‹ BaudelaireChapitre 13 sur 27 · LETTRES DE GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

LETTRES DE GUSTAVE FLAUBERT

Mon cher amî,

» J*aî d'abord dévoré votre volume d*un bout à Tautre, comme une cuisinière fait d'un feuilleton, et maintenant, depuis huit jours, je le reHs, vers à vers, mot à mot, et franchement cela me plaît et m'enchante.

» Vous avez trouvé le moyen de rajeunir le romantisme. Vous ne ressemblez à personne (ce qui est la première de toutes les qualités). L'originalité du style découle de la conception. La phrase est toute bourrée par l'idée, à en craquer.

» J'aime votre âpreté, avec ses délicatesses de langage qui la font valoir, comme des damasquinures sur ane lame fine.

^i) Publiée par le Pincebourdb,

S6# CHAftLKS EAUDKLAIRB

» Voici les pièces qui m'ont le plus frappé : le gjnnet XVIII : là Beauté; c'est pour moi une Oeuvre de la plus haute valeur ; — et puis les pièces suivantes : Yîdéaly la Géante (que je connaissais déjà) la pièce XXV :

Avec tes vêlements ondoyants et nacrés,,»

» Une charogne ; Le chat (p. 79) ; Le beau Navire ; A une dame créole ; Spleen (p. i^o), qui m'anavré, tant c'est juste de couleur 1 Ah 1 vous comprenez l'embêtement de l'existence, vous 1 Vous pouvez vous vanter de cela, sans orgueil. Je m'arrête dans mon énumération, car j'aurais l'air de copier la table de votre volume. Il faut que je vous dise pourtant que je raffole de la pièce LXXV, Tristesse de la lune :

Qui d'une main distraite et légère caresse, Avant de s'endormir, le contour de ses seins...

et j'admire profondément le Voyage à Cythère^ etc. , etc.

» Quant aux critiques, je ne vous en fais aucune, p .rce que je ne suis pas sûr de les penser moi-même dans un quart d'heure. J'ai, en un mot, peur de dire des inepties dont j'aurais un remords immédiat. Quand ie vous reverrai cet hiver, à Paris, je vous poserai seulement, sous forme dubitative et modeste, quelques qu liions.

)) En résumé, ce qui me plaît avant tout dans votre livre, c'est que l'art y prédomine. Et puis vous chantez la chair sans l'aimer, d'une façon triste et détachée qui m'est sympathique. Vous êtes résistant comme le marbre «t pénétrant comme un brouillard d'Angleterre.

» Encore une fois, mille remerciements du cadeau. Je vous serre les deux mains très fort,

» A vous. »

Croisset, i3 juillet.

Vendredi, i^ août [1857.]

» Je Viens d'apprendre que vous êtes poursuivi à cause de votre volume ; la chose est déjà un peu ancienne, me dit-on. Je ne sais rien du tout, car je vis ici comme à cent mille lieues de Paris.

» Pourquoi ? Contre qui avez-vous attenté ? Est-ce la religion ? Sont-ce les mœurs ? Avez-vous passé en justice ? Quand sera-ce ? etc.

)) Ceci est du nouveau : poursuivre un volume de vers I Jusqu'à présent la magistrature laissait la poésie fort tranquille.

» Je suis grandement indigné. Donnez-moi des détails sur votre affaire si ça ne vous embête pas trop, et recevez mille poignées de mains des plus cordiales.

» A vous. »

« Mon cher ami,

» J'ai reçu les articles sur votre volume. Celui d'Asselineau m'a fait grand plaisir. Il est, par parenthèse, bien aimable pour moi. Dites-lui de ma part un petit mot de remerciement. Tenez-moi au courant de votre atfaire, si ça ne vous ennuie pas trop. Je m'y

363 CHARLES BAUDELAIRR

intéresse comme si elle me regardait personnellement. Cette poursuite n'a aucun sens. Elle me révolte.

