‹ Baudelaire; l'homme et le poèteChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Les premières années de liberté. — a) Le voyage aux Indes, p. 39. — b) Le retour à Paris, les dettes, le conseil judiciaire, p. 43. — c) Le travail, premières productions, découverte d'Edgar Poe, p. 46.

II. Les idées politiques. — a) Mépris des républicains, p. 49. — b) Baudelaire républicain, p. 50. — c) Retour à Uarisiocratisme, p. 53. — cl) Le sentiment des humbles, p. 55.

III. Les idées religieuses. — a) Baudelaire était-il croyant "i p. 58. — b) Le rôle du prêtre et Joseph de Maistre, p. 60. — c) La prière, p. 63. — d) Le péché originel, p. 64. — e) La poésie religieuse de Baudelaire, p. 67.

IV. L'idéal. — a) Publication des Fleurs du Mal, p. 72. — b) Célébration du poète, p. 75. — c) 2'héorie de la Beauté, p. 78. — à) La nature et les correspondances^, p. 80. — e]ZAdée synthétique de Vidéal^ p. 83,,

§ 1. Les premières années de liberté

Le dandysme fut pendant longtemps une foi solide dans l'ame mouvante de Baudelaire. A l'origine, la conscience d'avoir choisi la bonne

attitude, ses premiers succès féminins et l'admiration de ses camarades, excitant son mépris ancien pour le général Aupick, le rendirent ingouvernable. Un de ses amis résumait ainsi la situation : « Le général ne le comprend pa il ne comprend pas le général, sa mère pleui et lui rugit. » Mais il restait encore en pursance du tuteur ; le général décida d'user de lamanière forte et de l'embarquer sur un bateau marchand. Puisqu'il ne voulait pas devenir fonctionnaire, on en ferait un commerçant.

Charles ne résista point. Après tout, ce vovcTl mettait de l'imprévu dans sa vie. Il n'avait pas encore contracté cet attachement de vieux célibataire au boulevard parisien, qui sera un d' caractères de sa maturité; il subissait vole tiers (( le charme infini et mystérieux qui giL dans la conlemplalion d'un navire, et surtout d'un navire en mouvement », il connaissait vaguement l'Orient par Chateaubriand et asi rait peut-être à posséder d'autres femmes qn les Louchettes de la rue Saint-Antoine, d pourquoi il se laissa embarquer à Bordeaux bord du capitaine Saur, un ami de sa faniill qui faisait voile pour Calcutta (mai 1841).

Cet événement si mince a été un des fon<l ments de sa légende. Maxime du Camp a racon dans ses Souvenirs littéraires, avec force inexa titudes, que ce départ fut précédé d'une soi de rixe entre le beau-père et le beau-fils; qn

Charles Baudelaire était parti pour fournir de bétail Tarmée anglaise des Indes ; qu'il a écrit des vers en se promenant à dos d'éléphant, et qu'il a rapporté d'Orient une quarteronne qui est restée sa maîtresse. Baudelaire lui-même se plaisait à égarer ses amis par les relations les plus fantaisistes de ses aventures. C'était chez lui à la fois mystification volontaire et déformation involontaire des souvenirs. Il aimait, on le sait, à donner la chair de poule. Aussi, les supplices dont, à l'entendre, il se serait trouvé victime à bord du capitaine Saur — il fut au contraire traité avec beaucoup d'égards, — ses épreuves comme « pilotin » qui faisaient « frémir » ses amis sont-ils du même domaine que les autres exploits de Baudelaire cannibale, parricide, etc., — qu'une légende entretenue par lui nous a rapportés. Par contre, si on relit l'écrit intime intitulé Note autobiographique S on est interdit d'apprendre qu'il a fait deux voyages sur mer (il n'en fit qu'un), qu'il visita Malabar, Ceylan et le Cap — (il n'y aborda point) et qu'il y a exécuté des « promenades heureuses » (il ne toucha qu'à Maurice, et s'y ennuya fort). Il y a plus que des souvenirs infidèles : il y a véritable hallucination rétrospective, et, n'était la forme, on pourrait rapprocher cette note, d'allure autobiogra-

phique, des poèmes écrits dans le déroulement d'une rêverie.

Mais nous avons un document sérieux qui émane d'un homme pondéré, et fait à l'époque même des événements qu'il raconte : c'est la lettre du capitaine Saur au général Aupick, alors commandant l'Ecole militaire à Paris (14 oct. 1841). Elle respire une grande dei rence à l'égard du général et cette déférence garantissait son beau-fils de toute brutalité. Le capitaine constate avec regret, le dédain que (( M. Baudelaire » a montré pour toute occu]' tion à bord, pour les passagers tant civils qi militaires, et surtout pour les idées moralprofessées par eux : « Ses expressions tranchantes sur tous les liens sociaux, contrair» aux idées que nous étions habitués à respecl» depuis l'enfance — Baudelaire faisait rougir un loup de mer I — pénibles à entendre de li bouche d'un jeune homme de vingt ans et dai gereuses pour les autres jeunes gens que non avions à bord, venaient encore circonscrire s» rapports de société ». En somme, Baudelaii restait fidèle à son rôle de dandy égaré à bor d'un vaisseau marchand ; son orgueil et soi dédain des hommes n'en faisaient que s'a( croître. Le voyage fut dilîicile, le vaissean (lémàté par une tempête; Baudelaire n'étaiî point lâche, mais il aimait ses aises : lavenlure acheva de le dégoûter. A Maurice, où l'oi

parvint enfin, il s'ennuya tellement que le capitaine eut pitié de lui et décida de le renvoyer à Bordeaux. Ainsi le voyage fut marqué par une tempête et eut pour point final un mouillage à l'île Maurice. Nous verrons quel merveilleux parti son imagination, plus tard, tirera de cette brève donnée. En février 1842, Charles retrouvait son cher Paris.

Heureusement pour lui, il allait être majeur. Il échappait au mécontentement du général Aupick : il pouvait même lui demander des comptes. On lui remit sa part d'héritage : 75.000 francs, en argent ; il était pressé de jouir.

Pauvre Baudelaire ! Vingt et un ans, « un goût excessif des plaisirs » — le mot est de lui, — un idéal de dandy et 75.000 francs de capital 1 N'est-ce pas le lieu de lui appliquer les vers de Rolla :

« Il prit trois bourses d'or, et pendant trois années, 11 vécut au soleil sans se douter des lois... »

Et de fait, il eut trois années à peu près tranquilles. Libre de vivre à sa guise, changeant très fréquemment de logis — au moins quinze fois en seize années, — sans souci des déménagements coûteux, il put déployer dans la

décoration de son petit intérieur les goûts « baroques » que son entourage lui attribuait déjà. Ainsi, quai d'Anjou, dans cet hôtel Pi modan où Gautier le rencontrera vers 1849, chambre principale, à laquelle on accédait par un escalier de service à rampe de bois, était (( uniformément tendue sur les murs et au plafond d'un papier rouge et noir, et éclairée p. une seule fenêtre dont les carreaux, jusqu'îJM pénultième inclusivement, étaient dépolis Son ameublement était bizarre : « deux ou tro coucous battaient sur les murs ». Baudelaii était heureux de la surprise que cette instalhition provoquait chez le visiteur.

