‹ BaudelaireChapitre 16 sur 27 · BILLETS DE U. PAUL MEURICE · texte numérisé non relu

BILLETS DE U. PAUL MEURICE

Vendredi 80Îr[i86i,]

« Mon cher Baudelaire,

» Vous avez demain une place dans la loge de ma femme pour la première des Funérailles de l'Iion^ neur (2).

» Loge de balcon, n* ig.

» Voulez-vous bien nous faire l'amitié de venir dîner avec nous, — à 6 heures ï/4, — nous pourrions partir ensemble.

»6ien à vous.

» Si vous êtes libre lundi, mon cher amî, venez donc dîner avec nous et Vacquerio.

B A vous.

» Paul Meurice. 9

(1) Communiquée par M. Albert Ancellc.

(3) Drame d'Auguste Vacquerie, représenté au théâtre de la Porte Saint Martin, en 1861. — V. plus loin la lettre d'Auguste Vacquerie.

40a CU4RLBa evUDELAIUS

LEITAEâ DE UA.DAMË PAUL MEURICE (l)

f Je m'étais imposé de ne pas vous inonder de mes réponses, mais... ; il survient toujours un mais, pour, trioiTipher d'une résolution difficile, et ce maïs avaitj l'habileté de se présenter à moi avec l'apparence de vous être bon à quelque chose. Le lundi qui a suivi ma première épître, la conversation ci-après avait lieu devant moi, entre mon mari et le représentant de la mai-j son Lacroix Verboecke...(2) (vous parlez de mots impossibles, en voilà an qui me trouble, rien qu'à le lire;]

(i) Lettres publiées par M. Féli Gautier dans ses Docu-' menls sur Baudelaire [Mercure de France, ï5/3 1906). V. les lellres de Baudelaire à M™' Meurice, 3 janvier et 34 triai i865, et aussi la lettre à Malassis du i5 décembre i86î

Dans les premiers temps que Baudelaire fréquentait dans le salon de l'avenue Frochot, ses rapports avec M"" Meurice n'avaient été rien moins que sympathiques. « M"' Meurice rencontra une fois Baudelaire, qui avait un crêpe à son chapeau, — me contait l'autre soir M. Troubat, — et lui dit : « Est-ce bien sincère, ce crêpe? N'est-ce pas un simulacre de deuil ? Avez-vous réellement perdu un de vos parents ? »

Avec le temps cependant, M°*' Meurice avait reconnu quelles hautes vertus s'alliaient à tant de faiblesses dans la nature quelque peu déconcertante du poète. Et une grande, compréhensive et sincère amitié avait succédé à la défiance peu déguisée.

(a) Lacroix- Verboeckhoven*

•*il fallait le prononcer, grand Dieu !) : « Que publiez' vous, que publlerez-vous ? demandait mon mari. — « Des incplies pour la caisse, contre la caisse, la traduction d'un beau livre, le Melinoth, de Malurin. — De qui la traduction ? — De Judith {da Théâtre français). «Grimaces très significatives de mon mari. — Pourquoi navez-vous pas demandé celte traduction à Baudelaire ? La/, seul^ pouvait la bienfairey etc., etc.» Vrai, mon mari a été très gentil, et j'ai regretté que vous n'entendiez pas tout ce qu'il a dit de vous ; vous auriez pardonné certaine boutade. — Guérin a expliqué l'ailaire : Judith proposant à Lacroix Verboucke la traduction d'un infime inconnu, un Maturin ; et Lacroix acceptant, dédaigneusement. Donc, impos- . sibilité de donner à César ce qui appartient à Judith. J'avais envie de vous mettre au courant de cette affaire, et de vous engager à aller trouver Lacroix ; qui sait si on ne serait pas parvenu, dans l'intérêt de tous, à mettre Judith de côté ? Vous ne me répondiez pas, je me suis intimidée, et j'ai gardé le silence, aussi. Hier, Guérin, que nous avions gagné à vous, et inquiété sur Judith, est revenu nous voir, et a reparlé de Melmoth. Il a effrayé la malheureuse sur la tâche qu'elle a prise si légèrement, et lui a inspiré le désir de votre collaboration ; cela irait tout seul, si vous n'étiez à Bruxelles. Que diable faites-vous en Belgique? car, vos raisons sont si mauvaises I Mon mari a insisté pour qu'il y ait une préface de vous. Est-ce préface, est-ce introduction, est-ce notice qu'il a dit, je ne me rappelle pas ; enfin, quelque chose de vous en tête de l'ouvrage. Gela est dans l'intention de la Judith : mais,

