réformée de Seckenheim : année 1814, n* 3. — Communication de M. Joachim KiJhn.
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Comme il avait étudié le droit (i), et, on l'a vu, failli obtenir des diplômes d'avocat, à Hambourg (2), il chercha immédiatement le moyen de tirer un parti juridique de la situation d'Éléonore, et ayant médité un long mois, il intenta, le 3 décembre 18 14, une action en nullité de divorce, dont l'huissier Vergne signifia à Éléonore, en personne, l'exploit. Revel, par cet acte, faisait appel du jugement du 29 avril 1806, qui avait prononcé le divorce, et au nom des plus hautes raisons de la morale. Par le fait du divorce et des nouveaux mariages de sa femme, il affirmait : « La loi a été polluée, la morale avilie, les garanties de la famille compromises (3). » Il allait, lui, venger la loi, réhabiliter la morale et assurer les bases chancelantes de la famille. Mémoires, plaidoyers, sommaires, il préparait le tout fiévreusement quand éclata, coup de tonnerre, la nouvelle du débarquem.ent de l'Empereur au golfe Juan. Que devait, dans ce cas, faire un royaliste, un bon royaliste comme Revel ? S'enrôler dans les volontaires royaux". U le fit, et il y fut avec son fils, ce fils dont il écrivait, de Worms, le 18 septembre 1809, ^^ ministre de la Guerre: « Son bras servira Sa Majesté à l'instant où la nature lui en donnera la force (4). » L' « ogre », qui, à Revel, avait ravi son épouse, revenait. Il avait une fille: ses malheurs passés le firent réfléchir. Il sollicita pour elle un abri « dans un
(i) Mémoi}-es de Revel...; Nouvelle Revue rétrospective; janvier-juirr 1903, p. I.
(2) J.-H.-F. Revel, Buonaparte et Murât, ravisseurs d'une jeune fenvne... ; p. 188.
(3) Cause en nullité des époux Revel... ; p. 4.
(4J Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier ReveJ.
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asyle religieux et cloîtré » à l'archevêque de Reims. Ce prélat ne daigna lui répondre que le 20 mars. La fille en sécurité, Revel vola aux Tuileries. Hélas ! Sa Majesté bourbonienne avait levé le pied vers Gand. Ignorant la route suivie par le royal fuyard, mons Revel demeura à Paris. « Il serait difficile de peindre mes terreurs quand le bruit des fanfares annonça l'entrée triomphale aux Tuileries, du monstre qui allait attirer tant de désastres sur la France (i). » Mais il en prit assez promptement son parti et se rassura bientôt. Il sollicita de suite une place de Carnot, nommé ministre de l'Intérieur. Il y avait droit : en l'an VIII n'avaitil pas été secrétaire général du département de Saône-et- Loire ? On avait besoin de bonnes volontés, et on n'y regardait pas de très près. Et l'organisateur des victoires jacobines savait-il d'où surgissait ce Revel qui arguait de sa fidélité « au glorieux monarque », au « grand Napoléon », pour demander un coin où ne pas mourir de faim, lui, ancien capitaine? Il réussit dans sa requête. Carnot l'envoya en Eure-et-Loir, comme secrétaire général. Quelques semaines après, Revel revenait de Chartres, sans le sol et sans place. Napoléon venait d'avoir Waterloo ; l'ex-dragon avait eu son Waterloo, lui aussi, sous la forme de l'ordonnance royale du 24 juillet, annulant toutes les nominations de fonctionnaires faites par le gouvernement impérial pendant les Cent-Jours. Châtiment immérité d'un si bon royaliste! Décidément, Revel ne faisait pas meilleur ménage avec la chance qu'il ne le fit avec Éléonore. « Plai-
(i) J.-H.-F. Revel, Buonaparte et Murât, ravisseurs d'une Jeune femme...;
gnons ceux dont le cœur n'est jamais rassasié», a dit un aimable philosophe (i). Revel était à plaindre, car son cœur se remit à être avide de vengeances judiciaires, et, puisqu'on le rendait à de longs loisirs, il se reprit à les combler par de nouvelles poursuites.