» Et on vient de rendre des honneurs nationaux à Béranger I à ce sale bourgeois qui a chanté les amours faciles et les habits râpés I

» J'imagine que, dans l'efTervescence d'enthousiasme où l'on est à l'encontre de cette glorieuse binette, quelques fragments de ses chansons (qui ne sont pas des chansons, mais des odes de Prudhomme), lus à l'audience, seraient d'un bel effet. Je vous recommande ma Jeanneton, la Bacchante^ la Grand*' mère, etc. Tout cela est aussi riche de poésie que de morale. Et puisqu'on vous accuse, sans doute, d'outrage aux mœurs et à la religion, je crois qu'un parallèle entre vous deux ne serait pas maladroit. Communiquez cette idée (pour ce qu'elle vaut?) à votre avocat (i).

» Voilà tout ce que j'avais à vous dire, — et je

vous serre les mains.

» A vous. »

a3 août 1857 (a).

(l)On remarqueral'analogîe des arguments dont Sainte- Beuve et Flaubert conseillèrent respectivement l'emploi à leur ami. Klle est si grande qu'on serait tenté d'établir entre eux un rapport de cause à eflet, si les dates ne s'opposaient à cette conjecture. Sainte-Beuve a évidemment lédigé ses Petits moyens de défense à la veille de 1 audience du 21 août 1807, où les plaidoiries et le jugement furent prononcés, tandis que la lettre de Flaubert est datée du surlendemain, circonstance étrange qui ne s'explique que par l'ignorance où Flaubert, conliné dans son travail, à Croisset, vivait de tout ce qui se passait à Paris.

(a) Y. la réponse de Baudelaire, a5 août 1857*

APPExNDICS 563

» Je vous remercie bien, mon cher ami. Votre article (i) m'a fait le plus grand plaisir. Vous êtes entré dans les arcanes de l'œuvre, comme si ma cervelle était la vôtre. Cela est compris et senti à fond.

» Si vous trouvez mon livre suggestif, ce que vous avez écrit dessus ne l'est pas moins, et nous causerons de tout cela dans six semaines, quand je vous reverrai.

» En attendant, mille bonnes poignées de mains

encore une fois.

» Tout à vous. »

Mercredi soir, Groisset.

• Groisset, 3 juillet i86o.

» Avec bien du plaisir, mon cher ami, je recevrai votre visite. Je compte dessus. Ce serait un grand hasard si vous ne me trouviez pas ; mais, par excès de prudence, prévenez-moi la veille, cependant.

» Je vous lirai du Novembre (3), si cela peut vous divertir. Quant au Saint- Antoine ^ comme j'y revicn-

(i) Baudelaire venait de publier, dans V Artiste in° du l8 octobre 1867. V. OEuvre? complètes, I'Art Uomanïiqub, p. 407), son étude sur Madame Bovary,

(2^ En réponse à une lettre de Baudelaire, du 26 juin 1860 où le (3oète promellait au prosateur de l'aller visiter dans sa retraite normande.

(3; Le volume des œuvres posthumes de Flaubert, intitulé Par les champs et par les grèves^ contient un fragment de cette œuvre de jeunesse.

^4 CHARLES BAUOELA!RS

drai dans quelque temps, il faudra que vous attendiez. » J'ai bien des choses à vous dire.

» Mille cordialités. Tout à vous. »

Dimanche.

» Je vous envoie la lettre que j'ai reçue de Sandeau (i) hier matin ; je vous prie de ne pas la perdre el de me la rendre, quand vous l'aurez lue, mon cher Baudelaire.

» Et vous me remerciez trop pour un petit service qui ne m'a coûté rien du tout.

» Comment voulez-vous que je connaisse l'article de Sainte Beuve? (2) Qui m'en aurait parlé puisque je ne vois personne ?

» Je compte me livrer avec vous à un fier dialogue dans une quinzaine de jours.