Son souci de la toilette persistait. Il était beau, ou du moins captivant d'aspect ; Banville a tracé de lui un portrait dithyrambique qui commente le tableau peint en 1844 par Em. Deroy ; Gautier l'a dépeint, quelques ann( ' plus tard, mais à une époque où sa jeunesn'avait pas perdu son éclat : « les yeux, coi leur de tabac d'Espagne, avaient un regai spirituel, profond, d'une pénétration peut-èl un pou trop insistante ; quant à la boucli meublée de dents très blanches, elle abritai! des sinuosités mobiles, voluptueuses ou ir^ niques comme les lèvres des figures peintes par Léonard de Vinci : le nez fin et délicat, un peu arrondi, aux narines palpitantes..., le cou. d'une élégance et d'une blancheur féminines

Son costume, qu'il renouvelait souvent, était « le déshabillé le plus habillé et l'habillé le plus déshabillé du monde » * et je ne parle pas des mystifications, comme l'habit bleu à boutons de métal semblable à celui de Goethe, dont il feignit un jour de commander une douzaine, ou la blouse démocratique, dont il alliait bizarrement le port à celui des escarpins vernis et des pantalons à sous-pied.

Combien coûtait cette vie? Escarpins, habit bleu, gants rose pâle et le reste de l'attirail, — bouquets prodigués aux modistes *, — soupers chez le père Lathuille, où il se plaisait à régaler ses amis \ louis quelquefois perdus au jeu, — et par-dessus tout, ignorance et dédain profonds des affaires d'argent qui firent de Baudelaire le type du fils de famille victime des usuriers, — tout cela lui dévora, en trois ans, 30.000 francs environ, dont il se reconnut débiteur, ce qui ne veut pas dire qu'il les ait touchés réellement. Baudelaire n'avait pas donc fait de grandes fohes; il faut se rappeler le caractère véniel de ses péchés de jeunesse pour comprendre l'amertume et l'indignation sincère qui rempHront le reste de sa vie, au spectacle des conséquences irréparables de ces péchés. Pour rinstant, quand on apprit qu'il engloutissait son petit avoir, In famille poussa les hauts cris

et le dota d'un conseil judiciaire en la personne de M. Ancelle (sept. 1844).

M. Ancelle était un bourgeois patient et bon; une image infiniment adoucie de M. Aupick, puisqu'il supporta toute sa vie les impertinences de Baudelaire ; mais, en somme, de la même race morale que le général : homme d'ordre et de devoir. Il jugea parfaitement le caractère do Charles : un brave garçon sans volonté, et, p» suadé qu'il dépenserait jusqu'à son dernier sou sans acquérir des habitudes de vie régulière, il se montra toujours envers lui méfiant et méticuleux. Baudelaire s'enflammait, et lui écrivait des choses très dures, que le bon Ancelle supportait avec une modération angélique.

Voici Baudelaire réduit à une pension de 200 francs par mois, à peine suffisante pour le faire vivre seul ; contraint déjà de réfréner ses habitudes d'élégance, ou de se procurer de l'argent par les moyens les plus variés. — Il semble avoir simulé un suicide le 30 juin 1845 afin d'impressionner les siens et de les pousser à payer ses dettes les plus criardes. — 11 chercha un dérivatif dans une vie intellectuelle très a^'live.

AvHiil >oii vus.jgi' .iii.v Indes, il avail iiuulplusieurs liaisons littéraires, notamment avec Balzac et Delalouche; après son retour, il fi

quentera Sainte-Beuve, Hugo, Gautier. Il a aimé Sainte-Beuve jusqu'à la fin de sa vie ; il aimait Gautier, ou du moins protestait de son respect pour lui — avec quelle sincérité? Quant à Hugo, il le détestait franchement. H a pu fréquenter quelque peu sa maison (entre 1842 et 1846), recevoir de lui des lettres affectueuses au moment du procès des Fleurs du Mal ; voir }/[m& Hugo durant le temps qu'il passa en Belgique et entendre ses leçons de morale * ; mais voici ce qu'il pensait de son mari : a Cet homme est si peu éthéré qu'il ferait horreur même à un notaire ^ Hugo a le front penché, trop penché pour rien voir excepté son nombril ' ». Dès lors, pourquoi le fréquenter? Simple curiosité? Désir d'un parrainage illustre ? Baudelaire se heurtait, il le dit, à la « difficulté de se faire comprendre d'un directeur de journal quelconque ». Or, il écrivait, en prose et en vers.

Autour de 1845, il n'a pas encore fixé sa voie ; ses curiosités sont artistiques autant que littéraires ; «toutes les représentations plastiques )t^ l'attiraient, nous dit-il, depuis l'enfance; comme

C) Corr., 24 mai 1865.

(■-) Baudelaire n'aimait pas les notaires. A Ghâteauroux vers 1851, il eut des difficultés avec l'un d'eux, qui lui reprochait une maîtresse, et lui déclara : « La favorite d'un poète peut valoir la femme d'un notaire. » (G., 86). Ajoutons qu'Ancelle était notaire !

Gautier, il a hésité entre le crayon et la plume, et gardé dans Texpression littéraire le souci du trait net, du plein relief que l'œil recherche dans la peinture ou la sculpture. Sa première œuvre connue est un essai de critique d'art sur le Salon de iS45. Cet ouvrage, très brillant, h' ouvrit les colonnes d'un journal, Cormire-Satv Il y publia des compte-rendus, puis des no velles ; en t84G, outre une seconde et considérable critique du Salon, paraissaient divers poèmes qui seront réunis plus tard dans Ips Fleurs du Mal, V Impénitent {Don Juan a- Enfers) et A une malaharahe. Ce n'était d'ahleurs pas les premiers qu'il eût composés, au témoignage de ses amis — mais il ne cessait comme le dit son intime Prarond, de « remanier et de corriger ses vers » peut-être pour adopter plus étroitement leur forme à l'expression de sa sensibilité changeante. En 18i7, il donnait le Fanfarlo, nouvelle (fui n'eut qu'un faible succès.

C'est alors qu'une subite passion litléraii l'arracha à la production pour l'enfermer d;ii y/\{} rôle du traducteur: il «l».-. ouvrit Po.^ [\b\:^ ou 1847).

Un hasard l'avait mis en présence de qu» ques fragments du grand artiste américain ; éprouva une « commotion singulière » en recr naissant sous la plume de I' « autre », l'éni sion de certaines idées dont il sentait confu-

nent Tébauche se former dans son cerveau. Poe lui parut un autre lui-même, plus achevé, \^ plus puissant. A un homme épris de bizarre,w^ 3t dont la solitude morale était grande, une pareille rencontre sembla prédestinée ; et, pour achever de fixer les traits de ce frère inconnu, il entreprit de rassembler ses œuvres, encore éparses, puis de les traduire lentement, apportant à ce travail un soin extrême, dicté par la piété autant que par le souci de Tart. Cette traduction devait lui être d'un secours pécuniaire considérable, et elle contribue à expliquer sa faible production poétique. Mais une autre curiosité passa dans sa vie peu après, et Tenleva à Edgard Poe comme à tout travail . littéraire : ce fut la curiosité politique ; la Révo-y^ lution de 1848 venait d'éclater.

