LEON ET LES NAPOLEONS
Situation de Léon à l'égard de la famille impériale. — Le bâtard commandant de la Garde nationale. — Une comédie de banlieue. — Résultat d'un conflit avec un colonel jaloux de ses prérogatives. — Vie intime de Léon en 1840. — Le fils de Napoléon escroc et souteneur. — Deux documents accablants. — Défilé de dettes. — Léon part à Londres comme placier de lampes « à fond tournant ». — Correspondance à son sujet entre le roi Joseph et Meneval. — Son oncle lui refuse sa porte. — Léon agent provocateur?— Sa querelle avec le prince Louis-Napoléon. — Lettres insolentes. — Le fils d'Hortense et le fils de Napoléon se battent en duel. — La rencontre manquée par l'intervention policière. — Esclandre de l'affaire. — Un témoin de Léon devient fou. — Il est exclu de la famille Bo naparte. — Son retour en France.
(UELLE fut la situation de Léon à l'égard de la * famille impériale ? Cette question mérite d'être ■■ étudiée de près, et, fort heureusement, les documents ne manquent pas pour se prononcer. Quelle attitude adoptèrent les Napoléons envers le bâtard, qui, en 1884, aspirait à représenter la dynastie à Paris (1)?
(i) Lettre de Léon au roi Joseph ; Paris, i"' décembre 1834. — Complément
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Avant 1834, je suis bien forcé de le constater, Léon ne fait, en ce sens, aucune tentative, mais à partir de cette date i[ se jette dans une politique assez active où il débute par une lettre publique fort violente pour le ministère Guizot (i). Que s'est-il passé ? Peu de chose : une aventure de garde nationale où on ne lui a pas laissé jouer le beau rôle. Cela a suffi : le gouvernement de Louis-Philippe a un ennemi de plus. Puisque cette minime cause a révélé Léon à lui-même et à ses destinées, il est bon, sans doute, de la conter dans son menu.
En 1834, déménageant du n" 370 de la rue Saint-Honoré, où il logeait depuis i832 (2), Léon s'installa à Saint- Denis, n" 64, rue de Paris. J'ignore les motifs de ce nouveau des très nombreux déplacements du bâtard. Naturellement, à Saint-Denis, il entra dans la garde nationale, et comme, depuis i83o, il se parait publiquement de son titre de « fîis naturel de l'Empereur Napoléon », et qu'il avait encore quelques ressources, il ne tarda pas à jouer un petit rôle. Le 20 avril 1834, en qualité de chef de bataillon, il prêtait serment de fidélité entre les mains du maire Boyé (3). Le colonel de la Légion était M. Benoist, avec qui Léon n'avait pas tardé à être en délicatesse. A un
de toutes tes éditions françaises et belges des papiers et correspondance de la famille impériale...; p. 21,
(i) Cf. Lettre de M. le comte Léon à M. le général comte Excelmans, pair de France; Paris, décembre 1834, in-8.
(2) Relation de ce qui s'est passé entre M. le baron de Rosenberg et M. le comte de Wallwit-{...; p. 8.
(3) M. Boyé, installé maire en septembre i83o, demeura en fonctions jusqu'en 1837. — Ces renseignements, ainsi que tous ceux qui vont suivre sur la querelle de Léon et du colonel Benoist, sont tirés du curieux dossier que je dois à l'obligeance de M. Monin.
