LETTRES DE BAUBEY D AUREVILLY
» Monsieur,
» J'ai l'habitude d'être chez moî de f f heures à midi, tous les jours, excepté le mardi et le dimanche. Je serai heureux, de vous y recevoir.
» Agréez, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués (i). »
rue de Yaugirard, 4i bi$»
maladie, ses amis s'employaient à obtenir un secours du ministère ; je l'emprunte à un billet de Charles Asselineau à M. Ancelle :
« L'afTaire de la pétition marche très bien. Nous avons des apostilles superbes de Sainte-Beuve et de Jules Sandeau.. Il n'y manque plus que Mérimée qui s'attarde et Théophile Gautier qui est tout prêt.
« Théodore de Banville me supplée à Paris dans ces courses si ennuyeuses avec un grand zèle d'amitié pour Charles. Il a signé le premier la pétition avec nos amis Lcconte de Lisle et Champfleury. »
( I ) En réponse à une lettre où Baudelaire demandait audience.
APPSriDlCB
« Mon cher Baudelaire (i),
» Vous êtes si charmant et si bon, avec vos curiosités de me lire, que je suis tout honteux, et tout premier pris, de ne pouvoir mettre mes pauvres livres à votre disposition.
)) Je n'ai que le BrummelL assez sale, que je vous envoie ; — mais, je vais demander à mon éditeur de Caen un exemplaire pour vous, qui rachètera le sansgêne de celui-ci, et que je vous prierai d'accepter.
» L'unique exemplaire que j'aie de ma Vieille maîtresse est prêté, et mon exemplaire (unique aussi) de mon Ensorcelée est chez le relieur. Dès que ces deuxlà seront rentrés, ils iront chez vous.
» Germaine est un roman achevé. Mais, il n'a jamais été publié, pour cause d'immoralité et d'horreur. Cette vapeur-là ne montera pas du fond de l'abime. J'en ai reiermé le couvercle.
» Mes Prophètes du passé sont bien philosophiques et religieux pour une lectrice. Je ne vous les envoie pas pour cette raison.
» L'Amour Impossible, qui doit être réédité prochainement, est dans les mains de Dutacq, pour cause de réédition. Je le lui redemanderai.
» Maintenant vons avez la liste de mes livres :
(i) En réponse à une lettre de Baudelaire, du 20 décembre 1854. Baudelaire voulait faire lire les livres, dont il est ici question, à iM™^ Sabalier.
3i6 CHARLES BAVDELAID.S
» La Vieille maîtresse et V Ensorcelée^ — éditées par Cadol, rue Serpente.
» h* Amour Impossible, — édité par Duprey, auquel l'avait vendu B:;landry.
Edition épuisée.
» Les prophètes du passé, — chez Louis Hervé, rue de l'Eperon, 9 ou 12.
» Ecce, mon cher monsieur Baudelaire.
» La Bajue d'Annihal est aussi à rééditer. Mon exemplaire est charg.* de notes si intimes que. décemment, je ne puis vous l'envoyer. Si j'en retrouve un exemplaire à Caen, ce sera pour vous, pour vous qui faites la quête des sympathies, à mon profit !
» Adieu, en hâte, pardon des bévues, s'il y en a dans ce billet que je ne relis pas. J'ai bien envie de vous voir 1
» Ami de deux jours qui valent dix ans (i) ! »
(i) Une lettre de Barbey d'Aurevilly à son ami Trébutien, — qui n'est point datre, mais que son texte place évidemment ^crs la même date que ccîle-ci, — nous renseigne d'abondance sur les sentiments que l'auteur de La vieille mailresse portait au lulur auteur des Fleurs du Mal
« Vous me demandez à qui il faudra envoyer maintenant [11 s'agit des Reliqaix d'Eugénie de Guéiin, v. la lettre n° 3] Mon ami, vous enverrez à M. Charles Baudelaire, rue d'Angoulêine du Temple. Baudelaire est le traducteur de Poe. 11 est un écrivain àc force acquise, et un penseur qui ne manque pas de profondeur, quoique... oh I il y a bien des quoique) 11 est dans le faux. Il est impie. Il est en lin tout ce que j'ai été, moi I Pourquoi ne deviendrait-il pas ce que je suis devenu? Voilà ce q m'attache à lui, indépendamment de sa manière d être
a6 février i856.
» Enfin, mon cher Baudelaire, je lis un fragment de votre préface (i) dans le Pays! Je l'attendais, depuis longtemps, cette préface, ou tel autre signe que ce fût de votre prochaine publication. J'avais fait déjà, à deux reprises différentes^ demander votre Edgar Foe à
avec moi. Il n'a pas notre foi ivi pos respects; — mais, il a nos haines et nos mépris. Les niaiseries philosophiques lui répugnent. Puis, c'est encore un de ceux qui, dans cet infâme temps, où tout est à la renverse, ont le cœur plus grand que leur foi tune. A rionc, pour toutes ces raisons, bi*e Eugénie, s'il vous plaît ! Vn fiacon de ce baume, pour des blessures empoisonnées tt vieillies 1 Voilà ce que dit l'ami.
» Voilà ce c\uai\o\iie Jéré mie Bentha m : Bdodel&ire peut nous faire quelque chose à la Revue des Deux-}tj( ndes. Il y a pieJ.
» Quand Veuillot aura donné sa note puissante, Buloz soulTrira peut-être qu'on jette le diamant bleu d Eugi'nie dans le de sa revue. Hier, j'ai écrit à Baudeiaire.
