‹ Bâtard d'empereurChapitre 21 sur 47 · PL. X · texte numérisé non relu

PL. X

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Lettre autographe du roi Joseph au baron de Meneval relative au comte Léon. {Archiver de la famille Meneval.)

de Coëssin (i) et muni de 3oo francs prêtés par M, Alexandre Contzen, n" 41, rue Neuve-Saint-Augustin. Il descendit, à Londres, à l'Hôtel Fenton (2), où, en i838, quittant la Suisse, son cousin Louis-Napoléon était venu s'installer (3). A cette date, le roi Joseph était prévenu de l'arrivée de son neveu par Meneval, qui, de Paris, le 5 février, lui écrivait :

Léon se rend à Londres, et me prie de lui donner une lettre pour vous. Je le fais d'autant plus volontiers qu'il me fournit ainsi l'occasion de me rappeler à votre souvenir, et de savoir de vos nouvelles par un témoin oculaire. Il a éprouvé des revers de fortune que je ne connais qu'imparfaitement; si vous daignez l'entendre, il vous le racontera lui-même. Ils ont pour cause l'indépendance où il s'est mis des conseils de ceux qui lui veulent du bien et sa propre inexpérience. Il paraît avoir beaucoup de projets et s'exagérer ses ressources, ainsi que Ja valeur d'une prétendue protection de feu l'archevêque de Paris auprès du cardinal Fesch. C'est un homme aventureux que la prudence et l'esprit de conduite ne gouvernent pas toujours. Il parle d'aller à Pétersbourg chercher auprès du duc de Leuchtenberg le paiement du legs que l'Empereur lui a laissé sur des fonds demeurés entre les mains du prince Eugène. Il est également en discussion avec sa mère, qui veut morceler une rente de 20.000 francs sur le Grand Livre, qu'elle doit à la générosité de l'Empereur, et dont Léon a, naturellement, la survivance. L'Empereur lui avait aussi laissé pour Soo.ooo francs de Délégations de coupes de bois qui ont été frappées de nullité par une ordonnance de Louis XVIIl, et sur laquelle il n'y a point d'espoir qu'on puisse revenir. Je vous expose en peu de mots sa

{\) Le Comte Léon, ancien commandant de la Garde nationale de Saint- Denis, à Son Excellence M. Delangle... ; p. 3.

(2) Réponse de M. le comte Léon, demeurant à Paris, rue de Provence, 53, au gérant du journal «. Le Capitole »...; pp. 4, 5.

(3) Hector Fleischmann, Les Secrets du Second Empire ; Napoléon III et les Femmes, d'après les mémoires des contemporains, les pamphlets, les journaux satiriques, des documents nouveaux et inédits ; Paris, MGMXill, in-8, p. 118.

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situation. Je ne me permets pas de le recommander à votre bienveillance, car il vaudrait mieux qu'il se montrât un peu plus digne de la conquérir lui-même. Dans tous les cas, l'intérêt qui s'attache à son origine, avouée en quelque sorte par l'Empereur, et le bien qu'il lui voulait, ne peuvent s'oublier (i).

Joseph, certes, ne demandait pas mieux, mais Léon avait déjà trouvé le moyen de tenir chez le docteur O'Meara des propos qui, rapportés au vieux roi, le décidèrent à ne point recevoir le bâtard de son frère. Il en avisa aussitôt Meneval :

Londres, i5 février 1840.

J'ai reçu seulement aujourd'hui votre lettre du 5. Vous trouverez ci-dessous le duplicata de la lettre que je vous ai écrite et qui doit être remise sous cachet volant à votre pupile {sic] par mon portier. Si jamais nous nous revoions, je vous communiquerai la lettre du bon O' Meara et vous jugerez que j'ai dû en finir comme je fais par cette lettre.

Agréez ma constante et vieille amitié,

Votre affectionné (2)

Ayant donc, à l'hôtel de son oncle, Cavendish Square,

(1) Hector Fleischmann, Le /îoi Joseph Bonaparte; Lettres d'exil inédites... \ pp. 245, 246, 247.