dîner où ils se trouvaient tous deux, le colonel imposa silence au chef de bataillon « d'un ton oriental », ce qui, à Léon, parut constituer la plus sanglante des injures (i). Peu de semaines après l'élection de Léon, les hostilités éclatèrent. Le 4 juin, il écrivit au maire pour solliciter de lui l'autorisation de commander 41 hommes destinés au service du Roi au château de Neuilly. Sans en référer au colonel, le maire accorda directement cette autorisation. Aussi, le 9 juin, le colonel faisait-il observer au maire qu'une décision du 4 octobre 1882, lui ordonnait de correspondre avec le colonel et non avec le chef de bataillon du corps. Le lendemain, M. Boyé répondit que, n'ayant jamais reçu ladite décision ministérielle, il n'en avait pas à tenir compte, et, en même temps, il en référait à M. Mazères, sous-préfet de Saint-Denis. Celui-ci mit trois jours à feuilleter le Journal des Gardes Nationales, y découvrit la décision et invita le maire à s'y conformer. Ce n'était qu'une première escarmouche. La vraie bataille s'engagea le 23 juin sur une lettre de M. Benoist proposant au maire des modifications dans un règlement sur le service de la garde. Le 25, M. Boyé répliqua qu'il ne voyait pas l'utilité de ces modifications, et communiqua la lettre au sous-préfet. Riposte sèche du colonel, le 26 : le maire n'avait pas le droit de montrer cette lettre au sous-préfet : « Je dois, au surplus, vous prévenir que j'ai donné l'ordre au commandant (le comte Léon) de correspondre pour le service
(1) Le Comte Léon, chef du bataillon communal de Saint-Denis, au Conseil d'État et à la gay-de nationale de France ; Saint-Denis, décembre 1834, in-8, p. 12.
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uniquement avec moi, comme chef immédiat, et qu'il ne devrait reconnaître d'autres ordres que ceux émanés de moi, conformément à l'article 87 de la loi du 22 mars. » Sur quoi le maire informa le sous-préfet du tour sérieux pris par la discussion et lui en soumit les pièces. On eut alors quelques jours de répit, mais, le 6 juillet, un détachement commandé par le comte Léon pritles armes pour aller faire le service au château de Neuilly, sans que le maire en eût été prévenu. C'était la violation formelle de l'article 7 de la loi du 22 mars i83i. Le maire en fit sa plainte au sous-préfet, qui, le 7 juillet, invita le colonel à donner, à l'avenir, avis au maire des prises d'armes. Mais, le surlendemain, Léon entra directement dans le débat en priant le maire de rejeter tout règlement relatif au service ordinaire qui ne lui aurait pas été soumis par lui, et cela aux termes de la loi du 22 mars i83i, article 78. Le maire communiqua cette lettre, « écrite dans le véritable esprit de la loi », au sous-préfet , en observant qu'elle ne faisait que compliquer le conflit avec le colonel. On échangea encore quelques missives jusqu'au 16 juillet, jour où Léon signifia au sous-préfet qu'il était seul en droit de proposer un règlement. M. Mazères et le colonel trouvèrent cette lettre « inconvenante » et décidèrent de lui donner une sanction. Pour le 16 juillet, Léon fut convoqué au conseil de préfecture à l'effet de fournir ses explications. Le sous-préfet demandait contre lui deux mois de suspension. Le 26 juillet, le chef de bataillon y fut condamné. Aussitôt grande rumeur dans Saint-Denis. Les cabarets furent en effervescence. Des estaminets partaient les cris : « Vive le comte
Léon ! A bas Benoist ! » De toutes parts éclatèrent des manifestations qui mirent sur les dents Prache, le garde champêtre. Les enfants eux-mêmes s'en mêlèrent, tirant des pétards sur la place d'Armes et poussant des cris aigus. Tout cela dura fort avant dans la nuit. Saint-Denis sentait passer dans sa paix ordinaire un vent d'émeute. Le colonel ne désarma pas. Le 19 août il fit distribuer un placard fort violent contre le maire, auquel le maire riposta par un autre placard. « M. Boyé, outragé par ce libelle et indigné de la fausseté des faits y contenus, a publié une réfutation qui a couvert de honte M. le colonel Benoist (i). » Quant à Léon, dès le 29 juillet il avait quitté Saint-Denis. C'est alors qu'il passa en Angleterre où vivait Joseph Bonaparte en exil. Il se présenta chez lui, et le vieux roi s'étonna de le voir arriver, sans lettre d'introduction de Meneval. « Il a été chez moi deux jours. » 11 ne déplut pas trop à Joseph à qui il confia qu'il allait s'occuper à faire rapporter par les Chambres la loi d'exil frappant les Bonapartes depuis 181 5. «Il a de l'éloquence naturelle et il m'a paru avoir l'amour de l'étude », écrivait Joseph à son ancien secrétaire (2). Il ne devait point, de longues années, garder ces consolantes illusions. Le môme mois, Léon rentra en France et regagna Saint-Denis. Le temps de sa suspension était passé, et le 29 septembre, ayant repris son service, il débuta par publier un ordre du jour protestant contre sa
(i) Le Comte Léon, chef du bataillon communal de Saint-Denis, au Conseil d'État...; p. 7.