Je lui ai parlé dans ce sens ; j'aurai sa réponse dans peu (Je jours ; mais, envoyez le vohime, car c'est un poêle que Baudelaiie, et il peut être charmé. Dans tous les cas, il traitera le livre comme les miens, qu'il orne de reliures, de vraies flatteries en maroquin ! Enfm, il plonge, coLime Léviathan, dans les vases de l'abîme littéraire, et il est bon qu'il agile ces vases en Thonneur de la perle cachée dans sa coquille du Ca^la. Vous écrirez à l'encre rouge : Ofjeri à M. Charles Baudelaire, par Jules Barbey d'Aurevilly et Trébutien. Une belle Jleur blanche à une belle fleur noire, »
(i) La préface des Histoires Extraordinaires.
3l3 GHAItLfiS BAUDSLÂlRfi
Michel Lévy. Aujourd'hui, c'est à vous-même que je le demande. Sous le plus bref délai, envoyez-le-moi.
») Vous avez vu (si vous avez touché le Pays, depuis mon départ) que je continuais mes articles, comme si j'étais encore rae de Vaagirard. Je les envoie directement à Datacq, qui les remet à Cohen (i) et ils paraissent, sans trop attendre.
» De mon côté aussi, je vois, avec plaisir, que vous n'êtes pas mal avec le Pays, puisqu'il a inséré le fragment que i'ai lu, ce matin, de votre préface. Je pourrai donc dire de vous le bien que je pense, sans qu'on mette bâton dans mes roues. Ces roues-là seront celles d'un char de triomphe pour vous.
» Je vous envoie ces deux mots, un peu au hasard, à l'adresse que m'a donnée Nicolardot, votre vampire. Peut-être ne serez-vous plus là ; mais, on vous enverra ma lettre où vous serez, je pense et, dans tous, les cas, je vais faire dire un mot par Dutacq à Michel Léoy.
)) Au lieu de m'envoyer le livre directement vousmême, vous pourriez le remettre à Dutacq, qui me renverrait, comme il m'a envoyé les Contes drolatiques, si tout ce détail vous ennuyait.
» Du reste, voici l'adresse de mon quartier général
(i) Dutacq, directeur, Cohen, rédacteur en chef du Pays. Il a paru dans le Supplément du Figaro (2 juin 1906) — trop tard malheureusement pour être comprise dans les Lettres du Mercure de France, — une longue suite de billets de Baudelaire à Dutacq. La plupart sont d'ailleurs sans granH intôrôt. liî nous pn'i.' ■■ nn' nno foi"* de pi us^ (itid cii4ucuAiti& u argent ou »« uuijtiikciii. icur èiuuiiU'»
(gardez-la pour vous), car je suis très errant ; mais, je reviens à la même place :
» A La Bastide d'Armagnac, par Roquefort, chez M. D'dlin. Département des Landes,
» Je ne perds pas mon temps. Vous ne croyez pas au temps perdu, et vous avez raison. J'ai un soleil fabuleux, un air de soie, la masse d'argent des Pyrénées brillant sous ma fenêtre, dans les lointains les plus clairs. Je lais collection de paysages et d'impressions, pour plus tard. Enfin, ma vie (et pour nous, nous savon? ce que veut dire ce mot : vie) est presque heureuse. Je ne sais pas encore l'instant y«5/e où je rentrerai à Paris. Je me suis donné la tâche de tirer de ma tête deux travaux d'haleine, sans compter les autres ; et, je ne vous reviendrai, que ces choses terminées.
» Ceci n'est pas une lettre; c'est un mot d'amitié. Si vous m'écriviez, tout lancé que je sois en sens divers, je vous répondrais en homme assis, sinon rassis. Je serais heureux d'avoir de vos nouvelles... et de la littéraiure. Indiquez -moi quelques livres dont je puisse un peu rire ; car, û est bon, parfois, de se délasser du sérieux. Si vous aviez quelque ami de talent, comme Monsieur Barbara, à qui il faudrait faire place, mettez son livre avec le vôtre. Ce que vous estimez, en fait de talent, m'est sufiisamment recommandé.
» Quand vous m'aurez répondu, et quand vous m'aurez dit où je puis, de sûreté, vous adresser lesBelicjuiœ, de Mademoiselle de Guérin, \ous les recevrez, mon cher Baudelaire. C'est rare, et précieux, comme le diamant hieu de M. liope. Mais, vous êtes des cinquante, en Europe, qui doivent avoir cela.
3qO CHARLES BAUDELAIRE
» Vous êtes d'une élite encore plus rare ; car, js n*ai pas cinquante amis.
» Tout à Y0U8. >
Ecrit sans relire, et en hâte.
[Mars 1867.]
a Mon invisible Baudelaire,
» J'auraî.s besoing d*un renseignement. Puisqu'il y a des récla'ues dans les journaux, les Odes funambulesques 3e vendent; — mais les exemplaires qui se vendent, son» -ils aussi soignés que les Nôtres?
» Je fais un article qui paiera à Malassis sa poli tesse (i) ; de plus, j'attaque Lévy (incipium bellijy et je le jette aux pieds de Malassis, comme un marcassin éventré ; mais j'ai besoing du détail que je vous demande.
» Une idée de l'édition commerciale... faut-il la juger par celle que j'ai ? ?
» Apportez-moi cela demain, ou écrivez-le-moi. Il faut que Tarlicle soit donné DIMANCHE, DEMAIN, b TUOIS heures.
• For Ever 1 »
(1) On devine qu'il s'agit de l'envoi des Odes Funambulesques, éditées par P. Malassis, en 1857. Baudelaire fait allusion à l'article de Barbey dans un billet à son éditeur, du 17 mars iSb-j,
▲PpENoici Sa f
Samedi.
» Un seul mol sur cette feuille volante.
n J'ai fait sur vous un article. — Silvestre (i) a du vous en parler.
» Je suis arrivé au Pays, oii j'ai trouvé une consigne contre vous depuis quatre jours !
» Je suis allé chez M. Malassis. J'y ai laissé un mot pour vous, et pour lui.
» Je voudrais vous voir.
h Lui) aussi I
» Je voudrais savoir où en est la chose.
