‹ BaudelaireChapitre 11 sur 27 · LETTRE~^DU COLONEL DE LA COMBE · texte numérisé non relu

LETTRE~^DU COLONEL DE LA COMBE

Tours, 12 octobre 1857.

« Monsieur,

I) Je lis avec un déplaisir, très vif, je vous l'avoue, ce que vous avez écrit sur Charlet dans votre article inséré dans la Revue européenne du i" de ce mois (3).

(i") La Revue fantaisiste, dont roriginal de cette lettre porte l'en-têtfc.

(2) On sait que Icî> pages de critique intitulées : Les Martyrs ridicules (Ohuvrcs complètes^ IIl), ont servi de préface au roman de Cladel.

(3) Baudelaire, dans un article intitulé : Quelques cari' caluristes jrancais , avait qualiûé Charlet de « fabricant de niaiseries nationales n et de « commerçant patenté de proverbes politiques ». Il se rétracta dans son Etude sur la vie et l'œuvre d'Eugène Delacroix, mais trop tard pour que M. de la Combe, mort en 1863, pût se flatter d'avoir

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» Je ne puis comprendre ce jugement si sévère et je me demande comment un écrivain d'esprit el d'intelligence peut se tromper à ce point, à moins qu'il n'ait à se reprocher d'avoir parlé trop légèrement d'un article sans avoir pris la peine de le connaître et de l'étudier k fond.

» Plein de confiance, Monsieur, dans votre justice et votre bonne foi, je viens en appeler à vous, de vousmême mieux éclairé.

)) Si donc vous jugez que la réputation d'un grand artiste n'est pas chose indifférente pour son pays, avant tout pour ses enfants et les amis qu'il laisse après lui, ayez la bonté de parcourir l'étude que mon amitié et mes regrets m'ont fait tracer sur cet homme éminent à tous égards (i). MM. Paulin et Le Chevalier, chez lesquels est déposé mon livre, vous en remettront un exemplaire, si vous voulez bien le leur demander.

ï) M. Eug. Delacroix m'écrivait il y a quelques mois : « Je regarde Charlet comme un des plus grands artistes de tous les temps et presque tous ses dessins sont des chefs-d'œuvre. J'aurais voulu moimême écrire une notice sur lui pour dire à tous ce que je vous dis ici. J'en ai été empêché, ne connaissant pas tout son œuvi-e et ayant eu peu de relations avec sa personne. Votre livre. Monsieur, contribuera

contribué à sa contrition. — Cette lettre a été publiée dans l'Intermédiaire des chercheurs (25 octobre i885), par M. Maurice Tourneux auquel j'emprunte aussi la substance de cette noie.

(i) Charlet, sa vie, ses lettres, par J. F. db la Combe, etc. (Paulin et Le Chevalier, i856).

à lui donner le rang qui lui est assigné dans la postérité. »

» Mais, Monsieur, vous n'avez donc jamais regardé ces magnifiques compositions : le Drapeau défenduy la Bienvenue, Courage et Résignation^ France, Là finit leur misère. Les Français après la victoire, les Deux grenadiers de WaierloOy ï Aumône, qui arrachait à Gros cette exclamation : « Je voudrais avoir fait cela », et tant d'autres pièces que vous trouverez décrites dans mon catalogue. Vous ne connaissez pas, ou bien peu du moins, ces ravissants dessins comme . pensée, comme exécution et dont deux mille sont se- . mes un peu partout. J'en ai pour ma part une centaine que je seiais heureux. Monsieur, de vous montrer. )) Vous classez Gharlet dans les caricaturistes ; mais, Monsieur, là n'est pas sa place. Dans les pièces les plus gaies, il est vrai avant tout et ce n'est que dans de très rares occasions qu'il fait de la caricature. Dans une œuvre de plus de mille dessins, je saurais à peine trouver une demi-douzaine de caricatures, comme M/lofd Gor/u,Milord le gobe. Saint Georges poursuivant la femme innocente, etc.

» Ces quelques mots, que je trace immédiatement après avoir lu votre article, n'ont pas la prétention d'obtenir de vous quelques mots pour adoucir la blessure que vous avez faite à Gharlet ; non, Monsieur, je n'ai pas assez de confiance en moi pour espérer un tel succès; mais j'aime à croire que dans votre impartiale justice, et comme magistrat d'une Gour suprême à qui j'ai recours, vous voudrez bien parcourir et mon livre et la collection lithographique de la Bibholhèque ;

alors ^oîre opinion sera sans doute modifiée et j'en éprouverai une grande joie.

)) Veuillez, Monsieur, recevoir les assurances de ma considération la plus distinguée.