(2) Lettre du roi Joseph au baron de Meneval ; Denham, près Uxbridge, i5 septembre 1834. — Hector Fleischmann, Le Roi Joseph Bonaparte; Lettres d'exil in édites... ; pp. 200, 20U
suspension « illégale et injuste » et annulant le règlement de service établi pendant son absence par le colonel (i). A cet éclat, la sanction de l'autorité ne tarda pas. Le 1 1 octobre 1834, il était derechef suspendu pour deux mois, et, le
28 octobre suivant, une ordonnance royale le suspendait définitivement. Il avait espéré, pour son ordre du jour, être traduit en Cour d'assises, mais, à ce qu'il dit, le gouvernement recula devant un procès à faire « à un homme qui tient par un lien à la famille de Napoléon », et préféra l'exécuter dans le huis clos du conseil de préfecture de la Seine (2). Telle fut l'histoire de Léon, comme chef de bataillon (3) de la Garde nationale. C'est du vaudeville de banlieue (4).
Le rôle qu'il y attribuait au gouvernement de Louis-Philippe le brouilla complètement avec la monarchie de Juillet, du moins en apparence, car nous aurons, plus loin, à examiner certain point délicat sur ses possibles relations avec la police politique du régime dont il proclamait, pour le présent, l'exécration. Dans l'instant, c'est au sortir de Clichy que nous avons à le prendre. Nous l'avons vu libéré le 23 octobre, et rendu au pavé de Paris sans grandes res-
{\) Le Comte Léon, chef du bataillon communal de Saint-Denis, au Conseil d'Etat...; pp. 81, 82.
{2) Lettre de Léon au roi Joseph ; Paris, i" décembre 1834. — Complément de toutes les éditions fi-ançaises et belges des papiers et correspondance de la famille impériale... ; p. 19.
(3) Et non de «colonel» comiiie l'imprime, à diverses reprises, Philibert AuDEBRAND, Derniers Jours de la bohème... ; p. 356.
(4) Le 27 décembre i835, un M. Conard lut élu à la place de Léon. Celui-ci rentra, cependant, dans la Garde nationale de Samt-De lis. Le
29 mars r83ô, il y était élu sous-lieutenant dans la 2' compagnie des chasseurs, et, le 10 août suivant, il prêtait serment.
BATARD d'empereur lyS
sources. Il alla s'installer n** 35, rue du Mail, à l'Hôtel de Bruxelles, tenu par le sieur Fournol. Un rapport de police du 22 janvier 1840, nous donne sur lui des détails édifiants. On l'y voit l'amant d'une cartomancienne, qui l'entretient, et qui, déjà, était venue à son secours pendant sa captivité à Clichy. C'est le premier pas de la descente vers cette boueuse renommée de scandales qui l'apparente si directement avec Revel. Le rapport de police ne le ménage pas :
Le comte Léon demeure hôtel de Bruxelles, rue du Mail. Il a pour maîtresse une femme de mauvaise vie, demeurant et vivant avec un homme marié, nommé Lesieur, employé à la Guerre, qui a abandonné sa femme légitime pour cette concubine, qui le traite de la manière la plus indécente. Cette prétendue femme Lesieur exerce l'état de magnétisme dont le produit est dévoré, ainsi que le traitement de Lesieur, par le comte Léon; ils habitent rue du Petit-Carreau, 21, au deuxième, 200 francs de loyer, ne possédant pas pour 5o francs de meubles et d'effets (i). Tout a été vendu pour soutenir Léon en prison... N'ayant plus rien à vendre, cette femme a fait des emprunts pour payer les frais d'un procès que soutient, dans ce moment, Léon. Sa maîtresse assure qu'il doit le gagner et qu'aussitôt Léon ira voir Louis-Bonaparte à Londres et qu'elle l'accompagnera. Dans ce moment, la femme vend de très belles serviettes marquées au chiffre du comte. On assure que les meubles et hardes de cette femme ne valent pas 5o francs. Tous les habitants de la maison sont indignés de la conduite scandaleuse du comte Léon et de la femme (2).
