CHEZ M. SAINT-EUGÈNE
RUE N. D. EES VICTOIRES , K» 38.
Les ^emaniles par la poste doivent être affranchies.
'SîAâ.s j8»î.
Titre d'un pamphlet de Revel.
des assauts de procédure multipliés et des ennuis divers entre Revel, venu à la curée, et Léon impatient de secouer le joug nécessaire et salutaire qui lui pesait. Le 2 février 1826, le conseil de famille s'assembla et décida d'émanciper Léon. Quelques jours plus tard, le 26 février, Meneval, par-devant le notaire Outrebon, rendait à Léon ses comptes de tutelle se soldant par 142.952 fr. 75 de recettes, et 137.478 fr. 44 de dépenses. Le reliquat de 4.474 fr. 3i fut versé sur-le-champ à Léon par Meneval qui en tira reçu. Et Alexandre-Henry Fournel père, commissaire-priseur honoraire, habitant n"' 18, rue des Fossés- Saint-Germain-l'Auxerrois, nommé curateur, prit la liquidation des affaires.
Désormais Léon était livré à lui-même. Il avait vingt ans et Tauréole d'une illustre origine augmentée d'une saisissante ressemblance avec l'Empereur. « Très haut de taille, cinq pieds six pouces pour le moins, se tenant droit, portant beau (i) », il était la vivante image ressuscitée, plus jeune, plus affinée, de celui qui venait de disparaître à l'horizon de feu et de pluie de Sainte-Hélène. « His origin was stamped upon his face, he was physically the living portrait of the great captai n (2). » On n'était pas sans la remarquer et ce lui garantissait une flatteuse curiosité. En 1834, il disait à son oncle, le roi Joseph, qu'il possédait « une popularité faible que je dois à une glorieuse ressem-
(i) Philibert Audebrand, Derniers Jours de la bohème...; p. 35o.
(2) Le Petit Homme Rouge, The Court 0/ the Tuileries; 1 852-1 870; its organisation, chief personnages, splendour, frivolity, and down /ail ; London, 1907, in-8, p. 180.
blance(i)». Et Joseph, lui-même, assurait à Meneval : « Il a de la ressemblance avec les traits de l'Empereur (2). » Fain,un des anciens secrétaires de Napoléon, en avait été frappé lorsqu'il le rencontra, en 1822, chez Meneval: «Je ne saurais dire, a-t-il raconté, combien j'ai été ému en voyant revivre sous les traits de cet enfant le jeune général Bonaparte lui-même, tel, à peu près, que je l'avais vu pour la première fois en 1796, se présentant à l'état-major de la rue des Capucines pour y prendre le commandement de l'armée de l'Intérieur (3). » Sur ce point, les témoignages contemporains, complémentaires et confirmatifs, ne manquent point. Un de ses amis confesse que c'était « un des hommes qui ressemblaient le plus à Napoléon I<"" (4) ». A la même date, on observe que « ses traits, vus surtout de profil, offrent une ressemblance frappante avec ceux de l'Empereur Napoléon (5) ». Vieillissant, la ressemblance ne s'effaça pas : « Il était comme une photographie vivante de Napoléon exagérée par le grossissement. On pouvait dire de lui et on disait partout, en effet, qu'il montrait son acte de naissance sur sa figure (6). » Il la garda jusqu'à la
(1) Lettre du comte Léon au roi Joseph; Paris, i" décembre 1834. — Complément de toutes les éditions françaises et belges des papiers et correspondance de la famille impériale ; papiers secrets brûlés dans l'incendie des Tuileries ; Paris, 187 1, in-8, p. 21.
(2) Lettre du roi Joseph au baron de xMeneval : Denham, près Uxbridge, i5 septembre 1834. — Hector Fleichsmann, Le Roi Joseph Bonaparte; Lettres d'exil inédites... ; p. 200.
(3) Mémoires du baron Fain...; p. 307.
(4) Comte d'Alton-Shée, ancien pair de France, Mes Mémoires (1826- 1848); Première partie: 1826-1839 ; Paris, i869,in-i8, t. L P- 87.