»^ De la Combe,

» Ancien colonel cV artillerie, »

LETTRES d'eUGÈNE DELACROIX (l)

Ce 10 juin i855, Champrosaj,

« Cher monsieur, je n*ai reçu qu'ici votre article (2) par-dessus les toits. Vous êtes trop bon de me dire que vous le trouvez encore trop modeste. Je suis heureux de voir quelle a été votre impression sur mon exposition. Je vous avouerai que je n'en suis pas mécontent, et quelque chose de moi-même m'a gagné plus qu'à l'ordinaire en voyant la réunion de ces tableaux. Puisse le bon public avoir mes yeux, mais surtout les vôtres, car ils jugent encore plus favorablement, j'en suis sûr, que je ne fais. Je regrette bien de ne pas voir vos autres articles, celui qui précède le mien et ceux qui suivront. Je suis à la campagne ; d'ailleurs, à Paris, il est impossible d'être prévenu de leur apparition dans un journal auquel on n'est pas abonné. Mettez-les-moi

(i) Cette suite de lettres est empruntée au livre de Pincebourde.

(2) Eugène DELAcaoïx, le Pays, 0 juin i855 ; Œuvres complètes f Guhiosité8 esthétiques-

APPENDICB 3A(

à part, si vous y pensez, et vous me les donnerez quelque jour.

» Votre sincèrement dévoué. »

Ce 17 février i858.

« Mon cher monsieur,

r Je vous remercie beaucoup du cas que vous voulez bien faire des artirjes (i) dont vous parlez : je n'éprouve pas pour eux la même tendresse, et d'ailleurs si je devais les publier, il faudrait des remaniements considérables. Il faut que vous sachiez que j'ai récemment relusé ce que vous désirez à M. Silvestre qui y avait mis beaucoup d'insistance, et à qui j'ai toutes sortes de raisons de désirer d'être agréable. Il faut donc abiBolument que je vous fasse la même réponse qu'à lui, quoi qu'il m'en coûte de vous désobliger.

» Je vous écris ceci à la hâte avant de sortir. Mille remerciements de votre bonne opinion. Je vous en dois beaucoup pour les Fleurs du mal; je vous en ai déjà parlé en l'air, mais cela mérite tout autre chose.

)) A vous bien sincèrement. »

[ (i) Les articles publiés par Eugène Delacroix, sur Mibhel-Ange. Uaphaël, etc.. Pomet-Malassis avait prié Baudelaire de lui obtenir l'autorisation de les réunir en un volume.

6ÔO CHARLES BAUDELA.IRB

Ce i3 décembre 1859,

« Mon cher Monsieur,

» Excusez-moi de n'avoir pas répondu à votre lettre J que j'avais égarée et sur laquelle était votre adresse. Je l suis si arriéré dans mes travaux, par toutes sortes de' causes, que je ne puis savoir quand je pourrai m'occu- I per du croquis ou esquisse dont vous me parlez et que ' je voudrais voir cependant dans vos mains ou celles de vos amis (i).

» J'ai trouvé efTectivement un joli petit livre de vous sur Théophile Gautier. Il participe à l'inconvénient de plusieurs de vos publications : le caractère en est si fin que la lecture en est pour moi difficile. J'y ai cependant aperçu que vous appréciez notre critique comme il doit l'être et comme je le fais moi-même. Je vous dirai même que depuis je suis tombé sur un ouvrage que vous louez dignement, mais dont je n'avais point connaissance, malgré son ancienneté, Mademoiselle de Maapin. J'en ai été ravi : j'y ai trouvé Gautier sous un aspect que je ne connaissais pas, ce qui augmente mon admiration, c'est sa jeunesse à l'époque où il l'a composé.

» Mille excuses et amitiés. »

(i) Baudelaire s'employait à obtenir de Delacroix un dessin pour Poulet-Malassis, fort zélé collectionneur.

APPENDICB 35 1

Ce 37 juin 1859.

« Cher Monsieur,

» Comment vous remercier dignement pour cette Qouvclle preuve de votre amitié (i). Vous venez à mon 5ec0urs.au moment 011 je suis houspillé ou vihpendé par un assez bon nombre de critiques sérieux et soiiisant tels. Ces messieurs ne veulent que du grand, et j'ai tout bonnement envoyé ce que je venais d'achever, >ans prendre une toise pour vérifier si j'étais dans les ongueurs prescrites pour arriver convenablement à la Dostérité, dont je ne doute pas que ces Messieurs ne n'eussent facilité l'accès. Ayant eu le bonheur de vous claire, je me console de leurs réprimandes. Vous me raitez comme on ne traite que les grands morts ; vous ne faites rougir tout en me plaisant beaucoup ; nous .ommes faits comme cela.

» Adieu, cher Monsieur ; faites donc paraître plus ouvent quelque chose : vous mettez de vous dans tout « que vous faites, et les amis de votre talent ne se )laignent que de la rareté de vos apparitions.