» Mille poignées de main, » A vous, »

» GUSTATE FlAL'BERT (3\ »

(i) Baudelaire, candidat à rAcadémie, avait prié Flaubert de le recommander à ses amis (lettre de fin janvier 1803]. Nous le voyons, le 3 février (v. les Lettres)^ raconter à son occasionnel patron, l'accueil obligeant de Jules Sandeau.

(2) L'article de Sainte-Beuve : Des prochaines élections (Je V Académie (Le Constitutionnel, 20 janvier 1863).

(3) Pour compléter cette coîiespondance, dont M'"' Franklin-Grout, la nièce el héritière de Flaubert, a bien voulu autoriser ici la publication, disons qu'après la mort de son fdft, M"* Aupick voulut que ses oeuvres fussent envoyées.

ÀFPEADICB 365

LETTAES DE M. ARMAND FRAISSB

Lyon, 9 août 1860.

« Monsieur et ami,

» Je vous envoie, en même temps que cette lettre, le compte rendu, dans le Salut public, de vos Paradis, Soulary a dû vous dire les causes de mon retard ; maladie d'abord et paresse ensuite. Je serai plus diligeat" pour la prochaine édition de vos Fleurs du mal que j'attends avec une vive impatience. Je ne connais aucune des nouvelles pièces, je sais cependant que vous en avez publiées (5/c) plusieurs dans divers recueils. Mais je ne les ai pas sous la main et la difficulté de — ■»— — — — — i— — ^— ^— — — i>

en souvenir, à Groisset. Flaubert la remercia par ce billet encore inédit :

3i décembre 1869.

« Madame,

» J'ai été fort sensible à l'envoi des œuvres de votre fili que j'aimais beaucoup et dont j'appréciais le talent plus que personne.

» Je me rappelle la gracieuse hospitalité que vous m'avez offerte à Constantinople dans l'hiver de iSôi. C'est donc une double reconnaissance que je vous ai, Madame, et une double raison pour vous de me croire, en recevant l'assurance de mes respects,

» Votre obligé et très humble. »

Sur les rapports de Baudelaire et de Flaubert, y. le Flaubert, Couukspondance, passim (£. Fasquelle, éd.) et les Lettres, passim.

les chercher m'a privé du plaisir de lire vos beaux vers.

» Avez-vous suivi le procès de Saint-Gyr? Jamais le principe de ï Esprit de perversité posé par E. Poe n'a reçu une plus forte confirmation. Ces trois hommes n'avaient aucune preuve contre eux ; ils n'avaient qu'à nier pour être acquittés. Tous les trois sucessivement ont avoué, le plus bêle le premier et le plus fort à la fin. La dernière scène (à huis clos) où Joannon, mis en face d'un co-détenu révélateur, a été mis aux abois et a fini par se livrer, a eu un caractère d'horreur qui complète le drame. Il y aurait une curieuse étude à faire sur ce très horrible et très bizarre procès. Si vous ne l'avez pas suivi, lisez-le, vous y trouverez un puissant intérêt dans la façon dont tout cela a été peu à peu découvert.

» J'ai essayé un jour de fumer du haschisch ; j*ai éprouvé un assez violent mal de tête et rien autre Où trouve-t-on cet extrait gras dont vous parlez ? Je ne serais pas fâché d'en faire l'expérience une fois et de devenir Dieu à mon tour (i).

» Il existe à Lyon une feuille hebdomadaire de la plus parfaite nullité, intitulée la France littéraire, qui 8i publié un article venu de Paris sur vos Paradis. Ce n'est pas très méchant, mais c'est très vertueux. Si vous y tenez le moins du monde, je me procurerai le n" et je vous l'enverrai.

(i) Nous avons donné dans une noie. p. igS.un curieux passage d'un billet, — on ne le trouve pas dans les Lettres, — où Baudelaire dissuade son correspondant de tenter aucune expérience de cet ordre.

» Je VOUS écris à Honlleur,ne sachant pas si vous êtes en ce moment à Paris.