(5) Ga^iette des Tribunaux, lundi 16 et mardi 17 février 1846.
(6) Philibert Audebrand, Derniers Jours de la bohème...: pp. 35o-35i.
fin, et qui le vit sur son lit de mort a observé : « Sa ressemblance avec Napoléon, déjà frappante, s'était encore accentuée. Son visage rasé rappelait exactement le masque célèbre de l'Empereur (i). » Ce ne fut, du reste, qu'au physique que cette ressemblance avec un père illustre s'arrêta.
A vingt-cinq ans, lancé dans le monde, maître de sa fortune et possesseur de gros revenus, le comte Léon faisait grande figure de viveur. Il était la proie des parasites et des joueurs, fier joueur lui-même, mais quelquefois mauvais payeur. De ses aventures il en est qui se peuvent retenir, par l'éclat qu'elles eurent, et notamment celle avec le capitaine Hesse.Ce Hesse avait eu une vie aventureuse. Fils d'un marchand prussien, enrichi dans les fournitures de vêtements à l'armée russe, il avait été élevé en Angleterre par les soins du margrave d'Anspach(2). Son père, dans ce temps, installé banquier à Berlin, y était ruiné par les campagnes de Napoléon contre la Prusse. Le jeune Hesse entra dans un régiment de dragons anglais, protégé particulièrement par la duchesse d'York, qui, comme chacun sait, était Prussienne. C'étaitun gaillard fort gai, bon tireur, excellent cavalier, aisé, élégant, et pour qui les belles avaient des faveurs. Il eut une intrigue avec la princesse Charlotte de Galles, en reçut des billets et des portraits,
(i) Paul Ginisty, Une petite-fille de Napoléon, dans La Marquise de Sade ; Paris, igoi, in-i8, p. 226.
(2) C'est à la femme de ce seigneur qu'on doit les Mémoires de la margrave d'Anspach, écrits par elle-même, contenant les observations recueillies par cette princesse dans les diverses cours de V Europe, ainsi que des anecdotes sur la plupart des princes et d'autres personnages de la fin du X V/II' siècle: Paris, 1826, 2 vol. in-8.
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que, fort galamment, il rendit quand il apprit que la princesse allait se marier, ce qui ne l'empêcha point d'être expédié en Espagne avec son régiment. Il en revint pour être attaché à la maison de la reine Caroline, qu'il ne quitta qu'en 1820 (i). En Italie il avait fait la connaissance d'un personnage de son bord et qui y faisaitfureur, notamment en 1829, à Florence. C'était le baron de Rosenberg. Ce baron avait uneécuriede courses et était, au demeurant, un joueur effréné. Ce fut pour une querelle de jeu qu'en duel il tua M. Romanowitch. Au printemps de i83i, il débarqua à Paris et loua, boulevard Montmartre, le premier étage de l'hôtel Montmorency. « Une jeune ourse se promenait sur son balcon. » Il eut réputation d'original. Ce baron menait grand train, ayant chevaux, domestiques et maîtresse, — une cantatrice célèbre, à ce qu'il paraît. Ses soirées étaient fort courues. On y servait du « cardinal », mélange de plusieurs vins avec des ananas, qui foudroyait les plus intrépides vide-bouteilles. Et, naturellement, on y jouait de terribles parties. D'Alton-Shee, une nuit, y perdit 36. 000 francs. Félix de Lavalette et Léon étaient les piliers de ce brelan, dont le tenancier, le baron de Rosenberg. n'était qu'un grec et un filou (2). S'était-il associé avec Hesse? Je n'oserais le dire et l'affirmer, mais il est pertinent qu'un soir Léon y perdit contre Hesse 16.000 francs. N'ayant point les fonds sur lui, il engagea sa parole (3).
(i ) R.-R. Madden, The literary life and correspondence of the counfes of Blessington ; Londres, i855, in-8, t. II, pp. 119-123.
(2) Comte d'Alton-Shee, Mes Mémoires...; t. I, pp. 42-45, 84-86.