Des renseignements plus détaillés encore, et plus accablants, si possible, sont donnés par ce Delpech, l'agent
(1) Docteur Max Billard, Un Fils de Napoléon /"...; pp. 3i, 32.
(2) « Lorsque toutes ses ressources furent épuisées, il tomba si bas qu'il vécut, dit-on, de l'argent reçu de femmes prostituées. » — Allgemeine Zeitung, d'Augsbourg, 20 mars 1840.
d'affaires qui l'avait fait enfermer à Clichy. C'est dans une note de lui, datée de 1840, qu'on les trouve et ils serviront à fixer définitivement la physionomie morale de Léon à l'époque de sa libération et de son ardeur pour les systèmes de Coëssin. Or, Delpech écrit:
Il est né en puissance de mari de Mme Éléonore Laplaigne, mariée au s' Revel, capitaine d'infanterie (t), condamné à une grave pénalité. L'Empereur lui avait constitué plus de 40.000 francs de rente sur les canaux, les Petites Affiches et 22.000 francs 5 p. 100 sur le Grand Livre, dont sa mère doit avoir l'usufruit, et qui doivent lui revenir après sa mort. M. de Meneval, qui ne le voit et ne le reçoit plus, était son tuteur. Depuis longtemps, il vit d'escroqueries, logeant au n° Bg, rue Neuve-Saint-Augustin, au premier. Les meubles étaient saisis, il fit à Mme Buelle, femme d'un magistrat de Corbeil, qui logeait à l'entresol, la galanterie de lui proposer de changer d'appartement, et les meubles furent déménagés. Lorsqu'on vint pour exécuter la saisie au premier, on trouva les meubles de Mme Buelle; les autres avaient filé à l'entresol d'une manière plus commode, avec une lampe très belle de Mme Buelle et quelques autres petits meubles. Dans sa galanterie, le noble comte avait voulu aussi s'emparer de la montre et des diamants de Mme Buelle, qui cria au secours. Ce noble comte a proposé à sa nièce (2) d'empoisonner son mari, le comte de Luxbourg; il a menacé sa nièce de l'assassiner, si elle ne lui donnait pas de l'argent. Elle s'est mise sous la protection du préfet de police, qui a chargé le commissaire de police WolfF de veiller à sa nièce. Il a assigné sa nièce et le comte de Luxbourg, son mari, en police correctionnelle, accusé sa nièce de bigamie et trigamie. A Sainte-Pélagie, il était cité comme le plus mauvais sujet de la prison ; il a escroqué tous les restaurateurs, a volé la montre du directeur, a fait bruit et scandale. On l'a
(0 On a pu voir, au début de ce livre, qu'au moment de sa condamnation, Revel était quartier-maître au iS' régiment de dragons, en non-activité.
(2) En marge de la pièce est observé : « Il y a, sans doute, erreur dans cette note employant le mot nièce, c'est, probablement, celui de mère. » Non point « probablement », mais évidemment.