9 La poursuite absurde sera-t-elle interrompue?
D Si elle a lieu, et que vous soyez acquitté, comme Flaubert, l'article paraîtra, m'a dit Basset (2).
» Si la poursuite s'interrompait, un mot, vite ! pour que mon article se lève, comme un Cid, pour
vous.
» Voilà mes litanies, qui ne sont pas celles de Satan.
n Votre... laithful. »
Nouvelle adresse, rae Oadinott 6.
(1) Théopliilc Silvestre, le critique.
(a) Le secrétaire de la rédaction au Pays.
Saa CHARLES BAUDELAlua
Pressé,
Monsieur Charles Baudelaire»
Auteur des Fleurs du Mal, Hôtel Voltaire, Quai Vollairet
Paris.
« Mon cher oublieux,
» Si j'avais vos placards, ils seraient déjà chez Brucker (i) et sous les yeux de notre grand ami Pinard (2). N'oubliez pas, au moins, pour demain mardi. Mettez ceux de Brucker avec les miens. Je les lui remettrai dans la journée.
» Je pétrirai Brucker, qui pétrira Pinard, qui pd» trira vos juges. Mais plus de retards 1
» Eh ! Ehl L'affaire vient jeudi III
ï) Voilà un pâté. . . Ce que c'est que de penser aux juges 1
(1) Raymond Brucker (1800-1875), auteur des Docteurs du jour devant la famille (i844)' V. Eugène Guelé, vJei Barbey d^ Aurevilly t sa vie, son œuvre, Gaen» Jouan, 190a, in-8.
(2) On sait que M. Pinard, qui devait être ministre de rintérieur en 1867, occupait le siège du ministère public au procès des Fleurs.
Les OEuvres judiciaires de M. Ernest Pinard ont été réunies par M. Charles Boullay (G. Padone-Lauriel, éd. i885). Le réquisitoire prononcé à l'occasion des Fleurs da mal ne s'y trouve point.
» Bonjour. Je déjeune avec Ghasles. Y aura-t-il un patc ?
» Vous êtes un bandit d'oubli et de paresse, qu'on a tort d'aimer. »
a4 juillet i857.
« Mon cher Baudelaire,
» Je vous envoie l'article que vous m'avez demandé, et qu'une convenance, facile à comprendre, a empêché le Pays de faire paraître, puisque vous étiez en cause (i). Je serais bien heureux, mon cher ami, si cet article avait un peu d'influence sur l'esprit de celui qui va vous défendre, et sur l'opinion de ceux qui seront appelés à vous juger (2).
» Tout à vous. »
(1) L'article qui a ctc imprimé dans V Appendice du tome I des OEuvres coniplèles do Baudelaire. On se rappelle que le poêle avait réuni dans une brochure, qu'il distribua à ses juges, les articles inspires à Barbey, Asselineau, F. Dulamon et Thierry par les Fleurs da Mal.
Dans son Barbey d'Aareuilty (Albert Savine, éd. 1891), M. Charles Buet conle que le fameux et énergique dilemme de l'article refusé au Pays : a Après les Fleurs da mal, il n'y a plus que deux partis à prendre pour le poète qui les fit éclore : ou se brûler la cervelle... ou se laire chrétien ! » aurait manqué amener une rencontre du poète avec le critique, et il prête aux héros de cet incident des répliques fort savoureuses à échanger... comme à rapporter.
(2) Barbey d'Aurevilly écrit à Trébutien au lendemain du procès (25 août 1867) : « ...On aurait dû plaider mon
â74 CHARLES BAUDELAIRS
Baie de Saint-Jean-de-Luz. (Basses-Pjrénéei). 26 leptembre 1857.
a Mon cher Baudelaire,
D Quand vous recevrez ce billet que je vous trace à la liâte et, sur le point de rentrer en Espagne, où je compte passer quelques jours, vous aurez peut-être lu un article sur votre ami Flaubert, que j'ai envoyé au Pays. Je mets la dernière main à un autre article sur le Vauvenargae de Gilbert ; mais comme cet article va se trouver fini d'ici deux jours, j'ai pensé à vous pour un troisième^ que je voudrais écrire encore dang ce bienheureux coin du monde, avant de retourner dans cette abomination de Paris.
» Je lis ici deux ou troir journaux et je n*y vois aucune annonce d'ouvrage qui me convionne. Soyez donci assez bon, mon cher ami, pour m'envoyer un livre quelconque, que vous jugiez digne d'être examiné. Je m'en rapporte à vous, et je vous serai reconnaissant.
» Vous m'adresserez l'ouvrage en question, ici, /)05<€ restante^ et vous aurez la grâce d'y joindre (en dehors
article. Chaix d'Est-Ange, le fils... du valet de son père, a plaidé je ne sais quelles bassesse*, sans vie et sans voix. L avocat-général Pinard a parlé de votre ami avec un< considéraliun qui vous eût l'ait plaisir, et a montré à Baudelaire une sympathie inconséquente. On vo)'ait qu'i était entre Tordre du ministère et sa conscience. Tou cela fait pitij et peut aller avec les sottises et les platitudes de Cô temps. «
APPENDICE 5sS
du paquet, vous savez la loi!) quelques moti de celU main que je voudrais presser dans la mienne. Vous me renseignerez sur les choses littéraires actuelles, et, si vous avez lu mon article sur Madame Bovary ^ vous m'en direz votre opinion.
» Je crois que, vers le sept (TS^*"*, je serai à Paris. Le premier travail que j'y donnerai sera sur les poésies de votre ami Banville, que je mettrai avec votre ami Lecomle Delisle {sic) ; mais je ne veux faire ceci quà Paris. J'ai lu Banville, et, quoiqu'il y ait des beautés dans son livre, c'est an Rhéteur dans la poésie, plutôt qu'un vrai poète^
» Vous êtes un peu plus poète que tout cela,vous,cher chenapan I
» Votre ami, Nonobstant,,»
» Silvestre est-il à Paris ?