^04 CBÀRLBg BAUDILAIBI i

VOUS êtes à Bruxelles 1 — J'ai dit. Vous voilà au faîtj voyez si le cœur vous en dit ; voyez Lacroix Ver- i boecken ; et, si cela est nécessaire, Guéria et mon mari vous appuieront. i

» Maintenant, cher Monsieur, comme je n*aî paslaîssé I lire à mon mari tout ce que vous m'avez raconté pour ( distraire ma triste vie, il ne doit pas se douter que jo ( vous mets directement dans la confidence de ces con- [ versations. Mettons, si vous voulez, que j*ai raconté |ii cela à Manet ou à Bracquemond, et que c'est l'un d'eux qui vous a écrit.

» Ah I pendez-vous : il y a eu une soirée chez Ma< net, et vous n'y étiez pas I Tout le monde, en grande i tenue. La corn mandante i peu vêtue, mais de satinj avait des remparts, des tours, des balistes. des cabestans d'argent, sur la tête, le cou, les bras. C'était très . militaire, et Polyle triomphait. La S... avait cet éclat y emprantéy dont elle a Fart de peindre, etc., plus une coinure grecque, qui allait à merveille à sa jolie tête, i M"" Aubry absente. M"' Brunet, absente. M""* Marjolin, absente ; mais, des dames inconnues, brunes, blondes, se pressaient dans le salon. Les hommes, vous les connaissez tous, timides comme des poisson» rouges, pudiques comme des éléphants, ou sauvages comme des ours ; ils ont résolu de nous fuir comme des pestiférées, et se sont installés dans la salle à man- > ger. »

» Manet allait des unes aux autres, dans le fallacieux espoir d'un rapprochement. La musique les attirait un instant ; puis, après, ils se sauvaient, tant qu'ils pouvaient. 11 y a eu trêve au moment du thé ; on s'^ft

réuni pour manger des pâtisseries exquises, et boire jdes inlusions enivrantes. Mais, la cigarette a de nouveau séparé les deux partis. Cependant, M°** Manet h joué comme un ange ; M. Bosch a gratté sa guilare, comme un bijou ; Chérubin-Astruc a chanté ; la commandante Thérèse a chanté aussi. Je vous parle de h commandante, parce que, si vous ne vous intéressez pas à elle, elle s'intéresse à vous ; et cela revient au nême.

» Nous nous sommes séparés, à regret, à 2 heures du matin. Oh I l'horrible temps au dehors, la pluie, la leige, le froid, le noir, brrr ! je suis gelée, quand je n'en souviens; même là, au coin de mon feu où je iuis si bien. Vous l'avez abandonne, déserteur que vous tes. Je voudrais bien ne pas vous regretter, et faire îomme Paris, qui commence à prendre son parti do 'Otre absence ; mais non, je ne peux pas. Je ne paronnerai jamais à ce grand dadais de Stevens de vous voir envoyé boire la bière de sa patrie, c Moi aussi, je vous serre vigoureusement la main. »

ri865.] « Cher monsieur,

» Manet dit que vous me demandez. Eh bien I me )i]à ! — Comme il m'ennuie de ne pas vous voir, je

ofite vite de votre appel pour causer un instant avec )us. — Mais, qu'attendez-vous? que me voulez-vous? * quoi désirez- vous que je vous parle? Depuis quelque

4t6 CBARLEl SAUDBLAïaB Si

temps» la vîe est d'une monotonie écœurante. Je môf lève, je vais, je viens, je lêve, je me mets en colère, I: je m'en repens, je ne sais si j'aime ou si je déteste l'hii- ' «manité, variant entre ces deux opinions vingt fois à i l'heure : je prie mon Dieu, à moi, qui ne ressemble^ guère au vôtre; est-ce que je lis? — Quelquefois^ quand vous m'envoyez un bon livre ; je me demande le soir si, dans ma journée, j'ai été une bonne ou une^^ méchante femme; je prends de bonnes résolutions que, le lendemain, j'ai trop de peine à tenir; puis, la journée*' finie, je m'endors. C'est à recommencer tous les jours, toutes les semaines, etc., etc. Yous voyez qu'il n'y a là • aucun petit coin intéressant pour vous. Non, vraiment, '' il ne se passe rien de racontable autour de nous. Quoique habitant Bruxelles, vous connaissez Paris mieux que moi, bien sûr. Vous savez ce qui s'y dit, s'y écrit, s'y passe, s'y publie. Vous avez vu notre Exposition de peinture par des yeux meilleurs que les miens. Vous lisez tous les feuilletons qui en parient, que pourrais-je en dire? Je n'ai même plus la possibilité d'exei cer sur Cabanel ma verve satirique, j'arriverais apr About et Saint- Victor, qui ont tout à fait gâté le mi tier. Ce Saint-Victor, surtout, quel feuilleton de por-i tière 1