(3) Cf. Relation de ce qui s'est passé entre M. le baron de Rosenberg et
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Ne l'ayant pas tenue, il eut avec Hesse des propos vifs, qui, tous deux, les mena sur le terrain au bois de Vincennes. Les témoins du capitaine anglais étaient un de ses camarades de l'armée, et un Allemand, le comte d'Esterno. Léon se présenta sur le terrain avec le colonel Fournier et un officier français, M. May. Le général Gourgaud et Larrey, l'ancien chirurgien en chef des Invalides, les accompagnaient. Une balle fut tirée à trente pas, et Hesse fut tué (i). L'affaire se dénoua, en i832, devant la Cour d'assises de la Seine, quoique le ministère public eût conclu au renvoi du comte Léon de la poursuite pour homicide volontaire (2). A l'audience, le général Gourgaud déclara que c'était par respect pour la mémoire de l'Empereur qu'il avait donné son concours au fils naturel du prisonnier de Sainte-Hélène (3). Le jury acquitta Léon. Toutefois, le baron de Rosenberg ne s'en tint pas à ce jugement. Pour se libérer
M. le comte de Wallu'it^, d'une part, et M. Léon, de l'autre; s. 1. [Paris], s. d. [1832], in-4.
{\) Duel remarquable entre M. le comte Léon, fils naturel de ^Empereur Napoléon, et M. Hesse, aide de camp du duc de Wellington, ancien général (sic) des armées anglaises ; Bordeaux, i832, cit. par le docteur Max Billard, Un fils de Napoléon I"... ; pp. 76-81.
(2) « Paris, i5 mai. — On se rappelle le duel qui eut lieu, par suite d'une querelle de jeu, entre M. Léon, fils naturel de Bonaparte, et M. Hesse, anglais, et dans lequel ce dernier fut tué. Une instruction judiciaire fut provoquée à l'occasion de cet événement, et la chambre des mises en accusation vient de renvoyer M. Léon devant la Cour d'Assises, sous l'accusation d'homicide volontaire. Cet arrêt de renvoi a été rendu contrairement aux conclusions du ministère public. » — Galette des Tribunaux, 17 mai i832.
(3) « En i833 [sic: i832) lors de mon duel avec le capitaine Hesse, vous m'avez assisté ; plus tard, vous avez déclaré à la Cour d'Assises, que vous m'aviez ainsi donné votre concours, par respect pour la mémoire de l'Empereur. » Lettre du comte Léon au général Gourgaud ; Paris, 23 juillet 184g. — Communication de M. Joachim Kiihn.
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de sa dette envers Hesse, Léon avait souscrit à Rosenberg une lettre de ciiange à un an. Ce règlement fut entouré de bien curieuses difficultés. Traqué par Rosenberg, Léon avisa la police, qui prit à cœur de le protéger. Il suivait, en cela, l'exemple donné avec un éclat tapageur, quelques années auparavant, par le chevalier James Crauford, qui, provoqué parle duc de Guiche et le comte Grimod d'Orsay, se tira de l'affaire en portant plainte contre eux à la police (i). Le résultat de tous ces incidents fut que Rosenberg quitta Paris, toutes ses mèches éventées (2). Néanmoins la leçon ne profita pas à Léon, puisque peu de temps après son acquittement en Cour d'assises, le 28 août 1882, il promettait au cardinal Fesch, son oncle, de ne plus perdre 45.000 francs au jeu. Par la même occasion, il exprimait ses regrets de la mort du duc de Reichstadt, « auquel était transmis le nom glorieux de l'Empereur Napoléon, mon père (3) ».
Ce damné joueur était aussi un brillant cavalier, grand amateur de chevaux, et Jules Janin n'eût pas pu dire de lui qu'il « portait des éperons, quoiqu'il eut un cheval». Les chevaux lui créèrent bien des difficultés, et c'est à propos d'eux que se manifestent chez Léon ces symptômes de
(1) Cf. Mémoires, lettres et pièces diverses publiés par sir James Crauford, contre M. le duc de Grammont, capitaine des gardes-du-corps, M. le duc de Guiche, son Jils, premier écuyer de S. A. R. Mgr. le duc dWngoulème, et le comte Grimod (d'Orsay), général aux gardes, avec quelques lettres de M. le duc de Guiche et de M. le comte Grimod ; Paris, 6 mars 1820, in-8.