§ 2. Les idées politiques

Comme dandy, Baudelaire répugnait à la politique. Plus que toute autre forme d'action, la politique est bruyante, sale, populaire. On ne peut guère s'intéresser à la politique conservatrice faite pour les enrichis dont le dandy se raille, ou pour les prudes dont il méprise les préjugés : et que dire de la politique démocratique ? Le (( républicain » ignorant des arts, passionné pour les (( ustensiles », semble à Baude-

50 RAUDELATRE

laire le Vandale moderne. « Avez- vous éprouvf^ dit-il, vous tous que la curiosité du flànen souvent fourrés dans quelque émeute, la mêni» joie que moi à voir un gardien du sommei public, sergent de ville ou municipal, crosseï un républicain? Et comme moi, vous avez di dans votre cœur : Crosse, crosse un peu p! i fort .. L'homme que tu crosses est un enin des arts et des parfums, un fanatique des usten siles ; c'est un ennemi de Watteau, un ennem de Raphaël... » Un tel langage n'était peut-être ni très généreux, ni très profond en 1846; il ne • laissait pas prévoir, en tout cas, qu'en 1^ Baudelaire se ferait républicain.

On le vit, un fusil sur l'épaule, le 24 février 1848 ; il rédigea, avec Champlleury et \ ïoubin, un journal insignifiant, le Stilul Pu^ ' qui n'eut (jue deux numéros; il parut, un ju... de juin, en compagnie d'insurgés : il déclamait, montrait ses mains et afïirmait qu'elles > taient la poudre. Peut-élre avail-il un peu bu soir-là'. Voilà tout ce ((uon sait de Haudel • républicain.

A la lin de IcS.il, il donne bien encore sa ^ laboration à un almanach démocratique, m. .i

(*) G. 82. Le récit de Le Vavassour ne paraît m^mo. laisser aucun^doute à ce sujet .

:'est au temps où, à Châteauroux, il faisait une jrève apparition à la tête d'un journal conser- /ateur. Il revenait bientôt aux idées dédaigneuses de sa jeunesse.

Pourquoi cette incursion aux confins du socia-^ isme ? On en a donné trois raisons : la haine du •énéral Aupick, entraînant la haine de tout 'ordre établi ; — l'influence de ses amis du [uartier latin, Castille et Proudhon ; — enfin, ce lu'il appelle la « littérature », le désir d'étonner *t de s'étonner lui-même.

Peut-être la première de ces raisons n'est-elle uas très sohde. Depuis sept ans, le joug du général Aupick ne pesait plus sur Baudelaire, sans que celui-ci eût montré la moindre haine pour l'ordre social que ce général défendait. I^^audelaire a crié, il est vrai, le 24 février 1848 : ' Il faut aller fusiller le général Aupick ! », mais c'est un mot de gamin ; il ne fit rien pour iltenter à la vie de son beau-père, et savait bien jLie la Révolution ne le fusillerait pas.

La seconde raison ne paraît pas décisive. Cas-

lille ni Proudhon n'ont jamais été les amis

iitimes de Baudelaire : simples connaissances

le café ou de restaurant, incapables d'agir si

profondément sur lui.

Reste la troisième, la raison « littéraire. » Baudelaire atteste lui-même, dans les quelques lignes très concentrées de son journal intime qui forment notre plus sérieux document, le « sou-

venir de lectures », mais sans préciser les quelles. Sont-ce des écrits socialistes qu'au quar tier latin, il aura pu lire avec Proudhon ? N'est-c< pas plutôt dans l'éducation classique qu'il fau chercher le souvenir des meurtres qui libèrent Harmodius tuant Hipparque, Brutus luan César ? N'est-ce pas le souvenir des « belle phrases » de Robespierre qu'il déclare admire en lui ? Au surplus, ces souvenirs n'ont pu qu« déchaîner un goût profond de la violence qu'i exprime ainsi :

(( Plaisir naturel de la démolition » (et, un pei plus loin) : « toujours ce goût de la destruction goût légitime si tout ce qui est naturel est Intime », enfin : « Les horreurs de juin... a)ii naturel du crime » .

On ne peut, croyons-nous, comprendre ce textes, rendus concis par une sorte de pudeur qu'en les confrontant avec ces passages de Œuvres Posthumes (p. 77, 90 etpamm), où Ban

y/delaire analyse les ressorts physiologiques d l'amour. Il reconnaît chez l'homme une bestia lité latente, d'ordre erotique, qui tend à brise sans cesse les règles morales ou religien-

j Cette bestialité naturelle — contre laquelle . dandysme proteste autant que la morale tradi tionnelle, reparaît dans la vie, à l'improviste, o\ elle peut, comme elle peut, ainsi qu'une ? * geance contre la loi et l'ordre. Le mot de ' geance qui précède dans le texte précité « amou

laturel de la démolition » ne me paraît pas )Ou\oir s'appliquer à M. Aupick : il a une )ortée beaucoup plus générale. Cette frénésie le violence se déploie dans la vie sexuelle, et î'est Tamour ; dans la vie politique, et c'est la dévolution. La volupté de carnage que Baudeaire éprouva en 1848 serait donc, en définitive, me aberration du sentiment sexuel. Baudelaire 5'en rendait compte vaguement : il trouvait ce olaisir « infâme », et lui-même rapproche la dévolution de l'infidélité amoureuse. Au sortir le ces rêves sombres, il les trouvait « ridicules » : yest le même mot dont il jugeait ses pièces les plus furieusement erotiques, comme A celle qui 2st trop gaie ' .

De toute façon, l'enthousiasme révolutionnaire de Baudelaire fut une crise sans lendemain. Il redevint ce qu'il avait toujours été : unv artiste et un homme de plaisir. Il n'eut jamais l'ambition de jouer un rôle. On lit dans son journal : « Les brigands seuls sont convaincus. De quoi? Qu'il leur faut réussir. Aussi ils réussissent. Pourquoi réussirais-je, puisque je n'ai même pas envie d'essayer ? » Après le coup d'État, qui lui inspira une vive irritation, il se

(*) Œ. P., 103 ; Corr., 9 déc. 1852. Cf., plus bas, chap.

54 l'.AUDELAIRE

rallia, sans attachement particulier d'ailleurs^à la personne de Tempereur. Ses idées n'étaient pas arrêtées ; il flétrit les « horreurs commise}en décembre » (16 mai 1859), mais en viendra à couvrir de mépris quelques années plus tard les vaincus de ce même 2 décembre, les appelant « pères Loriquet de la démocratie, vieilleibêtes, propres à rien... » 11 détestait les croisades humanitaires et les idées progressistes ; tout espoir dans l'humanité lui paraissait ridicule ou funeste ; il criblait de sarcasmes les démocrates : « Pourquoi les démocrates n'aimeni pas les chats : le chat est beau ; il éveille des i idées de propreté... » Au fond de lui, il professe, non le monarchisme, mais un aristocralisme très nettement inspiré par le dandysme et qui lui fait écrire : « Il n'existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer. Les autres hommes sont taillables ou corvéables, faits pour l'écurie, c'est-à-dire pour exercer ce qu'on appelle des professions». Telle est la triade aristocratique qu'exaltent les goûts de Baudelaire. On ne peut dire qu'elle constitue le cadre d'un gouvernement possible ; le dandy au surplus no s'en souciait nullement ; il se définissait négati\ ment, par des mépris. Le poète des Miserai lui paraissait « ignoble » autant que Michèle i . « Hugo avait écrit à Charles Baudelaire, jungamus dextras,.. Je connais les sous-entendus du

atin de V. Hugo : cela veut dire : Unissons nos mains, pour sauver le genre humain. Mais je me f... du (jenre humaii}, et il ne s'en est pas 'ipereu )). {Corr., 28 oct. 18G5). Avec une brutalité de forme, imputable à la maladie, cette dernière phrase résume toute la politique de Baudelaire.

