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LE COMTE LEON, Chef de bataillon de la Garde Nationale de Saint-Denis.
(D'aprcs une lithoilraphie auoiiynic.) Collection Emile Brouvvet.
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ne peut retenir que ceci : c'est que Léon ayant poursuivi Deipech, d'abord en police correctionnelle, ensuite au tribunal civil, pour usure, escroquerie et abusde confiance, se vit débouter successivement (i), de même que dans une demande de dommages-intérêts de loo.ooo francs formée contre Deipech pour le même motif (2). Mais, en attendant ces divers jugements, Deipech retenait Léon sous les verrous de Clichy. Il ne paraît pas y avoir mené trop triste vie. Par permission spéciale il était autorisé à y jouer du cor de chasse(3). Il y eut aussi des démêlés avec un sieur Marcilly, qui le poursuivit pour propos outrageants. A l'audience du tribunal où l'affaire fut appelée, Léon se contenta de dire: « Le tribunal comprend combien il est pénible pour moi d'être obligé de venir en justice répondre à des faits dont l'absurdité vous a été démontrée par leur simple exposé. Aussi je ne dirai plus rien. » Et, sans que son défenseur eût besoin de prendre la parole, il fut renvoyé des fins de la plainte (4). Et il regagna Clichy. Ce fut pendant le séjour qu'il y fit, que de singulières démarches furent tentées auprès de lui. Le 22 avril 1821, Napoléon disait à Sainte-Hélène : « La famille aura probablement des papes. » Et, le 24 avril, il ajoutait: « On peut baiser le cul du pape, ce n'est baiser le cul de personne ni d'aucune famille (5). » J'ignore si iMgr de Quélen, ancien secrétaire
(i) Galette des Tribunaux, i" janvier 1840.
(2) Gai^ette des Tribunaux, 6 février 1840.
(3) Barthélémy Maurice, élève de l'ancienne École Normale, Histoire politique et anecdotique des prisons de la Seine, contenant des renseignements inédits sur la période révolutionnaire ; Paris, 1840, in-8, p. 114.
(4) Galette des Tribunaux, 2 mars i838.
(5) Lettre du général Bertrand au roi Joseph; Londres, 6 octobre 1821, —
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du cardinal Fesch, devenu archevêque de Paris, avait connaissance de ces propos, quand il alla à Clichy voir Léon. Il avait le projet de faire entrer le fils de l'Empereur dans les ordres et de le pousser au cardinalat. C'était tenter de catéchiser un bien étrange néophyte. Mgr de Quélen n'y perdit point de longs sermons, et, sans le vouloir, il prépara Léon, quand il sortit, le 28 octobre 1889, de Clichy, avec le consentement de tous ses créanciers (i), à donner dans un mysticisme d'un caractère bien curieux.
En ce temps-là l'esprit de Dieu était descendu sur la terre en la personne de François-Guillaume Coëssin, prophète, philosophe, et inventeur de la lampe à fond tournant, qui se fabriquait n" 290, rue Saint-Honoré, en face de la rue des Pyramides, près de l'église Saint-Roch, dans l'ancien hôtel de Montmorency (2). 11 avait été envoyé pour conti-
Memoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph: publiés, annotés etmis en ordre par A. du Casse, aide de camp de S. A. I. le prince Jérôme Napoléon ; Paris, 1857, in-8, t. X, pp. 244-245. — En 1854, Napoléon III ayant accordé une audience au baron du Casse, éditeur des Mémoires du roi Joseph, celui-ci lui avoua qu'il avait cru bon d'y modifier* seulement un mot ». — Lequel ? demanda l'Empereur. — Votre Majesté, répondit le baron .du Casse, sait que son oncle avait le langage un peu cru. Dans la conversation [de Sainte-Hélène] du 24 avril 1821, il dit « qu'on pouvait baiser le eu du Pape, que ce n'était baiser le eu de personne ni d'aucune famille, mais que sa famille ne pouvait baiser le cit du roi d'Angleterre ni du roi d'Espagne, etc. — Eh bien ? — Sire, acheva le baron du Casse, mon intention est de remplacer le mot eu par pieds. — Oh ! non ! non ! répondit l'Empereur, vous auriez tort, ne faites pas cela. Il ne faut pas ôter son caciiet à la pensée de l'Empereur, mettez: le... avec des points ou le c... on comprendra. » — Baron A. du Casse, Souvenirs d'un aide de camp du roi Jérôme; Paris, 1890, in-i8, pp. 149, i5o
(1) Réponse de M. le comte Léon, demeurant à Paris, rue de Provence, 53, au gérant du journal « Le Capitole »...; p. 4.