(2) Comte d'Alton-Shee, Mes Mémoires..,; t. II, p. 86.
(3) Catalogue d'une précieuse collection de lettres autographes et de pièces historiques ; vente du lomai 1886; Paris, 1886, in-8; p. 32, pièce n* 143.
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fureur procédurière dont il semble avoir hérité de Revel. Ainsi, en juin 1884, on le voit poursuivre devant le Tribunal de commerce un marchand de chevaux, LetuUe, jeune, auquel il avait acheté deux chevaux sous poil bai pour 6.000 francs. Ilavait payécomptant 2.5oo francs, et donné, en complément, une fort belle bête qui ne lui convenait plus. L'achat de LetuUe dans ses écuries, il s'aperçut qu'il y avait tromperie sur la marchandise, réclama, rendit les deux chevaux à Letulle, qui, sans autre forme de procès, garda le tout et ne restitua rien. Le tribunal ordonna la comparution des parties à son audience du 24 juin suivant (i). Seul Letulle se présenta, et obtint, naturellement, défaut-congé de la demande dirigée contre lui par « le jeune comte (2). » Sur appel, ils revinrent tous deux à l'audience du 9 juillet ; Léon parla et on l'écouta « avec un vif intérêt ». Letulle plaida, et « des sourires d'incrédulité ont plus d'une fois accueilli sa déclaration ». C'est qu'il affirmait que Léon lui avait renvoyé ses chevaux pour les vendre. Le tribunal remit le prononcé du jugement à quinzaine (3), et, le 22 juillet, annula le marché et condamna Letulle à restituera son client i .700 francs en espèces métalliques et le cheval donné en échange, ou sa valeur, soit 3.5oo francs (4). Mais, dans les procès de Léon, il ne s'agit point toujours de chevaux, et il est question quelquefois de tableaux. Un de ceux-ci, valant 6.000 francs,
(i) Gazette des Tribunaux, dimanclie i5 juin 1834.
(2) Gasiette des Tribunaux, 2 5 juin 1834.
(3) Galette des Tribunaux, 9 juillet 1834.
(4) Gaz^ette des Tribunaux, mercredi 23 juillet 1834.
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avait été confié par Léon à un sieur Dubois, à l'effet de le vendre. Il en toucha, comme acompte, 3.ooo francs en une lettre de change. Le tableau ayant disparu, Léon ne vit arriver que la lettre de change dont un bijoutier, M. Fade, était tiers-porteur. Le 2 juin, il était condamné à la rembourser, mais, immédiatement, il se retournait contre AL Fade, l'assignant en reprise d'une bague et de deux boutons, achetés 1,800 francs, et pesant moins que le poids indiqué dans la facture (i). C'était une bague chevalière en or émaillé et des brillants avaient été montés en boutons (2). A la vérité, à voir ainsi Léon bondir d'assignation en référé, d'opposition en appel, on se demande si ce n'est pas un chapitre attardé de l'histoire de Revel qu'on a à écrire. Tout cela, au reste, est peu clair, plein de complications, bondé d'incidents, hérissé d'explications confuses. Le plus clair de tout cela fut de le mener, dès i838, à la prison pour dettes, à Clichy. Le 10 juin 1826, la ville de Paris avait acheté, pour 399.200 francs, deux hôtels au baron Saillard, ruede Clichy (3). Les immeubles avaient été transformés en lieu de détention pour prisonniers retenus pour dettes, et comprenaient deux cents cellules pour hommes ; dix-huit pour femmes (4). La prison, néanmoins, recevait de 400 à 5oo prisonniers. Armé d'un jugement, le débiteur pouvait faire saisir, par un des sept gardes du commerce que Paris possédait alors, son créancier, et, en
(i) Galette des Tribunaux, 3 juin iSSj.