Mais sa brutalité déconcerte certains admirateurs du poète.

> Aussi, en est-on venu ' à l'idée d'un Baudelaire humanitaire. On a peu de textes pour appuyer ce jugement ; sans doute, dans VArt Romantique, Baudelaire célèbre le Chant des ouvriers de Vierre Dupont, et admire cette « multitude maladive, respirant la poussière des ateliers, s'imprégnant de tous les poisons nécessaires à la création des chefs-d'œuvre, et qui, pour suffisante consolation et réconfort, répète à tue-tête son refrain sauveur : « Aimons-nous ! » Mais de quel ouvrier parle ainsi Baudelaire? De celui qui, se tuant pour réaliser les chefsd'œuvre dont se glorifiera l'artiste, se console par une illusion d'amour.

L'ouvrier du temps de Louis-Philippe consent à être dupe, et Baudelaire y applaudit. S'il travaillait à changer son sort, Baudelaire répon-

(') De Reynold, o. c, 76.

drait en excitant le sergent de ville : « Croreligieusement les omoplates de l'anarchiste ! h Tout ceci est fort cohérent et ce n'est point bâtir une légende que de dire combien Baudelaire était indiiïérent aux humbles.

Cependant, a-t-on remarqué, il existe chez J lui une poésie d'inspiration populaire, à la fois timide et tendre. On se prévaut du jugement d'Anatole France. On cite quelques poèmes en prose ', et quelques tableaux parisiens.

Arrêtons-nous sur le plus suggestif, le plus ému de tous, le poème sans titre où Baudelaire célèbre la domestique morte après un lonj; dévouement obscur.

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse Et qui dort son sommeil sous une humble pelon- Nous devions pourtant lui porter quelques fleurs.

En cette étrange poème passe comme la plainte du vent d'hiver à travers les arbr^^ dépouillés ; mais ce n'est ni l'harmonie, ni précision discrète du contour qui en font le plus grand charme : c'est la tendresse, une « vaine

1 tendresse » digne de Sully Prudhomme, où les regrets de l'ingratitude passée se mêlent à jouissance inquiète du présent. Et voi( i nu

(*) Les Yeux des pauvres tY^^^r exemple, font contra avec le Mauvais vitrier.

tableau du foyer, le seul peut-être qu'on puisse rencontrer chez Baudelaire :

« Lorsque la bûche siffle et chante, si, le soir, Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir. Si, par une nuit bleue et froide de décembre, Je la trouvais tapie en un coin de la chambre, Grave et venant du fond de son lit éternel Couver l'enfant grandi de son œil maternel, Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse, Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ? »

Il est superflu de souligner la profondeur"^ mélancolique de ces vers. Mais quelle espèce d'émotion révèlent-ils ? Est-ce pitié pour ce « demi-siècle de servitude », ainsi que dira Flaubert en décrivant la servante d'Yonville devant les (( bourgeois épanouis » ? Est-ce sympathie pour la chair coupable, mais souffrante et flétrie, qui attendrissait les Goncourt sur le sort de Germinie Lacerteux? Non. La servante célébrée par le poème G des Fleurs du Mal — Mariette, d'après une lettre intime du 11 janvier 1848 — est un souvenir d'enfance trans-y/^ formé par l'amour filial repentant. Cette pièce a été écrite de bonne heure, mais elle doit être de celles que Baudelaire a remaniées jusqu'au jour où il a pu dire à M°^® Aupick qu'elle était Tâme de deux de ses poésies (XCIX et C)( En effet, la servante, si elle n'est pas la mère elle-même, est toute chargée d'attributs maternels. Son œil est

celui d'une mère ; elle a « couvé » l'enfant ju qu'à ce qu'il devînt un homme, et l'oubliât. Maintenant le souvenir de son dévouement pénètr^^ le cœur du poète et enchante sa solitude : n'e> ce pas ainsi que Baudelaire pouvait se reprsenter sa mère, quand, à la suite d'une de ce» abominables scènes oii tous deux, par incompréhension mutuelle, en venaient à renier leur alïection réciproque, il se voyait « pinseul, plus abandonné », et sentait renaître en lui une tardive piété? Le poème de Mariel n'est pas inspiré par un amour pour la foui» anonyme des humbles, mais par un souvenir précis de sa vie filiale.

§ 3. Les idées religieuses

Si M"'^ Aupick s'était désintéressée, comme i semble naturel, de l'attitude politique de so; lils, elle avait travaillé, du moins, à lui Iranmettre sa foi catholique. Elle n'avait pu, on 1 vu, surveiller sa formation intellectuell- Gharles est-il, cependant, resté catholique?

On admet communément aujourd'hui qn i fut, avec Verlaine, le grand poète catholique d siècle. Envisageons, successivement. Iliomm et le poète.

Baudelaire a été élevé dans le catholicisme » il est mort muni des sacrements de l'Église. 1

début et la fin de sa vie sont connus : reste à éclairer le milieu.

Ce milieu est troublant. Baudelaire ne pratiquait pas*; il vécut au mépris des lois de rÉglise, et, il a plus d'une fois, attesté ^oru/ incroyance. Le 13 novembre 1864, il écrit à M. Ancelle : (( Quand je serai absolument seul, je chercherai une religion, et, au moment de la mort, j'abjurerai cette dernière religion, pour , bien montrer mon dégoût de la sottise univer--^ selle ». On objecte que c'est une boutade; en est-ce une aussi que cette déclaration à Sainte- Beuve : (( Un de nos grands amusements (avec son ami Malassis), c'est quand il s'applique à faire l'athée, et quand je m'ingénie à faire le jésuite. Vous savez que je peux devenir dévot par 1 contradiction ». {Corr., 30 mars 1865). Son dis- ' ciple Cladel affirme qu'il « ne croyait ni à Dieu ni à Diable » ; on peut trouver le témoin « suspect ; » récusera-t-oh de même le témoignage de M°^« Aupick écrivant en 1868, à propos des poèmes impies des Fleurs du Mal : a Si mon fils vivait, il n'écrirait pas cela aujourd'hui, ayant eu, depuis quelques années, des sympathies religieuses^ ». Il n'en avait donc pas dans ses années de maturité, quand il écrivait les Fleurs du Mal ? S'il convient de n'attacher aucune

importance aux mouvements de mauvaise humeur que la campagne du clergé contre son livre lui arracha parfois envers certains prêtres, on ne peut oublier ce passage extrait d'une lettre intime à sa mère, du 6 mai 1861 : c(^Et Dion diras-tu? Je désire de tout mon cœur croi; qu'un être extérieur et invisible s'intéresse à nia v'destinée, mais comment faire pour le croire ? » N'est-ce pas un aveu suffisant? Enfin, le journal intime renferme, à une date que Ton croit voisine de 1857, ce blasphème terrible : « Dieu est nii scandale, un scandale qui rapporte )> {Œ. P. 8'.«

Pourtant, on écrit que « non seulement la conscience est demeurée en lui catholique, mais que catholiques sont encore sa tournure d'esprit et sa sensibilité* ».