» Je vous serre la main bien cordialement. »

Ghamprosay, le 8 octobre i86r,

« Mon cher monsieur, B Je ne vois qu'au retour d'un voyage, qui m*a éloî-

(l) Salon de 1859, Uevue Française, 10 et 20 juin.

gné quelque temps de Paris, votre article (i) toujours si bienveillant et d'une tournure si originale, comme tout ce que vous faites, sur mes peintures de Saint- Sulpice. Je vous remercie bien sincèrement et de vos éloges et des réflexions qui les accompagnent et les confirment sur ces effets mystérieux de la ligne et de la couleur, que ne sentent, hélas ! que peu d'adeptes. Cette partie musicale et arabesque n'est rien pour bien des gens qui regardent un tableau comme les Anglais regardent une contrée quand ils voycTgent : c'est-àdire qu'ils ont le nez dans le Guide da voyageur ^ aGn de s'instruire consciencieusement de ce que le pays , rapporte en blé et autres denrées. De môme, les criti- * ques bons sujets veulent comprendre afin de pouvoir démontrer. Ce qui ne tombe pas absolument sous le compas ne peut les satisfaire : ils se trouvent volés devant un tableau qui ne démontre rien et qui ne donne que du plaisir,

» Vous m'avez écrit, il y a deux mois, relativement au procédé que j'emploie pour peindre sur mur; mais je ne savais où adresser ma réponse. Je prends le parti aujourd'hui de vous adresser mes actions de grâces au bureau de la revue.

» Mille sincères amitiés et remerciements.

» E. Delacroix (2). n

10 et 30 juillet ; Œuvres complètes, Curiosités esthétiques.

(i) Peintures murales d'Eugène Delacroix (Revue fantaisiste, i5 septembre 186 1 ; OEuvres complètes, I'Art romantique.)

(2) Nous n'avons pas la contre-partie de celte corres-

ÏETTRE DE M. EMILE DESCU.VISEL

« Mon cher Baudelaire,

» Je trouve ton petit mot en arrivant de Mulhouse, cù je viens de faire des conférences. Le feuilleton en question (i) est dans les Débats du i5 octobre i864. Je n'ai par le temps du tout d'aller te le chercher, attendu que je dois faire ce soir ma conférence ordinaire rue

pondance, et il n'est que rarement question de Delacroix dans les Lettres. Citons toutefois ce significatif passa"-e d'une lettre à M. Jules Troubat (5 mars 1866) : « J'ai été bien heureux d'apprendre le rétablissement de Sainte- Beuve. Je n'ai éprouvé d'émotions de ce genre, pour la santé d'autrui, que pour E. Delacroix qui était pourtant un grand égoïste. Mais les affections me viennent beaucoup de l'esprit.

Une note de M. Buisson explique peut-être la réserve dont Baudelaire tempère ici la protestation de sa sympathie :

« Delacroix le [Baudelaire] remerciait beaucoup. Mais je sais qu'il s'est plaint, dans l'intimité, du critique qui trouvait à louer dans sa peinture je ne sais quoi de malade, le manque de spnté, la mélancolie opiniâtre, le plombé de la fièvre, la n^tcscence anormale et bizarre de la maladie. — « Il m'ennuie à la fin )>, disait-il, car vous pouvez croire, Monsieur, que le goût du blet, aujourd'hui à la mode, n'était nullement de son goût, — du goût de Delacroix. ))

(i) Nous avons parlé de ce feuilleton dans I'Etude bio- GHAPuiQUE. M. Emile Deschanel y donnait quelques vers rimes par son ancien condisciple « pendant les classes de mathématiques ». — Lettre communiquée par M. Alberl Ancelle,

354 CHARLES BAUOELAIRB

de la Paix, et repartir demain matin pour la Belgique et la Hollande. Nous pourrons nous rencontrer une minute à Bruxelles, le jeudi 6 avril, ti tu viens le soir à ma conférence du Cercle artistique.

» Merci pour ton dernier volume ; j'ai les deux premiers d'Edgard Poe, je les ai célébrés dans >V Indépen» dance, comme les Fleurs du mal, mais je n'ai jamais reçu ni Arthur Gordon Pym, ni Eurêka,

« Tout à toi.

» Emile Deschanel.»

Paris, 29 mars C5.

LETTRES DE MAXIME DU CAMP (l)

[i85a?] « Monsieur,

j» J*ai reçu effectivement les i8 pages de copie qua vous aviez adressées à Théophile Gautier et je les ai envoyées à l'imprimerie où elles ne seront mises en main qu'après les trois articles qui précèdent le vôtre.

» Je ne sais encore si une coupure sera nécessaire, mais d'après la composition du numéro, il me semble très difficile que vous puissiez passer en une seule fois (2). Au reste, quand nous en serons là, j'aurai l'honneur de vous prévenir en vous priant aussi de mettre ime grande célérité dans la correction des épreuves, car notre mois est un peu court et il importe de toujours arriver à temps.

(1) Communiquées par M. Albert Ancelle.

(2) Il s'agit sans doute d'Eàjar Allan Poe, sa vie et ses ouvrages, article qui parut en deux fois dans la Revue de Paris (mars et avril i85a).

» 5e vous prie de vouloir bien agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. "3

36 me Saint-Lazare,

IMPR IMER I E-LIBR AIRIB DE PILLBT FILS aîné

rue des Grands -Augustins, 5

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