(2) Galette des Tribunaux, 8 juillet iSSy.
(3) Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris...; p. 144.
(4) Gustave Pessard, Nouveau Dictionnaire historique de Paris... ; p. 36o-
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déposant 45 francs par mois pour sa nourriture, le maintenir à Clichy jusqu'au complet payement de la dette constatée par le tribunal. On connaît les ruses imaginées par les créanciers pour échapper aux gardes; celles de Balzac sont devenues fameuses. « Que ne ferait-on pas pour éviter Clichy! » disait Lamartine ruiné (i). On y vivait cependant, strictement, il est vrai, avec 46 francs, mais comme en famille. Vers 1848, les prisonniers se constituèrent en société de secours mutuels, laquelle, moyennant un sou par jour demandé à ses membres, installa un fourneau économique, des bains à prix réduits, un billard, un échiquier, un damier, un jeu de boules et de quilles. Villemessant, directeur du Figaro, y fonda même une bibliothèque et une salle de lecture (2). Ce paradis de la dette disparut, en 1860, à la suppression delà contrainte par corps, Léon y entra pour la première fois en 1887, à la requête d'un sieur Charrier, qu'il ignorait. Lui ayant fait sommation d'exhiber sa créance, il se trouva que ce Charrier n'avait aucun droit personnel à la créance en vertu de laquelle Léon avait été incarcéré. Léon, par jugement du 3o mars i838, fut donc libéré (3). Mais il avait un autre créancier qui veillait, en la personne d'un sieur Louis Delpech. C'était un agent d'affaires, dont le cabinet était situé boulevard des Capucines, n° 9 (4). Léon, qui, aux premiers temps
(1) Journal du docteur Prosper Menière...; p. 206.
(2) Anthony B. North-Peat, Paris sous le Second Empire ; les Femmes, la Mode, la Cour (i864-i86g}, traduit par Ève-Paul Margueritte ; Paris, 1911, in-i8, pp. 55-56.
(3) Galette des Tribunaux, 3i mars i838,
(4) Réponse de M. le comte Léon, demeurant à Paris, rue de Provence, 53, au gérant du journal <.< Le Capitale » ; Paris, 1840, in-4, p. 2.
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de son opulence, s'était offert le luxe impérial d'accorder des pensions à sa grand'mère, Mme Denuelle, à sa tante Zulma, la sœur d'Éléonore, à Revel, de verser à sa mère des sommes montant à 25.000 francs (i), Léon n'avait pas tardé à se trouver fort dépourvu. Il entra alors en relations avec Delpech, qui se chargea de lui trouver de l'argent et lui trouva, en effet, environ 20 ou 25.000 francs, augmentés par la suite et arrivant, en i838, à 40.000 francs. Pour Léon, ce n'était pas un agent d'affaires, moins encore un usurier, c'était un ami, et quel ami ! « Songez, mon ami, que vous m'êtes devenu bien nécessaire, lui écrivait-il. Quand je ne vous vois pas, je ne suis plus gai, j'éprouve du vide dans l'âme. Je me suis accoutumé à votre caractère franc, loyal, brusque, emporté, mais si généreux et si dévoué... Vous me servez de père; je vous aime comme j'aimais le mien. D'en haut, mon ami, son regard vous suit. Vous aimez son fils, vous lui rendez d'importants services : vous devez trouver dans votre cœur une bien grande jouissance (2) ! » Delpech, apparemment, ne se contenta pas de cette jouissance, car il ne fut point long à se brouiller avec Léon. Celui-ci assure que, tandis qu'il était détenu pour la première fois à Clichy, Delpech s'était approprié un blanc-seing de lui, Léon, grâce auquel il avait pu grever de 40.000 francs ses biens à Mannheim. Cette histoire est obscure et difficilement vérifiable, de même que celle où on voit Delpech déménager l'appartement de Léon et y enlever tableaux, meubles, linge et papiers. On
(i) Galette des Tribunaux, 23 octobre 1845. (2) Gai^ette des Tribunaux, 6 février 1840.