On croit reconnaître trois arguments: l'estime de Baudelaire pour le rôle du prêtre, — son penchant pour la prière, — sa croyance au pé( 1 originel.

y Baudelaire a dit en effet : « Le prêtre est immrns parce qu'il fait croire à une foule de choses t^to liantes ». Ce qui signifie : le prêtre a beau violent' le sens commun, il trouve toujours des (idèlr- Kst-ce un signe qu'il soit divin? Rappelons-nonque « les peuples adorent l'autorité ». Le prêtr

infléchit à son profit l'aptitude des hommes à s'incliner devant la force. Et c'est ainsi que Dieu — scandale au regard du sens commun — devient un scandale qui rapporte Le prêtre est-il le seul être à jouir de ce privilège? Non : le poète par le prestige de son art, le guerrier, par celui de son épée, possèdent un sortilège analogue. Trois figures surhumaines dominent, il l'a dit, le reste de l'humanité, fait « pour Fécurie ». Ne voit-on pas que Baudelaire assimile le prêtre à ces êtres puissants par le prestige du verbe ou celui du pouvoir, un Byron, un Chateaubriand, qui ont su s'imposer au respect des multitudes? Cet être supérieur, nous savons de quel nom Baudelaire le nomme : c'est le dandy. Il y a une hiérarchie de dandies. Le dandy relativement vulgaire, c'est le faquin habillé selon les règles de Brummell : au-dessus de lui, le dandy byronien qui joint à l'élégance des manières la hauteur méprisante des pensées ; plus haut, le dandy poète ou soldat, celui qui « crée » et qui « tue » ; et près d'eux, ou plus haut encore, le dandy dérobé d'un sacré mystère, vénéré dans son oisiveté magnifique : le prêtre. Joignez-y que le prêtre se distingue de la foule par son costume comme par ses manières et ses mœurs ; et Baudelaire s'est toujours ingénié à présenter, dans ses allures, quelque chose d'ecclésiastique ; son large habit noir ressemblait un peu à une soutane ; « il déroulait

ses propos avec une onction quasi-évangéliqur et Lemonnier, en le voyant à une table de conférencier, se crut en face d'un « Père de l'Église littéraire ». Baudelaire vénère dans le prêtre la plus haute expression possible du Dandy : le dandy sacré.

En pensant ainsi, Baudelaire se croyait en tainement inspiré par Joseph de Maistre. Non que de Maistre fût dandy, mais sa philosophie autoritaire laissait place au dandy sur la terre, dans une âme incroyante, s'entend ; il exalte le prêtre et le guerrier qui forment aux yeux df Baudelaire, avec le poète, la triade aristocratique; il fait appel à l'incompréhensible pour expliquer le prestige de ces êtres supérieurs ; • i Baudelaire, en qui coexistaient un mystificateur et un homme épris d'insondable, a dû goûter éperdûment les visions d'apocalypse et les formules quasi-magiques répandues dans les >' rées de Saint-Pétersbourg. Il était encore séduii par la logique très serrée qui enferme chez de Maistre toutes les pièces du raisonnement : mélange bizarre de rigueur dans la déduction et d'arbitraire dans les prémices; ceci encore était très conforme au tempérament intellectuel de Baudelaire.

Le poiiie des Fleurs du Mal 'àimc a débuter par une extravagance ; mais il met, en quelque sorte, sa coquetterie intellectuelle à voir dérouler les conclusions de cette extravagan

avec une logique parfaite. Il réagissait ainsi doublement contre son époque, époque de « juste i-^ milieu » où la politique, la morale et l'art s'inspiraient volontiers d'un bon sens initial, bientôt abâtardi par des raisonnements timides et inachevés : Baudelaire avait le « juste milieu » en horreur et dans tout domaine ; ni Poe, ni de Maistre ne sont des auteurs de juste milieu : aussi a-t-il pu dire qu'ils lui avaient appris à raisonner. Il ne dit pas qu'ils lui aient appris à prier.

Cependant, a-t-on objecté, son journal intime porte l'énoncé même des prières qu'il adressait à Dieu, avec une très grande humilité. Il a donc fait, au moins secrètement, acte de foi.

Nous répondrons seulement : à quelle date ces actes de foi?

A la veille* de la maladie suprême, quand les premières atteintes de la mort l'épouvantent et le rejettent vers les pratiques de son enfance.

Est-ce d'après le Baudelaire de 45 ans que nous jugerons l'homme de 30 ans, qui a écrit les fkuY^ du Mal ?

Ce témoignage de sa mère, déjà cité, n'est-il pas irrécusable ? Elle a déclaré que, jeune, il ne ^ pratiquait pas : donc il ne priait pas; que, dans ses dernières années, il était revenu à la reli-t^ gion : donc, il la délaissait jusque-là. Ces témoi-

gnages concordent avec notre thèse : Baudelaire In'a fait un retour vers la piété qu'aux approches

jde la mort.

Reste enfin la croyance au péché originel.

A diverses époques, il a en effet répété que ^/l'idée du péché originel expliquait le monde. Il écrivait à Towssenel, en I80G : « Toutes les hérésies (croyance au progrès, etc.) ne sont après tout que la grande hérésie moderne de la doctrine artificielle substituée à la doctrine naturelle, je veux dire : la suppression de ri'l»'»' «lu péché originel' ».

Or, dix ans plus tard, il écrivait dans son journal intime : « La vraie civilisation n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur ; elle est dans la diminution des traces du péché originel" >.

Ces deyx textes ne semblent-ils pas contradictoires? ^ux philosophes, dont Toussenel est le disciple, il reproche de croire que l'homme peut se comporter comme si le péché originel ne pesait pas sur lui. .

Un peu plus tard, au contraire, il voit dans Is vraie civilisation l'elTort spirituel pour efîii les traces de ce péché.

La contradiction disparaît, pensons-nous, sî cessant de considérer la pensée de Baudel;t

(<) Corr., 21 janv. 185C.

(«) Œ. P., 118; cf. R., 117.

omme empreinte d'un catholicisme orthodoxe, lous y cherchons seulement Texpression de son iinertunie à Tégard de la vie.

Baudelaire fut précocement aigri. Son humeur il la s'assombrissant avec les années.

Comme tous les misanthropes, il incrimine aiitôt un aspect, tantôt un autre du monde qui entoure.

En 1856, il s'irrite, lisant un écrit de Tous-

-eiiel, de la foi naïve que l'auteur y déploie dans

-a bonté des^iommes. Et il proteste, invoquant

a perpétuité du péché originel. C'est sa protes-

ation contre les philosophes.