Maintenant il est libre, « sous un gouvernement paternel », et il n'a plus à craindre ni Veyrat ni Boucheseiche. Veyrat, cependant, en i8i5, avait travaillé secrètement pour les Bourbons, au point que, destitué par Pasquier, il fut presque réintégré par une manière de coup de force dû au comte d'Artois. Ce ne fut que devant la menace de la démission de Pasquier, que le frère de Louis XVIII céda et sacrifia Veyrat qui reçut un passeport et l'ordre de regagner, le même jour, sa patrie, la laborieuse Genève (2). Il laissait à Paris, son fils, Jean-François, mais Jean-François, prudent, quitta la mouche pour l'horlogerie, ce qui, en 1827, lui devait valoir une médaille d'encouragement (3). Quant à Boucheseiche, il avait été destitué sans autre forme de procès. Cette triple disparition de mouchards rassura Revel et il se mit à l'œuvre. Maintenant que Napoléon voguait vers Sainte-Hélène, il se sentait tranquille, et il publia son chef-d'œuvre : Buonaparte et Murât, ravisseurs d'une jeune femme. Dans ce libelle plein de brocards insolents, il contait, et on a déjà vu comment, l'histoire de son mariage, et outre les injures déversées sur l'Empereur et
(i) Charles GHi>fCHOLLE, Les Phrases courtes ; Paris, 1891, in-32, p. 19.
(2) Mémoires du chancelier Pasquier... ; t. II, pp. 887, 389.
(3) Rabbe, Vieilh de Boisjoliv et Sainte-Preuve, Biographie universelle et portative des contemporains...; t. IV, p. i5o6.
Il8 LES SECRETS DU SECOND EMPIRE
Murat, il faisait la part large à son ancien avocat Lebon, à l'avoué Masson et à MmeCampan. Cette dernière était accusée d'avoir eu la part large et belle « au gâteau préparé pour l'immoral festin du ravissement de mon épouse (i) ». A cette date, il n'y avait pas très grand danger à attaquer Mme Campan, déchue de toute faveur gouvernementale. Nommée le 5 septembre 1807 directrice de la maison de la Légion d'Honneur, instituée le 9 frimaire an XIV, elle avait perdu sa place le 19 juillet 18 14, en vertu de l'ordonnance royale décidant la réorganisation, ou plus exactement la suppression de Finstitution napoléonienne (2). Entrée à Ecouen avec 60.000 francs de dettes (3), Mme Campan s'en était retirée avec une table de trie trac et de trou-madame, donnée par l'impératrice Joséphine, et un jeu de bagues, présent de la reine Hortense (4). Modestes épaves insuffisantes pour assurer son existence. Aussi cherchait-elle à rentrer en faveur. Le 21 juin 18 14, sur un papier décoré dans son filigrane du portrait de l'Empereur et de l'aigle, elle assurait n'avoir jamais sollicité les faveurs de Bonaparte. C'était lui qui, à Saint-Germain (5), était venu la chercher,
(i) J.-H.-F. Revel, Buonaparîe et Murat, ravisseurs d'une jeune femme... : p. 205.
(2) Louis Bonneville de Marsan'gy, Mme Campan à Ecouen...: p. 291.
(3) Mme Campan à la reine Hortense; Ecouen, i5 décembre i8i3. — Louis Bonneville de Mabsangy, Mme Campan à Ecouen...; p. 266.
(4) Mme Campan au Grand Chancelier de la Légion d'Honneur ; Paris, 8 avril 1814. — Louis Bonneville de Marsangy, Mme Campan à Ecouen...; p. 291.
(5) La maison de Mme Campan existe encore à Saint-Germain, rue des Ursulines. Jusqu'à ces derniers temps, l'éducation y était donnée par les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. — C. d'Arjuzon, Madame Louis Bonaparte ; Paris, s. d. [1897], in-8, p. 19.
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et elle s'était vue obligée d'aller à Ecouen pour ne point être ruinée. Là, elle qui était payée par l'Empereur et placée dans un poste de confiance, avait sans cesse occupé ses élèves du malheur des Bourbons ; aussi n'y avait-il pas, à l'entendre, une seule maison en France où le roi fût plus aimé qu'à Ecouen (i). Louis XVIII récompensa cette trahison et cette apostasie par une pension de 6.000 francs. La reine Hortense y ajouta pareille somme. Connaissaitelle la lettre du 21 juin 1814(2)? Au reste, en attaquant MmeCampan, Revel donnait la réplique à Lewis Goldsmith, lequel assurait que Napoléon, «cet assassin voluptueux », avait établi à Ecouen « un séminaire de jeunes personnes(3) ». Cela demeurait assez dans la thèse du faussaire de i8o5. Son pamphlet fit, naturellement, du bruit et circula d'abord librement et sans obstacle. « Ce fut, sans doute, en haine des personnages qui figuraient dans cette intrigue dégoûtante que le gouvernement, gardien des mœurs publiques, permit la publication de l'écrit du sieur Revel, qui inspira le plus profond mépris aux honnêtes gens », observe un contemporain (4). Peut-être bien que Louis XVIII
(i) Inventaire des autographes et des documents historiques composant la collection de M. Benjamin Fillon ; Paris, 1878, in-4, séries V, VI, VII, VIII, p. 180, pièce n* i iSy.
