LA BAT K AC H OM Y O M A CH I H
Puis les filets encor sont des sujets d’alarmes;
Mais le chat, c’est le char que je crains, que je hais Et plus que Tépcrvicr et plus que les filets*
Redoutable ennemi, jusque dans nos demeures Le chat vient nous guetter * prêt à toutes les heures De la nuit et du jour, le traître nous surprend*
Mais je ne me nourris ni. d’un chou répugnant Ni d’une courge lade ou de menthe sauvage;
La rave me dégoûte.,* et, dans ce marécage,
Sans doute, ces mets seuls composent vos repas;
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LA BATR ACHOMYOMACH 1 F.
Peut-être ;aussi la bette...
— Oh! si nous n’avons pas Ces mets par toi vantés, dit avec un sourire La grenouille J'oujflite au rat, mon vaste empire Contient d’autres beautés et d’aussi grands trésors :
Dans cette eau si limpide et sur ces joyeux bords Nous avons des palais, des grottes de verdure,
Car Dieu nous a fait don d’une double nature;
Nous, semblables à toi, sur terre nous vivons,
Nous marchons comme vous, comme vous nous pouvons Respirer les parfums de la brise qui passe, •
Les fleurs, l’air, le soleil. Si le danger menace,
Les eaux comme un rempart savent nous protéger.
Mais* disde moi, veux-tu, jeune et bel étranger,
Venir dans mes états? Loin des rives profondes,
Mon dos te soutiendra; je vais fendre les ondes Et jusqu’en mon palais te porter sur les flots. »
Elle dit et soudain lui présente son dos.
LA BATRACHOMYOMACHIE
Il y saute joyeux; il serre avec tendresse Le corps de la grenouille, et doucement il presse Et son sein amoureux et son cou délicat.
— La chose était assez nouvelle pour un rat. — Tous deux alors gaiement s’éloignent du rivage. Tille-éMiette d’abord sourit à ce voyage.
Mais bientôt le flot monte... Adieu, plaine, guérets, Rivage, champs aimés! Inutiles regrets!
Il voudrait retourner vers le bord qu’il réclame ;
Il agite tremblant, comme eût fait une rame,
Sa queue aux poils épais par l’onde appesantis.
11 s’attache à Joufflue, à ses flancs arrondis,
Et, redoutant la vague et ses assauts humides, Retire et veut cacher sous lui ses pieds timides.
Il soupire, il gémit; il invoque les dieux Et dans son désespoir s’arrache les cheveux.
Mais le flot grossissant redouble ses alarmes,
Et des cris, des sanglots entremêlés de larmes, S’échappent de son sein par la crainte agité.
Sans espoir il se sent vers l’abîme emporté Lorsque, dans ses tourments, une riante idée Chasse un instant la peur de son âme troublée :
LA BATKÀCHOMYOMACHIF
<t C'est ainsi, se dit-il, que le divin Taureau Portait sur son épaule un précieux fardeau Quand, nageant vers la Crète et sa rive fertile; 11 enlevait liurope ; ainsi, d’un pied agile,
Je vois nager Joujfhte a travers cet étang,
ht c'est moi qu elle enlève, et c’est moi son amant.
Pas pire le parfum des brises caressantes
ht je domine au loin les vagues blanchissantes... »
Tout à coup, O- terreur* un serpent monstrueux
Au milieu du marais se présente à leurs yeux;
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LA BATRACHOMYOMACHIE I g
Son long cou tortueux sur la vague se dresse ;
La reine l’aperçoit... Oubliant sa promesse Et les devoirs sacrés de l’hospitalité,
Elle plonge, et le rat dans l’abîme est jeté.
Son beau corps vient rouler sous la vague écumante; Il frémit de colère, et d’une main tremblante Se débattant en vain, il repousse le flot Oui dans l’étang profond le replonge aussitôt.
De fuir le noir destin un vain désir l’anime,
Ses poils tout alourdis l’entraînent dans l’abîme.
Et, soulevant la tête en un dernier effort :
(( N’espère pas, dit-il, après ma triste mort, Echapper à nos dieux et braver leur colère.
Me faire ainsi mourir... Mais, là, sur cette terre, Sur la terre où je vis, ah! ne devais-tu pas Plutôt me provoquer à la course, aux combats? Me confiant en toi, lâche et cruelle reine, J’abandonnai le bord, et me trompant sans peine, De ton dos recourbé, dans ce fangeux étang, Ainsi que d’un rocher, tu me plonges mourant.
LÀ BÀTRACHOMYOMACH1E
Je vous invoque, dieux des Vengeances trop lentes, Et vous, Divinités de l’Olympe habitantes,
Et vous, mes compagnons, armez, armez vos bras, Punissez cette race et vengez mon trépas ! »
A ces mots il expire...
Aussitôt P Immortelle Messagère des dieux va porter la nouvelle Dans l’empire des rats. Au fond de tous les cœurs Vengeance, effroi, colère, et leurs sombres fureurs Bouillonnent. Des hérauts la foule désolée Dans le palais du roi convoque rassemblée.
Les ministres, les grands, les sages de la cour A la hâte, au palais, viennent au point du jour. Dans le conseil des rats règne un morne silence Qui cache la tempête. Avec impatience Vers le roi %onge-Tain se tournent tous les yeux. Du trépas de son fils le prince furieux,
Soudain en rugissant sur son trône se lève...
« Une lâche grenouille à notre amour enlève,
Mon tendre et noble fils : son beau corps sur les eaux Flotte sans sépulture au milieu des roseaux.
coup me trappe seul, mais un destin semblable
Nous est commun à tous. Cette race exécrable, Comme celle des chats, par un piège trompeur, Conspire notre mort... Ah! plaignez ma douleur... Hélas! j’avais trois fils; mais un vieux chat sauvage, Sautant sur le premier, rimmola dans sa rage.