Dix ans plus tard, environ, il est en Belgique, )i, chaque jour, il s'emporte contre l'esprit lourlement réaliste des Bruxellois. On a vanté levant lui les progrès du confort matériel. Et il proteste, invoquant le devoir, tout spirituel, qu'a 'homme, d'abolir les traces du péché. C'est sa irotestation contre les iudusirich.

Il semble parler deux langues contradictoires oarce qu'il est en face de deux adversaire^ difïé- •ents. L'essentiel, à ses yeux, n'est pas de savoir ^i la trace du péché originel est ou non inelïa- 3able : c'est d'opposer une thèse à la thèse, phiosophique ou matérialiste, qu'il vient d'entendre soutenir.

Mais pourquoi emprunter son langage à celui les théologiens?

Par tradition et par dandysme. Par tradition,

car Baudelaire a sucé le lait catholique. Mai^ c'est peu de chose. En devenant dandy, il a sent s'afïermir en lui le prestige des pompes litur giques, des beaux habits, des cérémonies solen nelles, du langage incompris des foules. Par I;

v^le catholicisme flattait le côté dandy de sa nature A-t-on remarqué que Baudelaire est sans élog« pour les serviteurs laïcs du catholicisme? Le laïc c'est encore le bourgeois. Et l'on sent bien que pour lui, un prêtre coupable — mais coupable d'un forfait voluptueux ou rare — ne cesserai pas d'avoir la majesté ambiguë du prêtre. Non Baudelaire ne fut pas catholique en ce sem qu'aucune communauté d'espérances ou d( règles morales ne le rapprocha des catholiques le seul Dieu de ce joueur, c'est la Fatalité, k Chance, la Mauvaise Chance surtout, ce qu'i

Vappelle son Guignon, et qui a engendré chez lu l'état du spleen ; le mot « fatal », dont il a fait ur tel abus, traduit cette croyance permanente au.\ pièges que lui tend le sort. MaUp^i nthée stip^'*^- Jilif^nY se sentait rapproché des catholiques pai des haines identiques contre les mêmes adver saires. Un mot de Barbey d'Aurevilly illumine, selon nous, toute la question : « // n'a ni noln foi, ni nos reapecU, mais il a nos haines et nm inépris... Les niaiseries philosophiques lui repugnent' ». Il haïssait les philosophes dont l'hu

lanitarisme agaçait sa misanthropie; les indiis- •iels utilitaires à cause de leur ignorance des r!s, les politiciens anticléricaux de la bourisie, parce qu'ils constituent une classe de iediocres repus en face du poète doué, mais lisérable ; il haïssait Garibaldi, l'ennemi du npe, peut-être pour son immense faveur popuire. Ces haines hétéroclites ranimaient contre s ennemis de l'Église d'une rancune qui a l'as- '<:t négatif de la foi; elles désarmèrent Veuillot ui sut plaindre sa mort en disant que le maleureux opprimait son âme. Baudelaire ne fut ositivement catholique que dans la mesure, •es faible, où le catholicisme se confondait avec ! dandysme pour entretenir en lui le culte du«^ ire et du mystérieux. Le reste n'est qu'une Décieuse fantaisie de critiques très postérieurs ui, pris par le charme poétique de Baudelaire a sein de leur ferveur religieuse, s'efforcent, ar une légende rétrospective, de retrouver leur ropre foi dans ce Parisien léger et triste, fils d'un ècle incrovant.

L'œuvre de Baudelaire est plus nettement hée que sa vie ne le fut.

Sans doute, il a écrit à sa mère que son livre partait d'une idée catholique » ; mais à quel loment? Un prêtre venait de mettre en garde conscience de M'^^ Aupick. Son fils se défend

prudemment. Il dit, non que le livre est catlic lique, mais seulement que les tableaux très noir ^ qu'on y trouve décèlent la corruption indélébil de l'humanité. Entendons-le parler de la religio elle-même : la glori(ie-t-il? S'élève-t-il dans n eiîort d'espérance? Regrette-l-il au moinfoi perdue? Rien de tout cela, ou presque riti Quelques vers, seulement, sont pieux et serein> ce sont les strophes finales de l'/mjf^/cri^ évoquai la satisfaction des élus au séjour éternel. I clairon de rAn«j:o souno <l;uis jr ^îI-'M'-" ''• cieux apaisés :

Le son de la trompette est si délicieux En ces soirs solennels de célestes vendanges Qu'il s'infiltre cou\rae une extase dans tous ceux Dont elle chante les louanges.

Le poème de Ûcncdidlon renferme, dans se nières strophes, une aspiration au Dieu veni!

Vers le ciel, où son œil voit un trône splendide. Le poète serein lève ses bras pieux, Et les vastes éclairs de son esprit lucide Lui dérobent l'aspect des peuples furieux...

Mais est-ce bien Dieu (jui bénit le |)oèle, ci l'Art consolateur érigé en jusiicier? La p« i religieuse de Baudelaire ,en dépit du vocabu! dun catholicisme insoliîo.

Des Trônes, des Vertus, des Domination <.

se dégage difficilement de sa pensée esthéliqu

Et que d'accents ironiques ou sacrilèges ! Diraon que le Mauvais Moine atteste un regret de la oi médiévale? Le poète souhaite de faire

)u spectacle vivant de sa triste misère

Le travail de ses mains et rameur de ses yeux ;

I cherche donc, non pas à abolir cette misère par^ afoi,maisàla transtigurer par l'art : là encore, sous l'empire de ce dandysme un peu sacrilège |ui lui fait parer les beautés profanes d'attributs prestigieux, empruntés aux choses saintes, 3'est à l'Art qu'il pensejen invoquant Dieu. ^ T3énué de sérieux à l'égard des grands symboles rehgieux au point de voir dans le Ciel le

couvercle noir de la grande marmite Où bout l'imperceptible et vaste humanité ;

(Le Couvercle)

dénué de crainte à l'égard de la justice d'en haut cy au point de parler de ses péchés comme un f^nfant de ses peccadilles :

Vite, soufflons la lampe, afin De nous cacher dans les ténèbres ! ^ {L'Examen de Minuit).

dépourvu Qniïn du respect traditionnel au point déchanter en tercets latins, pareils à des vers liturgiques, les louanges d'une modiste de ses amies « érudite, nous dit-il, et dévote », {Frannscaemmrlaudes),B^u(\e\i\\veesip^ssékVi\[[i\que,

et il a blasphémé en termes nets, sans doam d'autre raison que celle du « parfait comédiei façonné à tous les sophismes et à toutes les coi ruptions » : ainsi s'exprime une note insérée e tête de ses poèmes impies : il la qualifie lu même de « détestable », le 14 mai 1857. Parmi ces poèmes impies, \es Litanies de Sata

v ont une place importante, car ^^tap est ui ligure qui revient sans cesse dans les Fleurs ù Mal. Satan est le grand vaincu du sort, comn le poète lui-même ; le roi des sensuels, le dispei sateur des richesses, biens auxquels Baudelaii aspire ! En Satan se confondent tous les instinc bas que Thomme dissimule, impuissant à 1-

^ repousser :

C'est le Diable qui tient les fils qui nous n^""

(Au lecteur .