(2) Retirée, en avril 1816, à Mantes, Mme Campan y mourut, d'un cancer au sein, le 10 mars 1822.
(3) Lewis Goldsmith, Histoire secrète du cabinet de Napoléon Buonaparte... : p. 72.
(4) Galerie historique des contemporains ou nouvelle biographie dans laquelle se trouvent réunis les hommes morts ou vivans, de toutes les nations,qui se sont fait remarquer à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième par leurs écrits, leurs actions, leurs talens, leurs vertus ou leurs crimes ; Mons, 1827, in-8, t. III, p. i25.
en jugeait comme Napoléon, qui, au cours d'une discussion sur la police de la librairie, au Conseil d'État, le 1 6 pluviôse an XIII (5 février i8o5), avait dit: « Il existe des moyens d'arrêter un ouvrage capable de faire du mal, mais il n'existe pas de droit, il faut se jeter dans un arbitraire affreux. Cela va bien en administration, mais l'administration n'est pas fondée sur la loi (i). » Mais la loi allait, bientôt, donner ces moyens au gouvernement.
Revel avait, en effet, repris son instance en nullité de divorce, se basant sur le fait que n'ayant été condamné qu'à une peine correctionnelle, la loi autorisant le divorce pour cause de condamnation infamante, ne lui était pas applicable. Il assurait que les délais légaux pour la prononciation du divorce n'avaient pas été observés, et que, de plus, entre l'Eléonore de Plaigne, en faveur de qui le divorce avait été prononcé, et sa femme Louise-Catherine-Éléonore Denuelle La Plaigne, il n'y avait pas identité. Ces moyens étaient misérables. La condamnation pour faux prononcée par la Cour spéciale de Versailles n'était-elle pas, de toute évidence, infamante ? Pour la question des délais, Revel, lui-même, n'y avait-il pas renoncé par acte bien en règle, passé devant le notaire de Dourdan ? Et pouvait-on raisonnablement soutenir que l'Eléonore de i8o5 n'était point la même que celle de i8i5 ? Cependant, cet absurde raisonnement, Revel, en personne, quoiqu'il eût « perdu dans les camps l'habitude du droit public dont je m'étais nourri en sortant du collège (2) », vint le soutenir à la
(i) Alfred Marquiset, Napoléon sténographié au Conseil d'État...; p. 67. {2) Cause en nullité de divorce entre M. Revel, capitaine pensionné, et
barre du Tribunal de première instance, le i5 décembre i8i5 (i). Ce fut, le 5 janvier 1816, M. deMarchangy qui lui donna la réplique. Adversaire de taille, Louis-Antoine- François, dit de Marchangy, fils d'un huissier de Clamccy, était alors à l'aurore d'une carrière où il devait avoir de retentissants succès. Avocat en 1802, il avait été appelé, en i8io,au parquet de la Seine, en qualité de substitut du procureur impérial. C'était un esprit curieux de littérature (2), motif pour lequel on lui fit, selon toute vraisem-
dame Louise-Catherine-Èléonore Denuelle-Laplaigtie, son épouse ; premier plaidoyer de M. Revel, prononcé par lui-même à l'audience de première instance du département de la Seine, du vendredi i5 décembre i8i5 : Paris, i8i5, in-8, p. 6.
(i) Quelques jours avant l'audience, Revel avait écrit en ces termes au ministre de la Guerre :
« .1 Son Excellence Monseigneur le duc de Feltre, ministre ds la Guerre,
« Monseigneur,
« J'ai déjà eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence qu'ayant été fait prisonnier de guerre à Hambourg contre le droit des gens, j'ai perdu en cette ville et mon avoir et mes papiers. Ma femme (cette maîtresse de Buonaparte contre qui je suis en procès devant le tribunal de première instance de la Seine) m'a reproché d'avoir été destitué au i5' régiment de dragons; j'ai besoin de prouver la calomnie que renferme cette accusation et je le ferais facilement si j'avais les papiers que j'ai perdus à Hambourg. Je supplie Votre Excellence de me faire expédier duplicata des ordres de service que j'ai obtenus depuis l'an 8, et certificat constatant que je n'ai jamais éprouvé de destitution. Ma cause se plaidera vendredi. Je supplie votre Excellence de donner des ordres pour que les duplicata que je sollicite me soient expédiés le plus promptement possible.