» Je signe l'adresse de ma lettre, pour vous ôter une teconde d'anxiété :
»... miser is saccurrere disco /»
Saînl-Jcan-dc-Luz, i*' octobre 1857.
a Mon cher ami,
» Dans la lettre que je vous ai écrite d'ici et que Vous avez dû recevoir lundi matin, je vous priais de m'envoyer un livre, à votre choix, qui fût digne d'examen ; et, aujourd'hui, je vous le rappelle encore; mais ce n'est pas pour cela seulement que je vous §cris.
)) Dans cette lettre, je vous parlais d'un article sur ia Madame Bovary, et je vous priais de m'en dire votre opinion. Cet article, dans mes c-alculs les plus larges, devait paraître dimanche au Pays.
» Nous voici au jeudi, et au premier d'octobre et l'article n'a pas encore paru.
» Je viens d'écrire à M. Basset pour savoir la cause de cet incroyable retard, car le Pays fait des Variétés. Il a donc de la place.
» M. Basset m'avait dit, lui-même, que je pouvais rendre compte de Madame Bovary. Quel incident a donc pu empêcher l'insertion de mon travail P
» Je prie M. Basset de m'écrire, ou de me faire écrire; mais est-ce trop demander à votre amitié que de vous prier de passer au Pays, et de vous informer (de ma part) de ce qui s'y passe.
» Voyez, vous-même, M. Basset. Il a toujours été excellent pour moi. S'il a une raison, — incompréhensible, indevinahle pour moi — de refuser mon ar-i ticle, et que, sur ce point, il ne puisse être ramené, vous lui d manderez de vous le remettre. !■
» Vous m'avez parlé d'un journal qui paie 200 francs! et dans lequel vous travaillez. Vous m'avez dit que j'y aurais les mêmes conditions que vous (j'ai oublié le Nom de cette revue). Eh bien ! pour que mon travail 8ur Flaubert ne soit pas perdu, on pourrait le mettre là, au Refus du Pays, et je vous charge de cette insertion, mon cher ami. avec le sans-gêne et la confiance de l'amitié.
» Je suis en voyage, et j'ai besoin d'argent. Ce re-| tard du Pays m'abasourdit [sic). Qui diable aurait pu
croire au relus d'un article sur un ouvrage qu'on m'a aiilcrisé à examiner? {sic}... Nous sommes incorrigibles, mon cher Baudelaire. Nous pensons, — et nous y sommes sans cesse repris, malgré les expériences les plus persistantes et les plus variées, — qu'une chose incroyable Ne peut pas être; et c*est, justement, parce [qu'elle est incroyable, qu'elle esti
)) A vous, en hâte, - — mais avec des sentiments éternels. »
Salnt-Jean-de-L iiz , Basses-Pyrénées.
Poste restante,
Samedi, 17 octobre [1857I.
« Vous avez un ami de plus — dans Paris.
» Je suis allé vous voir hier. J'ai déjeuné chez Consinet{i). J'ai dhié chez Cousi.net, vous demandant à tous les échos d'alentour. Pas de Baudelaire I Les poètes sont fils de la Licorne et de la Nuée, et tiennent de leurs parents, — de la Nuée qui passe et de la Licorne qu'on ne trouve point.
)) Ce que je voudrais bien trouver, mais moins que vous, ce sont les poèmes de M. Leconte Delisle. Je les mets dans le même Médaillon que ceux de M. Banville. Faites-les-moi envoyer, cher gracieux. Je voudrais en parler la semaine prochaine.
)) Tout à vous. Je m'en vais déjeuner avec Silvestre,
où?... je n'en sais rien. »
6, rue Oudinot.
(i) Ucstaurateur. rue du Bac.
Mardi matin'
« Apporlez-moî, mon cher ami, votre volume de Poe, Je veux faire une citation de votre notice, et, précisément, deux feuilles se sont détachées de mon volume, dans mes pérégrinations, et les quelques lignes que je veux citer sont sur ces deux feuilles.
» Je vous tiendrai votre volume, le temps de copier ces quelques lignes, — et vous pourrez le remporter.
» La grippe a grippé votre article d'aujourd'hui,
mais, vous pouvez y compter pour mardi, mon jour
de rer.trée au journal et d'entrée au feuilleton. 11 est
piesqLô lait.
» A vous, d'amitié. »
De mon Ht au vôtre, probablement, 6 heuïres du malin.
a Mon ami,
» Sans phrase, envoyez-moi de suite, je le garderai jusqu'à ce soir, votre premier volume des Contes d'Ed-gar Poe. J'ai le deuxième, le Gordon Pym; mail, j'ai besoin du premier.
» Je fais une étude, pour le Réveil, qui doit être livrée demain.
» Mon exemplaire, à moi, est dans mon home myi- 'éricux du Midi; et, je ne puis le faire venir en deux eurcj. Don , le vôtre 1 Le vôtre 1 J'en aurai soin.
» Tout à vous, — fidèle. »
« Peut-être, sij^ai fini à temps, irai-je vous repor-ter votre volume en allant dîner chez Coasinei. »
Vendredi, i\ mai i858.
« Homme de peu de foi, pourquoi vous troublezvous ?
» Un titre ! (i)
Un songe,., me devrais-je inquiéter d'un songe?
» Et de quoi donc avez-vous peur, et vous étonnez^ vous, mon ami?... Vous savez m?.s opinions littéraires sur Edgar Poe. Vous a\ez mon article du Pays, et, tel qu'il est, avec les réserves qui s'y trouvent, sur la valeur absolue des œuvres du conteur américain, cet article ne vous a pas mécontenté.
» Je ne me déjuge pas liUérairement. Mon article du Béveil Qsila conliimalion de mes opinions du Pays.
» Voilà pour la littérature, — le mérite intellectuel de l'homme que vous admirez.