(2) Hector Fleisch.makn, Le Roi Joseph Bonaparte ; Lettres d'exil inédites... ; pp. 249, 25o.

BATARD d'empereur i8i

déposé sa carte, et une demande d'audience, Léon y trouva, en retour, cette lettre adressée à Meneval :

Monsieur le Baron,

Votre lettre du 5 ne m'est remise qu'aujourd'hui. Je suis très peiné d'avoir quelque chose à refuser à vous, mon cher monsieur Meneval, que j'aime comme un fils depuis que je vous connais. Mais les discours de votre pupille tenus chez M. le docteur O'Meara, qui dut m'en rendre compte, sont de telle nature qu'ils ont rompu tous rapports entre nous. Je fais des vœux pour son bonheur, mais je ne m'occuperai jamais de lui, et je désire qu'il m'oublie autant que je mettrai mon bonheur à l'oublier, car vous savez, mon cher Meneval, que mon cœur ne se plaît pas dans le fiel.

Je conçois combien les choses sont plus fortes que les hommes, et j'apprécie tout ce qu'il y a d'honorable dans les efforts que vous faites pour venir, tant que vous le pouvez, en aide à vos vieux amis. Vous vous rappelez que je suis le plus ancien et je vous en renouvelle avec plaisir l'assurance ici.

« Tous les membres de la famille impériale ont comblé le comte Léon de marques d'intérêt et de tendresse *, disait, en 1846, un avocat du bâtard (2). On voit que, dès 1840, Léon s'ingéniait à ruiner ces excellentes dispositions, et à mettre un terme à ces marques « d'intérêt ». Son oncle Lucien, seul, l'accueillit à Londres, avec bonté (3). Quant aux autres!... Que leur avait fait Léon ? Que lui reprochait-on? Sans insister autrement, il a dit qu'avant même d'avoir

(i) Hector Fleischmann, Le Roi Joseph Bonaparte ; Lettres d'exil inédites... ; pp. 25i, 252.

(2) Plaidoirie de M* Crémieux, pour le comte Léon ; Cour royale de Paris, audience du 28 décembre 1846. — Journal des Débats politiques et littéraires, édit. des départements, 29 décembre F846.

(3) Le Comte Léon au prince Napoléon-Louis Bonaparte... ; p. i.

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débarqué en Angleterre, « la calomnie m'y avait devancé ( i ) ». Quelle calomnie ? On l'accusait, tout simplement, d'être un mouchard à la solde du gouvernement de Louis-Philippe. Pour bien comprendre le sens particulièrement grave de cette déclaration, il faut se souvenir que, depuis deux ans, le prince Louis-Napoléon, fils du roi Louis et de la reine Hortense, le conspirateur de Strasbourg, s'était réfugié en Angleterre, après que la France eut menacé la Suisse de lui déclarer la guerre si elle ne l'expulsait du territoire de la Confédération Helvétique. Cependant, à Londres, protégé par l'hospitalité britannique, large et généreuse, accordée sans contrôle comme sans contrainte, le prince Louis-Napoléon constituait un danger autrement grave pour le gouvernement français, qu'en Suisse où, aisément, ses pas et démarches pouvaient être surveillés, sinon contrariés. En Angleterre, il en était autrement. Aussi le ministère de Soult dépêchait-il, volontiers, à Londres, des observateurs, des espions et des mouchards. Je raconterai un jour comment il y expédia M. le général de Montholon, — celui de Sainte-Hélène et de l'affaire de la rue des Prouvaires. Le comte Léon reçut et accepta-t-il une mission de ce bord? On sait à quel point dans ce genre d'affaires il est difficile d'administrer une preuve, j'observe simplement qu'à l'époque c'était chose à laquelle une aveugle créance était presque accordée. « Sous le gouvernement déchu, a écrit Léon en parlant de la monarchie de Juillet, je n'ai jamais voulu rien accepter ; son principe cor-

(i) Le Comte Léon au prince Napoléon-Louis Bonaparte... ; p. i.

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