Revel, Capitaine pensionné, « Rue d'Artois, n° 84, boulevard des Italiens. *
Le ministre fit envover à Revel les pièces demandées. — Archives administratives du ministère de la Guerre; dossier Revel.
(2) On a de lui : La Gaule poétique ou rhistoire de la France considérée dans ses rapports avec la poésie, l'éloquence et les beaux-arts ; Paris, 1819,
8 vol. in-8.
blance, requérir, le 8 décembre 1821, contre Béranger coupable d'avoir mis deux lignes de points dans sa chanson de V Enrhumé :
Mais la charte encor nous défend, Du roi cest Vimmortel enfant, Il l'aime ; on le présume.
Mais au moins, AI. de Marchangy apporta- t-il « beaucoup de finesse et de littérature à couvrir l'excessive intolérance des poursuites (i) ». Il en mit moins, Tannée suivante, dans l'affaire des quatre sergents de La Rochelle (2), où il rendit son nom fameux et exécré par un réquisitoire presque féroce (3). Au demeurant, il était « remarquable dans les affaires civiles, par l'habileté de l'exposition, le bel ordre des preuves, la hauteur des vues, l'élégance de la forme (4) », et, dans l'affaire Revel, il le prouva avec dextérité. Depuis le 1 5 octobre i8i5, par ordonnance royale, M. de xMarchangy était substitut du Procureur du Roi au
(i)Jean Perrin, docteur en droit, avocat à la Cour d'appel, Les Procès de Béranger; 1821-1828 ; Paris, 1908, in-8, pp. 12, i3.
(2) Plaidoyer de M. de Marchangy, avocat général de la Cour royale de Paris, prononcé le 2 g août 1822, devant la cour d'assises de la Seine, dans la conspiratiofi de La Rochelle : Paris, 1822,10-8.
(3) « Les procès politiques sont dangereux pour les gouvernements qui les font et pour les magistrats qu'on y emploie. La Restauration l'a éprouvé, et avec elle Bellart, Mangin et Marchangy. Bellart s'est tristement signalé dans le procès du maréchal Ney. Mangin a dii au procès Berton une fâcheuse célébrité. Le nom de Marchangy est inséparable du procès des sergents de La Rochelle. » — E. Guillon, Les Complots militaires de la Restauration , d'après les documents des archives; Paris, iSgS, in-i8, p. 197.
(4) Edmond Biré, L'Année 1817 ; Paris, 1895, in-8, p. 140.
Tribunal de première instance de la Seine (i). Ce fut en cette qualité qu'il prit la parole pour conclure à la nonrecevabilité de la demande de Revel sur tous les points. Des moyens du poursuivant il démontra la pauvreté, et il conclut à la suppression de Buonaparte et Murât, ravisseurs d'une jeune femme, comme libelle injurieux et diffamatoire. La Cour le suivit dans ses conclusions, et, par jugement du 12 janvier 18 16, rejeta la demande de Revel, supprima son pamphlet et le condamna aux dépens. Les Bourbons ne jouèrent donc pas à Napoléon le méchant tour de donner raison à un faussaire cocu. Mais, cocu, il ne se tint pas pour battu. Tout aussitôt il interjetait appel à ce jugement. Pendant dix ans encore, on le verra fiévreusement, hargneusement, s'occuper de cette affaire, la porter devant toutes les juridictions et ne désarmer presque que la veille de sa mort. C'est en 18 19 seulement que son appel vient devant la Cour, mais, dès 18 17, il se préoccupe d'apporter des faits nouveaux et d'étayer la thèse de bigamie contre Eléonore. Il a eu, en effet, ce trait de génie de la crapulerie juridique. Partant du principe qu'Èléonore n'a pas été légalement divorcée en 1806, il conclut qu'elle a été bigame en épousant Augier de la Sauzaie. Il va plus loin encore : il prétend qu'Augier n'est pas mort et que. dans ce cas, le troisième mariage avec Luxbourg constitue le cas de trigamie. Pour soutenir cette prétention, il en
(i) Gax^ette officielle, lundi i6 octobre i8i5, p. 5. — Né en 1782, jVIarchangy mourut en 1826, après avoir été successivement avocat général à la Cour d'appel, avocat général à la Cour de cassation, et député du Haut- Rhin, en 1824.
appelle au ministre de la Guerre lui-même et c'est à ses bureaux qu'il en demande les preuves. Exemple :
A Son Excellence Monsieur le Ministre secrétaire d'État du département de la Guerre.