» D'ailleurs, je ne suis allée au Salon qu'une fois; il faut vous dire que, depuis le 2 mai, je suis comm«I" qui dirait malade. — Un anthrax, — bénin, dit \i^ médecin. Je le prétends fort méchant; car, il m'a fair" beaucoup soullrir et m'empêche de sortir. J'ai voulw^ tâter de la maladie ; j'ai cru que j'allais ramener un peu d'intérêt sur moi. liélas 1 je n'ai point pùli, je n'ait"^

il:

AFPKKB}€B h9^

♦oînt maîgrî. Loin de s'apîtoyer sur ma santé, on m'a aissée seule avec ma fièvre. Foin des hommes I Foin kes amis I lorsqu'on gémit, ils vous plantent là. Donc, ;3 me soigne ; donc, je veux guérir. Vive la santé 1

ive aussi l'homéopalhie, qui soigne proprement, jvec une simple cuillerée d'eau distillée.

» Pendant que je vous écris, j'entends le chemin de 2r,qui file vers Bruxelles.Voilà-t-il pas une jolie inven- :on que cette grosse mécanique, qui rue, renifle, pour emporter, rapporter, tous les jours, des milliers d'indifpreiitSjà des milliers de kilomètres, et qui n'a pas l'in-

lligencede vous enlever do cette satanée Belgique, où p suppose que vous ne vivez qu'à moitié, pour vous renre à vos amis, éplorés de votre trop longue absence.

ui, va, stupide machine, siffle-toi, siffle ton inutilité, file ceux que tu portes, siffle aussi celui que tu laisses,

îsqu'il se plaît loin de nous. Ah ! si vous étiez à Paris, pus viendriez fumer votre cigarette dans mon pot de eurs ; — mon jardin, vu sa petitesse, ne mérite pas 'autre nom. J'y suis souvent assise, comme, la prelièie fois que vous êtes venu me voir, vous souvenez- 3US? — Mon mari a fait un voyage en Italie ; depuis u'il est revenu, il va souvent à la campagne... dîner.

» Quand il exécute sa fugue pastorale, je dîne seule, ite-à-tête avec celui-ci, ou celui-là. — Je vous ai eu uelquefois ; vous ne vous en êtes probablement pas perçu. Venez donc, de ces dîners illusoires, faire des jîners réels ; nous causerons après, je ne puis causer ju'avec vous, vous seul savez me faire croire qu'on eut ne pas s'ennuyer à parler d'autre chose que de la politique. La République, la lune, qu'est-ce que cela

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me fait ? en quoi cela m'intéresse-t-il I elles sont aussi impossibles à connaître, l'une que l'autre.

» Je suis insultée tous les jours, et par tout le monde, pour mon courage à défendre Manet(i); venez donc me donner un coup de main.

» Mon Dieu 1 qu'il y a longtemps que je ne vous ai agacé, avec ma révérence ! je vous la fais, tant je suis mécontente de vous : ne pas revenir, ne pas m'écrire, ' ne plus avoir d'amitié pour moi, c'est durl et vous croyez que je vous aime, que je vous souris, que je Yous donne la main, oh 1 nenni, dàl »

t Si, cher Monsieur, je vous écris ; et je le fais, sans en être embarrassée (2). Ce n'est point mon esprit qui a la prétention de vous répondre, c'est ma simplicité et ma bonhomie habituelle». Dès que j'ai reconnu, à l'adresse, votre écriture, j'ai éprouvé une vraie joie; et je vous le dis tout de suite, pour vous en remercier. Le timbre de Bruxelles m'a un peu attristée ; vous êtei toujours loin de nous ; mais, vous pensez à moi, quelquefois, et vous avez eu besoin de me le prouver aujourd'hui; cela ne mesufiit pas, mais me ferait prendri patience.