» Croyezà mes sentiments très dévoués. »

A la direction de l'oclroi, a. Sala, 44, Lyon,

Lyon, ai mars i8C5.

« Monsieur,

» Je vous remercie du volume de Poe que vous m*avezfait parvenir. J'ai déjà les précédents. Je ne puis vous envoyer les arlicles que vous me demandez sur les Fleurs du mal. Ils remontent à 1857 et ne se trou-, vent plus que dans la collection reliée du Salât Public, Je ne pourrai que les faire copier si vous tenez à les avoir. Ce sera très facile.

» J'aurai l'honneur de vous écrire après avoir lu ce dernier volume de Poe. A première vue, il me parait dans d'autres conditions qu Eurêka, où je n'ai rien compris, je l'avoue à ma honte. Je n'ai pu qu'admirer votre courage d'avoir mené à bonne fin, avec votre talent accoutumé, cette terrible traduction.

» Vos petits poèmes en prose ont-ils paru en un volume ? Si cela est, où peut-on les trouver et sous quel titre ?

» Je parlerai du volume Poe bientôt et vous enverrai l'article.

0 Votre très dévoué,

» Arma^îd Fraisse (i). »

Rue Duhamel, 8, (i)Letlrescommuniquéespar M.Albert Ancelle. — Furmi

âGd CHARLES BAUDELAIRE

LETTREd DE 41. ALFftED GUICHCtti (l) ï.

Paris, le a3 mai 1860.

« Monsieur,

» C'est avec un profond intérêt que j'ai lu les notes relatives à Edgard Poe (sic), contenues dans votre admirable traduction de ses Histoires extraordinaires,

» Votre talent littéraire et l'élévation de votre pensée étaient seuls capables de définir et d'analyser les belles et étranges conceptions de ce poète; aussi est-ce à vous, Monsieur, que je dois en grande partie les ineffables jouissances que j'ai trouvé (sic) dans la lecture de ses ouvrages.

» Si Edgard Poe a franchi les hauteurs les plus arides de l'esthétique et plongé dans les abîmes les moins explorés de ^intellect humain^ vous avez la gloire de l'avoir suivi dans ces étonnantes perspectives en nous les révélant dans toutes leurs splendeurs.

» Vivement désireux de connaître plus intimement Edgard Poe, je me suis adressé à MM. Michel Lévy, qui m'ont répondu qu'il n'y avait que les deux volumes : Histoires extraordinaires et la Relation d'Arthur

les articles publiés par M. Armand Fraisse sur la vie et l'œuvre de Baudelaire, nous renvoyons le lecteur particulièrement à ceux des /*, a4 et 29 mai iSOy, {Salut lubllc de Lyon).

(i) Communiquées par M. Albert Ancelle. — Alfred GuiciioN DE GftANDPONT, autcur de deux plaquettes sur les clioses maritimes, a traduit du latin la « Dissertation sur la liberté des mers », de Hugo Grotius^

Gordon Pym qui fussent Iracîuits. Je supposais que/l<? Corbeau existait en fVancjais, parce que j'en avais lu un fragment placé en épigraphe. Aussi viens-je auprès de vous, Monsieur, dans l'espoir d'obtenir do votre obligeance de plus amples renseignements.

»En terminant ces lignes, permettez-moi, Monsieur, de vous présenter l'expression de mes sympathies avec l'assurance de ma considération la plus distin guée. »

Paris, lo 12 juillet i86o « ]\îonsîeur,

B II y a quelques (i/c) temps que j'eus recours à votre obligeance pour obtenir des renseignements sur les œuvres d'Edgard Poe, vous avez bien voulu m'honorei d'une réponse contenant de précieuses indications, et ainsi j'ai complété ma collection par : L'Ancje da bizarre. Un Evénement à Jérusalem, Elconora, et la Genèse d\in Poème.

» Permettez-moi donc,Monsieur,devous en exprimer toute ma reconnaissance, car sans vous, je n'aurais pu augmenter ma richesse.

