‹ BaudelaireChapitre 14 sur 27 · LETTRES ÛB U. EDOUARD HOUSSA.YE · texte numérisé non relu

LETTRES ÛB U. EDOUARD HOUSSA.YE

Paris, le 3i janvier iSS^»

L*ARTisTa

Direction

j5, rue Louis le GranJ.

c Cher monsieur, » Décidément, voulez-vous faire l'étude sur Gautier; Si oui, donnez-la cette semaine; si non, je vais la faire faire par un autre ami de Gautier. » Une réponse, je vous prie.

)) Kt tout a vous. »

yk , ♦ . ce projet ae araaie dans ['Elude biographique^ p. l4o, et, plus loin, la lettre de Tisserant. (2) Communiquées par M. Albert Ancelle,

S76 CHARLCS BiiUDELAI(\2

Mardi, le i5 février iSSg.

« Cher monsieur,

» Tout est pour le mieux. Je vous enverrai votre article lorsqu'il ser*a composé et je le publierai dans Tun des prochains numéros. Théo est toujours à Saint-Pétersbourg ; on prétend qu'il revient, je n'en ai aucune nouvelle, mais il est inutile, je crois, de lui envoyer votre article qui sera pour lui une ckarmante surprise au retour (i).

» Votre très dévoué,

» Edouard Houssaye. »

lettres de victor hugo

Hauteville-House. 6 octobre 1859.

« Votre article sur Théophile Gautier, Monsieur, est une de ces pages qui provoquent puissamment la pensée. Rare mérite, faire penser ; don des seuls élus. Vous ne vous trompez pas en prévoyant quelque dissidence entre vous et moi. Je comprends toute votre philosophie (car, comme tout poète, vous contenez un philosophe) ; je fais plus que la comprendre, je l'ad-

(i) L'article sur Théophile Gautier parut dans ï Artiste du 19 mars iSSg. — V. à son sujet la lettre d'Asselineau à Baudelaire, que nous avons donnée en tète de ce chapitre, et, dans les Lettues, la lettre de Baudelaire k M. Théophile Gautier, fils (27 février 185).

APi>£ISDICB

mets ; mais je garde la mienne. Je n'ai jamais dit : l'Art pour l'Art ; j'ai toujours dit.: l'Art pour le Progrès. Au fond, c'est la même chose, et votre esprit est trop pénétrant pour ne pas le sentir. En avant I c'est le mot du Progrès ; c'est aussi le cri de l'Art. Tout le verbe de la Poésie est là. //e.

» Que faites-vous donc quand vous écrivez ces vers saisissants ; Les Sept Vieillards et Les Petites Vieilles que vous me dédiez et dont je vous remercie? Que faites-vous? Vous marchez. Vous allez en avant. Vous dotez le ciel de l'art d'on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau.

» L'Art n'est pas perfectible, je l'ai dit, je crois, un des premiers, donc je le sais ; personne ne dépassera Esch^'le, personne ne dépassera Phidias ; mais on peut les égaler, et pour les égaler il faut déplacer l'horizon de l'Art, monter plus haut, aller plus loin, marcher. Le poète ne peut aller seul, il faut que l'homme aussi se déplace. Les pas de l'Humanité sont donc les pas mêmes de l'Art. — Donc, gloire au Progrès.

» C'est pour le Progrès que je souffre en ce moment et que je suis prêt à mourir.

» Théophile Gautier est un grand poète, et vous le louez comme un jeune frère, et vous l'êtes. Vous êtes, Monsieur, un noble esprit et un généreux cœur. Vous écrivez des choses profondes et souvent sereines. Vous aimez le Beau. Donnez-moi la main.

« Et quant aux persécutions, ce sont des grandeurs. — Courage I (i) »

(i) Cette lellre a paru, comme on sait, en tète de là

37S en.UlLES BAUDELAïaS

Hauteville-house, 29 avril 1860 (1),

« Vous m'avez envoyé, cher poète, une bien belle page ; je suis tout heureux et très fier de ce que vous voulez bien penser des choses que j'appelle mes dessins à la plume (2), j'ai fini par y mêler du crayon, du fusain, de la sépia, du charbon, de la suie et toutes sortes de mixtures bizarres qui arrivent à rendre à peu près ce que j'ai dans l'œil et surtout dans l'esprit. Gela m'amuse entre deux strophes.

» Puisque vous connaissez M. Méryon, dites-lui que ses splendides eaux-fortes m'ont ébloui. — Sans la couleur, rien qu'avec l'ombre et la lumière, le clairobscur tout seul et livré à lui même : voilà le probicme de l'eau-forte. M. Méryon le résout magistralement. Ce qu'il fait est superbe. Ses planches vivent, rayonnent et pensent II est digne de la page profonde et lumineuse qu'il vous a inspirée (3). Vous avez en vous, cher penseur, toutes les cordes de l'art ; vous

plaquette : Théojihlle Gautier {i8bg). Baudelaire l'avait sollicitée à deux reprises; se figurant qu'elle aiderait puissamivent au succès de son essai, il était fort désireux de l'obtenir. (V. ses Lettres, 36 mars, 7 août, 19 septembre, I" octobre 1809 ) — On se rappelle que nous avons donné, dans I'Etude biographique, une première lettre d'Hugo, écrite au lendemain du procès des Fleurs, (i) Publiée dans les Soiivenirs-CorresiJondances, (3) Salon de 1809, Œuvres complètes^ II, p. 338. (3) /6ici,. p. 336.

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démontrez une lois de plus cette loi, que dans un artiste le critique est toujours égal au poète. Vous expliquez comme vous peignez, granditer,

» Je vous serre la main. »

Bruxelles, 10 avril 18Ô1.

« Monsieur,

» La petite bibliothèque de Hauteville-house vous remercie ; elle a désormais votre -beau volume complet. Je ne puis vous dire à quel point ce gracieux envoi me touche.

» Me voici voyageant ; on m'a cru très malade cet hiver, mais le changement d'air me remet ; je vais d'horizon en horizon, je quitte l'Océan pour la terre ; je cours à travers monts et vaux, et la grande nature du bon Dieu me guérit.

ît Votre poésie aussi est un dictame.

C'est elle qui a commencé ma guérison.

» Les vers calment et charment. Je vous rends grâce et je vous serre cordialement la main.

» Victor Hugo (i). »

(i) Cette lettre, à la différence des précédentes, ne 'igure pa? dans le recueil Victor Hugo^ Goukesfondance, qu'ont édité MM. Calmann Lévy (1898, m-b") ; nous devons à M. Ancelle sa communication, et à M. Georges Hugo l'autorisation de la publier.

Sur les rapports de Hugo et do Baudelaire, v. nos notes des p. 5o et 167 l'incident causé par l'article de Jean Rousseau {Figaro, G 1 13 juin 1 858) et, passim, les Lettres, principalement an.* années 1859, i865,i8()6. Dans celles-

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