Monseigneur,
J'épousai en l'an i3, la demoiselle Louise-Catherine-Éléonore Denuelle dite La Plaigne. Elle fit prononcer son divorce avec moi en 1806. Depuis, j'ai demandé la nullité de ce divorce et la cause est pendante devant la Cour Royale de Paris. On soutient au procès que mon épouse s'est remariée en secondes noces avec un sieur Augier de la Saussaye, ancien lieutenant d'infanterie qui a été depuis aide de camp de M. le général Renaud, mort en Russie, puis en troisièmes noces avec un comte de Luxbourg, Allemand. Il m'importe de faire constater : 1° si Son Excellence le ministre de la Guerre a autorisé le mariage en secondes noces préalablement à sa célébration; 2° si M. Augier est mort, dans quel grade, en quel lieu, pour quelle cause, quel jour et quelle année; à cet effet d'obtenir des bontés de Votre Excellence un certificat affirmatif ou négatif de l'autorisation de mariage et un extrait de mort régulier, dans le cas où la mort serait réelle. En cas contraire, certificat négatif de cette mort.
Je suis avec le plus profond respect.
Monseigneur,
de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,
Revel, capitaine pensionné, rue de Seine, n° 89 (i).
Paris, le 3 décembre 1817.
Docilement les bureaux de la Guerre firent les recherches demandées par Revel, et il en résulta qu'Augier n'avait pas obtenu de permission de mariage, pour la bonne raison
(i) Archives administratives du jninistère de la Guerre : dossier Augier.
que ces permissions n'avaient été accordées que depuis le i6 juin 1808, et qu'il s'était marié le 4 février précédent; que, disparu dans la retraite de Russie, sa mort n'avait pas été officiellement constatée. On en dressa ce certificat :
Par ordre de Son Excellence le ministre de la Guerre.
Le secrétaire général du ministère, certifie à tous qu'il appartiendra qu'il résulte des contrôles déposés au bureau de la cavalerie, que M. Augier de la Saussaye, capitaine, aide-de-camp du général Cacault, précédemment aide-de-camp de M. le général Reynaud, a été placé comme capitaine dans l'ex-sepiième régiment de cuirassiers; qu'il a fait avec ce régiment la campagne de Russie, a été fait prisonnier de guerre pendant la retraite et n'a pas donné de ses nouvelles depuis cette époque. Certifie, en outre, que vérification faite des registres de l'état-civil, cet officier n'a pas obtenu de permission de mariage depuis le 16 juin i8o8, époque à laquelle ces permissions ont été accordées par le ministre de la Guerre, jusqu'au moment de sa captivité en Russie. En foi de quoi il a délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que déraison. Fait à Paris, le 19 janvier 1818.
Allent.
Certifié véritable par le chef de la /"■<= division : Gentil d'Ainnone. — Visé par le chef de bureau : Levesque (i).
(i) Cause ennullité de divorce des époux Revel ; Premier plaidoyer prononcé en personne par M. Revel, capitaine pensionné, à l'audience solennelle de la cour royale de Paris, le samedi i" mai i8 1 g ; Paris, 1819, in-8, p. 41. — En 1819, Eléonore fit faire au ministère de la Guerre la même démarche que Revel. Voici les deux pièces de cette seconde enquête :
A Son Excellence Monseigneur le ministre de la Guerre, Lemaitre, notaire royal, à Paris, place Vendôme, n° 23.
Monseigneur,
Comme notaire de Mme la comtesse de Luxbourg, veuve de M. Pierre- Philippe Augier, capitaine au 7' régiment de cuirassiers, mort à l'armée française en Russie, au passage de la Bérézina, j'ai l'honneur de prier Votre Excellence de vouloir bien me faire délivrer le plus promptement possible
Revel ne s'en tint pas à ces renseignements, et, l'année suivante, ayant retrouvé la trace de M. Augier père, il lui adressa un petit questionnaire spécifiant : M. Pierre-Philippe Augier est-il mort ? De quelle espèce de mort a-t-il été atteint ? En quel lieu ? Quel jour ? A quelle heure a-t-il cessé de vivre? En quelle année cet événement est-il arrivé? Il ajoutait : « Votre caractère honorable me garantit une réponse franche et loyale. » Il la reçut, et elle fut conforme à ses vœux, M. Augier père, homme trop courtois pour accuser sa belle-fille de trigamie, ou simplement de bigamie, ne donnait pas moins un argument sérieux à la thèse de l'ex-dragon. Au mois de février 1819, il lui écrivait :
un certificat constatant le décès de cet officier, dont Mme de Luxbourg a besoin de justifier pour une affaire pressante.
M. Augier avait été précédemment lieutenant au i5' régiment d'infanterie de ligne, et il est mort en activité de service, comme capitaine au y régiment de cuirassiers.