Qu'est Satan enfin, sinon la sensualité trion pliânlè, qurse sèTlt vile, maw ne peut être raa u frisée? La hantise de Satan chez Baudelaire e \\la conscience permanente des exigences de son coty y.<Ahel etCaïn, qui a l'aspect d'une chanson sal rique, paraît composé sous l'empire pass; d'idées socialistes; \e Rebelle, ébauche, pourin, on dire, du Ca'in révolté de Leconte de Lis!» i^incarne la protestation de la Chair contre TEqui veut l'enlaidir et la ravaler : c'est un po *^d'orgueil et de sensualité secrète. Le Renia de saint Pierre est un ouvrage assez complex

ie seul de ce prétendu chrétien ou Jésus ait sa place, — mais quelle place 1 Devant un Dieu féroce — Néron ou Phalaris du ciel, — qui fait l'ipaille et nargue insolemment les soutïrances (le la multitude, Jésus incarne le symbole de r humanité égarée dans un rêve d'amour ; punie pour n'avoir pas su que le monde est mauvais, et le ciel vide ; justement punie : Saint Pierre a ^ bien fait de renier son maître. En bafouant Jésus, Baudelaire semble bafouer les humanitaires. [; homme-Dieu a été « crosse » comme un vulire républicain. Ce poème, que M""'' Aupick déclarait « carrément impie » ' embarrasse les critiques qui veulent faire Baudelaire catho- Hque ; aux autres il apparaîtra comme une fiction choisie par le poète pour exprimer sa misanthropie. L'auteur a adopté ici la forme du blasphème, comme, dans Bénédiction, celle de la confession catholique. Que Baudelaire feigne de croire à la grandeur du prêtre, ou qu'il dise Dieu tyran et Jésus pauvre sire, ce ne sont là que les fantaisies diverses d'un artiste incroyant, sans fureur comme sans respect, qui symbolise volontiers en Satan les sens qui le tourmentent, gt en Dieu, tantôt la sottisecruelle, tantôtle beau consolateur n'ayant gardé de sa formation catholique qu'un penchant à exprimer en langue religieuse ses émotions profanes.

{*) C, 269. Elle eût voulu le retrancher.

§ 4. L'Idéal

Indifférent à la politique, libre d'attaches religieuses, Baudelaire avait pourtant une foi. Il aimait la poésie et il a dit son amour pour elle avec une ferveur religieuse.

Cet amour, né, nous l'avons vu, sur les bancs du collège, n'a cessé de grandir dans cette longue jeunesse qu'il a traînée à Paris jusqu'à la publication desFleurs clu }faL Ces « fleurs » éclosaienl une à une, entourées des soins les plus minutieux dont un fleuriste peut surveiller une plante rare; car Baudelaire travaillait très lentement, avec un singulier mélange de négligence et de scrupule. Sans cesse, il était détourné par les flâneries et les (( plaisirs légers » de sa vie, sans cesse ramené à sa table par le désir de ne rien produire qui ne fût rigoureusement parfait. A jeu, il écrivit très peu, à peu près quatre mille vers en quinze ans. Beaucoup de ses pièces furent composées, semble-t-il, dans ses premières années, les plus paisibles : mais Ban ' laire les remania constamment jusqu'à IS.»T. Déjà, le ton de ses premiers poèmes avait paru un peu chaud; en 1850, Lcsbos, . n \<')-l, le BcïiiemctU de saint Pirnr, celui-ci surtout, lirent du bruit. En 1855, après avoir publié dans le Pays une remarquable critique d'art, Bau. laire donnait à la Revu^ des Deux Mondes dix-huit

poèmes, d'inspiration surtout amoureuse. On en parla, mais il n'y eut pas de scandale. Quelques mois plus tard, il trouvait — après combien d'efforts I — un homme qui voulût bien l'éditer : c'était le fils d'un imprimeur d'Alençon, Auguste Poulet-Malassis. A défaut d'un gros capital. Malassis possédait un naturel aimable, que n'embarrassaient pas les scrupules et une aptitude au plaisir égale à celle de Baudelaire.

En décembre 1856, on tomba d'accord sur les conditions du traité; on tirerait à 1.300 exemplaires ; Baudelaire toucherait 0 fr. 25 par exemplaire vendu ou invendu ; le prix du volume était de 2 fr. On avait laborieusement cherché le titre : Baudelaire tenait pour les <( Limbes », ou, mieux encore, pour « Lesbiennes », car il voulait un « titre-pétard », ne convînt-il qu'à deux poèmes sur cent. Un ami, Babou, suggéra « l.ea Fleurs du Mal », qui parut suffisamment satanique pour être agréé.

L'ouvrage, dont Baudelaire surveilla nerveusement la typographie, parul en août 1857, et eut un vrai succès de scandale. Le Figaro publia un article, d'un ton satisfait et sot, où, parmi d'appréciables éloges décernés à l'art du poète, on lisait : « L'odieux y coudoie l'ignoble; le repoussant s'y allie à l'infect... Jamais on ne vit mordre et même mâcher plus de seins dans si peu de pages... ». Ce dernier trait était sans doute inspiré par la pièce Au lecteur, très provocante et

de mauvais goût; en tout cas, le ministère eut la faiblesse de poursuivre.

Le procès fut un peu grotesque. Sainte-Beuve, homme bien en cour, mais prudent, suggéra secrètement à Baudelaire plusieurs a petits moyens de défense » * qui n'aboutirent pas ; le poète fut condamné à 300 francs d'amende qu'il ne paya point, et à la suppression de six pièc» yjugées licencieuses '\

La sympathie des vrais artistes ne lui fut p^iménagée. Théophile Gautier, Barbey d'Auit villy, Leconte de Liste, Alfred de Vigny lui cou lirmèrent leur estime; Victor Hugo lui écrivif (( Je crie bravo de toutes mes forces à voti' vigoureux esprit. Une des rares décorations qut le régime actuel peut accorder, vous venez de h recevoir. Ce quil appelle sa justice vous a con damné au nom de ce qu'il appelle sa moral» C'est une couronne de plus. » (30 nov. 1857.)

Mais ceux-là n'étaient guère que des solitaireou des exilés. Quant aux hommes en plac» quant à la société bourgeoise qu'il avait cm l)Ouvoir fronder, ils se retournaient contre lui < l'humiliaient en public. Depuis quinze ans, I

(<) Il lui conseillait, notamment, d'aller chercher dan liéranger, alors illustration nationale, de « bonii' ordures », et de signaler le contraste entre leur sale vulgarité et l'art élevé des Fleurs du Mal. (*) Les Bijoux, Le LHhé, Delphine et Hippolyte, ' elle qui est tropgaie^ Les Métamorphoses du Vampii > /.esOoi-.

poète menait une vie médiocre, tenu pour un peu fou par ceux qui se croient sérieux, ridiculement payé pour écrire des chefs-d'œuvre (la Danse Macabre lui rapporta quarante-cinq francs); et voilà qu'il lui fallait s'asseoir sur le banc où s'asseyent les escrocs, pour s'y entendre condamner ! Nature contemplative, Baudelaire n'était pas de ceux que les revers fouettent d'une vigueur nouvelle. Sans amour, sans parti, sans autre appui qu'une mère honnête et bornée S il s'enferma dans sa solitude intellectuelle et dans la conscience amère de la s^randeur de son art.^

Doit-on s'étonner, dès lors, de lire, à l'édition de 1861, le poème de Bénédiction?^

L'auteur y professe la même thèse que Vigny dans Chatterton ou dans Stetlo : a Le poète a une malédiction sur sa vie et une bénédiction sur son nom » \ (( Alfred de Vigny a écrit un livre, notera mélancoliquement Baudelaire dans sa Vie d'Edgar Poe, pour dire que la place du poète

(') Voici comment M"^* Aupick appréciait le talent de Ron fils : « Les Fleurs du Mal, qui. .. renferment parfois malheureusement des peintures horribles et choquantes, ont aussi de grandes beautés... Ne vaut-il pas mieux avoir trop de fougue et d'élévation artistique que stérilité d'idée et des pensées banales? » (Lettre publiée par M. Georges-Emmanuel Lang, dans le Figaro du 5 mars 1922).