(2) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde Nationale de S(Tint-Denis, à Son Excellence M. Delangle... ; p. "ij.
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nuer de par le monde la grande œuvre du fameux théosophe Monfrabœuf de Thenorgues, connu de tous et en tous lieux. Venu de Montgomery-Saint-Germain, l'hiérophante Coëssin avait, en 1810, à l'âge de trente et un ans, fondé la Maison grise, où le jeûne menait les adeptes à la perfection chrétienne. Mais, bientôt, ses soins s'étaient portés vers les « Enfants de Dieu ». On n'ignore pas que ces enfants, dont il est parlé dans les Écritures, notamment au 2" chapitre du livre de Job et au i""" chapitre de l'Evangile de Saint-Jean, ont été prédestinés de toute éternité pour accomplir l'œuvre du Seigneur sur la terre, et ce, depuis l'origine du monde, jusqu'à la consommation des siècles. Le prophète Coëssin conçut l'idée de réglementer cette œuvre et de réunir ces enfants de Dieu en familles spirituelles. Le 29 septembre 1829, il publia le premier appel à ces enfants (i), et l'année suivante commença l'œuvre de Dieu par dévastes opérations agricoles. Entre temps, à la mort de Pie VII, il avait brigué le Saint-Siège et posé sa candidature à la Papauté ; mais le Sacré-Collège n'avait point donné dans le doux de ses compliments. Dommage que ce beau projet échoua ! Coëssin pape ! Sous quel habit aurions-nous vu, à sa droite, Léon ? Car Léon, intrépidemment, était devenu le fervent de Coëssin. Il le connut vers i838 (2), et sur-le-champ, il fut touché de la grâce. « J'ai fait, dit-il, providentiellement la connaissance
(i) Premier Bulletin des enfants de Dieu réunis en familles spirituelles, adressé aux enfants de Dieu dispersés sur toute la terre; Paris, 1829, in-8.
(2) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde Nationale de Saint-Denis, à Son Excellence M. Delangle... ; p. t.
de M. François-Guillaume Coëssin, le plus grand philosophe chrétien des temps modernes : j'ai compris toute la portée des travaux d'avenir qui ont consumé sa vie, et j'y ai consacré le reste de la mienne (i). » Coëssin l'avait ébloui et lui avait prédit la révolution de 1848. Léon le constatait, après coup, avec émerveillement : « Les conversations élevées de cet homme de génie et la lecture de ses livres ne me laissèrent aucun doute sur les événements qui viennent de s'accomplir et sur l'avenir (2). » Quel avenir ? Hum ! Coëssin était un peu fumeux à cet égard, et puis, il mourut dans la fleur de son âge de prophète, en 1843. Il s'en alla tranquille sur le sort de ses grandes pensées : Léon se chargea de les propager. Le 10 avril i85o, il alla déposer les livres et les appels de son maître à Rome, au couvent des Saints-Apôtres, et, pratiquement, il continua son œuvre, en ouvrant, le 25 mai i853, une fabrique d'encre à l'île Saint- Denis. Ce produit des Enfants de Dieu n'eut pas un grand succès. Léon poussa leur activité, en 1867, vers le déboisement et le défrichement général de toutes les terres incultes de France, mais ce n'alla pas plus loin que l'intention. J'ai anticipé là sur la vie du bâtard impérial, et c'est la faute à Coëssin. Quand il rencontre Léon et le lance dans ce mysticisme nébuleux et néo-socialiste, c'en est fini du viveur de 1826, de l'élégant joueur de badine, honneur et gloire de la jeunesse dorée de la fin
(i) Comte Léon, Œuvre des Enfants de Dieu réunis en familles spirituelles, fondée à Paris, par M. François-Guillaume Coëssin, le 2g septembre 182g ; s. 1. [Paris], s. d, [1857], in-lol., p. i.
(2) Le Comte Léon au prince Napoléon Louis-Bonaparte...; p. 2.
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de la Restauration. Désormais Léon se sent un rôle, une vocation : il sera le fils chrétien et socialiste de l'Empereur libéral, de celui qui, à Sainte-Hélène, avait dit : « Je ne serais pas fâché que le petit Léon entrât dans la magistrature... », sans penser et imaginer que, de cette magistrature, « le petit Léon » ne connaîtrait que les juges appelés à l'envoyer à Clichy...