» Quant à mes opinions morales et non Ulléraires, vous savez ce que je suis, — - le Réveil, qui vous déplaît, vous l'a assez dit, et, aussi, tout ce quej'ai écrit depuis sept ans. — Du point de vue de cette moralité, qui est pour moi le sommet du haut duquel il faut -embrasser et juger la vie, j'ai regardé Poe. Je l'ai trouvé coupable, et je l'ai dit.
» Pouvez- vous, avec ce que je suis, vous étonner de celaP
(i) L'article du Réveil s'intitulait Le Roi des Bohèmes.
33o CHARLES BAUDELAIRE
» Bohême ! Il l'est. Nel'ai-jepas dit, d'ailleurs, avec Cd//e expression, dans l'article même du Pays qui ne vous a pas contrarié ? Il est bohème, et, de tous les littérateurs dignes de ce nom, il est le plus fort, le plus poète, le plus grand, à sa manière ; et voilà pourquoi, à mes yeux, il en est le Roi.
» Bohême I Si vous lisiez mes articles du Réveil ^ qui ont une unité sous leur variété apparente, vous sauriez ce que je mets sous ce mot : — l'individualité, l'absence de principes sociaux, etc., etc.
» D'ailleurs, je n'emprunte pas plus ce ternie au vocabulaire de Yeuillot qu'au vôtre. C'est un mot frappé depuis longtemps, et qui circule. Je l'ai pris, parce qu'il dit bien ce qu'il veut dire ; vous vous en nommez vous-mêmes. La Sainte Bohême, — a dit votre ami, M. Théodore de Banville.
» Mon ami, calmez-vous. L'article du Réveil n'est pas, d'ailleurs, lait de manière à diminuer l'importance de Poe et votre publication. Au contraire. Il ne vous lésera pas dans vos intérêts de traducteur. J'y montre même des entrailles pour votre homme de génie, tout en le condamnant ; car, vous savez si j'aime l'esprit.
» N'est-ce pas pour cela que je vous aime? o
Paris, 4 février iSÔg. Pluie fine.
Temps gris, et à se griser.
Rue Roasselet, une laide rousse^ 29.
a Chère horreur de ma vie, je ne vous écris que
deux mots. Un autre jour, vous en aurez quatre ; mais, aujourd'hui, je suis à califourchon sur un éclair.
» Qu'il brille pour vous ! Vos vers sont magnétiques. Les trois pièces (i).. — de votre inspiration la plus enragée, ô ivrogne d'ennui, d'opium et de blasphèmes I
» De plus, le Voyage est d'un élan lyrique, d'une ouverture d'ailes d'Albatros que je ne vous connaissais pas, crapule de génie I Je vous savais (sic), en poésie, une sacrée vipère dégorgeant le venin sur les gorges des gouges et des garces, dans votre ennui de vieux braguard désespéré. Mais voilà que les ailes {sic) ont poussé à la vipère, et qu'elle monte de Nuée en Nuée, monstre superbe, pour darder son poison jusque dans les yeux du soleil... Arrêtons nous, hein?... En voilà suffisamment sur votre éloge. Je ne veux pas vous faire aller à quatre pattes sur la côte de Honfleur, more Feraram, Nabuchodonosor du Diable! Que penseraient les jeunes filles de la côte, si elles vous rencontraient dans cette indécente situation ?
» Mon cher ami, quand reviendrez-vous ? Quand pourrons-nous passer quelques bons moments ensemble? Etcs-vous pour longtemps, là-bas?... Quelles «ottes questions vous me faites faire, puisque vous me parlez de tout, excepté de votre retour et de la durée de votre éloignement ? Répondez donc à cela, c'est là ce qui m'importe ! M'"'' Cousinet m'a demandé de vos nouvelles, l'autre jour, et voudrait vous revoir. Un-
(i) V Albatros le Voyage, S isina, qui devaient paraître dans la Rcuae fran(;aise, n° du lo avril iSÔQ.
fôa «HAnLSg BAUBBLAIIIB
aerstand you?... J'ai promis que je vous le dirai», et, je vous le dis.
» Rien ici I — Je vis comme le moine le plus moine qui fut oncques ; mais, un moine piocheur et non paillard, comme vous ; j'ai une mise en train de travaux formidables. Vous voyez donc le Pays, là-bas 1... Aujourd'hui, avec cette lettre, je vous mets à la poste mon article de mardi, et je vous enverrais les précédents, si vous ne les aviez pas rencontrés, d vieux parles-chemins ! dans vos chemins, semés de curés et de vendeuses de crevettes.
» Adieu, monstre. Ne débauchez personne, et n'apprenez pas aux petites filles à faire des vers, selon vos méthodes de corruption. J'ai écrit, à ce propos, un article sut Gautier, Brard Saint -0 merde poésie, mais poète de par le ciel ou l'enfer, et non de par sa théorie. Avez-vous lu cela (sur la réimpression d'Emaux et Camées) , une flèche de longueur à aller lui ouvrir le cœur jusqu'en Russie, s'il y est encore, mais sans lui faire le moindre mal 1...
» Pourquoi vous aime-t-on, vicieux poètes? Allons, aimez-moi un peu, aussi, quoique je vaille mieux que vous.
» Bonjour, don Juan. Amusez-vous bien, pour vous, et pour moi. 9
« Mon cher Baudelaire,
» Une idée passe en moi, je crains de vous avoir froissé, en vous priant de vous relirer tantôt, quand
AhPENBICS 35ë
ma balle-sœur est venue. Elle voulait me voir seul, ayant à me dire quelque chose de très particulier. J'ai pensé que nous étions assez liés pour vous dire : (( Laissez-moi, mon ami, je vous prie. » J'ai fait ce que j'aurais voulu que vous eussiez(5/c)fait, à ma place. » Mais le démon de l'inquiétude, que vous connaissez, m'a repris. Je serais désolé de vous avoir fait quelque peine. Si je le pensais, je vous dirais ; pardonnez-moi
» Tout à vous. »
8 heures et demie du soir. — Samedi.