» J'ai souri d'abord en lisant vos folies ; en les reli-

(i) V.plui i>auL les lettres de Manet,et,dans les Lkttrci la réponse de Baudelaire à M"* Meurice, !i6 mai i865 (aj V. la lettre de Baudelaire, du 6 janvier i865.

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sant, j*ai éprouvé comme une espèce de pi lié ; ne vous rebifi'ez pas, cette pitié n'a rien de blessant, au contraire. Me suis-je trompée, il m'a semblé que vous avez une souffrance, et que vous auriez eu le désir de me la raconter. Mais votre défiance, votre fierté vous ont retenu de le faire ; avec moi, c'est mal. Vous devez me connaître assez, pour savoir que je ne ris pas toujours, et que je suis votre vieille amie.

» Voyons, que faites-vous à Bruxelles? Rien. Vous y mourez d'ennui, et ici on vous attend impatiemment. Quel fil vous lient donc, par l'aile attaché, à cette stupicle cage belge? Dites-le-nous simplement. Le petit groupe qui vous regrette tant, ne demanderait pas mieux que d'aider à couper ce fil, si c'est possible. Que faut-il? Est-ce une passe? Nous l'aurons. Faut-il vous faire réclamer par la police, ou la force armée ? Encore une fois, revenez-nous, vous nous manquez. Manct, découragé, déchire ses meilleures études ; Bracrjaemond ne discute plus ; j'éreinte mon piano, espérant que les sons arriveront jusqu'à vous et vous attireront. Nous faisons de la musique tous les quinze jours, chez moi. Les loups ne sont pas admis. Je suis maîtresse seule, et ma royauté absolue n'a pas de sujets rebelles. Venez, votre absence est la seule ombre de ces petites réunions. Elles ont été organisées au moment oii circulait le bruit de votre retour, nous y avons cru, et nous nous sommes rassemblés, pour vous attendre. De temps en temps nous crions comme les sentinelles dans la nuit : Baudelaire ne vient pas ! et il se fait un noir silence. Vous manque! aussi, savez- cr'XSt à votre dévouement pour W^agner.

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En musique, chacun, ici, a son adoration; dame! je fais ce que je peux : à Manet, il faut Haydn ; Beetho^ ven à Bracquemond ; Hœndel à Cbampfleury ; Fantin lui-même a son Dieu; Schamann. Venez, et je joue Wagner (i).

I) J'ai fait connaissance avec deux femmes qui vous regrettent. J'ai trouvé l'une, jolie, l'autre conquérante, toutes deux bêtes diversement ; mais, il est convenu que les femmes n'ont pas, et ne doivent pas avoir d'esprit. La Japonaise du pays latin voudrait bien vous rendre ce que vous lui avez confié. La commandante fait présenter les armes à son mari, cbaque fois qu'on prononce votre nom. Je l'ai vue, le jeudi soir, chez la mère Manet qui, elle aussi, a des regrets pour vous.

» Que puis-je encore vous dire, pour que vous compreniez combien il est indispensable que vous arriviez? — Ah I j'allais oublier une grave question que seul, vous saurez décider. Faut-il que je reprenne mes bandeaux, ou dois-je persister dans certaine coiffure que j'essaie, peut-être en souvenir de vous ? Une manière de cheveux relevés, en coques, sur le sommet de la tête, avec des boucles qui descendent vers le front, laissant les oreilles et la nuque à découvert.

» Et ma robe Robin des bois, garnie de cornalines, sans le plus petit pli sur les hanches I Et ma robe de taffetas vers, à t habit d'incroyable, et celle de i5/i6

(i) Baudelaire ne devait jamais retourner chez M"*" Meurice. Mais, quand on le ramena, mourant, à Paris, M"' Meurice alla à lui ; et, pour distraire sa lente agonie, elle lui « jouait Wagner ».

APPENDICE 4l 1

blanc, brodée par feue mon arrière-grand'mère ! tout cela vous attend.

)) Est-ce qu'il devrait en falloir tant, quand je dis : « Venez, mon amitié reconnaissante de ce que vous avez été pour moi, lorsque mon cœur débordait d'amertume et de chagrin, — mon amitié calme, sereine et forte, aujourd'hui vous appelle et vous tend les mains.»

» Ecrivez-moi vite ce qui vous retient, ou prenez le chemin de fer, et arrivez.