Je suis avec respect, Monseigneur,
de Votre Excellence,
le très humble et très obéissant serviteur,
Lemaitre.
Paris, ce 21 avril 1819.
A cette demande, les bureaux répondirent le 28 avril :
« Vous avez demandé, Monsieur, qu'il vous fut délivré un certificat constatant le décès de M. Augier, capitaine à l'ex-j" régiment de cuirassiers, que vous annoncez avoir péri en Russie, lors du passage de la Bérézina. Il résulte des états de situation adressés par le conseil d'administration du corps, que cet officier a été fait prisonnier en Russie, vers la fin de la campagne de 1812, mais rien n'indique d'une manière certaine qu'il y soit mort, quoique l'absence prolongée de M. Augier et le silence qu'il a gardé depuis plus de dix ans doivent faire présumer qu'il a cessé de vivre, le défaut de renseignements positifs ne me permet pas de vous délivrer la pièce que vous réclamez. » — Archii><;s administratives du ministère de la Guerre; dossier Augier.
Mon fils peut être mort, mais je n'en ai pas la certitude. Des bruits, peut-être intéressés, me l'ont annoncée. Des rapports dictés par la peur se sont contredits. Celui-ci, par exemple : à la bataille de la Bérésina, bataille dans laquelle le y s'est couvert de gloire, et a enfoncé quatre carrés russes, mon fils conduisait un escadron; il reçut une balle à l'épaule et fut laissé pour mort par son domestique, qui rapporta au régiment sa cuirasse et rendit ses chevaux. Depuis, quelquesuns de ses compagnons d'armes l'ont vu à Wilna; l'un d'eux, le colonel Bonafous, a soupe avec lui, et plus tard, un cuisinier du régiment l'a laissé à l'hôpital de Mariembourg, le disant mourant, et lui, cuirassier, obligé de s'éloigner parce que les Cosaques entraient dans la ville. Qu'en dois-je raisonnablement croire ? Je ne puis le déterminer; le fait est que mon cœur n'est pas totalement fermé à l'espérance; que je n'ai jam;iis obtenu d'acte de décès, et que les tribunaux n'ont pas été provoqués à prononcer une enquête. Or, mon fils n'est pas réputé mort, et je le considère comme étant toujours l'époux de la dame Louise-Catherine-Éléonore de la Plaigne, divorcée d'avec vous ( i ).
Avec quelle joie Revel dut serrer cette pièce dans son dossier ! Quel témoin de poids à produire dans sa cause ! Hélas ! il fut bien inutile 1 Le 19 juin 1819, la Cour de Paris rejetait l'appel de Revel. Il alla plus loin et demanda la Cassation ; mieux encore, il en appela à la Chambre des Pairs, et ce qui bien plus est, il s'adressa directement au trône, au Roi (2). Tout fut inutile : il demeura divorcé malgré lui. Enfin, il médita de paraître à la barre de l'Histoire, et, en 1822, il préparait, avec gravures, les Mémoires du capitaine Revel, contenant la relation historique du rapt de son épouse par Napoléon Bonaparte ; des péril] Cause en nullité de divorce des époux Revel...; pp. 43, 44. (2) Mémoire au roi, expositif des principes sur lesquels le capitaine Revel a fondé son action de prise à partie de la Cour de Cassation, section des requêtes et contenant des vues d'ordre et d'utilité publique sur ce grand corps de magistrature ; Paris, 1821, in-8.
sécutions auxquelles il a été en butte sous le gouvernement impérial, et du sort bisarre (sic) et inexplicable qu'il a éprouvé depuis i8 15 jusqu'à ce jour. Mais ce bel et important ouvrage ne parut point. C'est grand dommage. On eût bien aimé voir les gravures annoncées. Sensible perte !