» Ne venez pas demain dimanche chez moi ; vous vous exposeriez à ne pas me trouver. Lundi, je serai, à midi, au Pays, »
a A mardi prochain, mon cher ami I
» Une Anglaise, qui me plaît, et qui passe, n'a plus que deux dîners à faire à Paris.
» Voilà mon excuse.
» Elle suffit pour un sage... et même, pour deux.
» Adieu, le dernier de înes vices. Quand deviendrezvous une vertu ? » (i)
(l) Peut-être fut-ce en réponse à cetlc objurgation du <( vieux mauvais sujet », que Baudelaire écrivit V Imprévu (p. Lxxxvin des Fleurs du mal). Ce poème, paru pour la première fois dans le Boulevard du 25 janvier i803, y était tn eiltt dédié à l'auteur d'Un prêtre marié, £n It r«-
334 CHAULES BAUDELAlUa
« Mon cher Baudelaire,
» Voulez- vous me donner à dîner, à vôtre hôtel, mercredi prochain, 1 1 ? J'ai soif de revoir la Turque (i) dont je suis affolé, et les autres créatures du toutpuissant Guys h.. Si vous ne le pouvez pas, écrivezmoi un mot.
» Si cela se peut, j'arriverai de honne heure, afin de saouler {sic) mes yeux, avant de remplir mon estomac.
)) Tout à vous, ^
r. JuiES Barbey d'Aurevilly. (2) »
39, rue Rousse-let.
produisant dans les Epaves, Poulet-Malassis devait l'annoter :
« Ici l'auteur des Fleurs du mal se tourne vers la Vie éternelle. Ça devait finir comme ça. Observons que, comme tous les nouveaux convertis, il se montre très rigoureux et très fanatique. ))
(i) Après la mort de son fils, M'"® Aupick distribua, en souvenir, à ses plus intimes amis, les gravures, livres ou (( curiosités » que le poète avait collectionnés. C'est ainsi que Théodore de Banville reçut une a suite » de Devéria, le docteur Piogey un pupitre persan, Asselineau un Rabelais et quelques ouvrages anglais, M. Ancelle plusieurs superbes Guys que j'ai pu admirer chez son fils, et Barbey d'Aurevilly, — La femme turque au parasol. (Je puise ces renseignements dans les lettres de M""' Aupick à Charles Asselineau).
(a) Cette importante suite de lettres, dont les originaux sont en la possession de M. Albert Ancelle, ont été publiées pour la première fois, le n° i3 par le Pincebourde^
LETTRES DE PIIILOXÈNE liOYER
24 Mars 1854.
« Mon cher amî,
î) Je me charge auprès de vous d'une supplique très difficile à rédiger, — et au succès de laquelle on tient énormément 1 Pourquoi l'on m'en a chargé? les gens aimables diront qu'ils comptent sur mon style, moi j'affirmerai que c'est pour pouvoir m'impuler l'échec — en cas d'échec 1 Calculez donc le cas où vous m'induisez.
» Demain samedi, Léontlne pend la crémaillère dans son nouvel appartement(boulevard du Temple, 28). Ses amis dînent et festoient à 6 heures. Les moins liés viennent le soir. On veut que vouj soyez des pi as liés et que vous venioz vous mettre à table à côté d'amis et de gens utiles dans l'occasion. Ne refusez pas ! On vous demande comme vous serez, à l'heure que vous voudrez, pour le temps qui vous sera loisible 1 mais on vous demande et on vous exige, fut-ce (sic) une heure? Venez donc à 6 heures demain, et je n'ai pas besoin de vous dire que personne autant que moi ^'aura plaisir à trinquer avec vous I '
» PlIILOXÈNE BOYER. »
le n° 1/4 par M. Maurice Tourneux. dans 1* Amateur d'Autographes (i5 juillet 1899), les autres par M. Féli Gautier {Mercure de France, i^' mars 1906), avec l'autorisation de M"® Louise Read, dont on sait de quel culte pieux elle honore la mémoire du grand écrivain normand.
Dans nos notes relatives à cette correspondance, noui nous sommes plusieurs fois inspiré de celles de M. Gautier,
336 OHAfiLES BAUDELAIRE
LETTRES DE M. DE GALONNE (l)
a Mon cher collaborateur,
» Voîci l'épreuve de vos vers. Tout va bien. Envoyezmoi votre opium. Vous savez que je suis seul pour tout lire et qu'il me faut un peu de temps.
» Mille compliment». »
g Février.
« Cher Monsieur,
» Vous m'envoyez des vers ; c'est fort bien et je vous en remercie. Mais envoyez-moi donc aussi un peu de prose. Votre haschisch sera complètement oublié quand arrivera votre opium (2). '*'■
» Bien à vous. »
II Mars.
Paris, U 20 avril 1860.
« Monsieur,
» Je trouve votre lettre très impertinente et elle devait me venir de vous moins que de personne. Si vous voua
(i) Communiquées par M. Albert Ancelle.
(2) Le Haschisch avait paru à la Revue contemporaine ^ dont M. de Galonné était directeur, dans le n® de septembre i858 Les hnchanlements et Tortures d'un mangeur d'opium parurent, en deux articles, n° de janvier i8bo.
APPfilSIDIGB 157
étiez donné la peine de répondre poliment à ma lettre polie, j'aurais pu vous montrer dans vos ^ers telles chevilles que vous auriez au coup sûr {sic) désavouées. Vous ne l'avez pas voulu : je les publierai tels quels, tant pis pour vous. Mais vous me permettrez de vous trouver au moins pour la dixième fois une suffisance trèi déplacée (i),
» Votre serviteur, m
« Mon cher monsieur Baudelaire,
» Je serais désolé de vous être désagréable en quoi que ce fût ; ce n'est ni dans mes intentions ni dans mon
(1) Rêve parisien. L'amour du mensonge. Le rêve d'un Curieux, Semper eadeni, Obsession allaient paraître le 15 mai.
