‹ BaudelaireChapitre 18 sur 27 · LETTRE DE PONSON DU TERRAÏL · texte numérisé non relu

LETTRE DE PONSON DU TERRAÏL

t Mon cher monsieur Baudelaire,

I) Je dois aller à Paris pour peu de jours. Je verrai M. Anicet et croyez que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour être agréable à M"* Daubrun (2). L'impossible seul m'arrêterait, et encore, dit-on, ce mot n'est-il pas français.

» Je vous remercie, mon cher monsieur Baudelaire, d'avoir songé à me compter au nombre de ceux qui peuvent vous être agréables et je vous prie de me croire votre tout dévoué.

B Comte PoxsoN du Terrail. » Gravant, le 6 novembre 5g.

(i) Ange Pechméja, auteur de Jeanne, drame en 3 actes, et Poésies nouvelles (Paris, Dentu, iSbg, in-12) ; de Rosalie, nouvelle (Paris, Franck, 1860, in- 12), et de VOEufde Kneph (Bucharest, imp. G. Bolliac. 1864, in-8').

A en négliger la d.ite, on croirait cette lettre de celles auxquelles Baudelaire pensait quand il écrivait (8 février i865) : « Je reçois de fort loin, et de gens que je ne connais, des lémoignages de sympathie qui me louchent beaucoup. »

(a) V. plus loin une note sous la lottre de Gborge SA^D»

âiETtilES DE P01ILI>T-MALASS1S

(Du i5 tu 17 juin îSSg.)

« J'allais me mettre à vous écrire quand voire lettre est arrivée, d'autant que j'ai reçu ce matin l'ordre de me constituer prisonnier dans les vingt-quatre heures. J'entrerai demain dans ces belles tours qui sont au coin de la place (i), et on m'assure que j'y aurai une bonne chambre et la permission d'aller m'asscoir, comme un Turc, sur leur sommet, quand cela m'amu- Bera.

» Comme je n'ai pas le sou, ainsi que vous l'avez si judicieusement pensé, je refais traite sur vous à trois mois de la somme de /ioo francs...

» Je vois avec bien du plaisir que vous utilisez votre temps. Vous m'aviez dit des vers de la belle pièce que vous m'envoyez achevée (2)... et je crois me rappeler qu'il y a longtemps vous m'aviez entretenu de ce projet de nouvelle d'un homme qui délibère s'il découvrira ou ne découvrira pas la conspiration dont il a

(1) A Alençon.

En janvier, Poulet-Malassis s'était vu condamner à un mois de prison pour avoir publié les Mémoires du Duc de Laiizun en y rétablissant des passages supprimés dans les éditions antérieures, et que Ift tribunal avait jugés diffamatoires pour la mémoire de certaines contemporaines du brillant libertin. ~ Catte lettre répond à celU d« Baudtlair», du 13 juin 1859.

(2) Le Voymge.

4lS CHaRLBS BAUDELAIRE

surpris le secret. J'admire votre persistance dans vos projets, surtout quand elle aboutit comme dans le cas présent (i). Votre activité actuelle réjouit tous vos amis...

» Je ne vous apprendrai sans doute pas que Nadar, m?tidé par l'Empereur, est nommé commandant du régiment en voie de formation des photographes balonniers. Que s'est-il passé entre l'Empereur et Nadar ? les détails de cette entrevue m'intéresseraient plus que ceux de l'entrevue de Tilsitt.

» Vous me demandez des nouvelles de la vente du livre du général Schœnhalls. Elle va assez bien. On a écoulé depuis un mois la moitié d'un tirage de i5oo. Du reste la librairie se ressent moins que je ne le croyais de l'inquiétude des circonstances. Nous venons démettre en vente le Saint-Just de Hamel, un volume billot de 600 pages avec deux portraits. Le livre est du dernier médiocre, mais curieux en ceci qu'il se compose par moitié de citations de Saint-Just et que tous les faits calomnieux mis à la charge de Sain't-Just par les écrivains de la réaction y sont discutés pièces en main à sa décharge. C'était réellement un homme bien extraordinaire que ce Saint-Just, une grande âme, une intelligence vaste, à tous égt.rds très supérieur à l'incorruplible, et, après avoir lu ce livre, si piètre qu'il soit, on conclut avec le père Michelet qu'il eût été le seul homme de la révolution de taille à balancer Bonaparte. Vous savez qu'ils étaient du même âge.

(i) Ce projet n'a jamais abouti, à notre connaissance.

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