(2) A. de Vigny, Stello, chap. XL.

n'est ni dans une république, ni dans une monarchie absolue, ni dans une monarchie constitutionnelle, et personne ne lui a répondu ». C'est au poète de chanter sa propre gloire et son propre martyre. Sa mère le hait, sa femme le hait, le monde Faccable : TArt lui reste, érigé en Dieu justicier.

Mais, s'il est une force, l'Art est une faiblesse.

Chatterton ne pouvait se plier aux « travaux

exacts » où le contraignait la vie sociale; de

même, pour Baudelaire, le poète parrhi les

P^ hommes est un « albatros » égaré sur la terre.

En seize vers, il a fait tenir une allégorie pittoresque et concise. Bien plus que dans Dénédic-, tion, nous y chercherons une allusion à ses v^nfortunes personnelles. Sa propre volonté vacille sans cesse, comme la démarche de l'oiseau exilé ; le vulgaire le raille ; ses fournisseurs et les amis d'Ancolle lui répètent qu'il est bien temps de se ranger, que la poésie ne nourrit pas son homme, etc. :

L'un agace son bec avec son brùle-gueule, L'autre mime, en boitant, l'inlirmequi volait.

Il s'arrache à cette vision morose en une pièce d'un réalisme hautain, le Soleil, ou dans / cet hymne de pure spiritualité, intitulé EUhd

tion '.

;'j Le lilre lui a-t-il t'I.'- sn^'f^'tjré par les « t'if> d'Alfred de Vigny ?

y Le poète est semblable au soleil ; il s'introduit sans bruit

Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais,

^colore toutes les splendeurs, toutes les tris- ^^sses de la vie. L' « Elévation » est une rêverie ^ ailée, un peu floue, mais pure et confiante ; Baudelaire y chante les tleurs, les pierres et les bois ; pour une fois, sa pensée se rencontre avec celle de Victor Hugo.

Victor Hugo écrira Ln Magea ; Baudelaire écrit Les Pkarcs; mais il n'y fait aucune place aux philosophes ni aux poètes ; ce ne sont que peintres et sculpteurs. De Bubens, ruisselant de vie sensuelle, à Delacroix, comme Baudelaire fatal et mélancolique, tous font entendre la même plainte contre là. noirceur de la vie : ^

Car c'est vraiment. Seigneur, le meilleur témoi-

[gnage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge eu âge Et vient mourir au bord de votre éternité !

Ces échappées sur la souffrance collective de l'humanité restent assez rares. Si le poète a une mission sur la. terre, ce ne peut être, selon Bau-"^ défaire, que d'aspirer à la Beauté, de la saisir et de l'exprimer. Lldéal de Baudelaire est le but de , cette recherche. Mais que faut-il .entendre par « la Beauté? »

C'est, d'abord, l'harmonie et la plénitude des formes. Il y a, chez Baudelaire, une aspiration perpétuelle à réquij.ihre, à la santé, source de jouissances normales. C'est elle qu'il évoque en songeant à la beauté grecque :

J'aime le souvenir de ces époques nues Dont Phoebé se plaisait à dorer les statues...

Aujourd'hui, quelle déchéance de la chair! Notre époque sacrifie le corps sans relever l'esprit :

0 ridicules troncs ! Torses dignes de masques !

0 pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flas-

fqUPS.

Que le Dieu de l'Utile, implacable et serein, Enfants, emmaillotta dans des langes d'airain i

Nous restituera-ton la Beauté ancienne?

La réponse est assez subtile.

Baudelaire peut rendre hommage, par exception

A la sainte jeunesse, à l'air simple, au doux front, A l'œil limpide et clair ainsi qu'une eau courante.

Mais, en général, ce n'est pas la simplicité qu'il envie — comment un dandy le pourrait-il ?

— à la vigueur des vieux âges ; et le même poème nous livre l'objet de son regret :

L'homme élégant, robuste et fort, avait le droit L^-^^' D'être fier des beautés qui le nommaient leur roi, Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures !

Baudelaire a la nostalgie des époques de sensualité heureuse. La Beauté qu'il adore n'est pas métaphysique; elle n'est pas rAnté-Ghrist,comme . pour Leconte de Liste ; elle est jouissance eipuis-é^f^ ^mce.. ' '

Ici, le dandysme intervient. Un dandy ne saurait jouir de façon tourmentée ou frénétique; Baudelaire laisse à des natures plus simples les sanglots de Musset, les extases de Victor Hugo ; même s'il sent la flamme du désir ou le « limon amer » de la rancune, un dandy doit se taire et ^"^ comprimer les élans naturels de son être. Une *^ femme dandy doit paraître « froide » ' ; définissant une belle tête d'homme, Baudelaire la parera d' <( insensibilité », car, dit-il, (c le type idéal du dandy n'est pas à négliger dans ce sujet ' ».

Mais sur ce type ainsi refroidi, l'artiste travaillant à nouveau', — va rétablir une nuance voluptueuse, plus ardente, avec une ombre de mystère, quelque chose d'inquiet et de triste qui

(2) Ibid., 85.

décèle la passion sans l'étaler. Si bien(j[ue le Beau devient en définitif une image très*" complexe, à la fois charnelle, froide et voluptueuse, qu'on évoquera volontiers dans des attitudes de statue ou de courtisane sacrée. Dès lors, ces admirables vers commencent à s'éclairer :

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris; J'unis un cœur de neige à la blancheur des cy'^^nes. Je hais le mouvement qui déplace les lignes, Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Ainsi parle ja Beauté, «rêve de pierre » an contour fascina leur. Nous la retrouverons dans toute la vie de Baudelaire. Seulement, le sphin.x aura pris un corps de femme.

•Me

La Beauté vivante et animée n'est pa- ImiI l'Idéal de Baudelaire.

Le poète n'a pas toujours les yeux 1im'> ^iii une figure humaiue; il peut, nous lavons vil planer comme le soleil et entendre le langage des pierres et des bois. Encore, ici, ne devon>nous avancer ([ue prudemment.

Baudelaire n'a jamais voulu passer pour Uii^ ^ poète de la Nature. Il eût — entre tant de page . haïssables — haï particulièrement ce préceplo de Victor Hugo :

Enfants, aimez les champs, les vallons, les iontaioes, Les chemins que le soir emplit de voix lointaines...

Page 1