Les rapports de Baudelaire avec le directeur de la Bévue contemporaine furent souvent orageux. Les lettres à Poulet-Malassis en témoignent (v. passim^ années 1859-18C0 •urlout). Mêiîio, dans Tune, nous lisons : «.., J'ai cru à une aUaire ellioyable avec Galonné... Me croyez-vous obligé de nie battre pour mes vers ? » [mai 1860J.
11 est certain que M. de Galonné avait une fâcheuse tendance à retoucher les textes de ses collaborateurs (v. les Lettres au cours des années 1859-18G1); mais il faut convenir aussi que la nervosité de Baudelaire dépassait souvent la mesure... EnQn, pour expliquer pleinement des relations aussi tendues, il faut remarquer encore, — et la lettre 4 de cette série nous en fait souvenir à propos — que Baudelaire et de Galonné se débattaient l'un et l'autre dans de terribles dillicuUés où leurs intérèls étaient souvent mêlés, et parfois contraires.
33S CHARLES BAUDELAIIIB
caractère. Je constate seulement un fait douloureux pour moi, c'est que je suis saisi de votre fait et que je vais être vendu si je ne paie, d'ici au 20, 3oo fr., plus frais et intérêts. L'huissier m'a fort bien montré un ordre de poursuivrez outrance. Les reçus que vous avez ne servent à rien et ne seront comptés pour rien, parce qu'ils sont donnés à votre nom et non au mien, comme vous auriez dû la faire. Faites changer ces reçus par M. Gélis, faites -les donner à mon nom et surle-champ je ferai payer les frais et retirer les billets : pour les autres, nous nous arrangerons avec la délégation ; je ne demande pas mieux, vous le voyez, que d'arranger les choses amiablcment. J'ai fait payer kg frais de Schwartz et l'effet nous est rentré, mais de ce côté, grâce à vous encore, j'ai perdu tout crédit.
» Allez donc chez M. Gélis, laites modifier les reçus, apportez-les-moi, et je me charge du reste. Je vous attendrai demain et lundi jusqu'à midi, mais apportezmoi les reçus sans lesquels je ne puis rien faire. Vous trouverez toujours bon accueil près de moi.
» Mille compliments.
» A. DE GALOriNE.»
Il Mai.
LETTRES DE CHAMPFLEURY (l)
i3 septembre i853.
« Mon cher Baudelaire, » Vous trouverez mon volume sous bande à votre'
(i) Conimaniquées par M. Albert Ancelle.
Nous avons parlé a plusieurs reprises, dans I'Etuos
adresse h la librairie nouvelle ; \ous raurîez reçu à son apparition si j'avais eu votre adresse et si je n'étais pas en voyage.
» Tout à vous.
» Merci de la lettre de rArchéologue. »
Biographique, des relations de Baudelaire avec Cliampfleury, et renvoyé aux Souvenirs et Portraits de jeunesse de celui-ci. — Nous avons aussi, dans une note» p. 63, cité quelques lignes empruntées aux Aventures de MademoistUe Mariette, comme relatives à Gérard, un des personnages du roman pour lequel, écrivions-nous, Baudelaire a certainement posé dans l'intention de l'auteur. Faut-il traduire Gérard par Baudelaire ? La question est discutable, étant certain que le béros des Aventures, s'il iCEseuible, par certains côtés de son caractère, à Ci)ampflcury lui-même, rappelle, par d'autres, le poète des Fleurs. Mais nous devons au lecteur et à nous-même de signaler l erreur au moins matérielle que nous avons commise dans notre note de la p. 63, et dont nous ne nous apercevons que trop tard pour la faire disparaître à celle place : loin de s'appliquer au personnage de Gérard, les quatre lignes citées concernent certain poète que l'auteur a pris soin d'opposer à Gérard — ce qui ne prouve pas d ailleurs que cette proposition n'ait eu principalement pour but d'égarer la perspicacité du public. Dans son intéressant ouvrage : L'œuvre de Champfleury (Léon Sapin, 1891), l\L Glouard a signalé deux clefs des Aventures de ■ Mademoiselle Mariette, l'une de l'auteur, l'autre de Baudelaire, que Poulet-Malassis avait jointes à son exemplaire; imais, ne connaissant pas, — et nous ne sommes pas plus heureux, — le possesseur actuel de cet exemplaire, il n'a ■pu lai demander l'autorisation de reproduire ces curieux documents*
34v> CHAnLES BAUDELAIRS
« Mon cher Baudelaire,
» Une femmCj d'une intelligence très curieuseet très allemande, voudrait vous inviter à des soirées dont la prochaine aura lieu samedi prochain (demain 28 février), à 8 heures 1/2 du soir. Mais comme elle désirerait vous entretenir à fond des idées philosophiques d'Edgard Poe [sic) et aussi de ses poésies ^ et aussi des vôtres qu'elle a étudiées, j'ai pensé qu'il vaudrait mieux que vous la voyiez vers i heure de l'aprcs-midi. Il est rare qu'elle soit sortie à cette heure. En allant demain soir chez elle, à 8 heures 1/2, la foule ne sera pas encore arrivée et vous causeriez tranquillement. J'irai demain du reste. Mais si vous voulez vous entretenir seul avec elle, allez-y vers les i heures (sic) de l'aprèsmidi.
)) C'est M""® O'Connel, dont vous connaispQz la peinture, mais qui s'occupe beaucoup de philosophie. Elle demeure place Vintinaile (sic), 19.
» A vous cordialement. »
37 février 63.
» Mon cher Baudelaire,
» Vous jouez toujours admirablement et « en parfait comédien » les forts premiers rôles de sphinx.