» Si vous étiez gentil, vous sonneriez samedi à ma porte ; nous dînons à 7 heures. C'est le jour de notre musique : vous seriez là pour recevoir les amis, ébahis et heureux de vous revoir.

» Plantez là les Belges, tous filous, pour lesquels j'ai un tel mépris, et tant de haine, qu'aucune considération, fût-elle consciencieusement honnête, ne me ferait rester vingt-quatre heures chez eux.

» Malgré moi, je vais vous attendre, samedi ; étonnez-moi, étonnez-nous tous, en arrivant.

» Je ne vous souhaiterai la bonne année que de vive voi?c et par une poignée de main bien sentie. Et votre livre, dont il faut que je vous remercie I

» E. P. Meurigb. »

LETTRE DE PAUL DE MOLÈnES

« Mon cher ami,

» J'ai reçu votre lettre et je n*a: pas besoin de vous

dire ( UP votre protégé (i) sera le bienvenu auprès de

{i) 1. s'agit ici d'Albert Glatigny, qui d'ailleurs ne re-

4ia aMARLEl BAUDBLAIkB

moi. Je crains seulement de ne pas lui être bien utile. Le jour où je deviendrai chef d'escadron, je cesserai probablement d'appartenir au 6* lanciers, et même si je reste à ce régiment, je ne pourrai pas enlèvera votre poète les aspérités de la vie militaire à ses débuts. Enfin, je vous le répète, il sera le bienvenu, et s'il a une intelligence digne de votre amitié, je lui donnerai quelques conseils (non point littéraires mais guerriers), dont il pourra faire son profit.

» Je vous remercie de vos bonnes intentions à mon endroit. Ce que vous direz sur moi (i) me sera agréable, j'en suis sûr. Vous êtes touché par les choses qui me remuent ; et pour marcher sans nous perdre dans ce grand labyrinthe de l'art, nous prenons parfois les mêmes fils entre nos mains. J'attends donc avec confiance votre critique et vous en remercie dès aujourd'hui.

» Je vais publier mes commentaires d'un soldat sous peu. Le mois prochain probablement je ferai pa-

joîgnit jamais le 6* lanciers. Cette IcUre est en réponse à celle de Baudelaire, en date du la mai 1860, dont nous avons parlé à propos de la rectification de M"* la comtesse de Molènes (Appendice, IX).

(i) Baudelaire parle souvent dans sa correspondance d'un grand article sur les Dandles, où il aurait Iracé notamment un médaillon de Paul de Molènes. Nous ne savons pas que cet article ait jamais été publié ni même écrit, quoique son auteur l'ait proposé à Dutacq dans une lettre du 2 décembre i863. Mais letude biographique de La Fizelière et Decaux, attribue à Baudelaire, S 83, un article nécrologique anonyme : Pau/. G. de MoLÈNBi, publié par la Revue anecdolijuet n** a de mars 1862,

▲PPExNDICI 4l3

raître l'Ilalie dans la Revue des Deux-Mondes \ puis je livrerai b tout à l'impression du volume.

» Envoyez-moi le plus promptement possible le livre dont vous me parlez. Tout le temps que je ne passe pas à cheval, dans cette garnison excentrique de Maubcuge, je l'emploie à la lecture. Vous savez combien j'aime votre tour d'esprit. Vous avez ce don du nouveau qui m'a toujours paru chose précieuse et je dirais presque sacrée. A ce sujet j'ai conservé toutes les passions de ma jeunesse, toutes les ardeurs dont sont nés Valperi et Briolan. Je corrige en ce moment même les épreuves de ce dernier livre qui reparaît avec Tréjleur sous le nom à' Aventures du temps passé. Dites, je vous prie, à Lévy, de vous donner ce volume aussitôt qu'il sera paru, vous y trouverez des choses qui vous plaisent.

» Adieu, mon cher ami. ou à revoir; bientôt, je Tespère, nous nous retrouverons dans cette grande vallée de Josaphat qui s'appelle Paris. Si je dois y passer un mois de suite, l'automne ou l'hiver prochain, je vous le ferai savoir. Je jouirais avec d'autant plus de plaisir de votre entretien, que je vois à l'horizon bien des choses.

» Si votre lancier est animé des sentiments que je lui souhaite et dont il trouvera le foyer en moi, j'espère qu'il pourra faire un bon usage de sa lance.

> Mille amitiés,

D Paul de Molènes. »

14 nti 18O0.

4l4 CHARLES BAUDILAIRB

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