» Je suis avide de tout ce qui se rattache au grand Poète, et, en lisant votre intéressant ouvrage : Les Paradis artificiels, j'ai été heureux d'y rencontrer les lignes traitant de Poe et de ses personnages. Aujourd'hui la somme de mon admiration pour ce génie s'est tellement accrue, que mon désir serait de connaître quelle forme terrestre revêtit une telle âme ? En con-

templant ses traits, il me semble qu'on peut y voir briller le /.rinclpiam inUoldaallonls de son étrauge nature ? Je l'ai vainement/ cherché, ce portrait, sans avoir pu recueillir vestige qu'il existe seulement, et je viens vous prier. Monsieur, de bien vouloir encore m'aider da votre direction dans cette recherche.

» Je saisis l'occasion que me procurent ees lignes pour me recommander à votre souvenir bienveillant dans le cas où vous feriez paraître de nouvelles notes sur cet auteur, dont la beauté sinistre ne peut revivre que sous votre inspiration.

» Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma plus haute estime avec mes respectueuses salutations. »

Paris.leiô julllel iSCo.

c Monsieur,

• C'est avec elTusion que je viens vous remercier pour Is plaisir que m'a causé votre letlre (i). Je suis heureux d'apprendre qu'un recueil de morceaux inédits paraîtra bientôt, et cela par vos soins, ce qui à mes yeux en assure la perfection.

» Quant aux trois œuvres que vous mentionnez, il est vrai que vous m'aviez prévenu qu'elles étaient inexactes, aussi les ai-je lues comme telles, ce qui me fait désirer de les connaître dans leur correcte beauté.

» Je vous remercie pour les deux portraits que vou> ,

(l) V» le Charles Baudelaire^ Letihes, i3 juillet 1860,

APPEr«DICS l^*ji

me tracez de l'auteur, et la pensée de les reproduire l'un et l'autre aura le mérite de représenter Poe sous deux types bien dilTérents.

» De même il est nécessaire dans ses œuvres de le connaître dans tous ses genrçs si opposés entre eux. En cela, Eleonora m'a révélé un genre nouveau, plein d'inefiable suavité, de paix et d'angélique douceur dans le dénoùment.Quel contraste avec l'Amontillado I Ici les caresses d'un ange et là une vengeance odieusement satanique. L'on s'étonne qu'un même tiomme ait créé de tels extrêmes, et surtout qu'il les ait traités avec une si parfaite intelligence.

» Aujourd'hui la mort prématurée d'Egard Poe serait pour moi une source d'éternels regrets si votre nom n'était pas aussi intimement lié au sien.

» Agréez, Monsieur, mes sincères remerciements avec mes respectueuses salutations.

» Votre dévoué.

» Alfrfd Guiciion. »

lettres de constantin guts (l)

Dimanche, 3o décembre 1860, 98, boulevard des Italien».

« Dear Sir,

t Dites-moi franchement !

» Ça vous dérange-t-il que j'aille vous voir là où yous êtes maintenant?

(i) Lettres communiquées par M. Albert Ancelle. —

fl'JS CHARLES BAUDELAIRE

» J'aurais à vous parler affaire, sans compter tout le plaisir que ça me ferait de passer quelques heures avec vous.

» Réponse s. v. p. Dites-moi le'jour et l'heure.

» Pas le matin !

b Bon jour, hon an.

» Your's friendly. »

4 heures.

« Vous voyez, je ne m'appartiens pas ; j'allais profiter de votre aimable invitation, je m'en faisais une joie, mon anglo-saxon me tombe sur le dos, et comme c'est pour urgente affaire, je ne puis shake kim off decently,

» Excuses et regrets bien sincères.

» Je suis enchanté pour mon compte du retard dont vous me parlez, j'ai dix jours de plus à vous voir.