Peu de temps avant d'être battu en appel, Revel avait engagé une seconde instance, celle-ci contre l'enfant d'Éléonore et de l'Empereur, le petit Léon. Le 9 avril 1819, il intentait contre l'enfant une action en désaveu de paternité, craignant, disait-il, que cet enfant ne s'appuyant sur les articles 3i2 et 3i5 du Code civil, ne réclamât sa légitimité. Mais la loi n'autorisant pas une action contre un mineur, Revel convoqua un conseil de famille, à l'effet de nomination d'un tuteur contre lequel la demande en désaveu put être dirigée. Le samedi 21 avril 18 19, il fit appeler devant le juge de paix du 111° arrondissement, son ex-beau-père, Denuelle, qui alors gîtait n° 6, rue de la Michodière ; Jean-Simon Denuelle, chef de bataillon retraité de la marine ; François-Claude Denuelle, cousin d'Eléonore ; un autre cousin : Jean-Joseph Giraud, propriétaire, n° 3, rue du Cloître-Saint-Merry ; Auguste-Roland Drely, propriétaire, n" 73, rue du Mesnil-Montant ; Magloire Le Jeune, employé, n° 3, rue Neuve-des-Petits-Pères; et Antoine-Marie Briot, jurisconsulte, qui, empêché, ne se présenta pas. A tout ce monde le juge de paix déclara ne rien comprendre à l'objet de leur convocation, et, en attendant des éclaircissements, il renvoya les témoins à son audience du 24 août. Alors, enfin, on se mit d'accord, et Jean-Simon
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Denuelle fut nommé tuteur à l'effet de défendre à la demande de désaveu de Revel (1). C'est d'un clapier où il s'était terré, au n" 20 de la rue de Cléri, que le condamné de i8o5 dirigeait toutes ces manœuvres judiciaires. Elles durèrent longtemps. En 1821, le procès relatif au désaveu de paternité n'étai*" point encore solutionné. Mauvières était toujours, à cette époque, le tuteur de Léon. Sans le sol, à bout de ressources, Revel songea à lui proposer un compromis. Il lui demanda, sur les revenus du mineur, une pension de 3. 600 francs en échange du service qu'il lui rendait en défendant sa fortune contre les cupidités des Denuelle et d'Eléonore. En échange, il s'engageait à suspendre sa demande en désaveu de paternité jusqu'à la majorité de Léon. Toutes ces procédures n'avaient rien pour plaire à Mauvières, homme pacifique retiré dans son domaine de la vallée de Chevreuse. Il transigea avec Revel et consentit à lui verser une pension de 1.200 francs. Fatale imprudence ! Dès cet instant il eut Revel suspendu chaque jour à sa sonnette, Revel désireux d'acomptes et d'avances sur la pension. Un jour, à propos d'une avance de 3oo francs, Mauvières refusa tout net. Revel le prit de haut, coupa court à tout propos, et reprit son procès (2). Il le perdit d'ailleurs, et par deux jugements rendus par la première Chambre du tribunal de première instance de la Seine, le 21 mai et le 16 août 1822. Ce procès coûta 3.273 fr. 14 à la tutelle de Léon (3). Depuis quelques mois,
(i) [Revel], Désaveu de paternité de Léon...; pp. 3o-34.
(2) Lettre de Revel à MM. le comte de Lavalette, le comte de Las Cases et le baron Denon ; Paris, i3 juin 1823. — Archives de la famille Meneval.
(3) Archives de la famille Meneval.
l3o LES SECRETS DU SECOND EMPIRE
Meneval lui-même en avait assumé la charge. Mauvières enfin lassé définitivement de cette gérance accablée d'ennuis, en butte aux « scènes de mélodrames » dont s'en venaient le régaler la mère et Zulma, la sœur, d'Éléonore (i), passa la main à son gendre à qui, par-devant le juge de paix du II" arrondissement, la tutelle de Léon fut confiée par un nouveau conseil de famille composé de Leroy de Camilly, du comte de Lavalette, de Las Cases et du baron Denon, le 22 octobre 1821 (2). xMais l'action de Revel était susceptible encore d'appel. En juin 1823, « las de plaider sans fruit » et de s'enfoncer « dans le bourbier de la misère, en proportion des efforts que je faisais pour en sortir », il s'adressa à Meneval, lui offrant d'abandonner définitivement son instance contre Léon, en échange du rétablissement de la pension accordée par Mauvières. Avec une inconscience cynique, il lui écrivait, le 10 juin: « En dotant l'enfant, l'Empereur a sous-entendu qu'on donnerait du pain au mari de la mère. Vous êtes l'exécuteur de cette disposition mentale. Permettez-moi d'appeler à votre conscience de son observation. » Il habitait alors dans la maison d'un boulanger, n" 3i8, rue Saint-Honoré, auquel il devait plusieurs termes de loyer, ce qui mettait son « assez joli mobilier » sous le coup d'une prochaine saisie. Son fils, qui, après avoir servi six ans dans la cavalerie légère (3), était devenu géomètre, venait de mourir. « Il me reste ma fille, jeune personne intéressante, d'une éducation solide, de
(i) [Revel], Désaveu de paternité de Léon...; pp. 35, 36.
(2) [Revel], Désaveu de paternité de Léon...; p. 40.
(3) Le capitaine Revel, Prise à partie de la Cour de Cassation... ; p. 3 16.