» Je n'avais pas compris le sens caché de votre letlfô (i) et je m'étais engagé innocemment à vous amener.
» Puisque cette visite vous coûte, je ne m'en occupa plus et je n'irai pas vous déranger dimanche.
» Ayez seulement la complaisance de m'écrire quelques lignes sur un départ quelconque qui vous empêcha d'aller là où on admire Edward Poe et son traducteur. Au moins je senii dégagé et j'aurai prouvé que j*ai rempli mes promesses.
» Mais quant à lïja dignité oompioraisn, jo vous récuse. N'allez pas dans de plus inu'iivals lieux ; essayez d'imiter ma vie de travail, soyez aussi indépendant que moi ; n'ayez jamais besoin des autres et alors vous pourrez parler de dignité.
» Toutefois je ne donne pas plus d'importance au mot,
ie mettant sur le compte de votre bi/arrerie factice et
naturelle à la fois.
» A vous cordialement (a). »
o luars 65.
8 mars i8ô3« « Mon cher Baudelaire,
» Impossible ce déjeuner et croyez-moi sans rancune. Je travaille beaucoup et le moindre changement dans mes habitudes de nourriture sobre m'empêche de travailler le lendemain.
{tj Sous n'avons pas cette letlre.
(a) V. la réponse de Baudelaire, 6 mars i8C3.
543 CHAULES BAUDELAIRE
» Vous et Malassis voulez à toute force me faire passer pour un terrible mystificateur, preuve de faiblesse d'esprit. Votre rencontre avec M""® O'Gonnel m'intéressait si peu que je vous invitais à y aller seul. Relisez ma première lettre si vous l'avez gardée ; j'ai d'autres comédies plus importantes à voir jouer :
» Voilà ma seule défense.
» A vous cordialement.
» Champfleurt. b le chevalier de chatelain (l)
Correspondant des journaux étranger»
à M. Gh. Baudelaire.
Londres, le a6 mars i863.
Gasteinau Lodge Warwick Crescent. W. London.
« Monsieur,
» Je n'ai pas l'honneur de vous connaître personnellement, mais grâce à un jeune ami, — M. Stéphane Mallarmé, — je viens délire votre belle traduction des contes de Poe, et je l'admire beaucoup. Votre introduction dans le premier volume et vos notes nouvelles dans le second forment un travail très remarquable ; et si ma bonne fortune me fait un jour faire votre connaissance personnelle — ce qui, hélas ! est fort aléatoire — j'aimerais à causer, à ce sujet avec vous longuement.
» Aujourd'hui, voici le but de ma lettre,c*estde vous demander si vous voudriez bien échanger avec moi
(i) Communiquée par M. Albert Ancelle.
^ APPENDICB 5A3
VOS deux volumes contre ma traductîon (2* édition) des « Beautés de la Poésie Anglaise » dans lesquelles se trouvent le Raven (i)et les Cloches du grand poète?
» Si vous aviez l'occasion de me faire passer votre ouvrage, je ferais en sorte de vous faire tenir le mien. En attendant, je copie for yoar acceplance, comme on dit ici, une traduction des cloches — que trouverez sous ce pli.
» Agréez, Monsieur, Tassurance de ma haute considération.
« Le Chevalier de Châtelain. »
lettres de ernest christophe
10 février, « Cher amî,
B Vous recevrez d'ici à deux jours l'esquisse que vous m'avez fait le plaisir d'accepter (2), j'aurai également pour vous une épreuve de la comédie humaine.
» Accusez-moi réception de mon envoi^ portez-vous
bien et n'oubliez pas
» Votre ami. »
« Mon cher Baudelaire,
» J'ai lu avec un grand plaisir vos premiers articles sur le Salon.
(i) Le corbeau,
(2) M. Féli Gautier, dans son Charles Baudelaire (Deman, Bruxelles, 1904), a donné un dessin d'après une maquette de Christophe, qui aurait appartenu à Baudelaire.
» Vous allez pouvoir donner cours à votre verve et votre esprit original aura de quoi s'exercer.
» J'espère que vous ne m'oublierez pas quand vous en serez à la sculpture et que vous me vengerez un peu des tribulations da toutes sortes que j'ai éprouvées à l'endroit de ma statue (i). Quand vous irez à '• 'exposition, venez donc me prendre que i^ous y allions ensemble.
» Tout à vous,
» Christophe »•
lettre de léon gla.del (2)
Paris, le i" août 61,
« Cher monsieur Baudelaire,
» Votre bonne lettre (3) m'a rendu très heureux. )) Promettez -moi de venir avec vos épreuves non corri- )) gées,nous les corrigerons ensemble. » Oui, oui, je vous le promets, et ce est un grand honneur, cher maître, que vous me faites.
» L'imprimeur m'a promis le tout pour mercredi prochain.
(i) Il s'agit sans doute du Masque, qui valut à Christophe la dédicace d'une pièce de Spleen et Idéal (l' leurs du Mal, XXI), outre une page fort louangeuse dans le Sahn de 1859. On sait qu'une autre statue de Christophe inspira au poète la Danse macabre (cxxi .
(2) Communiquée par Albert AnccUe.
(3) V. notre Appendice, IV. En tête de son article, Léon Cladel a reproduit la lettre de Baudelaire, que ne donne pas le recueil du Mercure de France,
ÀPPE.NDICB 345
» Oonc jeudi, si vous voulez, nous attraperons les Amours Eternelles par les cornes.
» Si M.Catulle Mendès — qui est à Bordeaux, — ne m'eût chargé de surveiller à la Revue (i), je serais moi-même venu vous remercier.
» J'allais oublier, si vous avez la seconde partie des Martyrs ridicules (2) et que vous estimiez qu'il n'y a pas de changement radical à faire, veuillez avoir la complaisance de la remettre (la 2* partie seulement) au porteur du présent.
» Tout à vous.
» L. A. Cladel. »