» Your friendly old

» C. GuTs. »

On sait que M. Constantin Guys est le héros du Peintre de la vie moderne, et que, parmi les Fleurs du mal, le Rcve parisien lui fut dédié. — Sur les rapports de Baudelaire et de Constantin Guys, voyez les Lettres, passim, et notamment a3 décembre i85i), 8 janvier, 4 et lo ié« vrier i86o.

LETTRE DE M. HOSTEIN (l)

Paris, le II novembre i854* « Monsieur,

» Je vous remercie de la confiance que vous avez en moi.

» Je vous remercie également d'avoir pensé à mon théâtre pour lui offrir ce que vous considérez, et ce qui est en effet, sous beaucoup de rapports, une bonne fortune littéraire (2).

» Mais permettez-moi de vous exposer en peu de mots ce qui m*empêche de donner suite à cette offre bienveillante.

» D'abord je ne partage pas complètement votre enthousiasme poui^cette œuvre de Diderot.

» N'auriez- vous pas été séduit par le paradoxe plus que par la réalité des situations et des caractères ?

» Certes, il y a une notable dépense de fantaisie, d'entrain, d'humour, dans cette pièce si mal intitulée : Esl-il bon ? etc.

» Mais est-ce là une pièce de théâtre ? Je n'entends pas seulement parler du théâtre de la Gaité, mais du théâtre en général.

» Peu ou point d'intérêt, des caractères plutôt exprimés que finis, des situations où l'intrigue — et quelle intrigue I — supplée à la passion et à la combinaison. Voilà pour le fonds.

(1) Publiée par le Charles Baudelàirb, Souvenirs^ Correspondances .

(2) V. le billet de Baudelaire du 8 novembre i854, auquel cette lettre répond.

374 CHAULES BAUDELAIRE

» Quant à la forme, je me montrerai plus disposé à la louer. Non pas que le dialogue étincelle de traits philosophiques, satiriques ou comiques ; mais à défaut de ces qualités précieuses, le st}^le a une allure vive, animée, pressée d'aller au but, ce qui ne manque pas de charme pour nous autres Français, toujours si alTairés quand nous écoutons, et si disposés à tenir en grande estime la brièveté de ceux qui nous parlent.

» Voilà une opinion sur l'œuvre dans son application à la scène française en général ; en ce qui concerne la Gaîlé, en particulier, permettez-moi de vous déclarer que nous ferions une bien triste, bien déplorable épreuve, si nous soumettions à ce public l'œuvre de Diderot.

» Oh ! Monsieur, venez-vous si peu dans notre j théâtre que vous ayez pu vous faire un seul instant' d'illusion sur ce point 1

» Je n'entreprendrai pas de vous décrire l'esthétiqiie de notre genre. Qu'il me suffise de vous affirmer que je fais fausse route toutes les fois que je ne me borne pas purement et simplement à être le continuateur (je dis continuateur et non imitateur) des Pixérécourt, Caignez, etc.

» Toutes les tentatives engagées par moi, en dehors de ce genre, m'ont été nuisibles ou funestes.

I) Maintenant, est-ce un bien, est-ce un iTsal quU en soit ainsi?

» Au premîf'.r abord, on regrette le résultat; à une seconde réflexion, on s'en console.

» En effet, si le mouvement littéraire procédait de bas en haut, c'est-à dire de la Gaîtô à la Comédie- Française, le progrès deviendrait bientôt impossible.

La Gaîté serait Lientôt le Théâtre-Français, et le Théâtre-Français, que serait-il?

» — Tout enseignement veut d'abord des écoliers, et non une classe de professeurs. Réjouissons-nous donc d'avoir encore dans le peuple un public d'écoliers.

» C'est pour ce public, c'est pour ces écoliers que le théâtre de la Gaîté est fait. Il y a tout un enseignement relatif, et voilà pourquoi notre genre, ridicule ailleurs, est encore si bon chez nous, que certaines pièces dites progressives n'y ont pas fait le sou.

» Ceci posé, je vous offre, pour Ylvrocjne (i), tous

mes bons oïlices.

B Votre dévoué,

» liosiEi:*. »

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