BATARD d'empereur i3i
mœurs pures, estimée partout où j'habite. Mon industrie, immense peut-être, s'arrête à chaque pas, faute d'argent. J'avais formé un étabUssement d'affaires à Neuilly ; il prospérait ; il périt... Quelques dettes de ménage m'assassinent (i). » De ces dettes il fournissait ce minable relevé:
Propriétaire 600
Bois à brûler 100
Boulanger 70
Boucher 55
Vin 160
Épicerie, comestibles 90
Menus articles 25
Blanchisseur 85
Meneval eut pitié de ce malheureux tombé si bas, et consentit au rétablissement de la pension. Il lui accorda même une somme de 35o francs sur ses arrérages, ensuite de quoi Revel signa un désistement formel en toute action judiciaire. Mais 35o francs, c'était un pauvre denier ! Il voulait davantage et ne pouvant rien obtenir de plus du tuteur, il s'adressa au conseil de famille. Cette augmentation de pension il la sollicitait de Lavalette, Las Cases et Denon, dans une lettre qui est une manière de chef-d'œuvre. «Les mânes de l'Empereur, disait-il, réclament des libéralités envers moi : j'ai fidèlement servi Napoléon. Malgré mes peines domestiques que j'avais à lui reprocher, ma droiture me méritait autre chose qu'un oubli. Il vous
(i) Lettre de Revel au baron de Meneval ; Paris, 10 juin 1823.— Archives de la famille Meneval.
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appartient de contribuer à la réparation de celui que j'éprouve en coopérant à donner suffisamment du pain à un vieil officier, père de famille, victime d'une injustice qu'il vient de couvrir d'un voile. » Et, à M. Lerat de Magnitot,juge de paix dull» arrondissement, « président du conseil d'administration » du mineur Léon, il écrivait le 2 1 juin : « Soyons justes. Je suis digne d'attention. Napoléon commit un crime en s'emparant de ma femme. Il fît une faute en m'oubliant à sa mort. C'est à ses amis à réparer en même temps et le crime et la faute. >> Comble! Revel se plaignant d'avoir été oublié sur le testament de Sainte-Hélène ! Le « mangeur de grenouilles » de tous les régiments serviteur fidèle de l'Empereur ! Dix ans, cependant, n'étaient point passés sur certaine lettre à Dupont, ministre de la Guerre ! Courte mémoire ! Actuellement, Revel demandait à M. Lerat de Magnitot de convoquer d'office, à l'amiable, le conseil de famille, afin de lui faire prendre « une délibération morale, non écrite », lui garantissant la pension allouée par Meneval. Cette délibération fut inutile. Sans sa garantie, Revel continua à toucher la pension. En 1826 il avait reçu sur les revenus de Léon la somme de 5.25o francs (i). Sommes dues qu'il touchait avec superbe, lui le héros de la « cruelle avanture (sic) » dans laquelle « du même coup ma femme et ma fortune » furent perdues « par un trait de despotisme inouï dans l'histoire (2) ». Malgré tout, on le voit, il ne désarmait pas.
{i) Arrêté du compte de tutelle du comte Léon...; M. ^ h ^5. — Archives de la famille Meneval.
(2) Lettre de Revel à M. Lerat de Magnitot, juge de paix du II' arrondissement; Paris, i5 juin 1823. — Archives de la famille Meneval.
En 1826, il eut de nouvelles alarmes. Le conseil de famille émancipait Léon, et lui rendait la libre disposition de sa fortune. Qu'allait devenir la rente de Revel ? Cet enfant contre lequel il avait intenté une action au scandale retentissant n'allait-il pas laisser retomber à la misère le <^ fidèle serviteur » de Napoléon ? Ces craintes furent vaines et Léon fut généreux : il porta à 2.400 francs la pension du
Signature de Revel.
premier mari de sa mère (i). Neuf ans encore, Revel la toucha, sans vergogne, pris, cette fois, par l'oubli et le mépris. Il s'intéressait encore à d'équivoques affaires, hanté de cette science juridique dont il avait fait si bruyant étalage, mêlé à de petits et louches tripotages financiers, jusqu'à ce qu'il mourût. C'était en i835 (2). Cette canaille avait soixante et un ans. Eléonore respira.
(i) Charles Nauroy, Les Secrets des Bonaparte... ; p. 225.
(2) Plaidoirie de M' Crémieuxpour le comte Léon ; Cour Royale de Paris audience du 28 décembre 1846. — Journal des Débais politiques et littéraires, édit. des départements, 29 décembre 1846.
L'Epopée
du Bâtard