BÂTARD d'empereur lyS
mis au cachot; il a accusé le directeur découcher avec sa nièce; or, il ne l'a jamais vue. Je n'ai pas sous les yeux la note des dettes du bandit Léon Revel, montant à plus de loo.ooo francs, oij je figure pour environ 47.000. Les principaux créanciers sont:
M. de Roycourt, tapissier, rue de Aliromesnii, environ 12.000 francs.
Touchard, carrossier, aux Champs-Elysées .... 5. 000 —
Au capitaine Toufay 4.000 —
A Guichard 5. 000 —
Une multitude d'autres grosses ou petites dettes, entre
autres à un juif de la rue de Port-Mahon .... 18.000 —
Mme Maillé, à Montreuil, pour pension alimentaire . 6.000 —
Au mari de la femme de chambre 5oo —
Mme Pierson, pour logement et aliments 4.000 —
A sa cuisinière, pour aliments 200 —
Mont-de-Piété, rue Bourbon-Villeneuve, 3o, escroqué
récemment 1.200 —
Une ribambelle de tailleurs, cordonniers, traiteurs, fournisseurs de toute espèce, etc.; tous les avocats, avoués, huissiers, auxquels il a tout promis et n'a jamais donné un écu; un marchand de vin auquel il a acheté dernièrement pour 12.000 francs de vin qu'il a revendu pour 4 ou 5.000 francs; plusieurs horlogers, bijoutiers, etc. (i).
Tel était le fils de l'Empereur, quand il résolut de prendre plus intimement contact avec sa famille. Le 3o janvier 1840, devant 686 francs au propriétaire, il était expulsé de l'Hôtel de Bruxelles et allait prendre gîte chez Coëssin. Le prophète recueillit le néophyte et l'initia au secret des lampes à fond tournant. Précisément, à Londres, un sieur Parkes était disposé à s'occuper de l'affaire pour l'Angleterre. Léon jugea que ce tombait à merveille puisqu'il avait le projet d'aller voir ses oncles Joseph et Jérôme pour
(i) Docteur Max Billard, Un Fils de Napoléon I"...; pp. 33-38.
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leur réclamer une bagatelle : Soo.ooo francs. Madame Mère et le cardinal Fesch lui avaient légué, assure-t-il, cette somme, à condition qu'il entrât dans les ordres (i). Il ne devait, cependant, pas ignorer que Fesch avait fait de Joseph son légataire universel, et que les autres hériteurs devaient être déchus de leurs droits s'ils réclamaient le partage de la succession (2). Mais, avec Léon, les incohérences ne sont point à compter. Quant à Madame Mère, à laquelle le baron de Meneval l'avait recommandé, en 1826 (3), elle n'avait fait aucune disposition particulière en faveur de ce petit-fils. Pour s'en assurer, et aussi pour placer quelques lampes à fond tournant, il partit le 12 février pour Londres, accompagné de Martial Kien, un ami
(i) M. le comte Léon, ancien commandant de la Garde 7iationale de Saint-Denis, à Son Excellence M. Delangle...; p. i.
(2) La Quotidienne, 3i juillet iSSg.
(3) Voici la lettre de Meneval, demeurée, en minute, dans ses papiers :
« Paris, 27 mars 1826.
« Madame,
« Je prie Votre Altesse Impériale d'accueillir avec bienveillance le porteur de cette lettre. C'est le jeune Léon auquel l'Empereur portait un intérêt de père, et dont il avait confié la tutelle, d'abord à mon beau-père, et en dernier lieu à moi. Il a achevé ses études à l'Université d'Heidelberg et demeure en ce moment en Allemagne. Étant entré dans sa vingtième année, il a obtenu son émancipation dont j'ai tout sujet d'espérer qu'il se rendra digne par une conduite sage et mesurée. Mon devoir de tuteur et ma confiance dans les bontés de Votre Altesse Impériale me font vivement désirer qu'il soit connu d'Elle, et je remplis le vœu de son père, en mettant ce jeune homme sous la haute protection de Votre Altesse et de son auguste famille auprès de laquelle j'ose la supplier d'être son introductrice et son appui. Je regrette beaucoup de ne pouvoir présenter moi-même mon pupille à Votre Altesse Impériale en lui offrant l'hommage des sentiments de vénération et de dévouement sans bornes avec lesquels je ne cesserai d'être, Madame, de V. A. I. le très humble et très obéissant serviteur. »